Ichigo avait quitté la maison en laissant des consignes à son personnel. Il se retrouva rapidement à la maison de disques et fut instantanément pris en charge. Il n’y avait pas de journaliste à la porte. Le roux songea qu’aucun d’entre eux ne penserait qu’il arriverait si tôt.
Il monta au bureau de Gin. Ce dernier le salua et lui tendit un café. Les deux hommes bavardèrent cordialement. L’air satisfait d’Ichimaru en disait long sur son bonheur de voir Ichigo dans ses locaux.
Ichigo quitta Gin pour se diriger vers sa loge. Il retrouva sa maquilleuse et se laissa faire pour sa lente transformation. Il enfila d’abord les lentilles bleues qu’il portait toujours en tant que Ka-Ten. Ensuite, Cirucci commença à appliquer le fond de teint blanc et à poser des couleurs bleues sur son visage. La pose des faux cils fut délicate et la jeune femme finit par la bouche, qu’elle accentua légèrement pour la rendre plus pulpeuse.
Ichigo termina le maquillage et grimaça légèrement. Son cœur palpitait un peu plus vite à chaque minute qui passait. Cirucci en profita pour lui poser de faux ongles qu’elle vernit en noir. La maquilleuse le laissa et Ichigo enfila son costume.
Il avait la vague impression d’être un prêtre… quoique ! Il mit ses chaussures compensées et gagna une dizaine de centimètres, avant de revêtir sa perruque noire.
La coiffeuse vint lui faire deux couettes et mit un bon moment à crêper tous les cheveux et à les fixer à grands renforts de laque. Elle l’aida à enfiler ses colliers autour du cou, dont un ras-du-cou en cuir noir clouté.
Ichigo lui demanda gentiment de sortir. Il avait besoin de respirer : son cœur battait à une allure folle. Il n’osait plus se regarder dans la glace et finit par se lever pour marcher vers la porte. Il faillit tomber : il n’avait plus du tout l’habitude de marcher avec des chaussures à si hauts talons.
Il s’appuya contre la porte et trembla. Il se rendit compte que son trac était encore plus intense que ce qu’il avait prévu — ou que ce qu’il avait vécu jusqu’alors. Il traversa lentement la pièce et se dirigea vers la psyché, puis leva lentement le visage pour se regarder. Il eut un choc : un visage de poupée sur un corps d’homme. Il trembla à cette idée et eut soudain peur que Grimmjow le rejette malgré toutes ses paroles. Il s’approcha du miroir et se dévisagea pour s’approprier à nouveau son personnage.
Il entendit frapper à la porte, puis quelqu’un essayer de l’ouvrir.
— Qui est là ? demanda Ichigo.
— C’est nous… cria Hisagi.
— Laisse-moi seul, encore !
— Pourquoi ?
— Boucle-la, crétin, et laisse-moi seul encore un peu, si c’est pas trop te demander !
Ichigo regarda la porte, inquiet, puis entendit des pas s’éloigner dans le couloir. Lentement, il tourna le visage et observa sa mine contrariée. Il s’obligea à se détendre, à retrouver cet air impassible de poupée de porcelaine qui caractérisait son personnage.
Il fit le dernier pas pour se placer face à la glace et toucha son double du bout du doigt. Il fut troublé… Même de près, s’il avait été habillé de manière plus féminine, on aurait pu le prendre pour une femme. Il se recula, s’observa une dernière fois et décida d’affronter le regard des autres : ça lui permettrait, ensuite, d’affronter les journalistes.
Ichigo se mit à marcher d’une démarche légèrement langoureuse et ouvrit la porte de sa loge. Il tomba sur deux employés de bureau qui ouvrirent la bouche et furent incapables de parler. La stupéfaction les clouait sur place.
Ichigo emprunta le couloir et chercha le reste du groupe, qu’il trouva dans la salle de repos. Sur son passage, beaucoup d’employés se précipitaient pour ne serait-ce que l’apercevoir. Quand il fit son entrée dans la pièce, où le groupe discutait de manière animée, tous se turent en le voyant. Un silence plana et Ichigo se sentit soudain mal à l’aise.
— Je suis si moche que ça ?
Hisagi se leva, suivi du reste du groupe.
— Oh que non, Ichi… Tu n’as jamais été aussi beau !
Le brun traversa la pièce et s’arrêta devant lui. Il fit un geste pour lui caresser le visage, mais s’arrêta à mi-parcours.
— Je crois que je suis tombé amoureux une nouvelle fois !
— Raconte pas n’importe quoi !
— Ichi, fit Kaïen, tu es vraiment impressionnant. Je trouvais qu’avant tu avais quelque chose, un charisme, mais là… je suis stupéfait. Tu es… tu remplis la pièce rien que par ta présence. Quelle aura…
— Tout à fait d’accord ! approuva Starrk. Tu as mûri… finalement, il n’y avait pas que ta voix…
Tous les membres du groupe approuvèrent et Ichigo fit remarquer qu’ils n’étaient pas mal non plus dans leurs tenues extravagantes. Seul Chad portait quelque chose de presque normal : pantalon en cuir et T-shirt finement troué, laissant voir sa musculature impressionnante. Pour le reste, il n’avait pas besoin de maquillage : il restait naturel.
Hisagi portait un long manteau qui ressemblait à celui d’Ichigo, avec des manches en plus ; son col ressemblait à celui d’un prêtre. Une grosse croix sur la poitrine : n’importe qui aurait pu le prendre pour un prêtre si ce n’était qu’il avait quatre pans largement coupés au manteau, laissant voir son pantalon en cuir et sa coupe de cheveux. Il arborait fièrement une perruque aux cheveux crêpés, retombant en mèches aux pointes « saule pleureur ». Shūhei portait le même genre de chaussures qu’Ichigo.
Kensei arborait une perruque blonde — le seul, d’ailleurs. C’était aussi lui qui avait les cheveux les plus longs. Son corps, moulé dans ses vêtements, était une véritable invitation au vice. Ichigo faillit sourire, mais s’abstint. Son maquillage le rendait également méconnaissable.
Ichigo ne comprenait pas pourquoi les médias ne s’étaient jamais intéressés plus que ça à Kensei… Après tout, lui aussi cachait son identité et était autrement plus sexy que lui !
Ichigo sentit une présence derrière lui et se tourna. Il rencontra les yeux bleus de Gin. Il avait les yeux bleus ? songea Ichigo. L’albinos afficha une certaine surprise en voyant Ichigo, puis ses paupières se refermèrent et il reprit son air de renard rusé.
— Tu es admirable, Ka-Ten ! Vraiment à croquer !
— Vous en avez pas fini de commenter mon look !
— Excuse-nous : il faut nous réhabituer à tant de grâce et de féminité.
Ichigo allait lui coller son poing à la figure, mais Shūhei se plaça devant lui et foudroya Gin du regard.
— Ne vous foutez pas de sa gueule, ou je vous la casse…
— Ouh là… vous êtes chatouilleux. Espérons que votre séance photo se passe dans de meilleures conditions.
Ichigo posa une main gantée sur l’épaule d’Hisagi et s’approcha de Gin, menaçant.
— Ne me refaites jamais une de vos remarques !
Gin observa le chanteur et vit clairement qu’il n’avait plus rien à voir avec le jeune homme tremblant qu’il avait connu quelques années plus tôt.
— Très bien… Veuillez me suivre !
Le groupe traversa les locaux et beaucoup d’employés s’étaient déplacés pour les voir. Ils entrèrent dans une pièce et virent le photographe, du nom de Szayel, qui vint les saluer et retourna à l’installation de son matériel en maugréant qu’il n’avait jamais connu des artistes en avance !
Aporro prit plusieurs clichés du groupe et des photos individuelles des membres. Il prit quelques photos de « couple » entre Shūhei et Ichigo. Et enfin, le roux se fit littéralement mitrailler : le photographe le trouvait tout simplement photogénique. Szayel réussit à lui mettre un éventail en dentelle noire entre les doigts et Ichigo prit de nombreuses poses.
Finalement, Szayel lui demanda de prendre des poses plus masculines et surtout d’avoir l’air pris au naturel. Sur le coup, Ichigo fut surpris et cela lui arracha un sourire : pour une fois qu’on lui demandait d’être un homme dans cette tenue… Mis en confiance par le photographe, Ichigo prit plusieurs poses dans différents endroits du bâtiment. Shūhei protesta contre ces photos et Gin lui rétorqua que ce n’était pas pour l’album, mais pour le public, pour la vente de produits dérivés : Ka-Ten était un produit à lui tout seul, même sans musique.
Quand Ichigo revint de sa séance photo, il était affamé. Il rejoignit le reste de l’équipe à la cafétéria et mangea de bon cœur en plaisantant avec le personnel et le groupe. Il était relativement détendu. Pourtant, à la fin du repas, il s’éloigna et repartit faire ses retouches de maquillage.
Il sortit son portable et composa le numéro de Grimmjow. Celui-ci décrocha immédiatement.
— Ichi…
Il avait l’air soulagé de l’avoir au bout du fil.
— Grimmjow, ça a été ce matin ?
— Sans problème. Je suis retourné chez mes parents et j’ai déjeuné avec Rei et Anku.
— Ils vont venir ?
— Anku a bondi de joie, et Rei est plus réservé.
— Oh… et toi…
— Tout va bien, Ichi ! Ta matinée s’est bien passée, au moins ?
— Fatigante, avec toutes ces photos…
— Mais toi ? Ton trac ?
— Je me sens bien… Je suis heureux que vous puissiez venir !
— Moi aussi.
La porte derrière Ichigo s’ouvrit brutalement.
— Ichi, on est attendu au bureau de Gin ! cria Kensei.
— J’arrive !
Ichigo soupira.
— J’ai entendu, Ichi… À tout à l’heure. Et fais de ton mieux !
— Merci, à tout à l’heure.
Ichigo raccrocha et prit la direction du bureau d’Ichimaru. Ce dernier leur expliqua les consignes de sécurité, leur place à la table de la conférence de presse, les différentes sorties en cas de problème et, finalement, fit visiter les lieux avant l’arrivée des journalistes. Gin les enferma ensuite dans une salle d’attente et veilla à ce qu’ils ne manquent de rien.
Le temps parut à la fois long et court à Ichigo : long parce qu’il n’aimait pas attendre, et court parce que son trac ne faisait qu’augmenter. Shūhei s’en rendit compte et lui prit la main pour le rassurer.
— Tu n’as pas à parler alors sois relax…
— Et si je faisais une bêtise ? Si je tombais, ou que mes vêtements se déchiraient ? Et si je craquais…
— Ichi ! Tu te calmes et tu seras parfait, comme à ton habitude en Ka-Ten. Alors… du calme !
— D’accord…
Kaïen se leva et s’accroupit à côté de lui.
— Respire, Ichigo… C’est le trac qui te reprend. Inspire… expire doucement. Allez, ensemble !
Et les deux hommes se mirent à inspirer et expirer jusqu’à ce qu’ils soient interrompus par Kensei, qui s’était levé et faisait des mouvements de boxe en soufflant très fort.
— On t’a pas demandé de dégommer le public, Kensei ! lâcha Shūhei, exaspéré. Et en plus, c’est Ichi qui doit se détendre !
— Vos gueules ! marmonna Starrk, plongé dans son livre de psychologie.
Finalement, la porte s’ouvrit sur le groupe en train de se prendre la tête sur les bienfaits de la relaxation — prêt à les prouver avec leurs poings !
— Oï ! C’est à vous… Une relaxation comme la vôtre, ça s’invente pas ! maugréa Gin.
Tous se réajustèrent et se déplacèrent en file indienne, Ichigo étant le dernier.
°OoO°
Grimmjow avait raccroché avec Ichigo et appela ses enfants pour partir. Anku arriva dans une tenue gothique ; Rei suivait en boudant derrière.
— T’es pas obligé de nous exhiber ! fit Rei, la voix tendue par la colère.
Le bleuté observa son fils et lui dit doucement :
— Ichigo comptait te voir…
— C’est ta copine, pas la mienne ! cracha Rei.
Il se prit un coup de poing de sa sœur, furieuse.
— Ichigo ne t’a rien fait, bien au contraire. Si tu écoutes bêtement maman, elle pourrait te faire prendre le meilleur des hommes pour le pire des démons.
— Tu n’aimes pas maman ! gronda Rei. C’est facile pour toi de dire ça…
— Je ne l’aime pas ? répéta Anku, choquée. Mais c’est elle qui m’a rejetée. À chaque fois que j’essaie de lui parler, elle m’envoie sur les roses ! Là, faut pas exagérer…
— C’est pas ce qu’elle m’a dit !
Rei lança des regards agressifs à sa sœur. Elle le fixa comme s’il était le dernier des crétins. Grimmjow essaya de calmer le jeu.
— Anku, Rei… je crois qu’il ne nous sera pas donné tous les jours d’aller voir un groupe de rock…
— Visual…
— Je vais te dire, fit Grimmjow, exaspéré : je m’en fous. Tout ce que je veux dire, c’est qu’on n’aura pas tous les jours l’opportunité de voir ce qui va se produire aujourd’hui. Et on ne sera pas exhibés, Rei : des dispositions ont été prises par Ichigo pour qu’on ne soit pas mis en avant.
— Bien sûr ! Maman m’a dit…
— Boucle-la, Rei… Si on en est là aujourd’hui, c’est à cause de maman, je te signale. T’es vraiment con pour ne pas t’en apercevoir !
Anku quitta la pièce et se dirigea vers l’entrée.
— Rei, je voulais te dire que ta sœur t’aime et qu’elle aime sa mère. Et pour finir… je te demande un peu de respect pour Ichigo. Car il en a pour toi…
— Ce n’est pas mon problème, coupa Rei.
Il prit le même chemin que sa sœur. Grimmjow quitta aussi la maison, le cœur lourd. Il monta en voiture et écouta distraitement la conversation de ses enfants.
Arrivé sur place, on lui indiqua, après vérification de son identité, une place dans le parking. Il se retrouva dans le parking réservé au personnel et descendit avec ses enfants. Anku était excitée, puis des voix retentirent derrière eux. Ils se tournèrent et virent la famille Kuchiki et Abaraï arriver.
Ces derniers saluèrent Grimmjow chaleureusement et il se sentit tout à coup plus rassuré. Il ne s’était pas rendu compte du stress que ce cirque médiatique avait provoqué en lui. Anku était ravie de revoir ses amis ; Rei resta en retrait.
Byakuya fut surpris, et Grimmjow expliqua :
— Sa mère lui a monté la tête contre Ichigo et maintenant il est incapable de voir la personnalité d’Ichi autrement que comme un travesti de bas étage… et comme un homo pervers.
La voix de Grimmjow était désolée. Hisana fit craquer ses doigts et murmura :
— Si je rencontre votre femme un jour… je vais aller lui dire bonjour !
— Hisana… menaça gentiment Byakuya.
Rukia les rejoignit.
— À ton avis… on le fera aimablement ?
— Très aimablement, alors !
Les deux sœurs ricanèrent. Les trois hommes les regardèrent, suspicieux.
Finalement, tous montèrent dans l’ascenseur où l’albinos les attendait, avec son éternel sourire.
— Bienvenue, bienvenue… Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas accueillis ici, Kuchiki-san et Abaraï-san.
— Oui… longtemps, répondit Byakuya d’un ton morne.
On les dirigea vers une pièce qui ressemblait à une salle de police : une vitre sans tain permettait de voir une « salle d’interrogatoire ». La vitre fumée les cachait, elle.
— Le son fonctionne parfaitement. Vous pourrez sortir comme bon vous semble… Personne n’est autorisé à venir de ce côté-ci.
— Ichigo ne craint rien ? demanda Hisana, inquiète.
— Je vois que vous couvez encore votre frère ?
— Et alors ? demanda Rukia, furieuse.
— On se calme… Oui : vous voyez, derrière, il y a deux portes qu’il peut emprunter et il pourra s’enfuir en cas de besoin.
— Très bien, fit Hisana, satisfaite. Et vous avez mis le service…
— Oui, le service de sécurité est en place. Je vous quitte : voilà les journalistes.
Tous regardèrent les journalistes entrer : certains avec des appareils photo, d’autres avec leurs carnets, d’autres avec leurs téléphones. Une caméra fut installée au fond de la salle et les techniciens mirent en place leur matériel.
— C’est impressionnant, fit Anku. J’en ai le cœur qui bat alors que ce n’est pas moi qui vais me retrouver face à ces gens.
Grimmjow ne répondit pas. Lui aussi avait le cœur qui s’était accéléré. Comme Anku, il était impressionné par le déploiement de personnes et de moyens. Jamais il n’aurait imaginé que « être célèbre », c’était ça. Les enfants d’Hisana se bagarraient joyeusement, excités à l’idée de revoir leur oncle en tenue de Ka-Ten. Bientôt, une conversation à bâtons rompus s’installa entre Anku, Yumi et Kumiko. Rei s’était reculé, mine renfrognée.
Grimmjow prit appui contre la vitre et observa la foule enfin installée. Son cœur battait si fort que cela en devenait douloureux. Il n’aurait pas voulu être à la place de son amant… et, à ce mot, il eut un léger sourire. Il était tellement plongé dans ses pensées qu’il ne vit pas le reste de la famille s’intéresser à ses expressions.
La porte s’ouvrit et Starrk entra dans la pièce. Immédiatement, tout le monde se colla à la vitre. Chad, Shūhei, Kensei, Kaïen suivirent… et enfin Ichigo fit son apparition. Ils ne le virent pas bien, d’abord, caché par les grands corps de Starrk et Chad. Puis ils se placèrent devant leurs chaises et tous purent admirer la transformation du roux. Les filles poussèrent des cris de joie.
— Qu’est-ce qu’il est beau ! fit Rukia.
— Plus beau qu’avant, reprit Hisana…
— On dirait qu’il a acquis une certaine assurance, remarqua Byakuya.
Grimmjow était hypnotisé. Le visage d’Ichigo était si féminin qu’il en était méconnaissable. Pourtant, au rythme de son cœur, il savait que c’était lui. S’il avait été une fille, il aurait été magnifique, sans conteste. Et pourtant, malgré la transformation, il était évident qu’il s’agissait d’un homme, ne serait-ce que par sa manière de se tenir.
Les flashs commencèrent à crépiter et Ka-Ten ne bougea pas, l’expression inchangée. Il tournait la tête à la demande, mais n’esquissa pas le moindre sourire. Lorsqu’il était entré, un murmure avait parcouru la salle ; maintenant, les journalistes levaient déjà le doigt, impatients de pouvoir parler.
°OoO°
Ichigo entra, le cœur palpitant, mais décidé à faire preuve de professionnalisme. Le groupe fit une petite concertation avant de s’asseoir et Ichigo contempla la foule de journalistes et de photographes. Tous ces flashs lui rappelaient de mauvais souvenirs. Il croisa les jambes, posa ses mains sur ses cuisses, les serra l’une contre l’autre. Il tourna lentement le visage vers chacun et répondit aux sollicitations des photographes. Le murmure qui avait suivi leur découverte l’avait troublé.
Ka-Ten attendit les premières questions… qui ne furent pas longues à arriver.
— Bonjour, Ka-Ten, fit la première journaliste autorisée à poser une question.
Ichigo inclina la tête et la regarda droit dans les yeux, chose qu’il ne faisait pas auparavant, ce qui troubla la journaliste.
— Vous avez quitté le groupe il y a cinq ans… Est-ce vous qui avez orchestré cette manigance ?
— Manigance ? répéta Hisagi, moqueur. Vous croyez que revenir sur le devant de la scène dans ces conditions… c’est un coup médiatique ?
— Enfin… nous n’avons aucune nouvelle de vous, Ka-Ten. Pourquoi maintenant ?
— S’il n’y avait pas eu ce dérapage, vous n’auriez pas vu Ka-Ten aujourd’hui…
— Mais… cette femme, l’avez-vous payée ?
— Sans commentaire !
Un journaliste se leva et regarda Ichigo agressivement.
— Vous vous dites sommelier… mais en fait, ce n’est qu’une plaisanterie, n’est-ce pas ?
Hisagi sentit la tension à côté de lui et rétorqua :
— Ka-Ten est plus crédible en sommelier que vous en journaliste… c’est sûr !
— Excusez-moi, reprit une journaliste. Pourquoi vous enfermez-vous toujours dans votre mutisme ? Pourquoi répondez-vous à sa place, Hisagi ?
— Parce que ma voix est plus sexy que la sienne !
Un petit rire parcourut la salle devant l’aplomb… et la claque que Shūhei mit dans le dos d’Ichigo.
— Êtes-vous toujours en couple ?
Hisagi se tourna vers la journaliste.
— Non… Ka-Ten et moi sommes séparés.
— Pourtant, on affirme vous avoir vus ensemble récemment !
— Ce fut le cas… mais nous avons préféré nous séparer : nous avons évolué différemment.
— Avez-vous quelqu’un d’autre, Hisagi ? demanda un journaliste.
— Non… pourquoi, seriez-vous intéressé ?
Le journaliste rougit, et une autre question fusa.
— Est-ce que Ka-Ten a quelqu’un dans sa vie, à nouveau ?
Hisagi se tourna vers Ichigo. Celui-ci se pencha à son oreille et lui donna sa réponse. Un fin sourire vint sur le visage d’Ichigo ; une lueur malicieuse passa dans ses yeux.
— Ka-Ten m’a demandé de vous répondre qu’il ne souhaite pas s’exprimer sur sa vie privée.
— Pourtant, c’est à cause de sa vie privée que nous sommes ici. Les lectrices et les lecteurs attendent des réponses.
— Pas sur ce sujet-là !
— Êtes-vous sommelier depuis longtemps ? demanda la première journaliste.
— Ka-Ten est sommelier depuis environ quinze ans, répondit Hisagi.
— Pardon… fit un journaliste… vous voulez dire qu’il exerçait ses deux métiers à la fois ?
— Exactement, approuva Hisagi.
Tout à coup, un journaliste se leva. Tous furent surpris par la brusquerie de son intervention.
— Je vais vous prouver que c’est du vent ! fit-il, agressif. J’ai apporté trois bouteilles et je veux qu’il nous dise de quels vins et millésimes il s’agit !
Un mouvement parcourut la foule. Une bataille s’engagea : certains disaient que c’était le prendre en traître, d’autres voulaient voir. Une tension s’installa, Shūhei se tourna vers Ichigo, inquiet. Bientôt, Gin apparut à côté d’eux.
— Tu n’es pas obligé de participer, Ichigo.
— Je le sais… chuchota-t-il.
Puis il regarda la salle brièvement. Je vais le faire.
— Mais… mais…
— Gin… il va y avoir une émeute…
— Très bien, comme tu veux.
Gin attira l’attention de chacun.
— Ka-Ten accepte le défi, mais je vous demande le silence.
— J’ai amené un sommelier avec moi. Il s’agit de Kurotsuchi Mayuri, le plus grand sommelier japonais.
La porte s’ouvrit et le sommelier entra sous les flashs. Cependant, Mayuri fut suivi de Byakuya.
— Qui êtes-vous ? demanda le journaliste fauteur de trouble.
— Je suis le beau-frère de Ka-Ten, et aussi chef étoilé. Je viens ici pour l’impartialité de votre mise en scène…
Le ton de Byakuya était d’une froideur telle que tous eurent l’impression qu’un vent glacial soufflait dans la salle.
Mayuri voulut protester, mais Byakuya lui demanda si cela le gênait tant que ça. Une table fut installée et trois bouteilles posées, aux trois quarts cachées par un papier blanc. Ichigo se leva et s’approcha de la table. Byakuya se mit à côté de lui et souffla discrètement :
— Il est très inquiet pour toi, tu sais… Il a failli débouler dans la pièce.
Ichigo posa une main sur l’avant-bras de son beau-frère et acquiesça. Discrètement, il adressa un signe de tête vers la vitre sans tain.
Kurotsuchi tendit un premier verre. Ichigo regarda la robe, en évalua l’éclat, la couleur, la limpidité, la fluidité. Il fit tourner le verre, puis le porta au nez. Il ferma les yeux pour ressentir les arômes. Enfin, il prit une gorgée et la laissa se répandre sur sa langue, attentif aux tanins, à l’astringence, à l’umami, au gras, aux sensations pseudo-thermiques. Il écouta l’attaque, l’équilibre, l’évolution, la longueur en bouche.
Byakuya tendit un récipient ; Ichigo recracha le vin, puis le remercia du regard.
— Alors ? demanda le journaliste. Je signale que je ne connais pas moi-même le vin : c’est uniquement Mayuri Kurotsuchi qui s’en est occupé.
Ichigo demanda à ce que deux journalistes soient présents, ainsi que le sommelier, pour donner sa réponse. Deux journalistes furent tirés au sort et Kurotsuchi s’approcha. Ichigo donna sa réponse.
— Romanée-Conti 1998.
Kurotsuchi le regarda, surpris, puis retira l’étiquette : tous virent qu’il s’agissait bien d’un Romanée-Conti 1998. Les journalistes confirmèrent, ce qui stupéfia la foule — sauf le groupe, qui semblait résigné et jouait déjà au morpion sur la table, indifférent au cirque.
Ichigo reprit sa dégustation. Il reconnut un Casillero del Diablo 1995 — un vin chilien — et un Stag’s Leap Wine Cellars de 2002, californien. Les bouteilles furent découvertes : trois sur trois pour Ichigo.
Il retourna à sa place et constata que tous les journalistes le regardaient bouche bée. Hisagi chuchota :
— Au moins, tu leur as cloué le bec, à ces crétins !
La conférence reprit, plus sereine ; et surtout, un certain respect perçait désormais dans les questions.
— Avez-vous l’intention de revenir dans le groupe ?
— Ka-Ten participe à notre nouvel album : il le produit en partie, s’occupe des arrangements et, suite à ce remue-ménage médiatique, il a accepté de participer activement. Il a écrit une chanson qu’il chantera lui-même et nous avons fait une reprise de notre premier succès.
Un murmure d’approbation parcourut la salle et la conférence se termina dans une ambiance bien plus chaleureuse.
Ichigo soupira de soulagement quand il sortit… puis fut surpris de voir une foule d’admirateurs dans les couloirs. Il vit aussi sa famille dans la masse, et surtout les yeux bleus de Grimmjow. Il y lut une fierté tendre qui le réconforta tant que la tension quitta ses épaules.
Des enfants coururent vers lui pour prendre des photos. Le service d’ordre allait les repousser, mais Ichigo accepta de poser : il se mit à genoux pour permettre aux parents de cadrer. Bientôt, des fans s’amassèrent. Ichigo se plia aux autographes et aux photos improvisées.
La progression fut lente : la foule voulait le voir, le toucher. Même si Starrk, Chad et Kaïen repoussaient la plupart, certains se faufilaient. Finalement, Ichigo fut mis en sécurité. Quelques minutes plus tard, la famille d’Ichigo et celle des autres musiciens les rejoignirent.
Grimmjow fendit la foule et se dirigea vers le roux, qui l’attendait anxieusement.
— Ça va ? souffla Ichigo.
Grimmjow eut un léger sourire.
— C’est à toi qu’il faut demander ça… Franchement, mon divorce, c’est de la rigolade quand je vois ce que tu traverses en tant que Ka-Ten !
Ichigo rit et se retrouva dans les bras du bleuté sans trop savoir comment.
— Je suis tout de même impatient de retrouver Ichigo…
— Moi aussi, souffla Ichigo.
Ils se regardèrent, souriants, et Grimmjow ajouta :
— Tu m’as fait bien rire quand tu donnais tes réponses à Hisagi !
— Vraiment ? chuchota Ichigo.
— Mais je préfère que tu chuchotes à mon oreille…
Ils se séparèrent en réalisant qu’ils étaient le centre de l’attention. Ichigo reçut ses nièces, son neveu et ses sœurs en pleine figure. Sa conférence était un succès.
Ichigo remarqua Anku et Rei en retrait et s’approcha.
— Anku… ça va ?
— Je crois que je vais tomber dans les pommes, murmura la jeune fille. J’ai le vrai Ka-Ten devant moi.
— Crétine… Ça a toujours été Ka-Ten ! rétorqua Rei.
— La ferme… Je veux des photos, Ichigo…
— Hisagi, trouve-moi un appareil photo : je vais faire des photos avec Anku…
— Et moi aussi ! fit Rei, hésitant.
Surpris, Ichigo se tourna vers l’adolescent, qui le regardait avec une admiration nouvelle. Il lui adressa un sourire chaleureux. Bientôt, ce furent des photos de groupe ; Ichigo était sur toutes et les autres protestèrent. Ichigo leur tira la langue.
— Jaloux !
— Et maintenant… il se passe quoi ? demanda Rukia…
— Album ! déclara Hisagi, qui sauta partout dans la salle avec sa bière.
— Ça promet… murmura Hisana.
L’ambiance fut détendue et, une heure plus tard, Gin les fit sortir. Ichigo regagna sa loge pour se changer. Il se déshabilla en un temps record, retira sa perruque et se démaquilla.
Il avait fini de se rhabiller quand Grimmjow entra doucement et ferma la porte derrière lui. Ichigo se tourna ; le bleuté se pencha pour l’embrasser.
— Enfin… toi-même !
— Heureux de te voir… seul…
Grimmjow l’attira contre lui.
— Je crois qu’il y avait une histoire de baisers… non ? fit le roux avec un léger sourire, les mains posées sur les bras du bleuté.
Grimmjow eut un sourire carnassier.
— Je crois, oui…

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)