Couple : Renji x Ichigo
Genre : OS / Romance / Angst
Synopsis :
Après des mois à dissimuler leur liaison, Renji et Ichigo se sont fait griller. Désormais, ils vont devoir affronter ce qu’ils ont toujours repoussé : s’aimer au grand jour et enfin s’avouer les sentiments qu’ils avaient, jusque-là, réprimés.
Nouvelle un peu chamallow pour la Saint-Valentin 😉
Ce matin-là, lorsqu’Ichigo ouvrit les yeux, il resta longuement allongé sur son lit. Par l’interstice des persiennes, le soleil dardait l’un de ses rayons dans sa direction. Un excellent réveil-matin, si on y songeait…
Mais ce matin-là, contrairement à tous les autres, Ichigo ne se sentait pas dans son assiette.
Et pourquoi cela ? À cause de Mayuri Kurotsuchi ! Cette enflure avait caché des caméras partout dans le Sereitei et avait découvert le secret qu’il essayait de dissimuler aux membres de la Soul Society… sa relation avec Renji Abarai.
La veille, alors que tous les capitaines avaient été convoqués, Mayuri avait lâché en pleine réunion que lui et Abarai, puisqu’ils étaient en couple, pouvaient traiter les nouveaux problèmes qui se déroulaient à Hueco Mundo.
Pourquoi Kyoraku avait-il eu besoin de deux capitaines ? Pourquoi Hueco Mundo existait-il ? Pourquoi Mayuri ne s’était-il pas cassé une jambe ce jour-là ? Ou mieux encore : empoisonné avec une de ses expériences ? Pourquoi était-il tombé amoureux de Renji ?
Un nouveau soupir franchit ses lèvres. Il leva la main pour filtrer les rayons du soleil entre ses doigts. Son esprit dériva vers son amant, avec qui il vivait une relation passionnée depuis quelques mois maintenant, presque un an.
Et dire que tout cela avait débuté parce que leurs esprits, échauffés par l’alcool, la frustration et la colère, les avaient amenés à faire un pari stupide sur : qui embrassait le mieux ! Discussion d’ivrognes, en somme… Ils avaient fini par s’empoigner et échanger un baiser où ni l’un ni l’autre n’avait baissé pavillon. L’échange violent les avait laissés presque asphyxiés et n’avait absolument pas réglé la question.
Ichigo se souvint du regard de Renji à ce moment-là… Autant il exprimait la rage avant le baiser, autant, après, il l’avait dévisagé comme si c’était la première fois qu’il le voyait.
Les jours avaient passé et, malgré eux, quelque chose avait changé dans leur relation. Ils avaient fini par s’éviter, mais, lorsqu’on était capitaine du Gotei 13, on ne pouvait pas le faire éternellement.
À chaque fois qu’il croisait Renji, son cœur se mettait à battre comme un fou… jusqu’au jour où Ichigo avait perçu la caresse des doigts de Renji sur sa peau. De simples frôlements qu’on aurait pu croire involontaires. Pourtant, Ichigo sut qu’il n’en était rien et, peu à peu, il répondit à ses brèves caresses.
Jusqu’au jour où ils s’étaient retrouvés seuls à seuls quelque part dans le Rukongai, dans une forêt à l’abri des regards indiscrets. Lorsqu’ils s’étaient jetés dans les bras l’un de l’autre, le baiser avait été complètement différent. D’abord hésitant, il en était devenu brûlant, tant et si bien que, lorsqu’il s’était brisé, ils étaient à court d’oxygène à nouveau. Mais loin de se quitter fâchés, ils s’étaient de nouveau embrassés encore et encore… et avaient discuté pendant près de deux heures.
Aucun des deux n’avait compris pourquoi ils en étaient arrivés là, mais, l’un comme l’autre, au fond, s’en moquaient. Ils ne s’étaient rien promis, couchaient, sortaient, s’amusaient ensemble, mais ils ne faisaient aucun plan sur l’avenir. Comme s’ils s’attendaient à ce que leur couple explose à tout moment.
Ichigo se leva pour prendre son petit déjeuner. Il relégua Renji dans un coin de sa tête ; il avait d’autres chats à fouetter ce matin-là. Lorsqu’il regagna la treizième division, dont il avait hérité le poste de capitaine, Ichigo fut rejoint par sa fukutaichō. Son regard pénétrant le mit mal à l’aise.
- J’ai appris hier soir par nii-sama que Renji et toi sortiez ensemble. Ça m’a semblé être une blague, mais bon, nii-sama ne plaisanterait jamais sur ce genre de sujet.
Ichigo gagna son bureau et s’étira brièvement.
- Tu m’écoutes, gamin ?
- Rukia, que veux-tu savoir ? demanda calmement Ichigo, tout en jouant avec les nerfs de son lieutenant.
- Alors ? C’est vrai ? s’agaça cette dernière.
- Tu l’as dit toi-même… ton frère ne plaisante jamais avec ce genre de sujet.
- Mais…
Leurs yeux se rencontrèrent et Rukia oublia ce qu’elle allait dire. Un sourire étira la commissure de ses lèvres.
- Eh bien… vous cachez bien votre jeu. Et ça dure depuis combien de temps ?
Prenant le temps de réfléchir à la question, Ichigo se gratta le haut du crâne et dit, pas très sûr de lui :
- Un peu plus de onze mois…
- Quoi ! fit Rukia, stupéfaite. Et vous n’avez rien dit à personne ? Mais attends ! C’est…
- C’est notre relation, pas la tienne, Rukia, sourit Ichigo.
- Mais comment faites-vous pour vous voir ? Pour…
- Ça ne regarde que nous, Rukia. C’est aussi peut-être pour ça que nous n’avons rien dit.
Un sourire amer s’inscrivit brièvement sur le visage d’Ichigo. Il passa une main nerveuse dans ses cheveux. Pour la première fois, il le reconnut : aborder le sujet le mettait mal à l’aise. C’était peut-être aussi pour cela qu’il évitait de l’annoncer. Le regard des autres le paralysait.
Un conflit ? Pas de problème. Assumer cette relation ? Impossible ! Il avait à peine vingt ans… enfin, de toute façon, Renji était plus vieux et ne semblait pas non plus pressé de l’annoncer.
- Ichigo ! Était-ce si difficile de prévenir tes amis ? Peut-être que nous aurions pu vous aider, Renji et toi. Nii-sama n’avait pas l’air choqué hier soir lorsqu’il me l’a dit… et semblait, en fait, assez surpris que même moi, je ne le sache pas.
L’expression d’Ichigo se modifia ; il se crispa.
- Que voulais-tu que je te dise ? Tu voulais un communiqué de presse ?
- Eh, Ichigo… ça ne te va pas d’être amoureux !
Ichigo, qui s’était levé dans l’intervalle et tournait le dos à Rukia pour ne pas avoir à affronter son regard, tourna le visage, surpris. Rukia hésita et demanda, par acquis de conscience :
- Vous êtes amoureux… Je veux dire, personne n’entretiendrait une relation aussi longue sans être amoureux. En plus, vous êtes deux hommes… je veux dire, aucun de vous deux ne semblait être attiré par des personnes du même sexe, alors j’en déduis que vous l’êtes !
Ichigo se détourna et ne répondit rien. Il observait la cour à l’extérieur… Amoureux de Renji ? Oui, il l’était. Mais l’était-il assez pour l’assumer ? Renji était-il amoureux de lui ? se demanda brusquement Ichigo.
- Quoi qu’il en soit, ce matin je dois partir pour Hueco Mundo… Tu viens avec moi, avec les cinquièmes et sixièmes sièges. Sentarō et Kiyone resteront ici pour faire face aux besoins de la division.
Comprenant qu’Ichigo ne lui répondrait plus sur le sujet brûlant de sa vie amoureuse, Rukia demanda :
- Serons-nous accompagnés d’une autre division ?
- Zaraki Kenpachi sera à nos côtés avec quelques hommes…
- Quand partons-nous ?
- Dans moins d’une heure.
- Très bien… Je t’ai apporté les nouveaux dossiers à traiter, sauf ceux du dessus : il me manque des signatures. Ça concerne les travaux à faire dans la division…
- Je m’en occupe tout de suite ; cette affaire a trop traîné.
Rukia le laissa seul et Ichigo se retourna pour faire face à la pile de papiers qu’il devrait attaquer à son retour de Hueco Mundo. Prenant le premier dossier, Ichigo constata qu’il avait oublié de signer quelques formulaires… une première. Il se souvint que ce soir-là, Renji et lui avaient rendez-vous… Était-il si pressé de rejoindre Renji qu’il avait bâclé son travail ?
Cela le tracassa…
°°0o0°°
Alors qu’il s’énervait sur l’une de ses nouvelles recrues, incapable de faire une manœuvre pourtant facile correctement, Renji eut la surprise d’avoir la visite d’Ikkaku et de Yumichika. Ces anciens camarades de division le regardaient d’un air malicieux.
- Alors ? T’es content que ça se sache enfin ?
- Mouais… marmonna Renji en se grattant le front, pensif.
Renji laissa Iba s’occuper de la nouvelle recrue.
- Tu n’as pas l’air si ravi que ça, Renji, fit Ikkaku, moqueur.
- Bah… c’est Ichigo, fit Renji d’une voix traînante. Tu sais comment il est. J’ai cru qu’il allait faire un arrêt cardiaque quand Mayuri a lâché la bombe. Tss !
- De toute façon, depuis le temps que vous sortez ensemble, ça aurait fini par se savoir. Étonnant que personne ne l’ait remarqué avant, fit Yumichika, songeur. Vous avez même réussi à échapper à l’association des femmes shinigami, c’t’un exploit !
- Moi aussi, ça me surprend, fit Renji en s’éloignant de ses hommes. Mais bon, Ichigo tenait tellement à être discret…
Renji s’arrêta devant une fontaine et passa de l’eau fraîche sur sa nuque. La journée s’annonçait caniculaire. Derrière lui, Ikkaku le questionnait encore.
- Tu te sens soulagé quand même ?
- En quelque sorte, sourit faiblement Renji en se tournant vers ses amis. Vous veillerez sur cette tête de mule ?
- C’est un peu comme si tu nous demandais d’aider Zaraki, marmonna Yumichika.
- Bah… il est grand maintenant. Ça fait longtemps que ce n’est plus un gamin, et il est plus fort que notre capitaine. Je me demande même pourquoi on les accompagne, grogna Ikkaku en se frottant la nuque.
- Parce que même si les capitaines sont forts, ils auront toujours besoin de compter sur leurs hommes. Et puis, Ichigo n’est jamais aussi fort que lorsqu’il a des gens à protéger.
- Ouais… Tu ne regrettes pas que Kyoraku ne t’ait pas envoyé à notre place ?
Renji eut un vrai sourire. Il posa ses mains sur sa taille et déclara, moqueur :
- Je préfère partir en mission sans Ichi. Je me sens moins distrait.
Ikkaku éclata de rire et fit un geste à Yumichika pour qu’il le suive. La place devenue libre, Renji perdit son sourire. Comment allait réagir Ichigo maintenant que leur relation avait été révélée au grand jour ? Depuis la veille, tous ses amis étaient venus le voir et le féliciter. Ils étaient surpris, mais, au final, ils semblaient plutôt heureux du dénouement qu’avait pris leur histoire lorsqu’ils avaient appris que cela faisait presque un an qu’ils se cachaient des autres.
Renji n’avait pas été étonné qu’aucun d’eux n’aille parler à Ichigo. Même si le jeune homme était populaire parmi les shinigami, ses réactions excessives, parfois, invitaient à la prudence.
Lui, s’il avait pu, il l’aurait crié depuis très longtemps. Au départ, parce que c’était amusant de rencontrer son amoureux à l’insu de tous… mais le jeu l’avait vite lassé. Et puis, Ichigo ne semblait pas franchement pressé. Pire ! Il semblait que leur liaison ne soit, pour lui, qu’un simple passe-temps.
Bon, lorsqu’ils se voyaient en tête à tête, son expression devenait chaleureuse. Au lit avec Ichigo, c’était toujours bon… mais le jeune homme ne les projetait jamais dans un avenir, même lorsqu’il lui tendait des perches. C’est comme s’il ne l’entendait pas.
Un soir, après avoir essuyé un nouveau revers, Renji s’était saoulé, et c’est Ikkaku et Yumichika qui l’avaient raccompagné à sa piaule. Sauf que, fou de douleur et sous l’emprise de sa colère refoulée et de l’alcool, il l’avait avoué à ses amis. Ces derniers avaient paru étonnés, mais aucune remarque désobligeante n’avait été faite. Ils ne comprenaient pas non plus la réaction de son compagnon.
Renji regagna son bureau en ayant conscience que ses hommes parlaient de lui et de son couple. Mais, pour le peu qu’il perçut des conversations, tous s’étonnaient surtout du ménage qu’ils formaient, Ichigo et lui, et du silence qui entourait cette relation.
Si seulement ils savaient combien ce non-dit lui avait pesé durant tous ces mois. Pour tout dire, maintenant, il était effrayé à l’idée de rencontrer Ichigo. Que lui dirait-il ? Que ferait-il ? Comme Ichigo ne semblait pas vouloir officialiser leur liaison, Renji avait toujours eu peur qu’il lui annonce que cela se terminait à chaque rencontre.
Un soupir franchit ses lèvres lorsqu’il s’assit derrière son bureau. Au final, il se sentait fatigué de tout cela. Si cela se terminait… eh bien, tant pis ! À force d’angoisser, il s’était fait une raison. Et pourtant, ce n’était pas faute de l’aimer, cet imbécile d’ancien shinigami remplaçant. Il l’avait dans la peau depuis un bail.
Il se souvint de ce stupide pari sur qui embrassait mieux que l’autre. La violence d’Ichigo l’avait stupéfié et, ne voulant pas révéler ses intentions, il avait fait preuve de la même fougue. Petit à petit, il l’avait pour ainsi dire apprivoisé, mais pas au point de lui enlever ses craintes infondées. Ou bien se faisait-il des idées ? L’espoir qu’Ichigo l’aime, au fond de lui… Renji se plongea dans son travail. Inutile de bâiller aux corneilles : de toute façon, il ne pourrait pas changer la façon d’être d’Ichigo.
°°0o0°°
La journée se terminait lorsqu’Ichigo et Zaraki traversèrent le portail. Le regard d’Ichigo se porta sur le Gotei 13 en contrebas de la colline.
- Je vais déboucher une bouteille, tu viens te joindre à moi, Ichigo !
- Non, merci. Je dois régler quelques affaires personnelles, répondit le capitaine de la treizième division. Enfin, d’abord, je vais faire mon rapport. Merci quand même, sourit Ichigo.
Le jeune homme quitta la colline sans que personne ne sache où il se dirigeait. Rukia soupira et salua poliment les membres de la onzième division, tout en s’excusant pour le comportement de son capitaine. Mais à quoi pensait Ichigo ?
Rentré dans sa division, Ichigo commença son rapport. Un sentiment d’urgence l’agitait, mais il préférait régler ses problèmes un à un ; et comme Kyoraku lui demanderait certainement son rapport très rapidement, autant commencer par la partie la plus facile.
Presque deux heures plus tard, Ichigo s’étira. Son rapport était terminé et il avait corrigé ceux qu’ils avaient bâclés quelques jours plus tôt.
Lorsqu’il sortit de son bureau, il faisait nuit noire. Le Gotei était en partie éclairé. Sautant sur les tuiles des murs qui divisaient l’espace, Ichigo se pressa pour retrouver Renji. Toute la journée, il n’avait cessé de penser à lui. Au point d’expédier tous ses adversaires et d’écourter ses retrouvailles avec Nell et Grimmjow. Ce dernier voulait un combat, mais Ichigo l’avait ignoré… sûr que Grimmjow lui ferait payer la prochaine fois qu’ils se verraient.
Maintenant, il se trouvait devant les quartiers de la septième division. Il frappa à la porte, mais aucune réponse ne se fit entendre. Après coup, Ichigo se rendit compte que Renji n’était pas là. Le capitaine de la treizième division s’assit devant la porte de l’appartement de son amant. Il allongea ses jambes et observa le ciel étoilé. Une bonne bière aurait été appréciable… et il avait faim aussi.
- Capitaine ?
Ichigo tourna la tête vers Iba, qui le dévisageait derrière ses lunettes sombres. Voyait-il vraiment ainsi en pleine nuit ? s’étonna Ichigo une nouvelle fois devant cette curiosité qu’était Iba et ses lunettes de soleil qu’il ne quittait jamais, même en pleine nuit comme maintenant.
- Yo, Iba !
- Le capitaine est parti se saouler dans un café du Rukongai…
- Ah… Je m’en doutais un peu.
- Voulez-vous que j’aille le chercher ?
- Non, ça ira, fit Ichigo en se redressant. Je vais aller manger quelque chose… j’ai faim, fit-il en s’étirant.
Ichigo rejoignit Iba et marcha à ses côtés.
- Votre enquête au Hueco Mundo s’est bien passée ?
- Avec Zaraki à mes côtés, ça ne pouvait que se terminer rapidement, sourit Ichigo.
- Vous n’avez rien à lui envier, Capitaine.
- Merci. Si Renji n’est pas là, je vais vous laisser. Bonne nuit, Iba.
Iba voulut lui répondre, mais le capitaine de la treizième division avait disparu. Il marmonna :
- J’pouvais aller le chercher… Tss !
- Qu’est-ce que tu racontes, Iba ? Tu parles tout seul, maintenant ? fit la voix moqueuse de Renji.
Son capitaine semblait d’humeur sombre, et l’alcool n’embrumait pas son esprit.
- Capitaine ! Vous venez de louper Kurosaki… Enfin, le capitaine de la treizième division, se reprit Iba en se rendant compte de sa trop grande familiarité.
- Vraiment ? fit Renji, visiblement surpris. Que voulait-il ?
- Je n’en sais rien. Il ne m’a rien dit.
- Où est-il parti ? demanda Renji, toujours étonné qu’Ichigo soit venu jusque chez lui.
- Il a simplement signalé qu’il avait faim.
- Très bien, merci, Iba.
Renji quitta son second, intrigué par la visite d’Ichigo. Quant à Iba, il observait la place encore occupée quelques secondes auparavant et marmonna :
- Je sens que ça va devenir drôlement compliqué, dans cette division, d’ici quelque temps…
Troublé, Renji chercha le reiatsu d’Ichigo et, lorsqu’il le repéra dans ses quartiers, il le rejoignit sans hésiter. En y songeant, c’était la première fois qu’il le faisait aussi ouvertement. Un fin sourire étira ses lèvres. Plus personne ne s’étonnerait qu’ils passent du temps ensemble. Ça avait aussi du bon, que cette liaison soit maintenant révélée.
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Un haori posé négligemment sur une chaise et quelques effets personnels traînaient sur la table de la cuisine. Le bruit d’un couteau, qui émettait un son régulier, et le couvercle d’une casserole qui claquait. La pièce chaleureuse n’était troublée que par un petit fond sonore : de la musique moderne apportée par sa sœur Karin lors de sa dernière visite à la Soul Society.
Sans se retourner, Ichigo demanda :
- Tu manges avec moi, Renji ? Ou tu as déjà mangé en ville ?
- Pourquoi voulais-tu me voir, Ichigo ? répondit Renji.
Ichigo se pencha et goûta son curry. Il devait l’avouer : il s’améliorait… pas aussi bon que celui de Yuzu, mais quand même, il était assez fier. Il replongea la louche pour en remettre dans une petite coupelle, qu’il tendit à Renji avec un air légèrement renfrogné.
- Tiens, goûte ! Et dis-moi ce que tu en penses.
Voyant qu’Ichigo ne lui répondrait pas, Renji s’avança et goûta le curry. Il haussa un sourcil, surpris.
- C’est toi qui l’as fait ?
- Oui. Bon, ce n’est pas encore prêt… je ne suis pas rentré il y a si longtemps que ça. Tu manges avec moi ? invita Ichigo en retournant à la préparation de son plat.
- Ouais…
Renji s’appuya contre un meuble de cuisine et observa Ichigo continuer à s’affairer. Il faillit se pincer, parce que cette scène, il en avait toujours rêvé : être invité officiellement chez Ichigo et partager un repas comme n’importe quel couple. Tout se déroulait comme si la scène leur était familière. Renji se sentait troublé.
Au bout de quelques minutes, Renji prit la parole, hésitant :
- Ichigo…
- Peux-tu mettre la table, Renji ? Tout ce dont tu as besoin se trouve dans l’armoire sur laquelle tu t’appuies.
Renji obéit. En regardant les deux assiettes, les verres et les couverts, un sourire chaleureux se forma sur ses lèvres. Il se tourna ensuite vers Ichigo qui lui tendait à nouveau une coupelle.
- Renji, si tu veux bien…
- Tu veux rompre ? coupa Renji, trop inquiet d’entendre ses paroles.
Son expression était devenue incertaine. Sa main frottait l’arrière de sa nuque. Il était tellement gêné, à présent. Peut-être qu’Ichigo préparait un dîner d’adieu, après tout…
- Je comprendrais, tu sais.
- Ah oui ?
Le ton d’Ichigo était légèrement cassant. Levant les yeux, il croisa le regard froid de son amant.
- Qu’est-ce que tu comprends ? Je peux savoir, au juste…
- Ce n’est pas pour ça que tu es venu me rejoindre chez moi ?
- Imbécile ! Tête d’ananas !
- Qu’est-ce que t’as dit, Kurosaki ?
Renji avait collé son front contre celui d’Ichigo. Ils se foudroyaient du regard.
- Je dis que t’es un imbécile ! Qui t’a dit que je voulais rompre ? grogna Ichigo, très contrarié.
- Personne ! Mais ce n’était pas ton intention depuis… depuis que ça se sait pour nous ?
Ichigo haussa les sourcils, surpris. Était-il donc si distant avec Renji ? Il eut une expression confuse. Il posa la coupelle et posa ses mains sur les avant-bras de Renji. Il fixait ses yeux rouges, où il pouvait lire de la souffrance.
- D’abord, je voulais te dire… Non, je n’ai jamais eu l’intention de rompre. Je me sens bien avec toi, Renji. Pourquoi voudrais-tu que je rompe ? Et dire que j’ai toujours pensé que c’était toi qui me dirais ces paroles… rit Ichigo, gêné de l’avouer.
- Quoi ? Mais t’es fou !
- Comme nous ne parlons jamais de sentiments, j’ai toujours eu peur que… enfin, je ne voulais pas me faire trop d’illusions. T’es beaucoup plus vieux que moi… Alors, je me disais que tu pourrais te lasser.
- Mais t’es con ou quoi ?
Renji prit Ichigo dans ses bras et le serra contre lui. Leur visage était si proche que leurs nez s’effleuraient. La colère et la frustration se livraient bataille sur les traits de Renji.
- Je n’ai pas arrêté de te tendre des perches pour qu’on officialise notre relation. Je voulais qu’on vive ensemble, mais tu fais toujours la sourde oreille.
Ichigo rougit. C’était vrai ! Mais il avait si peur… Les paroles de Kenpachi lui revinrent : « Qu’est-ce que t’en as à foutre des autres ? »
- Je suis désolé… Tu me croirais si je te disais que j’avais peur ?
- Toi ? s’étonna Renji.
- Oui, moi, marmonna Ichigo en posant son front sur l’épaule de Renji. Je ne suis pas doué pour le sentimentalisme, le romantisme et l’amour en général. Ce n’est pas mon truc.
Les doigts d’Ichigo serrèrent les manches du shihakushō de Renji.
- Comme tout se passait bien entre nous, sans prise de tête… je ne voyais pas pourquoi je devais affronter les autres, changer des habitudes… Et puis, et puis… en te demandant plus, j’avais peur que tu me prennes pour un gamin égoïste. Je sais que tu m’as tendu des perches, mais je crois que je n’ai jamais été si peu sûr de moi. J’ai commencé à me poser des questions, puis je les ai rejetées dans un coin de ma tête. Si tu n’entreprenais rien de concret entre nous, alors pourquoi essayer de changer ?
Ichigo ricana, tout en redressant la tête. Il fixa Renji droit dans les yeux.
- Renji…
- Ichigo, je ne savais pas que tu…
Renji louchait déjà : Ichigo l’avait attiré brutalement à lui pour l’embrasser. Ses lèvres étaient pourtant douces et avaient le goût du curry. Ses bras s’enroulaient autour de sa nuque et une fragrance de vétiver l’enivrait. Sa langue, qui franchissait ses lèvres humides, cherchait la sienne. Renji caressa le dos musclé d’Ichigo. Bon sang, qu’il se sentait vivant en tenant cet homme contre lui.
Lorsque le baiser cassa, Ichigo eut un vague sourire.
- Je vais m’occuper du dîner, sinon il va cramer, et j’ai la dalle !
Renji redescendit brutalement sur terre. Il ne voyait que le dos d’Ichigo, mais il remarqua soudain que ses oreilles étaient étrangement rouges. Un petit sourire carnassier effleura les lèvres de Renji. Il s’approcha à pas de loup de sa victime et encercla la taille de son compagnon.
- Je t’aime, I-chi-go.
Les mains du jeune homme cessèrent leur ballet au-dessus des casseroles. Renji remarqua ses joues écarlates et ses yeux qui s’étaient brutalement fermés. Ainsi, son jeune amant avait peur des sentiments et avait du mal à dire des choses aussi simples ? Après toutes ses souffrances, Renji osa le taquiner un peu.
- Je pense à toi toute la journée, jusqu’au moment où enfin je peux te parler. Lorsque je te vois et que je te parle, je n’ai qu’une envie : te croquer. Lorsque je te croque, je n’ai plus qu’un désir : celui de t’aimer. Je t’aime, Ichigo Kurosaki.
- Ne… ne… raconte pas… ce genre de truc… c’est… c’est…
Les dents de Renji mordillaient le lobe de l’oreille d’Ichigo. Il murmura d’une voix rauque :
- Sais-tu combien de fois j’ai rêvé de vivre pareil moment ? J’ai l’impression que cela fait une éternité. Ne pas savoir ce que tu penses me terrifie. J’ai toujours eu peur que tu préfères un autre homme que moi.
Ichigo se tourna pour lui faire face d’un bloc. Il paraissait choqué.
- T’es dingue ? Tu es l’homme le plus sexy que je connaisse et… et…
Un fin sourire étira les lèvres d’Ichigo.
- Je suis accro à ton corps.
En disant cela, la langue d’Ichigo pourlécha ses lèvres. Ses yeux s’assombrirent de désir. Ses mains remontaient son buste dans un mouvement sensuel. Elles serpentèrent jusqu’à entourer le visage de Renji, hypnotisé par cet Ichigo que personne ne connaissait, à part lui. Renji déglutit tandis qu’Ichigo se mettait sur la pointe des pieds et l’embrassait avec gourmandise.
Ses doigts défirent le lien qui retenait la masse de ses cheveux rouges. Ichigo empoigna une touffe à pleine main et tira le visage de son amant en arrière, sa langue léchant sa gorge offerte. Ichigo apprécia la texture rugueuse de la chair.
- Renji, reste avec moi cette nuit.
- Que cette nuit ?
Ichigo leva les yeux vers le capitaine de la septième division.
- Toutes celles que tu veux.
Un gargouillis interrompit leur tractation. Ichigo observa son ventre, contrarié.
- Tu crois que c’est prêt, maintenant ? demanda Renji, redevenu terre à terre.
Il s’aperçut que lui aussi mourait de faim. Il était tellement préoccupé par l’avenir incertain de sa relation avec Ichigo qu’il n’avait rien pu avaler de la journée.
- Oh, tu sais, on peut manger après…
Renji éclata de rire.
- Maintenant, on a tout notre temps pour profiter l’un de l’autre. Et j’avoue que l’odeur de ton curry est irrésistible…
- Plus que moi ? ironisa Ichigo.
- La ferme ! Toi aussi, t’as faim…
Une moue se forma sur le visage d’Ichigo. Il allait se détourner, mais une main attrapa son visage, le forçant à relever le menton, et une bouche se saisit de la sienne pour un doux baiser.
- Tout à l’heure, on aura tout notre temps, chéri. Maintenant que je sais que mes sentiments sont partagés…
En entendant cela, Ichigo rougit. C’est avec difficulté qu’il s’éloigna pour s’occuper du repas.
Une fois à table, ils se dévisagèrent en silence. À chaque fois qu’Ichigo voulait parler, il fermait la bouche et devenait écarlate. Renji l’observait, amusé et attendri. Cette version d’Ichigo lui plaisait bien, aussi.
- Arrête de te moquer de moi, fit Ichigo, sombrement, à la fin du repas.
- Je ne me moque pas, Ichi.
- Tes yeux parlent pour toi, menteur ! râla Ichigo.
Le jeune homme se leva, mais son poignet fut bloqué par la main de Renji. Il leva les yeux vers lui, étonné. Renji porta la face interne de l’articulation à ses lèvres. Ses yeux ne quittaient pas ceux d’Ichigo. Le cœur de l’ancien shinigami remplaçant se mit à battre très fort.
- J’aime quand tu es gêné… c’est plutôt rare.
- Ta gueule, Renji !
- Moi aussi, je t’aime de tout mon cœur, chéri.
- …
Ichigo aurait aimé le repousser, l’engueuler, le… mais sa gorge s’asséchait furieusement. Des lèvres sensuelles remontaient lentement son avant-bras, déposant des baisers légers. Hypnotisé, Ichigo se lécha les lèvres, comme si son appétit s’éveillait au contact de son amant.
Une bouffée de chaleur le gagna. Son cœur se mit à battre beaucoup plus vite. Bon Dieu, que Renji pouvait donner chaud par un simple regard. Sa bouche remontait toujours, et le capitaine de la septième division s’était redressé en prenant appui d’une main sur la table.
Inexorablement, la bouche remonta à sa clavicule, puis à sa nuque. Ichigo pencha la tête, se laissant faire. Lorsque sa langue lécha un point sensible, un courant électrique le fit tressauter. Un soupir s’échappa de ses lèvres.
- Ichigo, veux-tu continuer ici ou dans ta chambre ?
Les genoux flageolants, Ichigo contourna la table et, prenant la main de Renji, l’entraîna dans sa chambre. Ichigo tira de sa main libre sur sa ceinture blanche, qui fit tomber son hakama en tas sur le sol. Renji en fit autant… La lumière n’était pas allumée dans la chambre ; seule celle de la cuisine l’éclairait en partie.
Face à face, les pans de leurs shihakushō pendaient autour de leurs corps. Ichigo tira sur ceux de la veste pour que Renji se penche. Leurs bouches s’effleurèrent d’abord, puis le baiser s’approfondit.
Ichigo enroula ses bras autour de sa nuque. Renji le serra contre lui. Il n’ignorait pas le désir de son compagnon, identique au sien. Ichigo gémit lorsque Renji se pencha pour embrasser sa nuque. Ses grandes mains, puissantes, parcouraient ses flancs et son dos, le faisant frissonner. Il arqua son corps contre celui de Renji, frottant son bassin contre le sien.
- Ichigo… Dis-le-moi…
Fermant les yeux, Ichigo ne répondit rien. La veste qui recouvrait son corps glissa au sol, gisant en tas à son tour. Nu devant Renji, il le laissa l’admirer. Son regard de braise l’incendiait. Ichigo s’allongea sur le futon et tendit la main vers son amant. Ce dernier le rejoignit, et son expression tendue par le désir noua la gorge d’Ichigo.
Leurs mains se caressaient comme s’ils se redécouvraient. Leurs bouches revenaient sans cesse l’une vers l’autre, comme s’ils s’abreuvaient de mots d’amour silencieux. La caresse des cheveux longs, libérés de toute entrave, serpentait sur le corps d’Ichigo, alors que leur maître descendait sur lui, embrassant et embrasant chaque pore de sa peau.
Alors que sa langue experte léchait sa verge avec un peu trop d’application, Ichigo souffla :
- Si tu continues comme ça, je vais venir, Renji.
Félin, ce dernier remonta vers lui et le surplomba, un sourire carnassier aux lèvres.
- Deviendrais-tu moins endurant avec l’âge ?
- Ta gueule ! marmonna Ichigo en posant son avant-bras devant ses yeux. Prends-moi, Renji. J’ai envie…
- Tss ! se moqua gentiment Renji. Je ferai tout ce que tu voudras, chéri… souffla-t-il ensuite contre son oreille.
Sa main repoussa l’avant-bras d’Ichigo, qui se cachait toujours. Leurs regards se croisèrent à nouveau. Ichigo était totalement écarlate. Renji s’étonna.
- Tout va bien, Ichigo ?
- Oui… Dépêche-toi, marmonna seulement le jeune homme.
- Tu es bien pressé, murmura Renji.
Il l’embrassait à nouveau ; ses mains parcouraient le corps de son amant. Un de ses doigts s’immisça bientôt entre ses fesses. Ichigo changea d’expression ; son regard semblait chargé d’une émotion qu’il ne parvenait plus à maîtriser. Renji hésita.
- Je ne pouvais pas te le dire, Renji. J’ai eu tellement peur tout ce temps… Ma position au Sereitei, mes fonctions, toi… toi dont j’étais tombé amoureux. Tombé amoureux d’un homme, chuchota Ichigo… Le regard des autres…
Ichigo croisa les yeux de Renji et le soutint pour la première fois de la soirée, alors qu’il se sentait si faible, comme s’il se mettait vraiment à nu. Pour la première fois, il avoua à voix haute :
- Je t’aime, Renji.
Un sourire fleurit sur les lèvres de son amant et son expression lui fit comprendre qu’il n’aurait jamais dû s’inquiéter comme il l’avait fait jusqu’ici.
Lorsque, essoufflé, Renji vint s’allonger à ses côtés un peu plus tard, Ichigo se tourna vers lui, un sourire éclairant son visage.
- Il va falloir penser à se trouver un endroit où vivre en dehors d’ici. J’ai pas envie que Kiyone et Sentarō débarquent… tu me diras, Rukia pourrait très bien aussi le faire.
- Pareil pour Iba… Nous aurons tout le temps de chercher, fit Renji en embrassant le front d’Ichigo.
- Tu crois qu’on pourra marcher ensemble dans les rues du Sereitei ?
- Peut-être qu’on nous regardera au début, mais une fois l’effet de surprise passé, plus personne n’y fera attention, Ichigo.
Ichigo eut un petit sourire. Sa main repoussa les cheveux serpentins qui cachaient le visage de son amant. Ses doigts effleurèrent sa joue rêche. Son cœur fondit devant l’expression amoureuse de Renji.
- Je t’aime, je t’aime, je t’aime, Renji…
- Eh bien, pour quelqu’un qui n’arrivait pas à me le dire, fit Renji, heureux au fond de lui, maintenant je vais l’entendre tout le temps.
Pour toute réponse, Renji éclata de rire. Il remonta les couvertures sur eux, puis prit son compagnon contre lui. Les deux hommes s’endormirent étroitement enlacés, rêvant d’un lendemain où ils pourraient vivre leur vie de couple en toute tranquillité…

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