Renji marmonnait en sortant de sa chambre. Yatchiru l’attendait de pied ferme dans le couloir en marbre blanc et applaudit à deux mains en voyant son père dans ses nouveaux vêtements. Le Dieu de l’Amour hurla :
— Il est hors de question que j’aille sur Terre attifé de cette manière !
— Mais ‘pa ! C’est à la mode… C’est pour ça que t’es un geek…
— Pardon ?
Le dieu aux cheveux rouges offrait un visage stupéfait.
— Qu’est-ce que tu viens de dire ?
— Voilà… Va faire un tour sur Terre… ça fait trop de siècles que tu es enfermé ici ! Et puis… au moins, ta charmante mère te lâchera un peu les baskets !
La déesse du foyer observait son père, amusée par tant d’emportement face à une situation imprévue. Renji haussa un sourcil et marmonna entre ses dents :
— Baskets ? C’est quoi, encore ?
— Arrête de râler… viens !
Yatchiru empoigna le poignet de son père et ce dernier suivit docilement, quoiqu’en marmonnant contre les filles qui étaient trop entreprenantes… La jeune fille aux longs cheveux roses avait de la suite dans les idées ; de toute façon, à quoi bon lutter ? Quelque part… elle avait hérité du caractère de sa mère ! Rien que d’y penser, Renji fit une grimace.
Ils passèrent une succession de salles lumineuses, mais Yatchiru avait l’intention d’emmener le Dieu de l’Amour en dehors de son palais. Ils descendirent rapidement les marches en marbre blanc et, bientôt, ils furent entourés de haies de rosiers fleuris. Ces dernières laissaient échapper une odeur entêtante.
— Tu comptes aller loin comme ça ? maugréa l’homme réfractaire.
— Non, pas très… jusqu’au portail…
— Mais… mais… il n’en est pas question ! Je veux retirer ces vêtements tout de suite…
Renji jeta un regard affolé sur sa tenue, honteux que quelqu’un puisse le voir accoutré de cette manière.
— Mais oui, mais oui ! continua Yatchiru.
Tout à coup, un éclat de rire se fit entendre, et cela crispa le Dieu déjà en proie aux affres du tourment. Et qui plus est… également en train de se démener avec ses nouveaux vêtements, qu’il trouvait inconfortables et rêches.
— Par Sosuke ! s’exclama Rangiku. C’est bien toi, Renji… le Dieu de l’Amour dans cet accoutrement humain ? Qui a réussi ce tour de force ? Qu’on le félicite !
L’homme se tourna vers son ex-femme qui arrivait dans un… presque rien, et ses formes généreuses ne demandaient qu’à sortir du malheureux bout de tissu qui devait soi-disant « cacher » son anatomie. La mâchoire de Renji tomba, et Rangiku la lui remonta d’un doigt avant de lancer, ironique :
— Oui… tu as vraiment besoin d’un stage dans le monde humain… Il est pas mal, mon maillot de bain, n’est-ce pas ?
— Maillot de bain ? répéta Renji, hébété. Tu pourrais te balader nue, ça serait pareil… fit-il, scandalisé.
— C’est pour ça que je l’envoie dans le monde humain, maman. Papa est devenu trop… trop… trop… enfin, tu vois !
— Ouais ! Tu parles que je vois… je l’ai subi pendant quelques siècles !
— Subi ? reprit Renji, estomaqué. Attends… qui a le caractère le plus imprévisible ? Qui passe son temps à faire la fête avec Shunsui ? Qui…
— Rabat-joie ! répondit Rangiku. Toi, tu ne sais pas t’amuser. De plus, tu es censé être le Dieu de l’Amour et tu n’as jamais été réellement amoureux ! Je trouve ça déplorable… Tu ne fais strictement rien non plus ! Dans tes kimonos tout poussiéreux ! Pourtant, t’as un corps à faire damner toutes les femmes — ou les hommes, d’ailleurs — mais toi, tu passes ton temps avec ta mère…
— Laisse ma mère en dehors de ça… grogna Renji, tout en ayant un frisson d’effroi en songeant à elle.
— Voilà ! s’énerva la muse de la musique. Dès qu’il s’agit de ta mère, tu te fermes… Il est vraiment temps que tu coupes le cordon, au bout de tous ces millénaires !
Renji leva les yeux au ciel et, sans qu’il puisse répondre, se sentit tiré à nouveau brutalement par Yatchiru. Il baissa les yeux pour rencontrer ceux de sa fille. Cette dernière lui adressa son plus beau sourire et déclara :
— Allez, ‘pa… va t’amuser un peu et laisse grand-mère. Elle envahit complètement ta vie ! Je m’occuperai bien d’elle pendant ton absence. Et profite-en pour tomber amoureux…
— Je ne peux pas tomber amoureux d’un humain !
— Je trouverais ça follement romantique… déclara Rangiku, rêveuse, les yeux déjà remplis d’étoiles.
— J’aimerais bien aussi ! Tu choisis qui tu veux… moi, ça me convient si elle ou il est gentil.
Le Dieu de l’Amour traversa le jardin d’Éden en compagnie de son ex-femme, qui le poussait dans le dos, et de sa fille, qui le tirait par la main. Ils arrivèrent devant un immense portail de forme rectangulaire. Celui-ci comportait un immense trou au milieu, ce qui permettait de voir le jardin dans son ensemble.
Rangiku actionna la porte et un liquide qui ressemblait à du mercure glissa entre les quatre pans des piliers en pierre. Lorsque la masse liquide cessa de bouger dans un mouvement de vague, le portail forma un immense miroir de six mètres de haut sur trois de large.
Renji voulut protester violemment, mais se sentit poussé par quatre mains dans la porte des dimensions, sans vraiment savoir où il atterrirait, ni poser des questions pratiques… Il entendit les rires de plus en plus lointains de sa fille et de son ex-femme. Elles le paieraient quand il reviendrait… c’était certain !
°°0°0°°
Renji se trouvait dans un espace clos et extrêmement étroit. L’odeur d’urine était insupportable. Son cœur se mit à battre furieusement et une nausée intempestive vint lui tordre l’estomac.
L’homme posa une main sur la porte qui avait un motif imitation bois devant lui. Il ferma les yeux pour se reprendre. Finalement, en les rouvrant, ceux-ci tombèrent sur une sorte de loquet brillant. Renji le fit tourner et — ô miracle ! — le battant le laissa sortir du réduit dans lequel il était enfermé depuis quelques minutes.
En sortant, le Dieu tomba sur un long miroir où son reflet s’exposait. Les traits de ce dernier reflétaient le dégoût et il poussa un énorme soupir d’angoisse en se voyant à nouveau habillé comme… comme un va-nu-pieds.
Il vit sur sa droite une porte et décida d’affronter ce monde horrible que représentait la dimension humaine. La dernière fois qu’il avait mis les pieds sur Terre… il avait rencontré Ulysse. Quoique ce dernier ne savait pas qui il était, en réalité !
Plongé dans ces pensées, il fut secoué quand il se rendit compte qu’il était… entré en enfer. Renji porta une main à son cœur, une expression d’horreur accrochée au visage. Il observa intensément les humains qui l’entouraient. Car c’était bien des humains, et non des démons… pourtant !
La plupart étaient jeunes et se tenaient devant des machines. Soit ils s’agitaient en bougeant comme des fous pour suivre — le Dieu plissa les yeux — des mouvements chorégraphiques ?
Son regard balaya la pièce et il constata que certains chevauchaient des sortes de chevaux en bois, mais qui ne ressemblaient pas du tout aux quadrupèdes.
Ces machines comportaient des roues comme moyen de locomotion, mais restaient sur place… un paysage défilait sur un écran. Ensuite, il vit des hommes et des femmes assis, touchant des boutons avec fièvre.
Quelqu’un le télescopa et Renji entendit une voix nasillarde crier à son encontre :
— T’peux regarder où tu marches, connard !
— P… pardon ! murmura le Dieu, déphasé.
Renji décida de trouver une sortie à cet enfer et maudit au passage sa femme et sa fille. Le Dieu tourna en rond dans la pièce et finit par trouver la sortie au bout d’une heure… suivi par une troupe de jeunes filles qui, d’un côté, se moquaient apparemment de son accoutrement, mais qui, d’autre part, l’admiraient pour son physique avantageux. Il crut même entendre le terme « sexy »…
C’était quoi, cette époque où les femelles couraient après les mâles ? Où était passée la séduction ?
Le Dieu de l’Amour finit par se retrouver devant des battants transparents et Renji se demanda s’il devait sortir. L’extérieur lui semblait plus effrayant que l’endroit où il se trouvait. Pourtant, il fut emporté à l’extérieur par un flot d’étudiants et il se retrouva au milieu de ce qui semblait être une sorte de parvis.
La première chose qu’il ressentit fut une odeur pestilentielle, mais ne sut déterminer d’où elle provenait. C’était persistant et cela attaquait les narines. Ensuite, la seconde chose que Renji constata fut la présence de trois malheureux arbres au milieu de la placette ; des bancs se trouvaient sagement installés en dessous.
Les yeux rouges de l’homme virent des véhicules sans chevaux, se déplaçant en faisant un bruit horrible et créant parfois des nuages de fumée noire à l’arrière. L’homme crut devenir fou… où était-il arrivé ?
Renji voulut fuir, mais pour aller où ? Partout où ses yeux se posaient, des espèces de bâtiments tout gris et hauts bloquaient le paysage. Des couleurs agressives clignotaient constamment et le bruit bourdonnant lui donnait mal à la tête. Le Dieu posa ses doigts sur ses oreilles pour l’atténuer. Puis, voyant qu’il attirait l’attention, il se dirigea… il ne savait pas encore où… mais il se dirigea quelque part qui aurait pu ressembler à une quelconque issue.
°°0°0°°
Renji marcha pendant une heure sans voir de sortie. Il s’était habitué aux bruits, aux accoutrements bizarres, à l’odeur dont il ne savait pas donner un quelconque nom, et à l’environnement sombre et sans joie.
Le Dieu de l’Amour avait constaté que sa tenue tranchait avec celle des humains qui le regardaient parfois avec beaucoup de curiosité. Il faut dire que sa fille avait choisi des couleurs assez éclatantes : comme un T-shirt orange, rouge et bleu… un pantacourt noir et à beaucoup de poches, un bandana blanc avec un motif à fleurs rouges et des tongs en plastique orange. Le Dieu soupira… que faisait-il là ?
Lassé de marcher et surtout de se sentir coincé dans ce monde effrayant et insipide… Renji trouva un banc devant une grande esplanade blanche qui donnait sur un grand bâtiment en verre.
L’attrait du banc était qu’il se trouvait à l’ombre et, de plus, qu’il était vide ; ce qui semblait un luxe dans ce monde. Les vêtements de l’homme étaient un peu collés par la transpiration. La chaleur écrasante de cet été l’empêchait d’être à son aise.
Une fois assis, il songea à la douce brise qui agitait l’Olympe et au doux sifflement des oiseaux. Un soupir venu du plus profond de son âme vint s’échouer sur ses lèvres mi-closes. Comme il aimerait retourner chez lui…
Un petit rire fit sortir Renji de sa douce rêverie ! Il tourna la tête et croisa un homme avec des… lunettes noires. Ce dernier remarqua :
— Ça, c’est un soupir nostalgique, ou je me trompe ?
La voix était amusée, mais non moqueuse. Le jeune homme avait des cheveux orange en épis. Dans sa main, une canne blanche avec laquelle il jouait plus ou moins nerveusement. Le jeune homme portait des vêtements serrés et noirs, comme ses lunettes. Son T-shirt révélait une fine musculature et, dans l’ensemble, le jeune homme possédait un corps nerveux. Renji finit par répondre :
— Oui… je l’avoue…
Un fin sourire étira les lèvres sensuelles de l’orangé, qui continua :
— Vous semblez… pris au dépourvu…
— Le mot est faible ! grogna Renji entre ses dents.
— Je ne vais pas vous déranger plus longtemps…
Ichigo, sentant une certaine réticence chez son interlocuteur, se retourna pour regarder droit devant lui. Pourtant, la voix chaleureuse de l’homme reprit :
— Vous ne semblez pas incommodé par la chaleur…
— Non, pas vraiment… Je suis « habitué ». Vous devez être un étranger…
— Exact…
Renji se gratta le sommet du crâne et allongea ses longues jambes devant lui.
— C’est vrai que notre ville devient une étuve en été et, aujourd’hui, il est vrai qu’il fait relativement chaud.
— J’me demande comment vous faites !
Un rire léger répondit… Le jeune homme suggéra :
— Pourquoi ne vous achetez-vous pas une boisson fraîche ou une glace ?
— Acheter ? répéta Renji.
— Avec de l’argent… se moqua gentiment son interlocuteur.
Renji avait oublié qu’il y avait ce fameux problème de l’argent dans ce monde. Par curiosité, le Dieu fouilla dans ses poches et, ô miracle ! c’était le cas de le dire : sa fille avait glissé ce moyen de transaction dans son pantalon.
— J’ai de l’argent ! marmonna Renji, avec un doute dans la voix.
— Vous semblez réellement perdu… souffla Ichigo.
— Comment le prendriez-vous si votre fille et votre ex-femme vous envoyaient de force dans un monde inconnu…
— Un monde inconnu ? Êtes-vous un extraterrestre ? se moqua ouvertement l’orangé.
— Presque !
Le roux rit de bon cœur et finalement se releva, bougea la canne blanche devant lui dans un petit mouvement.
— Suivez-moi… je connais un glacier pas loin. Vous pourrez y trouver tout ce dont vous avez besoin.
Renji scruta le jeune homme, qui regardait droit devant lui. Finalement, il demanda :
— Êtes-vous aveugle ?
Un silence froissé répondit. Le Dieu, se rendant compte de sa bourde, reprit précipitamment :
— Excusez-moi… je ne voulais pas être indiscret, ou…
— Ce n’est pas grave. Je préfère, à la limite : c’est honnête et direct ! Oui, je suis aveugle…
Ichigo se mit à marcher et Renji lui emboîta le pas. Ce dernier reprit :
Comment faites-vous pour vous repérer dans ce monde de fous ?
— À vous entendre, j’ai l’impression que vous vous trouvez en enfer… Je me trompe ?
— Je me demande si l’enfer serait aussi angoissant… remarqua Renji.
Ichigo éclata de rire à nouveau et, entre deux éclats, déclara :
— C’est vrai que, si vous venez de la campagne, la ville doit vous sembler abominable.
Renji interrogea, stupéfait :
— Il existe encore une campagne dans la dimension humaine ?
Ichigo tourna la tête vers son interlocuteur sans toutefois relever le menton.
— Vous avez une façon assez surprenante de vous exprimer. Comme si vous ne faisiez pas partie de ce monde. Êtes-vous échappé d’un asile ?
Le Dieu ouvrit la bouche et, finalement, laissa échapper un rire :
— Si je suis direct, vous l’êtes également… Non, je ne suis pas fou. Seulement… confondu par ce que je découvre ici.
Un sourire éclaira le visage du jeune homme, qui reprit son chemin. L’orangé déclara :
— Je m’appelle Ichigo Kurosaki…
— Renji… Renji…
L’esprit de l’homme se mit à fonctionner à toute vitesse et reprit :
— Abarai.
— Vous semblez douter de votre identité.
Trop perspicace, cet Ichigo, pensa le Dieu.
— C’est juste… que j’ai eu un traumatisme crânien récemment et je suis partiellement amnésique !
— C’est pour cela… Regardez autour de vous : ne voyez-vous pas un petit camion où l’on distribue des boissons, des crêpes et des glaces ?
Renji faillit demander ce qu’était un « camion », mais se retint juste à temps. Déjà, il avait fait passer son apparente imbécillité pour de l’amnésie. Il était évident qu’il ne faudrait pas abuser de l’excuse avec ce jeune homme.
Le Dieu vit soudain un véhicule un peu plus grand et haut que les autres où des familles se rassemblaient pour acheter des glaces. Un sourire soulagé apparut sur les lèvres de Renji, qui hocha la tête et dit presque victorieux :
— Si… sur votre droite, près d’une sorte de parc.
— Oui… j’avoue qu’en vous parlant… je me suis distrait et j’ai perdu un peu le sens de l’orientation.
Renji donna quelques instructions et les deux hommes se retrouvèrent devant le marchand de glaces. Le Dieu commanda après avoir fait énumérer tous les parfums : de la menthe et du chocolat. Ichigo en prit une à la fraise… Renji paya, même sous les protestations d’Ichigo. Le vendeur regardait, stupéfait, le billet que lui avait donné le Dieu.
— Ex… excusez-moi, monsieur… mais je n’ai pas assez de monnaie pour vous rendre…
— Je n’en veux pas ! Gardez l’argent…
Renji haussa les épaules et commença à lécher sa glace.
Il entendit un bruit derrière lui et l’homme aux cheveux rouges se tourna pour voir des enfants qui avaient brutalement poussé Ichigo, qui perdait l’équilibre. Le Dieu le retint par le coude et murmura au creux de l’oreille de l’orangé :
— Faites attention à vous…
— Pardon…
Un frisson parcourut l’échine du jeune homme, qui ne s’attendait pas à une telle proximité. Une fois redressé et sûr sur ses jambes, Ichigo se recula à contre-cœur. L’homme dégageait une odeur agréable de fleurs fraîchement coupées. Son cœur s’était mis à battre inexplicablement, soudainement, et il espéra que son trouble passerait inaperçu. Renji, qui l’observait, vit une légère coloration sur les joues du jeune homme et un vague sourire se dessina sur ses lèvres. Le Dieu questionna :
— Avez-vous toujours été aveugle ?
Ichigo se mit à lécher sa propre glace et Renji eut les yeux qui restèrent fixés sur cette langue qui léchait consciencieusement sa boule de glace. La gorge de l’homme se noua et il dut regarder ailleurs, puis finit par se souvenir que lui-même en tenait une qui commençait à fondre. Il la mangea précipitamment.
— Non… je le suis seulement depuis trois ans, en fait !
— Pourquoi ? Enfin, si ce n’est pas indiscret…
— Non… enfin… pour vous… ce n’est pas indiscret.
Ichigo venait de finir sa glace. Il sortit un mouchoir et expliqua en même temps :
— Je faisais du baseball avant, en compétition, et j’ai reçu une balle perdue sur la tempe, et depuis ce temps-là, je ne vois plus. Les médecins me disent que je peux retrouver la vue brutalement, mais que ce n’est pas vraiment sûr. Ils souhaitent que je ne me fasse pas trop d’espoir !
— Mais l’espoir fait vivre ! s’insurgea Renji.
— Que de fougue… fit songeur Ichigo. Je ne perds pas espoir, vous savez… J’aime les couleurs et la vie. Je donnerais tout ce que j’ai pour qu’un jour je puisse voir à nouveau. Mais la patience est une vertu que l’on acquiert… peut-être malgré soi.
Un sourire ironique vint éclairer le jeune homme. Renji demanda :
— Vos vêtements sont noirs, pourtant…
Ichigo grimaça.
— Je le sais… Disons que ça m’évite le ridicule. J’ai tout acheté en noir pour ne pas me tromper lorsque je suis devant mon armoire.
— Personne ne peut vous aider ?
— Oh… je vis dans une pension, loin de ma famille, qui se saigne pour me payer mes études…
Renji observa, pensif, le jeune homme, et ce dernier continua :
— Je fais des études en psychologie… mais je fais aussi des études de musicologie pour soigner les personnes. C’est une approche que je trouve beaucoup plus facile lorsque vous souffrez de troubles… surtout s’ils sont inscrits depuis plusieurs années en vous.
Ichigo changea de ton soudainement et s’écria presque :
— Assez parlé de moi ! Et vous… vous faites quoi dans la vie ? Vous devez travailler, puisque vous avez une fille et… vous êtes divorcé ?
Un sourire fleurit sur le visage de Renji, qui répondit avec un léger sourire…
— Oui, divorcé… Une chance, d’ailleurs ! Elle m’a fait vivre un enfer !
— Pourtant, vous avez eu une fille !
— Oui… Mais nous nous sommes mariés un soir où nous avions particulièrement fait la fête ! Alors, on ne peut pas dire que c’était réellement par « amour »… Un comble pour moi… fit, dans un souffle, Renji.
— Pourquoi ?
La question surprit Renji, qui rétorqua :
— Disons… que mon travail est dans le domaine amoureux…
— Aaahhhh ! Vous êtes un conseiller matrimonial ?
Renji porta une main à la taille et se gratta la tête tout en ayant les yeux fixés au ciel, et marmonna :
— Oui… je pense qu’on peut dire ça comme ça !
— Ça doit être passionnant de trouver le partenaire « idéal », surtout si le couple finit par s’aimer !
Le Dieu observa quelques instants le jeune homme, qui regardait dans sa direction, mais au niveau de son cou.
— Quelquefois, je trouve ça lassant, à la longue…
— Vous avez quel âge ? J’ai l’impression que vous vous décrivez comme quelqu’un de très vieux…
— Euh… trente ans…
Ichigo éclata de rire et finit par déclarer :
— Je crois que ça fait quelques années que je n’ai pas ri autant en moins d’une heure !
— Je suis si drôle… marmonna entre ses dents Renji.
— Vous êtes amusant… c’est certain. Et ne vous vexez pas ! Je trouve que vous êtes plutôt rafraîchissant par rapport aux personnes que je côtoie habituellement.
— Vous êtes étudiant… donc, vous êtes jeune aussi…
— Est-ce une façon de me demander mon âge ? se moqua gentiment l’orangé. J’ai vingt-trois ans…
— Au berceau, quoi…
— Pardon ? interrogea, surpris, l’humain.
— Rien… je me parlais à moi-même…
— Vous semblez déçu…
— Pourquoi ?
— Je… ne sais pas…
Ichigo rougit légèrement et se sentit soudain mal à l’aise. Pourquoi avait-il fait cette remarque ? Après tout, cela ne le regardait pas… Pourtant… il était « attiré » par cet inconnu avec lequel il discutait depuis maintenant une heure.
L’étudiant passait un agréable moment depuis bien longtemps, sans arrière-pensée — et surtout sans cette pitié qui accompagnait généralement ses amis lorsqu’ils sortaient avec lui. Quoique cela se produisait de moins en moins. Il préférait être seul plutôt que d’être considéré comme un boulet.
— Ne vous sentez pas gêné…
— Je vais vous laisser. Je dois retourner chez moi… J’ai des devoirs à finir pour demain.
— Très bien… J’ai été très heureux de vous rencontrer… Ichigo.
Ce dernier fut surpris que l’homme se permette de l’appeler par son prénom. Toutefois, Ichigo leva lentement son visage vers Renji pour la première fois, et un sourire franc apparut.
— Moi de même, Renji…
— Je peux vous demander quelque chose avant… de partir ?
— Oui… laquelle ?
— J’aurais aimé voir la couleur de vos yeux… souffla presque timidement Renji.
Ichigo refusait toujours de quitter ses lunettes. Il se sentait désarmé sans elles. Pourtant, il ne savait pas si c’était le changement de tessiture de la voix, ou cette odeur entêtante de fleurs qui le séduisait plus que de raison… Sa main, mue par sa propre volonté, souleva lentement la paire de lunettes et Ichigo offrit un regard ambre à son interlocuteur, qui fut frappé par la couleur claire du regard, tout en étant « mort ». Renji, sans vraiment s’en rendre compte, passa un doigt sous l’œil gauche du jeune homme, puis recula comme s’il avait été brûlé.
Ichigo reposa ses lunettes sur son nez et un sourire triste se figea sur son visage.
— Peut-être à un autre jour…
Le jeune homme quitta presque brusquement le Dieu, qui resta figé un instant. Renji se rendit compte qu’ils avaient été le point de mire de toute l’esplanade depuis tout ce temps. Mais peu lui importait. L’homme aux cheveux rouges regarda s’éloigner l’aveugle, qui se frayait un chemin parmi les badauds qui l’observaient. Renji décida, au bout de quelques instants, de suivre l’orangé de suffisamment loin pour ne pas être aperçu.
Il finit par penser, au bout d’un quart d’heure de marche, qu’il pouvait être considéré comme un pervers. Bientôt, le jeune homme fut rejoint par deux jeunes hommes de son âge : un blond et un brun, qui se montraient très familiers avec le roux.
Cela troubla Renji, qui ne voyait pas d’un bon œil le rapprochement trop amical de ses amis. Bientôt, le petit groupe entra dans un bâtiment plutôt grand et ancien, ce qui jurait à côté des bâtiments modernes. Le Dieu, sans se faire remarquer, réussit à se trouver un poste d’observation dans l’immeuble voisin en restauration pour observer le jeune homme aux cheveux orange qui avait su le charmer.
Ce qu’il découvrit le laissa perplexe et le mit de plus en plus en colère. Le Dieu avait une vue plongeante sur la chambre d’Ichigo.
Renji resta ainsi une semaine et décida brutalement de quitter le monde humain, où il apprit beaucoup de choses… c’était certain… Mais incontestablement pas la meilleure part de l’humanité.
Est-ce que Nanao s’acharnait dans son travail ? Ulquiorra débordait-il des Enfers sur Terre ? Et lui, s’était-il investi dernièrement dans son travail ?
Un froncement de sourcil barrait son visage, et lorsqu’il entra à nouveau dans le royaume des dieux… il ne remarqua même pas sa fille qui l’attendait. Le Dieu de l’Amour partit se réfugier dans son palais. Certaines choses devaient changer et ce… rapidement !
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Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)