Chantage : 10

Ichigo gagna le hall principal de l’université. À peine y entra-t-il que la voix de Shirosaki se fit entendre.

— OÏ ! T’as le feu au cul ou quoi ?

Le roux ne fit même pas attention et continua son chemin, Shiro sur les talons.

— Bon sang ! Mais tu vas m’attendre ! s’exaspéra l’albinos.

— Je t’ai connu plus rapide, Shiro, ironisa Ichigo.

— Boucle-la, Kuro… J’peux même pas te souhaiter ton anniversaire !

— Mon anniversaire ?

Ichigo, abasourdi, se tourna vers Shirosaki qui le fixait, contrarié. Ce dernier passa une main nerveuse dans ses cheveux blancs et détourna le regard.

— Nous ne sortons plus ensemble, Shiro, rappela calmement Ichigo.

— Merde ! J’l’sais… mais n’empêche ! protesta l’albinos. Shiro croisa le regard d’Ichigo. L’étudiant s’approcha de son ex et effleura sa joue du dos de la main.

— J’suis sûr que tu penses qu’à lui…

— Si tu le sais, pourquoi tu me poses la question ?

Les deux hommes se fixèrent intensément. Ichigo soupira et murmura :

— Shiro… tu le savais depuis le début ! Tu te souviens qu’on en a discuté longtemps, la première fois où tu es venu chez moi…

— La fois où tata Kukkaku avait étalé son oden sur grand-père Yama ?

— Ouais.

Ichigo se rendit compte qu’ils étaient encore une fois le centre d’attention du campus. Il attrapa Shirosaki par la manche de sa chemise et l’entraîna dans une cage d’escalier toute proche.

— Ichi… tu t’rends compte que t’as plus de souvenirs avec moi qu’avec lui ?

La gorge d’Ichigo se noua. C’était vrai… il ne pouvait pas mettre les deux ans de leur relation au placard. Mais il ne pouvait pas non plus ranger Gin dans une boîte alors qu’il ne savait pas ce qu’elle contenait. Il n’avait pas eu le temps de tout déballer.

— Shiro… t’as pas un petit ami qui s’appelle Byakuya Kuchiki ?

— Si…

— Que dirait-il s’il savait que, encore une fois, tu me tournes autour ?

— Il m’f’rait passer un sale quart d’heure, admit Shiro. Il soupira et se détourna d’Ichigo, contrarié.

— Tu comprends pourquoi je ne peux pas accepter ? Tu ne l’aimes pas ? interrogea Ichigo.

— Si…

— S’il te quittait pour un autre… que ferais-tu ?

— Je bute le connard qui a osé m’l’détourner, et je suis prêt à encaisser sa colère pour le restant de mes jours, déclara Shiro, l’air revanchard.

— Pas les tiens ? se moqua Ichigo.

— Arrête de rire… Je sais pas pourquoi je m’obstine encore à t’courir après, alors que j’l’aime, lui ! Peut-être parce que c’est toi qui as rompu… Peut-être parce que t’as jamais été vraiment à moi ?

Shiro réfléchit, puis ajouta, plus sérieux :

— Si tu devais sauver l’un de nous deux… vers qui tu te dirigerais en premier ?

— Byakuya ! répliqua instantanément Shiro.

Shiro posa son front contre le mur en béton peint d’un vert pomme. Ichigo baissa la tête un instant, comme pour se plonger dans l’intense réflexion qui l’occupait.

« Shiro, je t’ai aimé… mais pas comme lui. Je ne t’ai jamais demandé de m’attendre, car je pense que si je ne suis pas capable de t’aimer complètement maintenant, je ne serai jamais capable de t’aimer comme tu le voudrais. Byakuya t’aime sincèrement, lui. Même si vous êtes de parfaits opposés… je vois bien que vous êtes faits pour être ensemble… Ça fait plus de six mois que vous avez commencé votre relation…

— Chuis accro aux nobles, ironisa Shiro en se tournant vers Ichigo.

Les deux étudiants se fixèrent quelques secondes, puis se sourirent.

— Sérieux… tu penses que tu le reverras aujourd’hui ?

— De tout mon cœur…

Ichigo avait le regard dans le vague une nouvelle fois. Puis il se reprit et déclara en jetant un œil à sa montre :

— C’est pas tout ça, mais on va être en retard, Shiro…

— OK.

Les deux hommes quittèrent la cage d’escalier.

Byakuya respira un peu plus librement. Il avait emprunté l’escalier de secours pour gagner du temps ; il ne s’était pas attendu à se retrouver coincé entre deux étages et à surprendre une conversation entre son petit ami et son ex.

Byakuya s’assit sur une marche. Ses jambes tremblaient. Il avait toujours douté de Shiro. Il était rongé depuis le début par Ichigo Kurosaki et la liaison qu’ils avaient entretenue durant deux ans. Il redoutait l’anniversaire de Kurosaki : Shiro ne faisait qu’en parler, lui rappelant sans cesse toutes leurs similitudes et, jusqu’à présent, Byakuya n’avait jamais osé dire quoi que ce soit à son amant. Il était peut-être temps de prendre le taureau par les cornes et de jouer franc jeu avec lui.

°oOo°

Ichigo trouva la journée mortelle, ennuyeuse et incroyablement longue. Il repoussa une mèche qui s’était échappée du lien qui retenait ses cheveux. Il quitta le cours en traînant. Il avait espéré un appel, un SMS. Il avait réussi à utiliser le réseau pour vérifier sa boîte mail… mais rien. Un profond abattement l’assaillait.

Shiro passa à côté de lui et voulut lui parler, mais Ichigo lui lança un regard suffisamment menaçant pour qu’il continue son chemin.

Le jeune homme fut le dernier à sortir de l’amphithéâtre. Il glissa une des anses de son sac sur son épaule. Sans vraiment se rendre compte de ce qu’il faisait, Ichigo marcha au ralenti dans les couloirs désormais déserts. Son cœur lui faisait tellement mal. L’après-midi touchait à sa fin et il n’avait eu aucune nouvelle. Rien.

°oOo°

C’est en courant presque que Shiro rejoignit Byakuya. Ce dernier l’attendait patiemment, installé sur un muret, jetant un œil aux notes prises plus tôt. Shiro le repéra du premier coup d’œil. Tout comme l’homme debout, qui scrutait les étudiants quittant le campus.

Shiro croisa l’espace d’une seconde le regard de l’homme, puis reporta son attention sur son amant, qui redressait la tête.

Shiro adressa un sourire carnassier à sa moitié et lui bondit dessus. Les deux étudiants partirent à la renverse. Byakuya se retrouva allongé sur l’herbe, Shiro au-dessus de lui, un sourire victorieux.

— Ta Majesté ! commença Shiro. T’as pas envie qu’on s’mange un truc avant d’aller r’joindre ta famille ?

— Nous sommes attendus pour dîner, Ichigo.

— Si c’est comme chez Ichi… j’préfère avoir quelque chose dans l’estomac… marmonna Shiro en se grattant le sommet du crâne, une moue songeuse.

— Ichigo ? fit une voix masculine derrière eux.

Surpris, les deux étudiants tournèrent la tête et observèrent l’homme de haute taille qui se tenait à côté d’eux. Byakuya souffla :

— Hichi… pousse-toi !

— Tu ne m’dis pas toujours ça, se moqua Shiro en reportant son attention sur le noble.

Byakuya rougit légèrement et repoussa Shiro, qui refusait de bouger.

— Ichigo… Kurosaki ? insista doucement l’homme.

Shiro redressa soudain la tête et examina l’homme devant lui : des cheveux blancs — ou plutôt argent — encadraient un visage fin. Une expression interrogative s’était peinte sur ses traits. Shiro ne voyait pas la couleur de ses yeux : ses paupières semblaient à demi closes.

Mais c’était surtout l’aura qui se dégageait de lui qui retenait l’attention. Il n’était pas baraqué, mais imposait par sa tenue et par son charisme. Shiro ne put s’empêcher d’admirer le costume sombre, très élégant. Dans l’ensemble, ce type était séduisant et… dangereux.

— Non. Je m’appelle Shirosaki Ichigo.

L’homme parut surpris et haussa un sourcil.

— Étonnant…, murmura-t-il.

— Si vous cherchez Ichigo Kurosaki… il est déjà parti depuis un petit moment, affirma Shiro.

— Oh, je vois.

L’homme se redressa et jeta un œil autour de lui. Il paraissait résigné et… mélancolique, soudain. Puis, après un dernier regard dans leur direction et un remerciement du bout des lèvres, il quitta les lieux d’une démarche nonchalante.

— Tu le connais ? interrogea Byakuya, soupçonneux.

— Non… mais je pense savoir de qui il s’agit, souffla l’albinos.

Byakuya examina Shiro et le trouva bien songeur, ce qui n’était pas forcément un bon signe. Il ne savait pas qui était l’homme, mais, apparemment, son amant ne l’appréciait pas — ce qui était étonnant, puisque Shiro n’était pas censé le connaître.

Byakuya fronça les sourcils et plissa légèrement les yeux.

— Hichi… tu… Ça n’a rien à v…

— Salut les gars !

La voix d’Ichigo les fit se retourner d’un seul bloc. Byakuya ouvrit de grands yeux et observa, stupéfait, Ichigo Kurosaki.

— T’étais pas censé être parti depuis longtemps ? demanda Byakuya, surpris.

— Non… j’ai traîné dans le bâtiment… j’ai…

Ichigo ne finit pas sa phrase. Byakuya analysa la situation : Ichigo semblait effondré. Shiro paraissait mal à l’aise. Et l’homme de tout à l’heure…

— Ichigo ! L’homme que tu aimes… il a pas des cheveux couleur argent ? Ou quelque chose dans le genre ?

Le roux releva la tête, les yeux ronds. Byakuya se tourna vers Shiro. Ce dernier comprit aussitôt que son amant avait saisi.

— Tu n’es qu’un petit con, Shiro ! Tu peux aller te faire foutre pour ce soir… et pour tous les autres soirs !

— Mais… tenta de se défendre Shiro.

Byakuya se tourna vers Ichigo, qui observait la scène, interrogateur.

— Ichigo… un homme grand, svelte, les cheveux argent, en costume, assez séduisant, quelqu’un de plus âgé que nous, attendait à côté de moi. Et quand il a vu Hichigo, il t’a pris pour lui.

— Gin…, souffla Ichigo, soudain en alerte.

Il appréhendait la suite. Son regard glissa brièvement sur Shiro, qui sembla se tasser. La colère commença à bouillonner.

— Hichi lui a dit que tu étais parti il y a un petit moment… et il…

— Non…, souffla Ichigo.

Son regard se planta sur Shiro, qui recula d’un pas en voyant la lueur meurtrière dans les yeux d’Ichigo.

— Tu n’as pas osé ?

Byakuya demanda, hésitant :

— C’était bien ton ancien… amant ?

Mais Ichigo bondit sur Shiro et l’attrapa à la gorge.

— Espèce d’enfoiré ! Tu savais que c’était Gin ! Et tu lui as dit que j’étais parti ? Tu savais que j’étais encore ici… Pourquoi ?

Shiro n’eut pas le loisir de répondre : Ichigo lui envoya son poing en pleine figure et hurla :

— Espèce de connard… Si je te revois, je te bute !

Ichigo se tourna vers Byakuya.

— Il est parti où ?

— Je n’y ai pas prêté attention… je suis désolé…

Byakuya était sincèrement désolé pour Ichigo. Le désespoir qui semblait le submerger le mit d’autant plus en colère contre Shiro, qui se relevait difficilement. Byakuya le snoba et quitta les lieux sans un regard en arrière.

Ichigo sortit son portable. Il n’avait pas changé de numéro… Pourquoi Gin ne l’appelait-il pas tout simplement ? Lui, il ne le pouvait plus… Où aurait-il pu aller ?

Le visage de Kisuke s’imposa à lui.

Ichigo marcha rapidement vers l’artère principale de la ville et sortit son portable pour appeler un taxi. Son cœur battait à toute allure.

Gin s’était déplacé jusqu’à l’université ! Il ne l’avait pas oublié et… il savait ce qu’Ichigo faisait… Ichigo ravala un sanglot. Toutes ces années d’attente allaient prendre fin. Enfin… fallait-il encore qu’il trouve son ex.

Un quart d’heure plus tard, Ichigo regardait défiler les rues de Tokyo, puis celles de Karakura. Un frisson le traversa en se remémorant le début de sa relation avec Gin. Un sourire amer plissa la commissure de ses lèvres. Il ne ressemblait plus à un gamin. Est-ce que Gin allait l’aimer malgré tous les changements physiques ?

Il n’avait plus rien à voir avec la crevette qu’il était à seize ans…

Ichigo repoussa ces idées stupides. Lorsque le taxi s’approcha de l’ancien quartier où se trouvait la « boulangerie » de Gin, son cœur cognait si fort, sa gorge était si sèche, il transpirait tellement qu’il crut sa dernière heure arrivée.

Le taxi s’arrêta et Ichigo leva les yeux sur… une boutique de mode. Où était la boulangerie ?

Quelques minutes plus tard, Ichigo était figé sur le trottoir. Il se décida à entrer et se dirigea vers le comptoir. Une vendeuse lui offrit son plus beau sourire, malgré la pointe d’interrogation dans son regard.

— Puis-je vous aider, monsieur ?

— Connaîtriez-vous un certain Urahara Kisuke ?

— Euh… non… C’est quelqu’un qui faisait partie du magasin ? Je suis nouvelle, alors…

— Non… non, il y avait une boulangerie ici avant…

— Ah… j’ai su qu’elle avait été rachetée il y a plus de trois ans par l’actuelle propriétaire.

— Vous ne sauriez pas où est passé l’ancien gérant, par hasard ? demanda Ichigo, plein d’espoir.

— Je n’en sais rien… Attendez, je vais lui demander ! Ne bougez pas…

La jeune femme disparut au fond du magasin. Ichigo balaya les portants d’un regard absent. Son cœur semblait s’être arrêté plus tôt et, maintenant, il avait l’impression d’étouffer. Il voulait… non : il fallait qu’il retrouve Gin.

— Bonjour, monsieur…

Ichigo se tourna vers une femme plus âgée que la vendeuse, plus sophistiquée.

— Bonjour, je recherche Urahara Kisuke, qui se trouvait ici, et…

— Oh… Urahara-san n’habite plus à Karakura. Lorsqu’il m’a cédé le bail, il m’a dit vouloir quitter Karakura et Tokyo…

— Il ne vous a pas dit où il allait ?

— Non… aucune idée. Il semblait juste pressé ! C’était quelqu’un de votre famille ?

— Non… une connaissance. Je suis désolé de vous avoir importunée, et merci d’avoir bien voulu me répondre.

Ichigo s’inclina. La rousse en face de lui haussa un sourcil.

— Mais de rien… Hinamori !

Elle héla la vendeuse.

— Veuillez remettre ces étagères en place.

— Haï, Rangiku-san.

D’un air absent, Ichigo jeta un œil à sa montre. Il se faisait tard et le soleil commençait à décliner. Il ferait sombre lorsqu’il rentrerait.

Que devait-il faire ?

D’un pas hésitant, Ichigo descendit à la bouche de métro la plus proche et monta dans une rame. Son regard était vide. Il ne connaissait pas l’entourage de Gin, à part Urahara. Keigo habitait loin de Karakura. Il n’avait plus aucun repère. Tout avait disparu.

C’est d’un pas lourd qu’il remonta l’avenue principale. Cette fois-ci, Ichigo ne voyait plus l’intérêt de courir. Il se dirigea vers la gare et attendit, l’esprit vide. La chaleur écrasante de cette fin d’après-midi d’été ne semblait pas le toucher. Nombre de voyageurs s’éventaient avec une feuille de papier ou un éventail. Mais Ichigo ne ressentait rien. Toute la journée, il n’avait pensé qu’à une seule chose : retrouver Gin.

Il avait été si proche de le rencontrer, et l’intervention de Shiro avait anéanti toutes ses chances. Lorsque l’interphone annonça l’arrivée prochaine de son train, il se leva mécaniquement et attendit sur le quai.

Une bonne heure plus tard, le jeune homme remontait la rue principale du quartier de Ginza.

Son portable vibra. C’est absent qu’Ichigo répondit :

— Kurosaki Ichigo.

— Tu l’as retrouvé ? demanda Shiro, confus.

— Non ! Enfoiré… Si je te tenais, je te tuerais avec plaisir…

— Je t’présente mes excuses… Byakuya ne veut plus me parler… marmonna Shiro.

— Rien à foutre ! Tout ce qui t’arrive, c’est de ta faute ! cracha Ichigo.

Il serrait tellement son portable que ses jointures blanchirent.

— T’as pas son numéro ?

— Non. Il ne me l’avait pas donné…

— Prudent, ton ex…

— La ferme !

— Tu sais pas où il habite ?

Ichigo se figea. Il n’avait pas pensé à l’appartement. Il se traita d’imbécile.

— Si…

— Et t’as pas pensé à y aller ? T’es con ou quoi ? J’t’ai connu plus futé !

— La ferme ! J’ai été voir à son ancien lieu de travail…

— Bon, j’t’laisse… Maintenant, tu sais c’que tu dois faire.

— Salut !

Ichigo coupa la communication abruptement et héla un taxi. Il se souvenait de l’adresse et s’enfonça dans son siège. Pourquoi n’y avait-il pas pensé ? C’était pourtant simple.

Il pria tout le long du trajet pour que Gin habite encore là où ils s’étaient vus pour la dernière fois.

Une demi-heure plus tard, Ichigo se dirigea vers l’immeuble où résidait Gin.

Il s’approcha de l’interphone et fit défiler les noms des locataires. Son cœur cognait si fort qu’il avait l’impression de l’entendre dans ses oreilles. Aikawa, Kanaba, Yamamoto, Shiba, Aizawa, Hanatawa, Kotagari, Kenichi, Wakisaki, Watanabe, Toda… son cœur faillit lâcher en lisant Ichibashi… Non. Aucun nom ne ressemblait à celui d’Ichimaru.

Et pourtant, Ichigo savait qu’il était devant le bon immeuble.

Que devait-il faire ? La rage montait en lui. Ce n’était pas possible !

Une voix féminine l’interpella.

— Quelque chose ne va pas, jeune homme ?

Surpris, Ichigo se tourna et rencontra le visage aimable d’une vieille dame.

— Je cherche quelqu’un et je ne trouve pas son nom…, souffla Ichigo, désespéré.

— Vraiment ? J’habite cet immeuble depuis environ quarante ans… Je connais chaque habitant. Donnez-moi son nom, je pourrai peut-être vous aider.

Ichigo déglutit et bafouilla presque en prononçant le nom.

— Oh… Ichimaru-san. Il a quitté l’immeuble il y a environ un an. Je ne sais plus exactement à quelle date. Je crois que ça s’est produit au moment où il a rompu avec son petit ami… Ichinose. Il était gentil, ce petit, mais peut-être trop sérieux…

Le cœur d’Ichigo se serra. La vieille dame l’observa et demanda, doucement :

— Vous aussi, vous êtes un ancien petit ami d’Ichimaru-san ? Inutile de me répondre… vu votre regard.

Ichigo demanda, en désespoir de cause :

— Vous ne sauriez pas, par hasard, où je pourrais le trouver ?

— Non… Il m’a vaguement dit qu’il s’installerait non loin du quartier de Kanda. Je crois que le siège de sa société doit s’y trouver. Mais… je vous avoue… j’ai oublié. Je suis désolée.

— Je vous remercie beaucoup.

Ichigo soupira et resta encore quelques minutes à écouter la vieille dame, puis sortit son portable une nouvelle fois. Cette journée allait lui coûter les yeux de la tête en taxis.

Le téléphone se mit à sonner. Ichigo répondit, passablement énervé.

— Kurosaki Ichigo…

— Je suis heureux de t’entendre, Ichigo…

Cette voix… Ichigo la reconnaîtrait entre mille. Il en eut les jambes coupées. Il s’accroupit sous le choc, une main dans ses cheveux, l’autre crispée sur son portable moite.

— Gin…

Sa voix était rauque, étouffée par l’émotion.

— Ichigo… Je ne sais pas par quoi commencer. Je suis passé à ton université et tu n’y étais pas. Je suis allé à ton adresse de Ginza et tu n’y étais pas. En désespoir de cause, j’ai téléphoné chez tes parents, et ta grand-mère est une personne très chaleureuse… Elle m’a certifié que… que…

— Je veux te revoir.

— Oui… c’est ce qu’elle m’a dit. Où te trouves-tu ?

La question avait été chuchotée. Ichigo se redressa : un taxi venait de s’arrêter devant lui. Il ouvrit la portière arrière, absent.

— J’étais venu à ton ancienne adresse… Je t’ai cherché à ton ancien travail. Je pensais contacter Urahara-san…, marmonna Ichigo. Je… je rentre chez moi… Tu veux me rejoindre ?

— Je t’attends.

La ligne coupa. Le bip résonna dans la tête d’Ichigo. Pourquoi avait-il interrompu si vite la conversation ?

— Nous allons où ? demanda le chauffeur.

— Chez moi…

Ichigo donna son adresse. Un frisson lui remonta la colonne vertébrale : il allait revoir Gin, dans quelques minutes.

Elles lui parurent les plus longues de sa vie. Comme le temps était capricieux… Tantôt il accélérait au point de faire disparaître des jours entiers ; tantôt, comme à présent, il ralentissait au point de prolonger un supplice.

Quand la voiture se rangea enfin le long du trottoir, Ichigo était bouleversé. Lentement, il traversa la rue ; nulle part il ne vit la silhouette de Gin. Il composa son code pour entrer dans l’immeuble, poussa le vantail et resta figé. Personne.

Son cœur allait finir par exploser.

Gin l’attendait devant la porte de son appartement ?

Ichigo monta dans l’ascenseur, les jambes tremblantes. Jamais il ne s’était maudit autant pour des réactions qu’il jugeait puériles. Pourtant…

Les portes coulissèrent. Ichigo ne s’en aperçut pas, trop immergé dans ses pensées, trop tenaillé par l’angoisse.

Lorsqu’une main retint les portes qui se refermaient, Ichigo releva son visage tourmenté et rencontra des yeux bleu azur inimitable.

Le temps s’arrêta.

— Gin…

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)