Vendredi 6 février 2009
Nanao slalomait entre les voitures, son regard étant constamment attiré par le rétroviseur où elle pouvait observer quelques véhicules qui les avaient pris en chasse.
— Je ne sais pas où aller ! Je suis sûre qu’ils ont pris des renseignements sur la famille, et mon appartement ne sera pas assez sûr !
Ichigo écoutait sans vraiment réagir quand, soudain, il sortit son portable.
— Shūhei ?
— Ichigo, ça va ? Je viens de voir un flash spécial… Où es-tu ?
— Dans la voiture de Bya, et c’est Nanao qui conduit !
— Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
— La furie a lâché mon nom. Je ne sais pas comment elle a su… mais elle m’a réservé un très beau comité d’accueil !
— Je vois…
— Tu saurais où je pourrais me cacher pour échapper aux journalistes ?
— Va à la maison de disques. Je préviens Gin !
— OK ! Merci, Shūhei…
— Je t’attends !
Ils raccrochèrent et Ichigo demanda à Nanao de prendre la direction de la maison de disques. Elle prit brutalement, à pleine vitesse, la première sortie d’autoroute. Certaines voitures continuèrent tout droit ; par contre, d’autres réussirent in extremis à suivre la Mercedes de Byakuya.
— Une chance que Nanao s’intéresse à la mécanique ! souffla le brun. Je sens que je vais être malade.
— Toi, malade ? fit Ichigo, surpris.
— Je t’avoue que lorsque ce n’est pas moi qui conduis, j’ai tendance à être crispé… Et vu comment conduit Nanao, ce n’est pas fait pour me rassurer !
— Byakuya, arrête de paniquer ! Comme si tu ne savais pas à quoi tu t’exposais en me mettant au volant ! Accrochez-vous : je vais faire quelques détours avant de reprendre la voie pour la maison de disques.
Nanao prit brutalement un sens interdit et se faufila à contresens dans la circulation. Ichigo ferma les yeux : il ne voulait pas voir ! La brune bifurqua à la dernière seconde dans une rue transversale, et un accident eut lieu derrière eux.
— Nanao… attention !
— T’inquiète. Ils nous suivent à leurs risques et périls, de toute façon ! ironisa-t-elle.
Elle réduisit sa vitesse au fur et à mesure, roula de façon plus discrète, et finalement fit entrer la Mercedes dans le garage souterrain de la maison de disques d’Ichimaru. Ichigo sortit de la voiture et Byakuya reprit le contrôle de son véhicule en demandant à Nanao de se mettre à l’arrière. Elle s’exécuta sans discuter.
Byakuya demanda à Ichigo d’être prudent. La porte du sous-sol s’ouvrit et Shūhei vint à sa rencontre, avec Ichimaru sur les talons.
— Ça va, Ichi ? demanda le brun, inquiet.
— Pas vraiment… La voix d’Ichigo tremblait.
— Prends-en soin, Hisagi ! recommanda Byakuya.
Il fit démarrer sa voiture et bientôt disparut.
— Viens dans les locaux, fit Gin d’une voix calme.
— Qu’est-ce que tu lui as fait pour qu’elle soit en rogne au point de fouiller dans ta vie ? Tu as couché avec son mari ?
— Non ! Il est pas là depuis presque deux semaines…
— La vache… Elle y va pas de main morte, quand même. Là, le restaurant va être envahi de journalistes, et pas des plus fins. La clientèle va fuir… et s’en remettre, après un truc pareil… C’est une vraie catastrophe !
— Je crois surtout qu’elle a perdu la tête !
— Une femme jalouse, ça peut devenir mortel… murmura Ichimaru.
— Vous savez de quoi vous parlez ?
— Ma femme est là pour me le rappeler ! ironisa l’albinos.
— Elle doit être effrayante, pour que vous en parliez de cette manière ! fit Shūhei. Je ne vous ai jamais vu avoir peur !
— Oh là… je cache bien mon jeu, alors ? Ichimaru eut un petit sourire.
Ichigo se retrouva dans le bureau du directeur de la maison de disques. Quelques employés, ayant vu le flash spécial, regardaient, curieux, l’artiste qu’ils connaissaient bien. Ichimaru demanda que personne ne vienne les déranger et fit venir son assistante.
— Lisa, fit Gin, veuillez trouver discrètement une chambre d’hôtel pour Ichigo Kurosaki, pour cette nuit, et débrouillez-vous pour lui trouver une maison avec jardin clos à louer, le temps que tout se tasse un peu et qu’il puisse retourner chez lui.
— Bien ! Autre chose ?
— Je ne veux personne au bout du fil, sauf les appels que j’attends… et ma femme. Pour le reste : je ne veux rien savoir !
— Bien !
— Vous avez le champ libre pour faire comme bon vous semble, Lisa !
La brune aux longues tresses se tourna et un sourire apparut à la commissure de ses lèvres.
- C’est une bonne nouvelle !
Et elle quitta la pièce.
Un petit silence s’installa dans le bureau et Gin finit par dire :
— Tu es conscient que tu es mort en tant que sommelier ?
— Byakuya me l’a dit aussi…
— Ton beau-frère, je crois ?
Ichigo hocha la tête et s’effondra dans un fauteuil.
— Que vas-tu faire ? insista l’albinos.
— Je ne sais pas moi-même, Ichimaru. J’ai aucun plan, rien… Ma vie vient de basculer et j’enrage ! Pourquoi a-t-il fallu que je rencontre cette sal…
— Tss, tss… Ne lui accorde pas plus d’importance que ça. Ne gâche pas ta salive et commence à réfléchir à ton avenir !
— Pour l’instant, je n’ai pas franchement la tête à ça !
— Hum… comme tu veux. Je te demande de rester dans mon bureau, pour l’instant. C’est le meilleur endroit pour ne pas être dérangé.
Ichigo se leva et commença à faire les cent pas. Hisagi passa les bras derrière la tête et observa l’orangé, terriblement nerveux. On frappa à la porte et tous se figèrent. Gin demanda d’entrer et Hiyori ouvrit brutalement.
— C’est quoi, ce cirque, dehors ?
— Disons que les journalistes ont retrouvé les traces de Ka-Ten Sama et qu’ils sont excités comme des puces.
— Ichigo ! hurla Hiyori… C’est pas parce que tu rapportes un fric monstre à la boîte que tu dois la faire écrouler !
— Désolé…
— Tu peux, crétin !
— Hiyori… du calme… Il nous faut l’aider !
— Pourquoi ? Il ne fait plus…
— Si… C’est lui qui s’occupe des arrangements de l’album de Dix moi Alice et qui le produit en partie !
— Quoi ? fit Shūhei.
Ichigo rougit légèrement et se détourna.
— Eh oui… c’est lui qui investit pour moitié dans votre dernier album…
— Tu ne pouvais pas me le dire ? remarqua Hisagi.
— Je ne voulais pas te mettre mal à l’aise !
— Andouille ! Comment peux-tu nous mettre mal à l’aise ? Je suis super content. J’étais super content d’apprendre la nouvelle, la semaine dernière, que quelqu’un investissait la rallonge nécessaire — et plus — pour que nous soyons à l’abri et enregistrions au calme.
— J’aime beaucoup ce que vous avez fait et puis… Nous sommes amis ! fit Ichigo avec un léger sourire.
Hisagi se dirigea vers Ichigo, le prit dans ses bras et le serra contre lui.
— T’as des notions de l’amitié bizarres. Finalement, je préfère que tu sois mon ami que mon amant… car tu n’aurais rien fait pour nous, n’est-ce pas ?
Les yeux ambrés avaient une lueur amusée et Hisagi lui ébouriffa les cheveux.
— Ichi…
— Fini le sentimentalisme ! fit Lisa, à la porte. J’ai trouvé un hôtel qui est prêt à l’accueillir et qui nous fournit une discrétion totale. J’ai trouvé aussi une maison où il pourra être tranquille. Nous installerons un couple avec lui pour que personne ne se doute qu’il est à l’intérieur de la maison.
— Vous me sortez le grand jeu ?
— Ichigo… Tu as beaucoup de valeur et tu ne t’en rends même pas compte ! D’ailleurs, j’espère que tu te souviendras de tout ce que nous faisons pour toi !
Le roux observa l’albinos, qui touillait son café, confortablement installé dans son fauteuil noir en cuir.
— On verra bien…
— Si vous voulez bien me suivre, fit Lisa.
— Qui m’accompagne ?
— Shinji Hirako et Kisuke Urahara.
— Laurel et Hardy ? fit Ichigo, soudain inquiet… Je ne sais pas si mes nerfs vont tenir avec ces deux-là, surtout ensemble…
Lisa s’étouffa et reprit son sérieux.
— On peut les voir aussi sous cet angle.
— Ils n’ont pas encore débuté un numéro ?
— Faut leur demander !
Ichigo arriva dans le hall, où l’attendaient les deux blonds. Il déglutit péniblement en voyant leurs sourires ironiques. Il était fichu… c’était sûr !
— Ichigo-kun ! Quel plaisir de te revoir et de travailler pour toi, fit la voix chantante d’Urahara.
— Oh… vous n’êtes pas mort ?
— Déçu ?
— Bien sûr que… non, fit de mauvaise grâce Ichigo.
— C’est clair qu’il t’a dans le sang ! ironisa Shinji.
— Je pense que nous devons être à égalité dans son cœur !
— Pas vrai ! Ichigo… Tu m’aimes plus que lui ?
— Bouclez-la et on y va ?
— Tu vas voir, toi…
— Va chercher la voiture, Shinji… N’oublie pas qu’on est payés pour qu’il reste en vie !
Les trois hommes quittèrent sans problème le building et se retrouvèrent sur la route sans être suivis. Ils arrivèrent rapidement sur le parking de l’hôtel et Shinji se chargea de récupérer les clés. Urahara et Ichigo montèrent dans la chambre qui lui était réservée. Après avoir fait le tour, le blond le quitta et lui signala que Shinji et lui étaient dans la chambre à côté.
À peine Ichigo se retrouva-t-il seul qu’il reçut un coup de fil. Il regarda son portable : c’était Anku. Il décrocha et entendit la voix affolée de l’adolescente.
— Ichigo ?
— Anku… fit doucement le roux.
Il s’assit sur le lit et entendit la voix bouleversée de la jeune fille.
— Que se passe-t-il ? Je viens de voir une émission à la télé où on te voit entrer dans le restaurant…
— Ta mère a deviné qui j’étais et a apparemment vendu la mèche aux journalistes. J’ai dû quitter le restaurant précipitamment avec Byakuya et Nanao.
— Je te jure que j’ai rien dit ! fit Anku.
— Je te crois. Tu n’es pas ce genre de personne.
— Papa va être furieux !
— Je me doute ! Ta mère vient de détruire son outil de travail.
— S’il n’y avait que ça… murmura la blonde.
— Tu vas bien, Anku ?
— C’est à toi qu’il faut poser la question… Tu es où ?
— Je ne peux pas te le dire.
— Oh… à ce point-là ?
— Apparemment. Je ne peux pas rentrer chez moi… Enfin, pas avant un petit moment !
— Kami-sama… Mais qu’est-ce qu’elle a fait ?
— Beaucoup de mal, en tout cas.
— Déjà la dernière fois, j’étais outrée et j’en ai même parlé à papa, de son comportement avec toi…
— Il ne faut pas l’embêter avec ce genre de chose !
— Bien sûr que si ! fit Anku, furieuse. Mon père t’aime !
Ichigo encaissa les paroles.
— Je sais qu’il te l’a dit… Ou quelque chose qui s’en approchait. Il n’est pas très doué pour montrer ses sentiments, tu sais. Il est même plutôt maladroit, mais moi, je l’ai vu tout de suite : il était amoureux de toi. Et il me l’a avoué sans se cacher. Ce qui est plutôt rare, papa étant très discret sur ses sentiments.
— Anku… ton père se trompe !
— Non ! Je ne l’ai jamais vu aussi… en colère après maman que quand je lui ai dit qu’elle te harcelait. Malheureusement, il n’a pas pu rentrer à temps pour la stopper : elle a mis la pagaille lors de son dernier voyage à Kyoto. Entre ma mère et, en plus, Rei… il va devenir fou ! Enfin, Rei est en train de purger sa peine !
— Sa peine ?
— Mon père l’a fait embaucher, lui et ses copains, par des amis restaurateurs qui les font travailler comme plongeurs pendant un an. Leurs salaires étant reversés à papa pour le dédommager. En contrepartie, il portait pas plainte ! Les parents ont tout de suite accepté. En plus, Rei, je peux te dire qu’il a reçu une sacrée correction : il est pas prêt de refaire une connerie ! Il a jamais été assidu en cours, et maintenant il fait même ses devoirs ! fit Anku en riant sous cape.
— Oh… je n’avais pas pensé à ce genre de peine…
— Tu connais pas papa. Moi aussi, j’allais faire des conneries, mais il m’a remise dans le droit chemin. Tu vas faire quoi, là ?
— Je n’en sais rien… Je t’avoue que ma vie vient de s’effondrer et que je n’ai jamais été aussi perdu de ma vie. Je ne peux plus faire de musique et être sommelier… Que me reste-t-il ?
— Je suis sincèrement désolée, Ichi.
Ichigo rit doucement et la calma.
— Tu n’y es pour rien.
— Mais c’est ma mère…
— Qui n’est pas toi. Kami-sama, je sais encore faire la différence !
— Je peux te poser une question, Ichigo ?
— Si je peux répondre…
— Tu aimes papa ?
Ichigo resta silencieux un petit moment, puis finit par répondre :
— Je ne sais pas…
— Tu as peur de lui ?
— Anku… je ne te répondrai pas. Je… je ne sais plus où j’en suis atuellement et si je devais en discuter, ça ne serait pas avec toi !
— Je comprends, c’est juste que je voudrais…
— Anku, merci de t’inquiéter. Mais je pense que ton père et moi, on est assez grands pour nous débrouiller tout seuls. Si quelque chose — et je dis bien « si » — devait arriver, cela se fera… ou pas.
— Tu n’es pas facile…
Ichigo regarda le plafond et eut un sourire triste.
— On me le reproche souvent.
— Enfin… ne fais pas espérer papa si tu n’as pas l’intention de faire quoi que ce soit ! Ça, je ne te le pardonnerai pas !
— Je ne joue pas…
— Je me doute. Et je pense que tu es honnête. Alors, réfléchis bien !
Anku raccrocha peu après. Ichigo regarda son portable, troublé. Il se redressa et attrapa la télécommande. Il alluma la télévision pour avoir un bruit de fond et ne pas se sentir seul. Il alla dans la salle de bain et se fit couler un bain… De toute façon, il avait tout son temps.
°OoO°
Ichigo emménagea deux jours plus tard dans une maison louée pour quelques jours. Rien ne troubla cette retraite forcée et il commençait à s’ennuyer ferme.
Il sortit des feuilles et un crayon et se mit à écrire des paroles qui lui venaient pêle-mêle. Ce qui le troublait le plus, c’étaient les images du restaurateur et de ses yeux bleus, si perturbés… Il ne pouvait plus se mentir.
Il se mordilla la lèvre inférieure et se maudit pour son passé. Il n’attendait plus qu’une chose : que toute cette histoire cesse une bonne fois pour toutes.
Le lendemain matin, Ichigo fut réveillé par son portable. Il regarda son radio-réveil : il était huit heures. Qui pouvait bien l’appeler à une heure pareille ? Il décrocha machinalement.
— Ichigo ?
— Jaggerjack-san…
— Vous allez bien ?
La voix était inquiète et hésitante, chose à laquelle le roux n’était pas habitué.
— Oui… je me suis senti mieux… mais je survivrai !
— Je suis désolé…
— Pourquoi ?
— Pour le tort…
— C’est votre femme qui ne sait pas se tenir.
— Anku… m’a parlé de votre coup de fil et du fait que vous vous cachiez…
— … vous ne me tutoyez plus ?
— À quoi vous jouez ?
— À rien…
Ichigo se rallongea sur le lit et tourna la tête pour regarder, entre les tentures, l’extérieur. Le soleil filtrait à travers l’ouverture et donnait une agréable sensation de chaleur.
— Disons que j’ai eu le temps de réfléchir !
— Tss… ma femme a ruiné ta vie et tu me parles de…
— Nous !
Il y eut un petit silence, à peine perceptible, mais Ichigo le nota.
— Tu as décidé de ne plus t’enfuir ?
— Je crois que j’ai eu peur très longtemps, et à me méfier de tout et tout le monde, au point de ne plus savoir ce qui est important pour moi ou pas. Ces quelques jours enfermé m’ont permis de… de m’avouer que vous me manquiez.
— Tu as de la chance que je sois trop loin et que je ne sache pas où tu te trouves…
— Trop loin ?
— Kobe.
— Pourquoi ?
— Ma chère femme vient de me faire écrouler plusieurs restaurants. Je vais devoir en revendre sept sur les dix que j’avais…
— Oh…
— J’ai demandé le divorce…
Ichigo ne sut quoi répondre.
— Elle a reçu les papiers, je pense. Et là, je vais rentrer en fin de semaine pour que nous nous expliquions.
— Je suis navré !
— Ne le sois pas… Je ne le suis pas…
— Mais… elle…
— Elle a détruit une quinzaine d’années de ma vie. Elle s’occupait de la gestion, mais c’est moi qui m’occupais du reste. Je ne me fais aucun souci pour l’avenir : je saurai rebondir ! Et s’il faut que je reprenne un restaurant et que je sois à nouveau chef, je le ferai.
— J’en suis heureux !
— Tu… tu accepterais de rester mon sommelier ?
Ichigo se redressa et se gratta la tête. Un fin sourire étira ses lèvres.
— Je me demandais si tu me le proposerais.
— Idiot ! Je ne rentrerai pas avant la fin de semaine et j’ai des choses à régler avec Halibel. Je te retrouverai après… Je ne voudrais pas que ma colère te retombe dessus !
— Ah…
— Je veux mettre les choses au clair une bonne fois pour toutes et je ne veux plus qu’elle s’en prenne à toi.
— Je t’attendrai chez moi, alors !
— Bien… Je vais te laisser, Ichi. Prends soin de toi et… attends-moi.
— Je t’attendrai.
Ils raccrochèrent. Ichigo se leva, plus en forme qu’il ne l’avait été depuis longtemps… Encore deux petits jours et il rentrerait chez lui. Il se demanda comment les choses allaient se passer pour Grimmjow.
°OoO°
Grimmjow gara sa voiture dans le garage. Il essayait de contenir la colère qui l’étouffait, mais plus il sentait le moment approcher, plus elle montait. Il arracha la porte plus qu’il ne l’ouvrit et se dirigea à grands pas dans la maison. Il appela sa femme à plusieurs reprises et vit apparaître sa fille et son fils. Tous les deux paraissaient très inquiets.
— Je veux que vous sortiez d’ici et que vous partiez chez vos amis.
— Papa… fit Anku d’une voix suppliante.
— S’il te plaît. Tu m’écoutes, pour une fois. Ce qui va se passer ici, je ne veux pas que vous l’entendiez. Vous sortez !
Les deux adolescents se regardèrent, effrayés. Ils n’avaient jamais vu leur père dans une telle colère noire. Comme elle était contenue, elle semblait encore plus terrifiante. Ils déguerpirent et sortirent de chez eux. Ils déambulèrent en ville, sans savoir où aller. Anku sortit son portable et appela Ichigo.
— Anku ?
— Ichigo…
La voix de la jeune fille était paniquée.
— Que se passe-t-il ? Quelque chose est arrivé ?
— Papa… Papa est à la maison et il est tellement en colère ! Il nous a demandé de sortir et d’aller chez des amis. Mais j’ai peur ! Je ne sais pas où aller !
— J’arrive ! Vous êtes où ?
— On est près du parc !
— Ne bougez pas… Mon jardinier va venir vous chercher, car personnellement, je dois rester cloîtré encore quelques jours.
— OK… On reste devant l’entrée du parc.
Anku raccrocha et attendit avec son frère. À peine un quart d’heure plus tard, elle reconnut la voiture d’Ichigo et vit un homme à la moustache bizarre ouvrir la porte.
— Kurosaki-san vous attend.
— M-merci…
Le chauffeur conduisit prudemment. Le frère et la sœur se tenaient par la main, inquiets de la suite. Ils n’avaient jamais connu un tel bouleversement dans leurs vies ! Ils arrivèrent rapidement devant la maison du sommelier. Ichigo les attendait devant la porte.
°OoO°
Ichigo sortit pour les accueillir. Il vit Anku descendre de voiture, très pâle, même si elle essayait de sourire. Son frère suivait timidement, tout aussi livide.
— Soyez les bienvenus. Venez !
— Ichi… j’ai peur, fit Anku.
Ichigo lui sourit et s’approcha des deux adolescents.
— Je vais téléphoner à votre père pour le prévenir que vous êtes avec moi.
— Il… il est très en colère, souffla Rei.
— Ne t’inquiète pas. Ils vont régler ça comme des adultes. Ton père ne voulait pas que vous soyez là pour ne pas vous inquiéter.
— T’as jamais vu papa en colère, alors ! fit Anku.
Ichigo les entraîna doucement et ils entrèrent dans le grand hall. Hinamori se précipita vers eux et les invita à la suivre dans la cuisine pour un chocolat chaud et une collation.
— Tu peux me donner le numéro de ton père, Anku ?
— Il… il va te tuer !
— Mais au moins, il saura que vous êtes ici.
— Comme tu veux… mais je ne veux pas que tu le quittes !
Ichigo leva les yeux vers elle et eut un léger sourire.
— Je ne suis pas effrayé par ton père, si c’est ce qui t’inquiète.
— Mais… mais…
— Anku, tu me le donnes ou pas ?
Finalement, elle céda. Ichigo sortit son portable et se dirigea vers la fenêtre de la cuisine. Il composa le numéro de Grimmjow et attendit. Quand la ligne s’ouvrit, il entendit la voix puissante du restaurateur hurler :
— Bordel ! Qui c’est ?
— Moi…
— …
— Juste pour te prévenir que tes enfants sont avec moi et qu’ils prennent une collation. Si tu veux les récupérer, tu viens… sinon, je les garde cette nuit. Alors ne t’inquiète pas de savoir où ils sont.
— … Merci, fit Grimmjow dans un souffle. Peux-tu les garder avec toi cette nuit ?
— Bien sûr, je te l’ai proposé… Fais attention à toi.
— …
— À demain. Si tu as besoin de moi ce soir ou demain… je suis là.
— … Je te laisse, fit la voix crispée de Grimmjow.
— Bien.
Ichigo raccrocha. Malgré la distance, il avait perçu la rage mal contenue du restaurateur et tout le self-control qu’il lui avait fallu pour lui répondre calmement.
Ichigo se comporta normalement avec les deux adolescents, ne laissant pas paraître son trouble. Il leur fit visiter sa maison ; ils restèrent scotchés à son studio d’enregistrement et à ses instruments. Hinamori leur montra leurs chambres, ainsi que leur salle de bain. Plus tard, ils dînèrent tous les trois et les deux adolescents ne mouftèrent pas… Ce qui était bizarre pour Ichigo, qui avait connu Anku plus vive et Rei plus agressif. Ils avaient l’air de chatons mouillés, perdus.
Plus tard, ils s’enfermèrent dans leurs chambres et Ichigo veilla tard devant la télévision, dans la sienne. Il fit un tour dans le couloir et s’approcha des portes : il entendit les pleurs d’Anku. Rei, lui, ne disait rien ; il était assis sur le bureau, sous la fenêtre, et regardait le paysage. Il tourna la tête vers Ichigo d’un air absent.
— Tu crois qu’il va la tuer ? demanda-t-il.
— Non, je ne pense pas… Mais ils ont certainement beaucoup de choses à se dire.
— …
— Si tu as besoin de quoi que ce soit, ma chambre… tu sais où elle est.
L’adolescent, qui ressemblait tellement à son père, hocha la tête et tourna de nouveau le visage vers la fenêtre. Ichigo regagna sa chambre et finit par s’endormir lourdement en se demandant comment la conversation entre les deux époux se finirait.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)