Dimanche 8 février 2009
Ichigo entra dans son bar et se dirigea immédiatement vers ses coffres. Il vit que ses bouteilles étaient en place, ce qui le soulagea après ses frayeurs de la veille au soir. Le roux se demandait bien ce que Jaggerjack avait inventé pour « punir » son fils. Enfin, après une courte réflexion, il se dit que tout cela ne le regardait pas.
Il prit le classeur qu’il avait laissé derrière le comptoir. Il se dirigea vers l’escalier qui menait à la cave et fit le tour de toutes les bouteilles. Il fut soulagé de constater que rien d’autre n’avait bougé. Il allait partir quand il se retourna brutalement, sentant une présence derrière lui. Ichigo rencontra le regard bleu d’Halibel. La haine transperçait ces yeux.
— Espèce de petit sommelier sans prétention… Qui crois-tu être pour te permettre de me voler mon mari ?
— Pardon ? fit le sommelier, surpris par le regard et le ton empli de mépris.
— Il ne me regarde plus comme il le fait pour toi !
Ichigo ouvrit de grands yeux, mais ne répondit pas. Les attaques de la blonde étaient si inattendues qu’il en restait figé.
— Mais dis-toi bien, espèce de petite vermine, que je vous empêcherai par tous les moyens de vous mettre ensemble et, si c’est fait, je ferai tout pour briser votre relation !
Elle avait craché ces derniers mots et, ne laissant pas le temps au jeune homme de riposter, Halibel remonta l’escalier en colimaçon. Ichigo passa une main dans ses cheveux et se demanda comment il en avait pu en arriver là ! Entre Hisagi qui avait besoin de prendre du recul, Jaggerjack qui lui déclarait qu’il le voulait et sa femme qui venait de le menacer… Et lui ? L’avait-on interrogé sur ses désirs ? Il se reprit et se dit que ce n’était ni le lieu ni le moment.
Il remonta et se dirigea vers son bar. Au passage, il salua sa famille et certains serveurs. Ichigo fut surpris en croisant Il Forte dans son bar.
— Que fais-tu là ?
— Le patron m’a demandé de rejoindre le bar à la place de Tatsuki.
— Pourquoi ?
— Aucune idée… Tu lui poseras la question !
Ichigo observa le serveur et haussa les épaules : après tout, ce n’était pas lui qui gérait le personnel. Il espérait juste que les serveurs ne changeraient pas toutes les deux minutes.
Pendant l’heure du repas, il y eut peu de monde. Ichigo en profita pour se mettre à jour et prépara ses commandes. De toute façon, Il Forte s’en sortait très bien tout seul et son charisme naturel faisait qu’il était souvent appelé par les clients.
Le roux sortit son couteau pour ouvrir une bouteille et tomba sur le papier d’Anku, ce qui lui arracha un sourire. Il déboucha rapidement la bouteille pour Il Forte, puis récupéra la feuille et l’ouvrit.
Il eut la surprise de voir une écriture très stylisée et posée ; c’était un plaisir de lire le texte de la jeune fille. Il sourit : la chanson avait un texte assez percutant et direct, comme elle d’ailleurs… en fait, elle ressemblait à son père !
Ichigo prit un crayon et fit quelques annotations, mais sans modifier le texte : c’était à elle de trouver les mots justes. Il ajouta une question, en dessous, pour savoir si la musique avait déjà été composée. Ichigo lui proposa ses services, si besoin, pour lire la partition.
Il était tellement plongé dans son monde qu’il sursauta en se redressant : le regard bleu de son patron était posé sur lui.
— Vous faisiez ?
— Euh… Comme je n’étais pas trop bousculé, j’ai regardé le texte de votre fille et j’ai noté quelques petites choses. Voilà, fit-il en lui tendant la feuille… si vous voulez bien lui transmettre !
— Merci ! Je le ferai… mais évitez de faire ce genre de chose ici. Ou faites-le au cours d’une pause.
Ichigo rougit légèrement. C’est vrai : il était sur son lieu de travail et n’avait pas à faire cela. Il se sentit pris en faute et soudain gêné.
— Vous avez pensé à ce que je vous ai dit ? fit soudain Grimmjow.
Le sommelier plissa les yeux et observa son patron calmement.
— Que nous ayons une relation, tous les deux !
— Vous ne savez pas ce que vous dites ! rétorqua Ichigo, furieux. Vous ne voulez pas que la vie privée empiète sur la vie professionnelle et vous foulez au pied vous-même vos propres principes en moins de deux minutes !
Grimmjow rit doucement entre ses dents, un sourire psychotique accroché aux lèvres. Un client interpella l’orangé, qui détacha les yeux du restaurateur ; celui-ci partit par la même occasion. Le bar à vin se remplissait lentement et Ichigo n’eut pas le temps de trop penser à ce que son patron lui avait dit plus tôt.
Le travail fut moins épuisant que la veille au soir et aucune bouteille « spéciale » ne fut sortie. Lorsque tous les clients furent sortis, Ichigo envoya Il Forte à la cuisine pour emporter les verres. Son portable vibra ; surpris, il le sortit et vit le numéro d’Hisagi.
— Hello, Ichi !
— ‘Lut, Shūhei… Je peux faire quelque chose pour toi ?
— Oui ! Mais tu refuses… fit d’une voix grave le brun, puis, reprenant d’une voix plus enjouée : je voulais te souhaiter un bon anniversaire. Hier, je n’ai pas pu te passer de coup de fil, car je me suis levé certainement au moment où toi, tu bossais ! On pourrait aller se faire un karaoké tout à l’heure ?
— Un karaoké ? Tu te fous de moi ?
— Non, j’ai besoin de te voir ! Allez, sois sympa, Ichi !
— …
— Je peux pas te faire mes yeux implorants sur le portable, alors s’il te plaît, viens…
— OK ! On se retrouve où ?
Hisagi donna l’adresse et le nom de l’établissement où il l’attendait. Ichigo hocha la tête et nota. Il fit le tour de la salle, ferma à clé tous les coffres et vérifia une nouvelle fois avant de quitter son bar. Il ferma les portes vitrées et se dirigea vers les vestiaires pour se changer. Rukia était déjà partie et Ishida sortait des vestiaires. Il salua Kurosaki au vol et Ichigo ferma la porte derrière lui.
Il avait déjà enfilé son jean et enfilait son T-shirt quand il sentit une présence derrière lui. Il se retourna d’un bloc et fit face à Grimmjow, qui l’observait sans rien dire. Son regard était tout à fait sérieux. Ichigo fronça les sourcils et attendit que son patron parle… mais il resta muet.
Ichigo haussa les épaules, ferma son casier et allait quitter les lieux quand il fut saisi fermement et cloué contre les casiers. Le visage du bleuté était à quelques centimètres du sien. Ichigo voulut le repousser, mais il était évident qu’il n’avait pas du tout la force nécessaire.
— Pourquoi ? souffla Grimmjow.
Le sommelier, les bras de son patron de part et d’autre de son visage, fut surpris et l’interrogea du regard.
— Pourquoi tu m’attires tant ?
— Lâchez-moi ! rétorqua Ichigo entre ses dents.
— Non… je veux une réponse !
— Vous êtes… timbré, chuchota Ichigo, hypnotisé par l’intensité des yeux bleus de Grimmjow.
— Sûrement… Mais cela fait longtemps que je n’ai pas été attiré comme cela par quelqu’un.
— Et vous avez besoin de la force pour me le faire entrer dans le crâne ? grinça Ichigo.
— Je ne sais pas comment m’y prendre avec toi… et j’ai toujours été direct. La patience n’est pas mon fort… je le reconnais !
— C’est non ! Alors maintenant, lâchez-moi. C’est du harcèlement sexuel !
Grimmjow eut un petit rire, et un sourire carnassier apparut au coin de ses lèvres.
— Ah oui ? Harcèlement sexuel ? Tu en as autant envie que moi, ne me mens pas… Je l’ai lu dans tes yeux ! Au moins, eux, ils ne mentent pas comme toi.
— Vous voulez lire ce que vous voulez y lire ! répondit Ichigo, haletant et inquiet, au fond de lui-même.
Ichigo se débattit et voulut s’arracher à la prise du bleuté qui, soudain, lâcha ses bras et l’enlaça par la taille. L’orangé fut surpris de se retrouver contre le torse du restaurateur. Le cœur du sommelier s’emballa : Jaggerjack était trop proche. Ichigo voulut le repousser fermement, mais l’étreinte fut plus forte. Il sentit un souffle dans son cou et ses idées ne furent plus très claires. Lorsque cet homme s’approchait de trop près, il n’était plus en mesure de contrôler ses pensées.
— Lâchez-moi, bon sang ! grinça Ichigo.
— Tu vas toujours me fuir et faire semblant de ne rien éprouver ?
Ichigo tourna le visage vers celui de Grimmjow et fut surpris de le voir profondément troublé.
— Tu crois que c’est facile pour moi d’aimer quelqu’un du même sexe alors que je suis marié et que j’ai des enfants ? Que m’as-tu fait ? Je pensais que te toucher et te forcer à me répondre pouvait effacer ce que j’éprouve pour toi, mais te voir en colère et… affolé me fait plus de mal et n’enlève en rien mon trouble. Au contraire… Te tenir dans mes bras… me donne encore plus envie de te garder contre moi ! Je suis un idiot !
Ichigo soupira, et une idée germa dans son esprit.
— Embrassez-moi !
— Pardon ?
Grimmjow eut les yeux qui s’arrondirent soudain.
— Embrassez-moi !
— Mais…
— Vous voyez ! Vous n’avez pas « basculé » du côté gay ! Vous êtes incapable de m’em…
Le visage de Grimmjow se rapprocha soudain. Ichigo voulut s’échapper, mais le bleuté lui attrapa le menton et ses lèvres glissèrent sur les siennes. L’orangé fut tellement surpris… Il lui avait demandé de l’embrasser, persuadé qu’il serait dégoûté et qu’il ne ferait rien ; et là… à sa surprise, les lèvres de Grimmjow étaient douces contre les siennes.
Une langue vint caresser ses lèvres, qui s’ouvrirent inconsciemment, et le cœur d’Ichigo s’emballa un peu plus. Il reconnut, au fond de lui-même, que oui : il était attiré par le restaurateur et qu’il le voulait également, mais il ne l’avouerait certainement pas.
Les bras de l’orangé passèrent autour des épaules du bleuté et il laissa passer la langue qui le taquinait. Leurs langues se rencontrèrent et bataillèrent pour la dominance. Ichigo finit par abandonner au bout de quelques instants et Grimmjow se mit à explorer cette bouche qu’il avait tant désirée depuis des semaines. Les mains du restaurateur caressaient le dos du jeune homme, sensuellement.
Ichigo se ressaisit brutalement et repoussa violemment Grimmjow.
— Arrêtez !
— Tu ne sais pas ce que tu veux… souffla Grimmjow, troublé.
— Ce n’est pas un jeu ou un passe-temps parce que ça ne va pas dans votre couple !
— C’est toi qui as le plus peur de nous deux ! décréta sans sourire Grimmjow.
— Peut-être, mais je réfléchis aux conséquences et je n’ai pas envie, encore une fois, d’être le dindon de la farce !
Ichigo s’était reculé de plusieurs pas et ses yeux ambrés reflétaient un mélange de colère, de trouble et de peur.
— Vas-tu fuir alors que tu es aussi troublé que moi ? Tu le veux autant que moi… Avoue-le, au moins !
— Hors de question ! De plus, vous me l’avez dit vous-même… il n’est pas question de mélanger vie privée et vie professionnelle. Vous vous contredisez !
Ichigo ouvrit brutalement la porte des vestiaires et sortit en trombe, les genoux flageolants et le cœur sur le point d’exploser. Il croisa la blonde et ne lui accorda aucun regard. Il sortit du restaurant et plissa les yeux sous le soleil écrasant de l’après-midi. Il traversa le parking rapidement et monta dans sa voiture. Il partit en trombe et se dirigea vers son rendez-vous avec Hisagi. Il ne s’était pas du tout attendu à une telle réaction de sa part.
°OoO°
Hisagi l’attendait, habillé d’un pantalon en cuir en été… y avait que lui pour être aussi con, songea Ichigo. Cependant, le brun fut manifestement heureux de le voir.
— C’est quand même court pour une réflexion ! fit Ichigo, encore légèrement agacé.
— En fait, ce n’est pas pour donner une réponse. C’est juste pour passer du temps ensemble, avec les autres !
— Les autres ?
— Y a Kensei, Starrk, Kaïen, Chad et moi… On va fêter ton anniversaire dignement comme autrefois ! Allez… ramène tes fesses !
Ichigo fut tiré par le bras par Shūhei, qui le traîna dans une salle de jeux. Ichigo vit que les autres membres du groupe jouaient sur différentes machines.
Bientôt, l’ancien groupe se reforma et ils redevinrent des gamins qui se retrouvaient encore comme à l’époque du lycée. Ichigo oublia tout et s’amusa réellement, à tel point qu’il finit par chanter avec Shūhei, au karaoké, à fond les poumons !
— ‘Tain ! T’as rien perdu en puissance… Je dirais que ta voix a même mûri ! Elle est encore plus belle qu’avant. Pas vrai, les gars ?
Tous hochèrent la tête en chœur. Kaïen poussa Hisagi, prit son cousin par les épaules et choisit un morceau acidulé pour adolescente !
— Kaïen ! Je vais te tuer !
— Mais non… On rigole, c’est tout !
Bientôt, ils se retrouvèrent tous dans un restaurant branché de la ville. Ichigo se sentait à l’aise à nouveau, en osmose avec ses anciens amis. Il ne s’était pas senti aussi proche de Shūhei depuis des années… depuis avant qu’ils ne deviennent très connus, en fait ! Le roux se sentit nostalgique et voulut prolonger l’instant, ne sachant pas s’il retrouverait une pareille synergie avec Shūhei.
Pourtant, son regard fut, un instant, accroché par un regard bleu. Surpris, Ichigo se retourna pour en être sûr et croisa les yeux froids de Grimmjow. Il se figea face au changement d’attitude du restaurateur, si entreprenant et sensuel un peu plus tôt dans l’après-midi. Pourtant, il n’eut pas le temps d’enregistrer quoi que ce soit : le bleuté tourna la tête, méprisant, et le roux fut entraîné par Shūhei hors du restaurant.
Ichigo ressentit brutalement un vide en lui. Comme s’il l’avait trompé ! Il secoua la tête pour effacer ses idées saugrenues et se replongea dans l’ambiance festive instaurée par les membres du groupe.
Ichigo monta dans sa voiture et bientôt ses petits camarades s’amusèrent dans une course-poursuite sur l’autoroute… dangereuse et idiote ! Pourtant, Ichigo décéléra, sortit et gara sa voiture sur le bas-côté. Il se demanda où il se trouvait exactement et fut incapable de répondre. Il redémarra, roula à l’aveuglette et reçut un coup de fil de son amant.
— T’es où ?
— Perdu !
— Comment t’as pu te perdre, sombre crétin ! Lis les panneaux…
— Y en a pas !
— Ichigo, tu fais chier ! J’viens te chercher. Dis-moi à quoi ça ressemble, autour de toi !
Le roux donna des indications. Bientôt, il se gara et attendit. Hisagi retrouva Ichigo et lui demanda de le suivre… et ils se retrouvèrent devant l’appartement du brun.
— Ichi…
— Oui !
Le brun observa son amant, le prit par la main et se dirigea vers l’appartement. À peine la porte fut-elle fermée qu’ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre… Ichigo voulant oublier un regard bleu qui le troublait trop. Qu’importe l’avenir : il voulait être rassuré, maintenant.
Le lendemain matin, Ichigo quitta l’appartement de Shūhei sur la pointe des pieds et rentra chez lui. Il prit une douche et tenta d’oublier ce qui s’était passé. Hisana vint le rejoindre en début d’après-midi et ils s’occupèrent des comptes du jeune homme. Ichigo se comporta normalement, et sa sœur ne remarqua rien de l’agitation qui bouleversait son monde intérieur.
Le soir même, Ichigo reçut un appel de Shūhei, qui lui demanda de sortir, mais il trouva un prétexte très plausible pour l’éviter. Hisagi le comprit très bien, mais n’insista pas. Le roux, pourtant, assista aux séances d’enregistrement du groupe et donna son avis sur les morceaux.
Gin Ichimaru, le producteur, lui proposa de relancer sa carrière durant son temps de présence, au point d’en devenir un harcèlement. Mais Ichigo refusa… Gin l’avertit qu’il ne pourrait plus longtemps se réfugier derrière Gatten ou Ka-Ten et qu’un jour ou l’autre, tous seraient au courant. L’orangé haussa les épaules, indifférent.
— Plus personne ne se souvient de moi !
— Faux… rétorqua Gin avec un sourire. Il y a beaucoup de spéculations et le public attend son retour avec impatience, à vrai dire… Vas-tu sur Internet, mon petit Ichigo ?
— Pas vraiment…
— Je te conseille de faire des recherches sous tes pseudonymes et tu te rendras vite compte de la popularité dont tu fais l’objet ! Tu seras surpris… Si on découvre qui tu es réellement, je peux te dire que tu vas être submergé par une vague !
— Mais… je n’existe plus depuis presque cinq ans ! s’écria Ichigo, excédé.
— Pas pour ton public !
Ichigo resta silencieux quelques instants, pensif. Hisagi vint le rejoindre, s’assit à côté de lui et lui tendit un café.
— Ce n’est pas pour rien que je te demande de revenir avec nous !
— Je ne veux pas ! Comme aujourd’hui et hier, c’était amusant… mais plus… c’est impossible.
Ichigo fixait son gobelet, la tête légèrement penchée en avant.
— Tu penses passer à la concurrence ? demanda Gin, curieux.
— Non ! Si je devais revenir un jour, « si », je resterais ici… j’ai toujours eu de bons rapports avec vous !
— Tu sais qu’Aïzen paierait cher pour t’avoir dans sa maison de disques ?
— M’en fous !
Ichigo se leva et se dirigea vers la baie vitrée du bureau de Gin, que l’albinos observait avec son éternel sourire.
— Vous sortez à nouveau ensemble, toi et Hisagi ?
— …
Hisagi soupira, but une gorgée de café, puis leva les yeux vers le dos définitivement tourné du roux.
— Tss… il faut bien se rendre compte que notre relation est morte, et bien morte ! N’est-ce pas, Ichigo ? Je te le dis tout net : je ne veux pas d’une relation bancale comme nous l’avons actuellement. Tu te décides : soit c’est oui, soit c’est non, tout de suite. Mais bon… vu les derniers événements, je préfère te garder comme ami que de nous diriger vers une mort lente…
Ichigo se tourna vers le brun et le regarda, les yeux légèrement embués.
— Ça marcherait entre nous, en tant qu’amis ?
— Crétin ! Je l’ai toujours été… On se connaît depuis le bac à sable !
Ichigo s’appuya contre la vitre, but son café, pensif, puis finit par adresser un sourire à son ex — et pourtant ami le plus précieux.
— Ichigo… réfléchis bien à ce que je t’ai dit !
Ichigo posa son regard ambré sur l’albinos, qui avait posé ses pieds sur le dessus de son bureau et jouait avec sa plume.
— C’est tout vu !
— Comme tu veux… mais ma porte te restera ouverte !
— Merci !
Ichigo quitta les studios de la maison de disques avec les membres du groupe, puis ils se séparèrent. Le soir même, Ichigo pensa au lendemain et à la façon dont il devrait se tenir… Il verrait bien, après tout !
°OoO°
Ichigo entra dans le restaurant en milieu d’après-midi et salua Byakuya et Renji au passage. Renji lui apprit que Rukia ne travaillerait plus au « Relais Français ».
— Pourquoi ? s’étonna le roux.
— Sa grossesse se passe pas très bien ! Le médecin l’a mise à l’arrêt et Rukia m’a dit qu’elle ne comptait plus reprendre d’activité professionnelle après l’accouchement. Enfin… pas tout de suite !
— Oh… J’espère qu’elle va bien, au moins ?
Renji était soucieux, mais un faible sourire éclairait son visage.
— Au fait ! fit Byakuya. Notre patron ne sera pas là ces prochains jours. Apparemment, il doit régler certains problèmes dans un de ses restaurants…
Le regard de Byakuya eut une lueur de sous-entendu pour Ichigo. Le roux fut soulagé, mais ne le montra pas à ses beaux-frères : l’un le regardait, moqueur ; l’autre, perplexe.
— Soulagé ? fit tout de même Byakuya.
— La ferme ! rétorqua Ichigo, excédé.
— Il se passe quelque chose ? demanda Renji.
— Rien…
Ichigo descendit à la cave et rencontra Ishida, qui le salua et lui fit un compte rendu des ventes de bouteilles. Ils discutèrent un petit moment et, finalement, le sommelier brun quitta les lieux, laissant à Ichigo le soin de faire l’inventaire. Le roux était absorbé dans sa tâche quand il entendit un craquement derrière lui. Il se tourna et croisa les yeux bleu pâle de la blonde.
— Vous avez vu à l’heure que vous êtes arrivé ?
— Oui ! 17 heures…
— Vous devez être dans les lieux vers 16 h, c’est stipulé dans votre contrat.
Ichigo arrondit les yeux.
— Dans quel paragraphe ?
— Dans celui-ci !
Halibel lui tendit une enveloppe.
— Ceci est votre nouvel emploi du temps. Je veux qu’il soit respecté à la lettre et la prochaine fois que vous vous pointerez en retard, je vous vire !
Ichigo haussa les épaules, indifférent, et reprit son travail.
— Vous me prenez de haut…
— Votre mari m’a fait le même coup quand vous êtes arrivé ici. Si cela vous plaît de jouer ce jeu-là avec moi, je vais vous répondre ce que je lui ai dit : je ne suis pas attaché au bâtiment, mais aux personnes. Et vous ne faites franchement pas partie de mes priorités. Alors votre épée de Damoclès, vous pouvez la remballer !
— Mais pour qui vous prenez-vous ? Et regardez-moi quand je vous parle ! s’écria la blonde.
Ichigo se tourna brutalement vers elle et marcha vers elle tel un prédateur. Il était excédé par ce bruit pour rien et par sa manière de chercher à lui faire peur.
— Vous vouliez me dire ?
— Ne me menacez pas !
— C’est vous qui me menacez depuis tout à l’heure ! Maintenant, si vous n’avez rien à me dire de constructif, je vous prie de m’excuser : moi, j’ai du travail !
Ichigo lui tourna le dos et reprit. Halibel fixa le dos du sommelier : elle aurait volontiers voulu le poignarder, mais décida plutôt de remonter dans son bureau. Elle trouverait bien quelque chose pour le faire craquer.
En cours de soirée, la restauratrice se dirigea vers le bar et critiqua l’entretien de ce dernier. Bien sûr, il n’y avait rien à redire, mais elle trouva un moyen de déstabiliser Il Forte et de provoquer une catastrophe. Ichigo fronça les sourcils et prit la défense du serveur, qui n’aurait pas commis de bévues sans sa présence.
Bientôt, le bar devint un champ de bataille entre Halibel et Ichigo, qui se prenaient la tête pour un oui ou pour un non. Le jeune homme prit le parti d’être ironique et se moqua délibérément de ses tentatives de déstabilisation.
Sa seule consolation fut la visite d’Anku, qui le remercia pour ses notes et lui confirma qu’elle aimerait qu’il jette aussi un œil sur la mélodie qu’elle et sa meilleure amie avaient composée.
Anku, qui resta au restaurant un petit moment, vit le manège de sa mère et se promit d’en parler à son père. Elle admira la maîtrise du jeune homme, qui restait impassible face aux attaques, parfois grotesques, de la blonde. C’était carrément du harcèlement moral et elle eut beaucoup de peine pour Ichigo face à cette injustice. Mais connaissant sa mère comme elle la connaissait, il était inutile de lui faire entendre raison : quand elle décidait quelque chose — juste ou non —, elle allait jusqu’au bout.
Ichigo parla du comportement de la restauratrice à Hisagi, lors du week-end suivant, au cours des enregistrements.
— Ne serait-elle pas jalouse ? demanda le brun, surpris.
— De quoi ? reprit Ichigo, étonné par cette réflexion.
— J’en sais rien, moi… Y a pas quelque chose qui pourrait la mettre en colère, ta patronne ?
Ichigo repensa aux yeux bleus de Grimmjow et rougit brutalement.
— Ah ! Tu viens de trouver ta réponse ? Ton patron, je parie ?
— Oui… Elle m’a accusé, y a quelque temps, de vouloir le lui voler !
— Eh bien… bonne chance ! Ça m’a l’air d’être une furie.
— Mais je m’en fous de son mari !
— T’en es sûr ? se moqua gentiment son ex.
Ichigo se tourna vers Hisagi, énervé, mais ne répondit pas.
— Et lui ? reprit Shūhei, plus doucement.
— … je ne veux pas en parler.
— Oh… tu recommences à faire ta tête de mule ? Ça, ça doit être joliment croustillant !
— Arrête de raconter n’importe quoi. Il est marié, il a des enfants et…
— Hum… de bonnes excuses, en effet ! C’est les tiennes ou les siennes ? Personnellement, je parierais fort pour les tiennes !
— Je confirme ! rétorqua Kaïen. On peut compter sur Ichigo pour la mauvaise foi !
— Bon sang, Ichi. Saute-lui dessus… Au moins, sa vieille aura une bonne raison d’être sur ton dos !
Kensei se frappa le poing dans la main en même temps qu’il s’exprimait.
— Je peux savoir pourquoi vous parlez de ma vie personnelle et que vous ne vous occupez plus de vos arrangements ?
— Parce que c’est plus croustillant ! rétorqua Starrk. En ce moment, dans nos vies, c’est le calme plat, alors autant profiter de la tienne. Et puis, ce n’est pas courant qu’un hétéro s’intéresse à un gay !
— Bouclez-la et bossez, pour une fois ! Je ne viendrai plus vous voir, c’est moi qui vous le dis…
Ichigo fut charrié pendant plus d’une heure et l’enregistrement se finit vraiment très tard, le roux ayant apporté une nouvelle fois sa collaboration.
Il ne vit pas, à sa sortie des studios, un groupe de personnes prendre des photos et des vidéos, à son insu, de lui et du reste du groupe. Ichigo rentra chez lui en toute sérénité et se faufila dans la circulation dense. Sans s’en rendre compte, il avait réussi à échapper aux paparazzis !
Le jour de sa reprise au restaurant, il vit tout un groupe de personnes attendre devant la porte. Ichigo s’approcha et plissa les yeux derrière ses lunettes, ayant un mauvais pressentiment. Il fut bientôt confirmé quand des flashs vinrent le fusiller, que des caméras se posèrent sur lui et que des journalistes hystériques lui posèrent un tas de questions.
— Ka-Ten Sama, nous avons su…
— Hisagi et vous…
— Votre retour, pour quand…
— Vos fans…
— Pourquoi la restauration…
Ichigo réussit à fendre la foule et à se réfugier derrière les portes, le cœur battant. Il leva la tête et croisa le regard inquiet de Byakuya et de Renji. Qui avait vendu la mèche ?
Il tourna la tête et interrogea Uryuu du regard, mais celui-ci se défendit.
— Imbécile, ça fait quatorze ans que je sais qui tu es ! J’aurais pu te dénoncer avant…
Ses yeux croisèrent des yeux bleu pâle, triomphants, et Ichigo obtint sa réponse. Derrière lui, les portes bougèrent et Renji et Byakuya réagirent en même temps. Renji bloqua la porte sous les hurlements de la blonde. Byakuya attrapa son beau-frère par la main et l’entraîna avec lui d’un pas pressé. Les autres membres du personnel sortirent de leur léthargie et commencèrent à fermer toutes les issues.
Ichigo avait le cœur qui battait à tout rompre et la peur avait figé toutes ses pensées cohérentes.
— Viens, Ichi, je vais te sortir de là !
— Ton travail…
— J’en trouverai un autre et c’est pas comme si j’en avais besoin…
— Renji ?
— Il est grand et sait très bien ce qu’il a à faire !
— Mais sa place…
Byakuya se tourna un peu vers lui, sans ralentir.
— Ichigo… Nous avons tous nos priorités dans la vie. Nous ne laisserons plus cette mégère te faire du mal.
Ils traversèrent rapidement les cuisines, où la brigade attendait.
— Quelqu’un a pris ma voiture ?
— Oui, venez, Chef… Nanao vous attend !
Byakuya tira Ichigo avec lui et tous les deux montèrent dans la voiture, bientôt encerclée par les journalistes. Le brun força Ichigo à se cacher en le poussant en avant et demanda à Nanao de foncer, même si elle devait écraser quelqu’un. Ce qu’elle exécuta sans sourciller… et quelques journalistes en perdirent leurs appareils photo et leurs caméras.
— Ichigo… Je crois que ta vie en tant que sommelier vient de se terminer, fit Byakuya, vraiment navré. Mais cette femme vient de faire crouler l’établissement de son mari, car Renji, toi, Rukia et Nanao avons donné notre démission !
— Je suis tellement désolé… murmura Ichigo.
— Ne le sois pas, Ichigo ! s’exclama Nanao. Cela fait tellement longtemps que nous nous suivons. Nous sommes amis et tu as ta famille qui t’aime. Nous t’avons toujours soutenu et nous ne nous laisserons pas marcher sur les pieds par cette pétasse. Et je te jure que je me vengerai ! Comment a-t-elle pu transformer notre restaurant en un tel cirque ? J’ose même pas imaginer la tête de son mari !
— Oui… moi aussi, je suis curieux de connaître sa réaction.
Byakuya caressait les cheveux orange indisciplinés de son beau-frère, qu’il considérait comme son petit frère. Son visage apeuré ne lui disait rien de bon et il pensa à Grimmjow Jaggerjack qui, il en était sûr, était amoureux du sommelier. Et aussi, à ce restaurant qu’Ichigo semblait beaucoup apprécier. Qu’allait faire le restaurateur ?

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)