This could be heaven : 7

Lundi 6 juillet 2009


Voilà le dernier chapitre… J’espère que ton cadeau t’aura plu jusqu’au bout, Ernia !


Renji ouvrit les yeux et rencontra le regard malicieux d’Ichigo. Son premier réflexe fut de lui rendre son sourire. La lueur qui pétillait dans son regard l’attendrit. Il n’avait jamais vu les yeux du jeune homme aussi vivants. Vivants ? La voix de son mari le tira de ses pensées :

— Renji… j’ai reçu un magnifique cadeau pour notre premier anniversaire de mariage.

Le Dieu fut surpris en entendant ces paroles. Il ne lui avait pas encore offert. Comment pouvait-il décréter qu’il avait reçu un cadeau, et sans bouger du lit ? Ichigo se mit alors, du bout des doigts, à tracer les tatouages qui ornaient le corps de Renji et ce dernier réalisa de quoi il s’agissait. Un pic de glace vint recouvrir son cœur et son corps se raidit sous l’effroi, soudainement. Renji chuchota, la voix enrouée :

— Tu… tu as recouvré la vue ?

Ichigo lui adressa un sourire, quoique timide, car dans les yeux de Renji, la peur voilait son regard. Que se passait-il ? Pourquoi Renji réagissait-il ainsi ? N’était-il pas heureux qu’il ait enfin recouvré la vue ?

Renji attrapa le visage du roux entre ses mains. Son cœur cognait et ses mains étaient moites sous la soudaine émotion qui l’étreignait. Son cerveau se vida de toutes pensées cohérentes. Il allait perdre Ichigo… ce fut la seule chose qui resta, telle une empreinte indélébile.

Ichigo ne comprenait pas ce qui ébranlait autant son amant. Et il ouvrit les yeux de surprise lorsque sa bouche recouvrit la sienne comme jamais auparavant. Presque avec désespoir, comme s’il s’agissait de leurs derniers baisers. Ichigo s’accrocha aux bras de Renji, comprenant confusément que quelque chose de grave se passait sans qu’il en sache la raison.

Aussi abruptement, Renji se détacha et caressa du pouce le visage angoissé de son amant. Le Dieu murmura :

— Prends soin de toi, Ichigo… mon amour… ne m’oublie jamais…

Et Renji, sans qu’Ichigo ne sut comment, se retrouva à la porte, revêtu d’un kimono de soie noire. Il quitta la pièce après un dernier regard empli d’une émotion contenue.

— Renji ! hurla Ichigo.

Le jeune homme bondit hors du lit et se précipita à la suite du Dieu, mais Ichigo se perdit dans le dédale de couloirs. Il ne connaissait rien à cet appartement et, ouvrant porte sur porte, il ne trouva qu’un duplex d’une beauté à couper le souffle… mais qu’il refusait de voir, recherchant sans relâche son mari, qui s’était comme envolé.

Ichigo ne croisa aucune âme qui vive dans cet immense appartement. Le jeune homme resta prostré sur le sol, revêtu en tout et pour tout d’un caleçon. Où était Renji et pourquoi l’avait-il quitté si abruptement ?

°°0°0°°

Les semaines passèrent et Renji ne revenait pas. Ichigo, qui avait trouvé un travail au sein de l’hôpital de la ville, essayait de surmonter sa peine comme il le pouvait. Il ne comprenait toujours pas ce qui était arrivé ce matin-là. Autant la première année de leur vie avait été un pur bonheur, autant… il sombrait dans les limbes du désespoir. Ichigo dormait très mal, s’alimentait à peine. Même s’il avait recouvré la vue, il n’était touché par aucune beauté d’aucune sorte. Le monde lui semblait gris et flou. Alors qu’il vivait dans un monde brillant et passionnant lorsque son amant était près de lui.

Les parents d’Ichigo étaient venus le voir et Masaki avait été effrayée par la perte de poids de son fils. Elle essaya de le réconforter autant qu’elle le pouvait. À son soulagement, ses parents ne lui rendaient visite que l’après-midi. Il se voyait mal leur expliquer que ses repas se faisaient tout seuls et qu’il était servi, toujours à l’heure, quand il avait un petit creux. Les plats étaient toujours ceux qu’il préférait, d’ailleurs.

Ichigo n’était pas bête et il savait que cet appartement était comme possédé. Non, ce n’était pas le terme qu’il cherchait… comme si un monde enchanté tournait autour de lui. Le moindre de ses désirs, même non exprimé, était exaucé. Il ne manquait de rien et était couvert d’attention, comme si Renji était près de lui. Pourtant, rien de tout cela ne le réconfortait.

Un soir de désespoir, n’en pouvant plus des mille attentions qui lui portaient sur les nerfs, il quitta l’appartement et se dirigea vers un bar. Il s’accouda au comptoir et se commanda un whisky. La brûlure de l’alcool lui donna l’illusion de se sentir vivant. L’étourdissement rapide qu’il éprouva le soulagea et il leva rapidement un doigt pour recommander un autre verre… qui succéda à un autre. La brume qui emplissait son cerveau lui fit un bien fou. Il ne pensait plus, et Renji lui sembla soudainement plus proche, après six mois de disparition…

°°0°0°°

Renji avait regagné son palais, défait. Il ne croisa aucune âme qui vive et c’était tant mieux. Le Dieu s’enferma dans sa chambre et se laissa glisser sur le sol. Ses mains s’enfouirent dans la masse incandescente de ses cheveux. Le désespoir, gravé sur ses traits, était profond. Il avait l’impression d’avoir tout perdu. S’il n’avait pas réagi de cette manière, s’il n’avait pas quitté Ichigo… sa mère aurait envoyé ce dernier en enfer et lui aurait infligé, certainement, un supplice.

Le Dieu de l’Amour songea que sa mère avait tout calculé depuis le début. Comment pouvait-il en être autrement ? Il avait pensé naïvement qu’elle ferait en sorte qu’il soit heureux… Pourtant, son premier mariage était la preuve de sa fourberie. Rangiku avait essuyé les pots cassés. Malgré la malhonnêteté de Nell, elle ne s’était jamais plainte et, pourtant, parfois, il l’avait vue pleurer seule dans son coin.

Renji entendit tambouriner à la porte et la voix de Yachiru se fit entendre.

— Père… ouvre ! Je sais que tu es là… Ne reste pas seul… Je… je sais ce qui vient d’arriver. Ouvre…

Mais Renji resta sourd aux supplications de sa fille. Il ignora tout autant les appels de Rangiku et ceux des autres dieux qui vinrent lui rendre visite. Plus rien n’avait d’importance. Si Ichigo n’était pas près de lui… à quoi bon vivre une éternité de solitude ? Il était tout ce qu’il espérait dans sa vie et sa mère avait fait en sorte de le lui prendre. Car il en était persuadé, à présent : c’était Nell qui avait tout manigancé.

Renji s’allongea sur son lit et, dans sa tête, la seule chose qui tournoyait était la vengeance qu’il allait exercer sur sa mère. Les yeux de Renji étaient clos ; cela lui permettait de se remémorer plus facilement l’image de son amant. Soudain, il ouvrit les yeux et rencontra les yeux chocolat de sa fille. La jeune déesse avait le visage bouffi d’avoir trop pleuré ; son visage creusé et les cernes sous ses yeux firent craindre le pire à Renji, qui se redressa brutalement :

— Yachiru… que t’arrive-t-il ?

— C’est moi qui devrais te dire cela ! Je ne vis plus depuis que tu es rentré du monde humain… Je m’inquiète, je ne dors plus… maman est dans tous ses états. Jyuushiro et Shunsui viennent souvent nous rendre visite. Si tu es dans la peine, sache que nous aussi. Maman a été chez Nell pour la défier…

Renji ouvrit de grands yeux et ouvrit la bouche, inquiet de ce qui avait pu arriver à Rangiku, mais Yachiru reprit avant qu’il ne puisse prononcer un seul son.

— Une chance que Rukia était là avec Hinamori… elles ont intercepté les attaques de grand-mère et maman s’en est sortie sans une égratignure… Où vas-tu, papa ?

La question avait fusé, soucieuse. Renji était devant sa porte et l’ouvrit brutalement en arrachant les gonds. Yachiru suivait son père, tant bien que mal…

— Papa… papa, attends-moi… tu vas…

— Celle qui me sert de mère !

— Je sais pas si c’est une bonne idée. Tu sais, Rukia et Hinam…

— J’en ai plus rien à foutre…

Yachiru s’arrêta net dans la cour du palais. Ses yeux s’ouvrirent en grand, sous le choc. Un meurtre allait avoir lieu si elle n’intervenait pas immédiatement. Mais qui pouvait bien arrêter Renji ? Et qui en voudrait d’ailleurs à ce dernier d’avoir tué la Déesse de l’Amour ?

La déesse du foyer bondit chez Sosuke. Elle trouva ce dernier en train de coincer l’échanson dans un coin. Elle prit son courage à deux mains et tapota dans le dos du dieu des dieux.

— Hum… hum… papy…

Sosuke se retourna d’un bloc pour voir l’intruse.

— Que veux-tu, Yachiru ?

Même si Sosuke affichait un air impassible, elle sentait l’exaspération derrière. La déesse nota l’air soulagé de l’échanson.

— Papy… Renji…

— Quoi, Renji ? s’énerva Sosuke.

— Il est parti tuer Nell…

— Bon débarras… marmonna le Dieu, qui se tournait à nouveau vers Grimmjow, qui avait essayé de se sauver entre-temps. La poigne qui s’abattit sur l’épaule de l’humain fit grimacer de douleur ce dernier.

— Toi… tu vas nulle part où je ne suis pas…

Yachiru foudroya le dos de son inconscient d’arrière-grand-père et finit par dire, narquoise…

— Tu viendras pas te plaindre si tu n’as plus la possibilité, d’ici quelque temps, de pouvoir rendre visite à quelques humains ou déesses…

Sosuke se figea et baissa les yeux vers son arrière-petite-fille, qui le regardait, innocente.

— Il est vraiment en colère ?

— Pas qu’un peu… On ne te l’a pas dit, mais grand-mère a failli tuer maman et c’est grâce à Hinamori et Rukia qu’elle est toujours vivante. T’imagines bien, déjà, vu l’état de papa, qu’il va pas bien le prendre.

Le dieu des dieux soupira et, finalement, laissa à regret l’échanson se sauver. Sosuke se dirigea alors d’un pas rapide vers le palais d’Aphrodite, avant que cette dernière ne tue le seul dieu indispensable dans cette ménagerie…

°°0°0°°

Renji fracassa la porte d’entrée, montrant ainsi, d’emblée, l’état d’esprit dans lequel il se trouvait. Les yeux rouges — ou plutôt incandescents, vu la flamme de haine qui y brûlait — firent frissonner tous les serviteurs qui s’écartèrent de peur de subir la colère du Dieu de l’Amour.

Ce dernier trouva rapidement sa mère avec son père. Ce qui ne l’émut pas vraiment. Nell eut une exclamation de surprise et foudroya son fils de ses beaux yeux ; pourtant, l’étonnement prit vite le relais. Nnoitra, qui voyait enfin son fils devenir un homme, allongea ses jambes devant lui. Un beau combat allait s’amorcer.

— Que me v…

— Sale garce !

Nell blêmit sous l’interpellation…

— Tu m’as volé ma vie avec Rangiku, tu as rendu la vue à Ichigo pour que je quitte le monde humain et l’abandonne, et je viens d’apprendre que tu as voulu éliminer mon ex-femme… Tu te prends pour qui, ici ?

Renji avait à peine repris sa respiration. Tout en parlant, il avait attrapé violemment la déesse et l’avait plaquée contre un mur. Leurs visages se trouvaient à la même hauteur et les yeux rouges phosphorescents défiaient les yeux verts, qui prirent la même lueur. L’atmosphère devint lourde, voire irrespirable.

La haine empoisonnait tout ce qui se trouvait vivant dans la pièce. Les fleurs se fanèrent et les plantes s’asséchèrent. Les fontaines se tarirent et même Nnoitra porta une main à sa gorge… Sa vue se troubla et il se rendit compte qu’il ne pourrait pas supporter tout le ressentiment accumulé par Renji, pour toutes les années où sa mère lui en avait fait baver.

Nnoitra se leva et voulut s’approcher de son fils. Pourtant, il fut incapable de l’atteindre : un vent semblait tournoyer autour des deux dieux de l’Amour, violent et noir. Le Dieu de la Guerre fronça les sourcils. Il n’avait jamais vu pareil phénomène. Il était évident que l’un des deux protagonistes allait mourir. Il n’était pas sûr que ce soit Renji qui survive.

Dans le tourbillon, Renji souffla entre ses dents :

— Jusqu’où vas-tu aller pour être satisfaite ?

— Tu ne sais pas de quoi tu parles… Tu m’appartiens, je te l’ai déjà dit. Au fait, tu as bien fait de revenir au sein de l’Olympe… j’avais réservé un sort des plus attrayants pour ton mari si tu n’étais pas rentré.

— Je me demande pourquoi tu n’es pas au sein de la cour d’Ulquiorra… tu ne déparerais pas !

Les mots étaient sortis dans un grondement. Le froncement de sourcils et la crispation de la mâchoire de Renji s’accentuaient de plus en plus. D’ailleurs, il eut du mal à prononcer les derniers mots. Un sourire cruel vint soudain éclairer le visage du Dieu tandis que Nell essayait vainement de desserrer l’étreinte de son fils.

— Renji, lâche-moi tout de suite et arrête de sourire comme un psychopathe… ce n’est pas drôle du tout…

Seul un ricanement répondit, et Nell comprit qu’elle ne pourrait pas s’échapper sans utiliser ses pouvoirs. Si cela devait se passer ainsi… elle n’allait pas se gêner. Aucun de ses enfants n’aurait le dessus sur elle. Elle était toute-puissante.

Nell utilisa un sort et un couteau apparut dans ses mains. Elle enfonça ce dernier dans l’estomac de Renji qui, sous le coup de sa colère, ne réagit même pas. Le Dieu abandonna les habits pour la saisir d’une seule main à la gorge et resserra son étreinte d’acier autour de la nuque gracile. Nell ouvrit les yeux de surprise.

Le Dieu de l’amour était devenu dément… Une énergie folle se libéra autour de lui, faisant craquer le lien qui tenait ses longs cheveux. Ces derniers s’élevèrent vers le ciel, les faisant ressembler à une flamme de brasier. Nell commençait à étouffer… pourquoi son poignard n’avait-il pas d’effet sur le Dieu ?

La Déesse libéra sa propre énergie, qui se trouvait à la même intensité que celle de son fils. Elle utilisa un sort de magie pour propulser l’homme de l’autre côté de la pièce. Renji, dans son vol plané, attrapa un portique qu’il transforma en lance et la jeta sur sa mère, qui poussa un hurlement de rage et immobilisa l’arme devant elle juste à temps.

Pendant le bref instant d’inattention, Renji défonça le sol de son poing et retira un immense morceau de dalle qu’il propulsa vers Nell. Elle retint le projectile à bout de bras, mais très difficilement. De rage, elle frappa ce dernier, qui explosa en milliers de morceaux. Elle se protégea un instant, et vit au dernier moment le poing qui lui tomba sur le coin du nez. Elle fut projetée contre le mur ; de rage, elle se servit de ce dernier pour se propulser et, dans un mouvement rotatif, assena de toutes ses forces un coup sur le visage de son fils.

Renji, qui avait été gêné par l’étoffe virevoltante qui couvrait le corps de sa mère, ne vit pas arriver ses jambes et se les prit de plein fouet. Il se retrouva encastré dans le mur. Le Dieu se servit alors de la magie pour envoyer des sorts d’immobilisation, mais sa mère se protégea par un mur énergétique.

Nnoitra, qui s’était replié aux portes de la pièce, observait impassible la scène et admira les réflexes des deux dieux, pour lesquels il aurait le moins parié sur leurs techniques de combat. Il les aurait bien enrôlés dans son armée. Dommage qu’il n’y ait personne pour faire un pari, songea-t-il. Nnoitra se recula pour éviter un morceau de colonne qui voltigea dans sa direction et qu’il entendit s’écraser lourdement, successivement, sur plusieurs murs. Il sortit un cure-dent et se gratta l’interstice de ses dents avec beaucoup de soin.

Renji se trouvait immobilisé contre le mur tel un papillon bloqué par des pieux. Nell avait sa robe déchirée et du sang coulait de son nez et de sa bouche. Un magnifique œil au beurre noir venait orner son visage d’ordinaire si parfait. Renji n’était pas mieux. Le kimono était en loques et diverses plaies couvraient son corps. Nell sortit un pieu de sa main, comme par magie, et allait le planter dans le cœur de Renji quand elle fut immobilisée par la voix mielleuse de Sosuke.

— Tu comptes faire quoi à mon petit-fils, Nell ? J’espère que tu n’as aucune idée meurtrière derrière la tête… sinon, je vais devoir m’occuper de ton cas « personnellement »…

La Déesse blêmit sous le choc. Elle se retourna et croisa le visage serein de son père ; elle déglutit péniblement. Elle relâcha immédiatement son fils et la voix, toujours aussi doucereuse, de son père fit remarquer, ironique :

— C’est beau, l’amour filial… et qui mieux que le Dieu et la Déesse de l’amour peuvent le démontrer ?

À peine Renji fut-il libéré que les murs du palais de la Déesse s’effondrèrent. Sosuke créa une bulle et les débris divers tombèrent autour de cette dernière. Renji, qui était à genoux, ne fit pas attention à ce qui se déroulait autour de lui. Il frappa le sol de son poing ensanglanté. Il y était presque arrivé…

— Maintenant, Nell, ma chérie… tu vas arrêter de torturer ton fils comme tu le fais. C’est la seule personne, ou presque, qui m’est utile ici, alors je voudrais qu’il soit un minimum heureux. J’entends par là que tu lèves ton interdiction sur notre couple d’amoureux.

— Jamais ! cracha Nell…

— Ah oui ?

Sosuke fronça à peine les sourcils et Nell prit peur et tenta de se justifier :

— Je… c’est impossible de revenir en arrière…

Le Dieu des Dieux haussa un sourcil.

— Intéressant…

Un lourd silence plana. Les autres dieux avaient envahi les ruines du palais de la Déesse de l’Amour et regardaient, stupéfaits, le triste spectacle. Renji releva la tête et observa sa mère, mais ne prononça aucune parole. C’était inutile : avec son grand-père comme intercesseur, rien ne pouvait lui arriver. Bien au contraire, tous les espoirs étaient permis pour lui, à présent.

Il vit le corps de sa mère se tasser sur lui-même. Finalement, cette dernière murmura, vaincue par la présence menaçante de son père :

— Je… je vais lever la malédiction. Toutefois… Renji…

Nell se tourna vers son fils.

— Il devra choisir entre toi… ou perdre la vue.

— Pardon ?

— Ichigo aura le choix… soit perdre la vue définitivement et vivre ici avec toi. Il devra abandonner sa famille et ses amis pour te rejoindre. Je ne veux pas te voir dans le monde dégradant des humains… ou il choisira de vivre sur Terre et de renoncer définitivement à toi ! Va le voir… de sa réponse dépend votre avenir !

Renji leva les yeux vers son grand-père, qui approuva d’un signe de tête. Le Dieu se redressa sur ses jambes et se dirigea vers son palais. Nnoitra demanda à Nell :

— Ça te dirait de venir rejoindre le gros de mes troupes ?

— Nell n’ira nulle part d’autre que dans mon palais ! rétorqua Yami, en colère.

— Dommage… fit en chantonnant Nnoitra, qui s’éloignait déjà des ruines.

°°0°0°°

Ichigo dormait sur un des canapés du salon. L’air humide du printemps emplissait les lieux. Les rideaux flottaient mollement. Voilà une semaine qu’une pluie diluvienne lavait la ville. On entendait à peine l’agitation qui sévissait à l’extérieur et qui s’apaisait au fur et à mesure que les heures s’égrenaient.

L’humeur du jeune homme devenait de plus en plus sombre au fil du temps. Il exécutait son travail, heureux de rendre service dans le fond, mais aucune flamme n’illuminait son regard. Il rentrait de son travail pour mieux s’effondrer sur son lit. Il ne sortait plus, mangeait le strict nécessaire. Ses amis et sa famille s’inquiétaient de plus en plus.

Lorsque Renji entra dans le salon, il resta figé. Ichigo n’était plus que l’ombre de lui-même. Le Dieu se précipita au pied du canapé et observa le visage partiellement caché par les cheveux et le bras du jeune homme.

— Ichi…

Le roux bougea légèrement dans son sommeil, mais semblait à bout de force pour pouvoir se réveiller seul. Renji attrapa doucement son amant et porta le corps jusqu’à leur lit. Le Dieu défit les chaussures et desserra le pantalon, qu’il fit glisser quelques minutes plus tard. Ichigo se retrouva bientôt en sous-vêtements et frissonna. Renji rabattit la couverture sur la silhouette frissonnante. Le Dieu ne tarda pas à s’étendre près de son mari et il attira le plus jeune à lui. Ce dernier réduisit l’espace qui les séparait encore et Renji sombra dans un sommeil réparateur. Le premier depuis presque sept mois…

°°0°0°°

Ichigo se sentait heureux. Envahi par un bien-être qu’il n’avait pas connu depuis que Renji l’avait quitté. La pensée parasite vint assombrir ses traits ; pourtant, cette chaleur et cette présence… Ichigo ouvrit les yeux et vit le visage de Renji reposer à côté du sien. L’homme semblait épuisé malgré le fait qu’il était endormi. De petites rides autour des yeux étaient apparues et Ichigo était persuadé qu’il ne les avait pas lorsqu’il avait vu son visage pour la première fois.

— Renji… souffla le jeune homme.

Ichigo savait qu’il devait se mettre en colère, qu’il devait le forcer à avouer pourquoi il l’avait quitté si rapidement, sans explication. Mais l’homme lui semblait malade et il n’osa pas le secouer. Il finit par se laisser aller et Ichigo se mit à observer inlassablement les traits de son mari. Il avait l’impression que son sang circulait plus vite, et que son esprit sortait d’une sorte d’engourdissement provoqué par une longue hibernation. Son cœur avait pris un rythme lent et lourd, qui lui fit prendre conscience qu’il était vivant. Il en doutait encore la veille.

Les doigts d’Ichigo s’étaient égarés sur les biceps de Renji sans qu’il s’en rende vraiment compte. Ses yeux suivaient la trajectoire de ses phalanges comme s’il observait un balai quelconque. Le frisson qui parcourut le corps de son amant lui fit lever la tête et il rencontra les yeux rouges de Renji. Un sourire sincère vint fleurir le visage de ce dernier, où un réel soulagement pouvait se lire.

— Ichi…

— Pourquoi ?

Les deux hommes se regardèrent intensément. Ichigo savait qu’il n’avait pas besoin d’ajouter autre chose. Pourtant, la réponse qui lui fut fournie le sidéra :

— Parce que ma mère m’avait fait promettre que, si tu recouvrais la vue… je devais te quitter sur l’instant. Pour pouvoir vivre dans le monde humain et près de toi, j’ai dû lui faire cette concession.

— « Monde humain » ? Promesse ?

— Je ne suis pas humain, Ichi… Je ne l’ai jamais été…

Ichigo devint blême. Renji était un extraterrestre ? Était-il fou ? Puis ses pensées revinrent sur tous les événements qui avaient jalonné sa vie depuis que Renji y était entré.

— Continue…

Le roux voulait avoir le fin mot de l’histoire, au moins.

— Je… connais-tu les dieux de l’Olympe ?

— Oui…

Ichigo plissa les yeux, soupçonneux. Renji déglutit… mais continua courageusement :

— Ichi… je suis l’un des dieux de l’Olympe…

Un éclat de rire répondit à cette affirmation ; cependant, Ichigo cessa de rire rapidement et se concentra à nouveau sur le récit de Renji. Voyant qu’il avait de nouveau toute l’attention du jeune homme, le Dieu hésita, mais le roux le pressa :

— Continue… Tu es qui, dans la mythologie, alors ?

— … Cupidon…

Ichigo ouvrit les yeux en grand et se redressa pour observer son amant.

— Attends… tu aurais pu trouver mieux, non ? Cupidon… il est petit et il a des ailes dans le dos. Il a aussi un arc et des flèches… et… et… c’est le Dieu de l’Amour ! Et tu t’appelles Renji…

Renji eut un sourire et un léger rire lui vint aux lèvres. Pourtant, il reprit sérieusement :

— Oui… Renji est mon vrai nom, dans l’Olympe… Pour les ailes et le statut d’enfant… l’un comme l’autre sont faux ! Les humains ont voulu me représenter comme étant la partie innocente de l’amour en utilisant un être qui ressemble à un chérubin. Non, non… je suis bien un homme, quoique j’ai été un enfant, comme tout le monde ou presque.

— C’est… impossible…

Le Dieu se leva et Ichigo ne put s’empêcher d’admirer le corps sculpté de son amant. Renji tendit la main à son mari et le tira du lit.

— Viens… je vais te faire visiter mon monde.

Ichigo se retrouva sur ses pieds et Renji lui tendit ses vêtements. Le roux suivit Renji jusque devant une porte qui lui était inconnue. Ichigo ne desserra pas les dents et suivit sans rien dire.

Lorsqu’il se retrouva devant une sorte de portail qui prit la couleur du mercure, il eut peur. Soudain, la main de Renji se glissa dans la sienne. Surpris, Ichigo croisa les yeux rouges de son amant, qui l’encouragea du regard.

Le Dieu tira Ichigo à sa suite et ils entrèrent dans le portail. Le jeune homme ne revint plus jamais dans le monde des humains…

Vous devinez sans problème le choix qu’Ichigo a fait, je présume ?


Note de l’auteur

On ne choisit pas toujours son destin…
mais on choisit toujours qui on refuse de perdre.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)