Chantage : 8

Une semaine qu’Ichigo avait repris les cours, et déjà le jeune homme était submergé par les devoirs. Il s’enfermait le plus souvent à la bibliothèque, avec cette impression d’être seul sans vraiment l’être.

L’ambiance feutrée, les raclements discrets de chaises, le bruissement des pages que l’on tourne, même l’odeur particulière du lieu l’attiraient. Cet espace le rassurait et lui évitait, sans conteste, de s’enfermer encore dans les souvenirs de sa relation avec Gin.

C’est toutefois avec soulagement qu’Ichigo ferma son livre d’histoire. Il avait terminé son devoir. Silencieusement, le roux s’étira en fermant les yeux. Il s’était déconnecté de tout et, lorsqu’il releva la tête, Ichigo vit Shirosaki assis en face de lui. Ce dernier était plongé dans ses cours et ne semblait pas l’avoir vu. Un sourire moqueur étira les lèvres d’Ichigo. Le prenait-il vraiment pour un con ?

Pourtant, Shirosaki ne releva pas la tête lorsqu’Ichigo se leva pour quitter la table. Le jeune homme était absorbé par ses livres, une paire de lunettes posée sur le nez. Ichigo eut envie de lui parler, mais abandonna bien vite. Il était hors de question que leur conversation s’enlise une nouvelle fois.

Le roux finit par quitter les lieux. Shiro releva alors la tête pour suivre la silhouette de l’étudiant qu’il poursuivait de ses assiduités. Un fin sourire étira ses lèvres, puis il replongea dans ses devoirs. Après tout, lui devait justifier sa présence dans les murs de ce lycée.

°°0°0°°

Ichigo rangeait sa chambre pour s’occuper l’esprit. La plupart des élèves allaient s’installer au foyer pour jouer, regarder la télé, ou simplement discuter ; lui en était incapable. Pour se retrouver avec qui ? Et puis… les sujets que la plupart des étudiants abordaient l’ennuyaient. Gin lui manquait de plus en plus, et Ichigo sortait son portable de plus en plus souvent. Le numéro de l’ancien prêteur sur gages… il le connaissait par cœur.

C’est d’un pas traînant qu’Ichigo se rendit au réfectoire et, comble de malchance, il se retrouva obligé de s’asseoir à la table de Shirosaki, qui demanda, moqueur :

— Votre Majesté… Serait-ce vous qui me harcelez ?

Ichigo allait l’ignorer, mais l’albinos déplaça son plateau et s’installa en face du noble. Ce dernier crut bon de répondre malgré lui :

— Ne raconte pas n’importe quoi !

— Vraiment ?

Ichigo eut l’appétit coupé et reposa ses couverts. Shirosaki observa le plateau de son vis-à-vis et demanda, songeur :

— Tu es anorexique ?

— Absolument pas…

Le roux fut gêné par la réflexion. Qu’était donc parti s’imaginer Shiro ?

— Tu as vu ce que tu as mis sur ton plateau ? Et en plus, tu n’as même pas touché à ce que t’as mis dessus…

Un soupir exaspéré fut la seule réponse que reçut Shirosaki. Un sourire retroussa ses lèvres, et il demanda, narquois :

— En fait… t’aimes bien qu’les autres s’inquiètent pour toi, Majesté ! T’es assez égocentrique, en fait !

— Pardon ?

Ichigo observa l’adolescent en face de lui, surpris. Shirosaki, voyant l’intérêt de son interlocuteur, reprit :

— Tu t’mets à part, tu t’prends des airs de vierge effarouchée, t’as une tête de premier de la classe… mais tu joues à l’autiste et tu fais semblant de n’pas manger…

— Je ne fais pas semblant !

— Aahh ! J’l’savais ! Donc, t’es anorexique ! s’exclama Shiro avec un sourire vainqueur.

— Imbécile !

— Pourquoi t’as perdu le goût à la vie, ta Majesté ?

— Boucle-la et arrête de m’appeler comme ça… Je m’en vais !

Ichigo allait quitter la table, mais Shirosaki poursuivit sans se démonter face au comportement de sa proie favorite :

— Si je me trompe, j’te mets au défi de manger ce qu’il y a dans ton plateau !

— Je n’ai rien à te prouver…

— Comme tu veux… Mais c’est moi qui ai raison.

Shirosaki ricana, et Ichigo, maintenant debout, resta indécis, pris entre la colère et la raison.

— Allez, Majesté… Ne soyez pas timide : ce ne sont que quelques boulettes de riz, après tout !

Ichigo tourna le dos à Shiro, mais la voix moqueuse le poursuivit, impitoyable :

— Qui aurait cru qu’un aussi noble personnage voudrait mettre fin à ses jours ?

La colère l’emporta. La discussion qu’il avait eue avec ses parents à ce sujet lui remonta en mémoire. Ichigo fit demi-tour, posa bruyamment son plateau en face de Shiro et s’installa.

— Ne crois pas que je me laisserai avoir à chaque fois.

Shirosaki se pencha en avant, un sourire conquérant sur les lèvres.

— Pourquoi… Tu comptais avoir d’autres discussions avec moi ?

Ichigo avala sa boulette de travers et toussa plus ou moins discrètement. Shiro se redressa et tapota l’épaule du jeune homme.

— Tu sais, ta Majesté… contrairement à toi, moi, j’ai pas eu l’avantage d’avoir toujours à manger à tous les repas. D’voir un gars dans ton genre snober la nourriture, alors que d’autres crèvent la dalle, ça m’énerve… Surtout si c’est pour des histoires de cul !

Le regard noir qu’Ichigo posa sur lui laissa l’albinos superbement indifférent. Il était en colère.

— Alors pourquoi tu me laisses pas tranquille, si je t’énerve ? répliqua sèchement Ichigo.

— Parce que je te veux, ta Majesté !

— Va te faire foutre !

Ichigo grinçait des dents et serrait convulsivement ses baguettes. Shiro agita une main moqueuse devant son visage.

— Tu devrais être honoré… Un gars comme moi qui veut prendre soin d’un gars comme toi ! Même si t’es noble, t’es supérieur à personne ! Même si t’as des gardes du corps… même si t’as du fric à en crever… t’es rien qu’un homme.

Ichigo posa ses baguettes avec soin sur son plateau. Shiro suivit les gestes élégants de son interlocuteur, qui, à l’évidence, avait envie de l’étrangler.

— Je t’ai rien demandé, Shirosaki… Et si je t’énerve à ce point, franchement, ne me suis plus !

Le roux quitta la table. Il sentit la présence de Shiro à côté de lui.

— En fait, je veux juste m’envoyer en l’air avec toi, pas avoir une relation amoureuse… Je veux juste voir la tête que tu fais quand tu jouis… Ça devrait être assez drôle, car ton expression serait alors comme la mienne…

Ichigo s’arrêta, surpris, et se tourna lentement vers Shirosaki, qui lui ressemblait effectivement comme deux gouttes d’eau. Ils avaient les mêmes traits, la même taille, la même allure… La différence venait surtout du fait que Shirosaki avait les yeux jaune pâle, un teint blafard et des cheveux blancs. Et, détail purement cosmétique, Shirosaki portait du vernis à ongles noir et passait du noir sur ses lèvres.

Mais lorsqu’ils se faisaient face, comme à cet instant, la ressemblance était frappante. Quoique l’expression contrariée d’Ichigo et celle, psychotique, de Shirosaki faisaient douter quelques élèves.

Ichigo soupira et abandonna Shirosaki sans répondre. Il n’en avait pas la force.

— Ta Majesté me boude ?

— La ferme !

— T’es vraiment pas gentil avec moi… ironisa Shiro.

Oh, combien ce type l’énervait ! Ichigo, arrivé dans le couloir qui menait à son dortoir, se tourna brutalement et colla Shirosaki contre le mur, furieux.

— Fous-moi la paix, à la fin ! T’es toujours en train de piailler sur ma vie… à me coller des étiquettes toutes plus fausses les unes que les autres, et à te faire des plans sur moi pour je ne sais quel délire névrotique… T’es qu’un con, et la prochaine fois que tu me saoules comme tu le fais, tu le sentiras passer !

— Vraiment ? demanda doucement Shirosaki, troublé.

L’albinos était fasciné par la colère d’Ichigo, mais surtout par son regard. Quelque chose, dans le fond de la rétine du roux, semblait brisé. Il ne savait pas pourquoi il essayait toujours de le pousser à bout… Tout ce qu’il savait, c’était qu’il brûlait de le posséder. De l’entendre gémir entre ses bras.

Shiro songea que plus il entrait dans l’intimité du noble, plus il le désirait. Ichigo le lâcha brutalement et marcha, énervé, jusqu’à sa chambre, dont il claqua la porte.

Y avait pas à chiquer… songea Shirosaki. Il finirait dans son lit !

°°0°0°°

Ichigo était poursuivi par les paroles de Shirosaki. Était-il anorexique ? Égocentrique ? Se conduisait-il comme un enfant gâté parce qu’on lui avait enlevé Gin ? Ou plutôt… Gin s’était-il enlevé à lui ?

Les jours qui suivirent, Ichigo évita Shirosaki autant qu’il le put. Et ce n’était pas une mince affaire. Le jeune homme s’était porté volontaire pour être délégué de classe. Il fut élu à la majorité.

Le prestige de son titre et de son rang allait ouvrir pas mal de portes à la classe, et tous les élèves agirent par intérêt. Tout comme Ichigo le faisait.

Occupé la plupart du temps, Ichigo n’entrait plus en contact avec son « jumeau », comme l’appelaient les autres. Il n’y avait rien à faire : ce type occupait pas mal de ses pensées, qu’il le veuille ou non. Mais en même temps, comment cela pouvait-il être autrement ? Il le harcelait !

Ce vendredi soir-là, le jeune homme se dépêcha de faire sa valise. Il était en retard, et ses parents allaient encore l’assaillir de questions en rentrant s’il n’accélérait pas. Mais lorsqu’il voulut sortir, Shirosaki se releva et fit face à Ichigo.

Leurs nez se touchaient. Ichigo eut du mal à ne pas loucher.

— Alors, ta Majesté, t’essayes de me fuir ?

— Raconte pas de conneries et dégage ! Je suis en retard !

— Oh, trop pressé de rentrer chez papa et maman.

Ichigo poussa Shiro et passa devant lui, contrarié. Shiro lui emboîta le pas. Le cœur d’Ichigo battait follement dans sa poitrine. Ce type lui tapait littéralement sur les nerfs !

— J’peux dire un truc ?

— Nan !

Le ton était dur, la voix forte.

— J’t’l’dirai quand même…

Ichigo s’arrêta pour lui faire face. Autant en finir une bonne fois pour toutes.

— Quoi ?

— Ton vice-président a démissionné !

Ichigo jeta un regard méfiant vers Shirosaki. Il n’était pas au courant.

— Et ?

— C’est moi qui ai été désigné comme son remplaçant !

Ichigo crut manquer d’air. Pas possible ! C’était une mauvaise blague ?

— C’est toi qui as…

— Non ! J’ai rien fait ! En fait, tu demandes tellement à tes subordonnés que tu les épuises, et y a personne qui voulait se présenter… Faut dire que t’en imposes ! Surtout à cause de ton titre. Donc j’me suis dévoué parce que j’en ai rien à foutre… Et puis, ça nous donnera l’occasion d’être ensemble beaucoup plus souvent. Je suis sûr que j’t’manque !

Ichigo se détourna et descendit les marches d’escalier. Shiro voulut l’arrêter une nouvelle fois, mais la voix de Grimmjow se fit entendre :

— Ah… j’ai cru qu’il vous était arrivé quelque chose, Kurosaki-sama. Veuillez me donner vos bagages. Je vais les mettre dans la voiture.

— Merci beaucoup, Grimmjow…

Les yeux bleus du garde du corps glissèrent sur Shirosaki, qui s’était renfrogné et s’était arrêté un peu plus loin dès qu’il avait entendu la voix grave.

— Tu t’la pètes ! dit-il d’une voix railleuse.

Ichigo sentit son sang bouillonner. Soudain, il se tourna vers Shirosaki et lui proposa :

— Puisque t’es si envieux… pourquoi tu ne passerais pas le week-end à la maison !

Shiro n’en revint pas.

— Sérieux ?

— Tout à fait ! Va chercher ta valise et accompagne-moi… Comme ça, tu la boucleras une bonne fois pour toutes.

Shirosaki resta un moment figé sur les marches, tout à coup indécis. Était-ce une blague ? Mais, en voyant l’expression de Kurosaki, il se rendit bien compte que non. Puis il se détourna et remonta les marches quatre à quatre. Arrivé en haut, il déclara :

— M’lâche pas cette fois-ci !

— Je t’attends devant ma voiture. Ça te va ?

— Ok !

Ichigo descendit et dévala les marches, puis se retrouva rapidement à l’extérieur. Pourquoi avait-il proposé à Shirosaki de l’accompagner ? Oh, et puis… entre Shirosaki et l’ambiance de plomb qu’il y avait chez lui actuellement, ça égayerait son séjour pour une fois.

Arrivé devant Grimmjow, Ichigo déclara :

— Shiro va m’accompagner…

— Vraiment ?

— Haï !

Grimmjow eut du mal à cacher sa surprise. La plupart du temps, Ichigo fuyait le jeune homme, et, pour le peu qu’il en avait vu, ils passaient leur temps à se crêper le chignon.

Ichigo entendit derrière lui le souffle haletant de Shirosaki et se tourna.

— Allez, monte !

— Haï !

Un grand sourire fendait ses lèvres peintes.

Ichigo monta dans la Mercedes sombre. Shiro s’installa de l’autre côté. Le jeune homme observa le noble sortir son portable. Apparemment, il était contrarié, et c’est agacé qu’il commença :

— Oui, maman, c’est moi, et je suis toujours en vie !

— Ichigo, tu es en retard… et…

— Maman, je fais partie maintenant du conseil des élèves, et je termine plus tard. Ce n’est pas pour ça que j’appelle. J’ai invité un ami à la maison…

Un silence suivit cette déclaration, puis Masaki demanda doucement :

— Petit ami ?

— Non, pas petit ami… ami, tout court !

— Très bien ! J’en suis vraiment ravie. Ton père aussi sera extrêmement content de…

— Si tu le dis, coupa Ichigo, une expression mauvaise sur le visage.

— Ichigo…, voulut protester sa mère.

— À tout à l’heure !

Ichigo raccrocha et se tourna vers Shiro. Ce dernier avait écouté la conversation et avait trouvé son petit noble bien tendu.

— J’aurais peut-être dû te dire que notre séjour n’allait pas être de tout repos…

— Ça m’pose pas de problème, ta Majesté…

— Évite de dire ça devant mon père, s’il te plaît… Déjà qu’il est furieux après moi parce que je suis gay, alors si en plus un ami vient chez lui et se moque de son rang… je ne suis pas sûr que tu t’en sortes vivant…

Shiro se pencha en avant pour mieux dévisager son interlocuteur, qui se fermait de plus en plus. Quoique… il n’en avait jamais appris autant en dix minutes.

— Ami ? C’est c’que j’suis pour toi ?

— Disons que t’es le seul à qui je parle. On va dire que c’est ce qui s’en rapproche le plus…

— Tu es gay aussi ? interrogea Shiro, moqueur.

— Comme si tu ne le savais pas. Et comme si ça te gênait ! rétorqua Ichigo, railleur à son tour.

— Non, j’pensais justement que tu me résistais parce que t’étais hétéro…

Un silence prit place dans la voiture. Ichigo se tourna alors vers l’étudiant.

— Dis-moi, Shirosaki… c’est quoi, ton prénom ?

— Ichigo.

— Pardon ?

Ichigo crut mal avoir entendu.

— Ichigo, comme toi…

La stupéfaction se lisait sur les traits du jeune homme. Ichigo observa, troublé, son interlocuteur et demanda encore :

— Ton anniversaire, c’est quand ?

— Le 16 juillet… Pourquoi ? C’est quand le tien ?

— Le 15.

Les deux adolescents se regardèrent, interdits. Shiro eut un petit sourire et déclara en ricanant :

— C’est plus qu’un signe du destin… Nous sommes nés à un jour d’écart, portons le même prénom, nous nous ressemblons comme deux gouttes d’eau… Nous sommes gay tous les deux… Tu es habillé en noir et je suis en blanc… En fait, nous sommes comme le yin et le yang…

Ichigo ne releva pas et s’enfonça dans son siège, pensif. Son regard en biais fixait Shiro, qui le scrutait intensément. Après quelques minutes de silence, Ichigo murmura :

— On peut voir des signes du destin partout, si on veut… J’y crois pas… j’y crois plus…

Shiro observa Ichigo et se demanda ce qui pouvait rendre l’étudiant si lugubre. Qu’est-ce qui le rendait fou de douleur, au point de se détruire, au point d’éviter tout contact avec les autres ? Il était même surpris de l’invitation intempestive du jeune homme. Lui avait téléphoné rapidement à ses parents pour les informer de la tournure des événements.

L’albinos croisa le regard bleu du chauffeur et ne comprit pas la lueur qui brillait dans ses yeux. De l’intérêt ?

Shiro se cala contre son siège et s’interrogea sur les bénéfices de son séjour dans la demeure familiale d’Ichigo. Vu la façon dont le jeune homme parlait à ses parents, la relation devait être relativement tendue. Peut-être seraient-ils abjects avec lui ? Ça, il s’en moquait. Toutefois, un certain intérêt s’était éveillé en lui.

Tout à ses réflexions, il vit brutalement la voiture amorcer une lente remontée dans un jardin européen. Ichigo avait suivi les différentes expressions que Shiro avait laissé filtrer au cours des instants où il était resté silencieux.

— Mes parents devraient être assez cool avec toi…

— C’est pour ça que tu t’entends bien avec eux ? ironisa Shirosaki.

Ichigo haussa les épaules. La voiture s’arrêta devant un manoir de type européen. Shiro siffla entre ses dents.

— Eh bien, je m’attendais à un décor de type médiéval, vu l’ancienneté de ton clan, et j’ai l’impression d’être entré en Bavière…

— Je dirais plutôt de type français…

— Comme tu veux… moi, l’architecture, je m’en fous…

Le roux quitta son siège, suivi par Shiro. Grimmjow avait déjà ouvert le coffre et sortait les bagages des deux étudiants. Masaki sortit de la maison et traversa la cour pour prendre son fils dans ses bras.

— Ichigo, je suis si heureuse de te voir…

— Ça va, maman… j’ai toujours l’impression que je suis sur le point de disparaître, avec toi.

Masaki accusa le coup et voulut répliquer, mais son regard tomba sur Shirosaki, et elle resta bouche bée.

— Maman, je te présente Shirosaki Ichigo.

— Enchanté, Madame…

— Incroyable… Vous ressemblez tellement à mon fils, et vous portez le même prénom… Et votre nom… comme c’est étrange, souffla Masaki.

Puis, se reprenant de peur de paraître impolie, Masaki adressa un doux sourire au jeune homme.

— Je vous souhaite la bienvenue chez nous. Cela fait tellement longtemps qu’Ichigo n’a pas amené un ami à la maison…

— Il faut dire que Keigo a eu la trouille de sa vie avec papa, marmonna Ichigo, qui avait emboîté le pas des domestiques.

— Tu vas nous reprocher cet incident toute ta vie ?

Ichigo continua sans se retourner. L’air dans le hall se fit plus frais… ce mois de juin était particulièrement chaud, et les vêtements d’Ichigo collaient à son corps. Il se tourna vers sa mère.

— Shirosaki est installé dans quelle chambre ?

— À côté de la tienne…

— Papa est là ?

— Pas encore, il rentrera pour souper…

— Ok… Hichi… suis-moi !

— Oh ? Tu m’appelles par mon petit nom ? Deviendrions-nous intimes ? se moqua Shiro.

— Boucle-la, pour une fois…

Masaki suivit du regard les deux adolescents grimper l’escalier pour disparaître dans un couloir. Elle se tourna vers Grimmjow, inquiète.

— Il va mieux ?

Le garde du corps, qui regardait toujours le couloir, baissa les yeux vers sa patronne.

— Depuis que Shirosaki est entré dans sa vie, il y a une nette amélioration…

— Vous croyez… que… enfin… qu’il y a une chance pour qu’ils…

— C’est fort probable… Shirosaki l’a clairement fait savoir à votre fils… et Kurosaki-sama l’invite ici. Je pense juste qu’il ne s’est rendu compte de rien, pour l’instant. Certaines choses doivent être encore trop fraîches dans son esprit…

— Pourvu que cet Ichigo-là puisse sortir le mien de sa dépression…

— Ils sont faits pour s’entendre ! Et, pour Shirosaki, je ne pense pas que ce soit le genre à être rebuté par les obstacles, mais plutôt à les apprécier.

— C’est une bonne nouvelle, alors…

Masaki quitta le garde du corps après l’avoir remercié. Grimmjow se gratta la tête et se demanda s’il se portait bien dans cette famille.

°°0°0°°

Ichigo ouvrit la porte de la chambre de Shiro et y entra.

— Voilà, c’est ici que tu vas pouvoir te reposer…

— Vraiment, Altesse ?

Les yeux ambre rencontrèrent les yeux jaunes et, pour la première fois, Ichigo se rendit compte qu’il évitait, la plupart du temps, le regard de Shirosaki. Il fut troublé — presque désespéré — de constater qu’il pouvait être ému par un autre homme que Gin. Il se renfrogna un peu plus et désigna une porte au fond, à droite de la chambre.

— Tu as ta salle de bain là-bas. S’il te manque des trucs, tu me le signaleras : j’essaierai de te les fournir.

— D’la tendresse ?

Shiro s’était glissé contre Ichigo alors que ce dernier ne faisait pas attention. Surpris, Ichigo recula et faillit basculer en arrière. L’albinos le rattrapa et le serra contre lui.

— Tu peux être maladroit… ou bien cherchais-tu un rapprochement ? demanda Hichigo avec un air séducteur.

Ichigo repoussa violemment Shiro et le menaça :

— Cesse tout de suite tes manigances…

— Manigances ? Tu veux dire que tu ne m’as pas fait venir ici pour qu’on couche ensemble ?

— Bien sûr que non !

— T’es vraiment con…

Shiro ne se laissa pas impressionner par sa future victime, aussi aimable qu’un chat en colère. Il attrapa Ichigo alors que ce dernier essayait de le contourner pour sortir. Sans lui laisser le temps de réfléchir, Shiro le plaqua contre le mur tout proche. Les deux mains d’Ichigo étaient prisonnières de sa poigne de fer. Le visage des deux adolescents était tout près.

Shiro se pencha encore, et ses lèvres caressèrent le visage d’Ichigo, qui essaya de se libérer. L’albinos plaqua son corps contre celui de sa victime, lui interdisant tout mouvement.

— Ichigo, cesse de remuer… Tu m’excites !

Le roux se figea et se rendit compte que c’était vrai. Ichigo déglutit péniblement et murmura, sombrement :

— Shirosaki, lâche-moi immédiatement.

— Ta Majesté… Je suis prêt à accéder à tous tes désirs, mais pas à celui-là !

Et, avant qu’Ichigo puisse répondre, Shiro l’embrassa tendrement. Le cœur du roux se mit à battre furieusement. Il refusait de participer au baiser. Il ne voulait pas céder… Il avait fait une promesse à Gin…

La main libre de Shiro glissa dans le dos d’Ichigo. Il ne voulait pas s’avouer vaincu par la non-coopération d’Ichigo. Il était troublé par son attitude. Hichigo se sentait désarmé face à Ichigo, mais il voulait lui faire prendre conscience qu’il le désirait aussi.

Shiro quitta les lèvres d’Ichigo pour les caresser du bout de la langue et murmura :

— J’aime les passifs…

La colère étreignit Ichigo. Il ouvrit la bouche, ce qui permit enfin à Shiro de franchir la barrière des dents du roux. D’un mouvement brusque, mais contrôlé, il colla leurs hanches ensemble dans un geste suggestif.

Ichigo se sentait dépassé : la langue fouillait sa bouche sans relâche, jouait avec tendresse et avidité avec la sienne ; et l’érection naissante de Shiro l’électrisait. Son corps réclamait ses caresses.

Ichigo sentait son désir s’allumer, brûlant, intense, sans concession. La peur s’alluma en lui, et il s’arracha véritablement de l’étreinte de Shiro, avant de lui balancer son poing à la figure.

Hichigo recula sous l’impact et gémit de douleur. Ce retour sur Terre était brutal. Il rencontra le regard ambre, partagé entre désir et peur, ce qui l’empêcha d’ironiser.

— Ne pose plus jamais les mains sur moi, Shirosaki.

— Admets tout de même que ça t’a plu, lui dit Hichigo.

— Plutôt crever !

— Parti comme t’es parti, c’est sûr qu’tu vas vite arriver à ton but !

Ichigo ouvrit la bouche pour répondre. Shiro croisa l’expression perdue du roux et comprit qu’il mettrait peut-être plus de temps que prévu pour conquérir sa fraise.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)