This could be heaven : 1

Renji marmonnait en sortant de sa chambre. Yachiru l’attendait de pied ferme dans le couloir de marbre blanc et applaudit des deux mains en voyant son père dans ses nouveaux vêtements. Le Dieu de l’Amour hurla :

— Il est hors de question que j’aille sur Terre attifé de cette manière !

— Mais, ’pa ! C’est à la mode… C’est pour ça que t’es un geek…

— Pardon ?

Le dieu aux cheveux rouges offrit un visage stupéfait.

— Qu’est-ce que tu viens de dire ?

— Voilà… Va faire un tour sur Terre… Ça fait trop de siècles que tu es enfermé ici ! Et puis… au moins, ta charmante mère te lâchera un peu les baskets !

La déesse du foyer observait son père, amusée par tant d’aplomb face à une situation imprévue. Renji haussa un sourcil et marmonna entre ses dents :

— Baskets ? C’est quoi, encore ?

— Arrête de râler… viens !

Yachiru empoigna le poignet de son père, et ce dernier suivit docilement — quoique, en marmonnant — contre les filles trop entreprenantes… La jeune fille aux longs cheveux roses avait de la suite dans les idées. De toute façon, à quoi bon lutter ? Quelque part… elle avait hérité du caractère de sa mère ! Rien que d’y penser, Renji fit une grimace.

Ils traversèrent une succession de salles lumineuses, mais Yachiru avait l’intention d’emmener le Dieu de l’Amour en dehors de son palais. Ils descendirent rapidement les marches de marbre blanc et, bientôt, ils furent entourés de haies de rosiers fleuris. Celles-ci laissaient échapper une odeur entêtante.

— Tu comptes aller loin comme ça ? maugréa l’homme réfractaire.

— Non, pas très… jusqu’au portail…

— Mais… mais… il n’en est pas question ! Je veux retirer ces vêtements tout de suite…

Renji jeta un regard affolé sur sa tenue, honteux que quelqu’un puisse le voir accoutré de cette manière.

— Mais oui, mais oui ! continua Yachiru.

Tout à coup, un éclat de rire se fit entendre, ce qui crispa le dieu — déjà en proie aux affres du tourment. Et qui plus est… en train de se débattre avec ses nouveaux vêtements qu’il trouvait inconfortables et rêches.

— Par Sōsuke ! s’exclama Rangiku. C’est bien toi, Renji… le Dieu de l’Amour dans cet accoutrement humain ? Qui a réussi ce tour de force ? Qu’on le félicite !

Renji se tourna vers son ex-femme, qui arrivait dans un… presque rien. Ses formes généreuses ne demandaient qu’à sortir du malheureux bout de tissu qui devait, soi-disant, « cacher » son anatomie. La mâchoire de Renji tomba. Rangiku la remonta d’un doigt et ajouta, ironique :

— Oui… tu as vraiment besoin d’un stage dans le monde humain… Il est pas mal, mon maillot de bain, n’est-ce pas ?

— Maillot de bain ? répéta Renji, hébété. Tu pourrais te balader nue, ce serait pareil…

Il ajouta, scandalisé :

— C’est pour ça que je l’envoie dans le monde humain, maman, reprit Yachiru. Papa est devenu trop… trop… trop… enfin, tu vois !

— Ouais ! Tu parles que je vois… je l’ai subi pendant quelques siècles !

— Subi ? reprit Renji, estomaqué. Attends… qui a le caractère le plus imprévisible ? Qui passe son temps à faire la fête avec Shunsui ? Qui…

— Rabat-joie ! répondit Rangiku. Toi, tu ne sais pas t’amuser. De plus, tu es censé être le Dieu de l’amour et tu n’as jamais été réellement amoureux ! Je trouve ça déplorable… Tu ne fais strictement rien, non plus ! Avec tes kimonos tout poussiéreux ! Pourtant, t’as un corps à faire damner toutes les femmes — ou les hommes, d’ailleurs — mais toi, tu passes ton temps avec ta mère…

— Laisse ma mère en dehors de ça… grogna Renji, tout en frissonnant d’effroi à cette seule pensée.

— Voilà ! s’énerva la muse de la musique. Dès qu’il s’agit de ta mère, tu te fermes… Il est vraiment temps que tu coupes le cordon, au bout de tous ces millénaires !

Renji leva les yeux au ciel et, avant qu’il puisse répondre, se sentit de nouveau tiré brutalement par Yachiru. Il baissa les yeux pour croiser ceux de sa fille. Celle-ci lui adressa son plus beau sourire et déclara :

— Allez, ’pa… va t’amuser un peu et laisse grand-mère. Elle envahit complètement ta vie ! Je m’occuperai bien d’elle pendant ton absence. Et profites-en pour tomber amoureux…

— Je ne peux pas tomber amoureux d’un humain !

— Je trouverais ça follement romantique…, déclara Rangiku, rêveuse, les yeux déjà remplis d’étoiles.

— J’aimerais bien aussi ! Tu choisis qui tu veux… moi, ça me convient si elle ou il est gentil.

Le Dieu de l’Amour traversa le jardin d’Éden en compagnie de son ex-femme, qui le poussait dans le dos, et de sa fille, qui le tirait par la main. Ils arrivèrent devant un immense portail rectangulaire. Un trou béant en occupait le centre, ce qui permettait de voir le jardin dans son ensemble.

Rangiku actionna la porte, et un liquide semblable à du mercure glissa entre les quatre pans des piliers de pierre. Lorsque la masse cessa de bouger, dans un dernier mouvement de vague, le portail forma un immense miroir : six mètres de haut sur trois de large.

Renji voulut protester violemment, mais se sentit pousser à quatre mains dans la porte des dimensions, sans même savoir où il atterrirait — et sans avoir le temps de poser des questions pratiques… Il entendit les rires de plus en plus lointains de sa fille et de son ex-femme. Elles lui paieraient ça quand il reviendrait… c’était certain !

°°0°0°°

Renji se retrouva dans un espace clos et extrêmement étroit. L’odeur d’urine était insupportable. Son cœur se mit à battre furieusement, et une nausée intempestive vint lui tordre l’estomac. Il posa une main sur la porte — un motif imitation bois devant lui — et ferma les yeux pour se reprendre.

Quand il les rouvrit, son regard tomba sur une sorte de loquet brillant. Renji le fit tourner et, ô miracle, le battant le laissa sortir du réduit dans lequel il était enfermé depuis quelques minutes.

En sortant, le dieu tomba sur un long miroir où son reflet s’exposait. Ses traits reflétaient le dégoût, et il poussa un énorme soupir d’angoisse en se voyant encore habillé comme… comme un va-nu-pieds. Il aperçut, sur sa droite, une porte et décida d’affronter ce monde horrible qu’était la dimension humaine. La dernière fois qu’il avait mis les pieds sur Terre… il avait rencontré Ulysse. Quoique celui-ci ne savait pas qui il était, en réalité !

Plongé dans ses pensées, Renji fut secoué lorsqu’il se rendit compte qu’il était… entré en enfer. Il porta une main à son cœur ; l’horreur s’accrochait à son visage. Il observa intensément les humains qui l’entouraient. Car c’étaient bien des humains — et non des démons… pourtant.

La plupart étaient jeunes et se tenaient devant des machines. Soit ils s’agitaient en bougeant comme des fous pour suivre — le dieu plissa les yeux — des mouvements chorégraphiques ? Son regard balaya la pièce, et il constata que certains chevauchaient des sortes de chevaux en bois… qui ne ressemblaient pas du tout à des quadrupèdes. Les engins avaient des roues comme moyen de locomotion, mais restaient sur place… tandis qu’un paysage défilait sur un écran. Il vit ensuite des hommes et des femmes assis, appuyant sur des boutons avec fièvre.

Quelqu’un le télescopa, et Renji entendit une voix nasillarde lui crier dessus :

— T’peux regarder où tu marches, connard !

— P… pardon…, murmura le dieu, déphasé.

Renji décida de trouver une sortie à cet enfer et maudit au passage sa femme et sa fille. Il tourna en rond dans la pièce et finit par trouver la sortie au bout d’une heure… suivi par une troupe de jeunes filles qui, d’un côté, se moquait de son accoutrement, mais, de l’autre, l’admirait pour son physique avantageux. Il crut même entendre le terme « sexy »… C’était quoi, cette époque où les femelles couraient après les mâles ? Où était passée la séduction ?

Le Dieu de l’Amour finit par se retrouver devant des battants transparents et se demanda s’il devait sortir. L’extérieur lui semblait plus effrayant que l’endroit où il se trouvait. Pourtant, il fut emmené dehors par un flot d’étudiants et se retrouva au milieu de ce qui ressemblait à un parvis.

La première chose qu’il ressentit fut une odeur pestilentielle, sans parvenir à en déterminer l’origine. C’était persistant, et ça agressait les narines. La seconde chose qu’il constata, ce furent trois malheureux arbres au milieu de la placette, et des bancs sagement installés en dessous.

Les yeux rouges du dieu virent des véhicules sans chevaux se déplacer en faisant un bruit horrible et en crachant parfois des nuages de fumée noire. Il crut devenir fou… Où était-il arrivé ?

Renji voulut fuir, mais pour aller où ? Partout où il posait les yeux, des bâtiments gris et hauts bloquaient le paysage. Des couleurs agressives clignotaient sans cesse, et le bourdonnement lui donnait mal à la tête. Il posa ses doigts sur ses oreilles pour atténuer le bruit. Puis, voyant qu’il attirait l’attention, il se mit à marcher… il ne savait pas où… mais il marcha vers ce qui pourrait ressembler à une issue.

°°0°0°°

Renji marcha pendant une heure sans voir de sortie. Il s’était habitué aux bruits, aux accoutrements bizarres, à l’odeur dont il était incapable de donner un nom, et à l’environnement sombre et sans joie. Il avait constaté que sa tenue tranchait avec celle des humains, qui le regardaient parfois avec curiosité.

Il faut dire que sa fille avait choisi des couleurs assez éclatantes : un t-shirt orange, rouge et bleu… un pantacourt noir, plein de poches, un bandana blanc à fleurs rouges et des tongs en plastique orange. Renji soupira… Que faisait-il là ?

Lassé de marcher et, surtout, de se sentir coincé dans ce monde effrayant et insipide, Renji trouva un banc devant une grande esplanade blanche qui donnait sur un vaste bâtiment de verre. L’attrait du banc, c’était qu’il se trouvait à l’ombre et, en plus, qu’il était vide — ce qui semblait un luxe, ici.

Les vêtements de Renji collaient un peu à cause de la transpiration. La chaleur écrasante de cet été l’empêchait d’être à son aise.

Une fois assis, il songea à la douce brise qui agitait l’Olympe et au chant des oiseaux. Un soupir venu du plus profond de son âme s’échoua sur ses lèvres entrouvertes. Comme il aimerait rentrer chez lui…

Un petit rire le tira de sa rêverie. Renji tourna la tête et croisa un homme portant des… lunettes noires. Il remarqua :

— Ça, c’est un soupir nostalgique… ou je me trompe ?

La voix était amusée, mais non moqueuse. Le jeune homme avait des cheveux orange en épis. Dans sa main, une canne blanche, avec laquelle il jouait d’un geste un peu nerveux. Il portait des vêtements noirs et serrés, comme ses lunettes. Son t-shirt révélait une fine musculature : dans l’ensemble, il avait un corps nerveux.

Renji finit par répondre :

— Oui… je l’avoue…

Un fin sourire étira les lèvres sensuelles de l’orangé.

— Vous semblez… pris au dépourvu…

— Le mot est faible ! grogna Renji entre ses dents.

— Je ne vais pas vous déranger plus longtemps…

Ichigo, sentant une certaine réticence, se retourna pour regarder droit devant lui. Pourtant, la voix chaleureuse reprit :

— Vous ne semblez pas incommodé par la chaleur…

— Non, pas vraiment… Je suis « habitué ». Vous devez être un étranger…

— Exact…

Renji se gratta le sommet du crâne et allongea ses longues jambes devant lui.

— C’est vrai que notre ville devient une étuve en été, et aujourd’hui… il fait particulièrement chaud.

— J’me demande comment vous faites !

Un rire léger lui répondit. Le jeune homme suggéra :

— Pourquoi ne vous achetez-vous pas une boisson fraîche… ou une glace ?

— Acheter ? répéta Renji.

— Avec de l’argent… se moqua gentiment son interlocuteur.

Renji avait oublié ce fameux problème : l’argent. Par curiosité, il fouilla dans ses poches et, ô miracle — c’était le cas de le dire — sa fille avait glissé ce moyen de transaction dans son pantalon.

— J’ai de l’argent…, marmonna Renji, avec un doute dans la voix.

— Vous semblez réellement perdu…, souffla Ichigo.

— Comment le prendriez-vous si votre fille et votre ex-femme vous envoyaient de force dans un monde inconnu…

— Un monde inconnu ? Vous êtes un extra-terrestre ? se moqua ouvertement le roux.

— Presque !

Ichigo rit de bon cœur et, finalement, se releva. Il fit bouger sa canne blanche devant lui d’un petit geste.

— Suivez-moi… je connais un glacier pas loin. Vous pourrez y trouver tout ce dont vous avez besoin.

Renji scruta le jeune homme qui regardait droit devant lui. Finalement, il demanda :

— Êtes-vous aveugle ?

Un silence froissé lui répondit. Renji, réalisant sa bourde, reprit précipitamment :

— Excusez-moi… je ne voulais pas être indiscret, ou…

— Ce n’est pas grave. Je préfère, à la limite : c’est honnête et direct. Oui, je suis aveugle…

Ichigo se mit à marcher et Renji lui emboîta le pas.

— Comment faites-vous pour vous repérer dans ce monde de fous ?

— À vous entendre, j’ai l’impression que vous vous trouvez en enfer… Je me trompe ?

— Je me demande si l’enfer serait aussi angoissant…, remarqua Renji.

Ichigo éclata de rire et, entre deux éclats, déclara :

— C’est vrai que si vous venez de la campagne, la ville doit vous sembler abominable.

Renji demanda, stupéfait :

— Il existe encore une campagne, dans la dimension humaine ?

Ichigo tourna la tête vers lui, sans relever le visage.

— Vous avez une façon assez surprenante de vous exprimer. Comme si vous ne faisiez pas partie de ce monde. Vous vous êtes échappé d’un asile ?

Renji ouvrit la bouche puis, finalement, laissa échapper un rire.

— Si je suis direct, vous l’êtes aussi… Non, je ne suis pas fou. Seulement… confondu par ce que je découvre, ici.

Un sourire éclaira le visage d’Ichigo, qui reprit son chemin.

— Je m’appelle Ichigo Kurosaki…

— Renji… Renji…

L’esprit de Renji se mit à fonctionner à toute vitesse.

— Abarai.

— Vous semblez douter de votre identité.

Trop perspicace, cet Ichigo, pensa le dieu.

— C’est juste… que j’ai eu un traumatisme crânien récemment, et je suis partiellement amnésique !

— C’est pour ça… Regardez autour de vous : vous ne voyez pas un petit camion où on distribue des boissons, des crêpes et des glaces ?

Renji faillit demander ce qu’était un « camion », mais se retint juste à temps. Déjà, il avait fait passer son apparente idiotie pour de l’amnésie. Il était évident qu’il ne faudrait pas abuser de l’excuse avec ce jeune homme.

Renji vit soudain un véhicule un peu plus grand et plus haut que les autres, autour duquel des familles se rassemblaient pour acheter des glaces. Un sourire soulagé apparut sur ses lèvres.

— Si… sur votre droite, près d’une sorte de parc.

— Oui… j’avoue qu’en vous parlant, je me suis distrait, et j’ai perdu un peu le sens de l’orientation.

Renji donna quelques indications et les deux hommes se retrouvèrent devant le marchand de glaces. Renji commanda — après avoir fait énumérer tous les parfums — menthe et chocolat. Ichigo en prit une à la fraise.

Renji paya, malgré les protestations d’Ichigo. Le vendeur regardait, stupéfait, le billet que lui avait tendu le dieu.

— Ex… excusez-moi, monsieur… mais je n’ai pas assez de monnaie pour vous rendre…

— Je n’en veux pas ! Gardez l’argent…

Renji haussa les épaules et commença à lécher sa glace. Il entendit du bruit derrière lui et se tourna : des enfants venaient de bousculer Ichigo, qui perdait l’équilibre.

Renji le retint par le coude et murmura, tout près de son oreille :

— Faites attention à vous…

— Pardon…

Un frisson parcourut l’échine du jeune homme, qui ne s’attendait pas à une telle proximité. Une fois redressé et sûr sur ses jambes, Ichigo recula, à contrecœur. Renji dégageait une odeur agréable, comme des fleurs fraîchement coupées. Le cœur d’Ichigo s’était mis à battre inexplicablement, et il espéra que son trouble passerait inaperçu.

Renji, qui l’observait, remarqua une légère coloration sur ses joues. Un vague sourire se dessina sur les lèvres du dieu.

— Avez-vous toujours été aveugle ?

Ichigo se mit à lécher sa propre glace. Renji eut les yeux rivés sur cette langue qui léchait consciencieusement la boule. La gorge de l’homme se noua ; il dut détourner le regard, et se souvint qu’il tenait lui-même une glace qui commençait à fondre. Il la mangea précipitamment.

— Non… je le suis seulement depuis trois ans, en fait.

— Comment cela vous est-il arrivé ? Enfin… si ce n’est pas indiscret…

— Non… enfin… pour vous, ce n’est pas indiscret.

Ichigo venait de finir sa glace. Il sortit un mouchoir et expliqua, en même temps :

— Je faisais du base-ball en compétition. J’ai reçu une balle perdue sur la tempe et, depuis, je ne vois plus. Les médecins me disent que je peux retrouver la vue brutalement, mais que ce n’est pas sûr. Ils souhaitent que je ne me fasse pas trop d’espoir…

— Mais l’espoir fait vivre ! s’insurgea Renji.

— Que de fougue… fit Ichigo, songeur. Je ne perds pas espoir, vous savez. J’aime les couleurs et la vie. Je donnerais tout ce que j’ai pour pouvoir revoir un jour. Mais la patience est une vertu… qu’on acquiert, peut-être malgré soi.

Un sourire ironique éclaira le visage du jeune homme.

— Vos vêtements sont noirs, pourtant…

Ichigo grimaça.

— Je le sais… Disons que ça m’évite le ridicule. J’ai tout acheté en noir pour ne pas me tromper quand je suis devant mon armoire.

— Personne ne peut vous aider ?

— Oh… je vis dans une pension, loin de ma famille, qui se saigne pour me payer mes études…

Renji observa le jeune homme, pensif. Ichigo continua :

— Je fais des études de psychologie… mais aussi de musicologie, pour soigner les personnes. C’est une approche que je trouve plus facile quand vous souffrez de troubles… surtout s’ils sont là depuis plusieurs années. Bref ! Assez parlé de moi. Et vous… vous faites quoi, dans la vie ? Vous devez travailler puisque vous avez une fille et… divorcé ?

Un sourire fleurit sur le visage de Renji.

— Oui, divorcé… Une chance, d’ailleurs ! Elle m’a fait vivre un enfer !

— Pourtant, vous avez eu une fille !

— Oui… Mais on s’est mariés un soir où on avait particulièrement fait la fête ! Alors, on ne peut pas dire que c’était vraiment par « amour »… Un comble pour moi…

— Pourquoi ?

La question surprit Renji.

— Disons… que mon travail est dans le domaine amoureux…

— Aaahhh ! Vous êtes conseiller matrimonial ?

Renji se gratta la tête, les yeux au ciel.

— Oui… on peut dire ça comme ça.

— Ça doit être passionnant de trouver le partenaire « idéal », surtout si le couple finit par s’aimer !

Renji resta un instant silencieux.

— Quelquefois, je trouve ça lassant, à la longue…

— Vous avez quel âge ? J’ai l’impression que vous vous décrivez comme quelqu’un de très vieux…

— Euh… trente ans…

Ichigo éclata de rire.

— Je crois que ça fait quelques années que je n’ai pas ri autant en moins d’une heure !

— Je suis si drôle…, marmonna Renji.

— Vous êtes amusant, c’est certain. Et ne vous vexez pas ! Je vous trouve plutôt rafraîchissant par rapport aux personnes que je côtoie habituellement.

— Vous êtes étudiant… donc vous êtes jeune aussi…

— C’est une façon de me demander mon âge ? se moqua gentiment l’orangé. J’ai vingt-trois ans.

— Au berceau, quoi…

— Pardon ?

— Rien… je me parlais à moi-même…

— Vous semblez déçu…

— Pourquoi ?

— Je… ne sais pas…

Ichigo rougit légèrement et se sentit mal à l’aise. Pourquoi avait-il dit ça ? Ça ne le regardait pas… Et pourtant… il était attiré par cet inconnu avec lequel il discutait depuis une heure.

Ichigo passait un bon moment, sans arrière-pensée, et surtout sans cette pitié qui accompagnait généralement ses amis quand ils sortaient avec lui. Quoique cela arrivait de moins en moins : il préférait être seul plutôt que d’être considéré comme un boulet.

— Ne vous sentez pas gêné…

— Je vais vous laisser. Je dois rentrer : j’ai des devoirs à finir pour demain.

— Très bien… J’ai été très heureux de vous rencontrer, Ichigo.

Ichigo fut surpris que l’homme se permette de l’appeler par son prénom. Pourtant, il leva lentement le visage vers Renji, pour la première fois, et un sourire franc apparut.

— Moi de même, Renji…

— Je peux vous demander quelque chose, avant de partir ?

— Oui… laquelle ?

— J’aurais aimé voir la couleur de vos yeux…, souffla Renji, presque timidement.

Ichigo refusait toujours de quitter ses lunettes. Il se sentait désarmé sans elles. Pourtant… il ne savait pas si c’était le changement de tessiture de la voix, ou cette odeur entêtante de fleurs qui le séduisait plus que de raison… mais sa main — mue par sa propre volonté — souleva lentement la monture.

Ichigo offrit un regard ambre à son interlocuteur. Renji fut frappé par la clarté de ces yeux, tout en étant « morts ». Sans s’en rendre compte, il passa un doigt sous l’œil gauche du jeune homme, puis recula comme s’il s’était brûlé.

Ichigo reposa ses lunettes sur son nez. Un sourire triste se figea sur son visage.

— Peut-être un autre jour…

Le jeune homme s’éloigna presque brusquement, laissant Renji immobile un instant. Le dieu se rendit compte qu’ils avaient été le point de mire de toute l’esplanade depuis tout ce temps. Mais peu lui importait.

Renji regarda l’aveugle s’éloigner, se frayant un chemin parmi les badauds qui l’observaient. Au bout de quelques instants, il décida de le suivre d’assez loin pour ne pas être repéré.

Au bout d’un quart d’heure, il se dit qu’on pouvait le prendre pour un pervers. Bientôt, Ichigo fut rejoint par deux jeunes hommes de son âge, un blond et un brun, qui se montrèrent très familiers avec lui. Cela troubla Renji, qui ne voyait pas d’un bon œil ce rapprochement trop amical.

Le petit groupe entra bientôt dans une bâtisse plutôt grande et ancienne, ce qui jurait à côté des bâtiments modernes.

Sans se faire remarquer, Renji trouva un poste d’observation dans l’immeuble voisin, en restauration, et observa le jeune homme aux cheveux orange qui avait su le charmer.

Ce qu’il découvrit le laissa perplexe… et de plus en plus en colère. Le dieu avait une vue plongeante sur la chambre d’Ichigo.

Renji resta ainsi une semaine, puis décida brutalement de quitter le monde humain, où il avait appris beaucoup de choses… c’était certain. Mais incontestablement pas la meilleure part de l’humanité.

Est-ce que Nanao s’acharnait au travail ? Ulquiorra débordait-il des enfers sur Terre ? Et lui… s’était-il investi, dernièrement, dans sa mission ?

Un froncement de sourcils barrait son visage et, lorsqu’il entra à nouveau dans le royaume des dieux… il ne remarqua même pas sa fille, qui l’attendait.

Le Dieu de l’Amour partit se réfugier dans son palais. Certaines choses devaient changer, et ce… rapidement.

Petit bonus

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Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)