Ichigo se regardait dans la glace. Il était méconnaissable. Il portait un costume de vampire, un peu comme ceux de Lestat : un pantalon de velours noir, serré, une chemise à jabot blanche et un gilet noir agrémenté d’un dessin de fil d’or. Une lavallière autour du cou, et un catogan qui retenait de longs cheveux noirs. Ses chaussures noires avaient de petits talons qui le faisaient paraître plus grand. Il revêtit une longue veste de velours noir, puis enfila un chapeau haut-de-forme.
Le jeune homme se regarda une dernière fois dans la psyché de sa sœur et se rendit compte qu’il avait oublié de mettre les lentilles de couleur. Il prit une petite boîte et ôta doucement les délicates pupilles de remplacement. Ses yeux étaient maintenant vert phosphorescent, et l’iris noir avait une forme ovale plutôt que ronde. Ichigo sortit le dernier gadget de sa panoplie de vampire et plaça des excroissances sur ses canines supérieures pour donner l’illusion qu’il était un suceur de sang. Il posa sur son nez une petite paire de lunettes rondes fumées.
Il se regarda une dernière fois dans le miroir. Il avait du mal à se reconnaître. Il eut un sourire en pensant aux shinigami qu’ils rencontreraient ce soir. Il avait appris récemment à maîtriser son reiatsu. Il comptait faire une petite surprise à l’élu de son cœur.
Ichigo sortit de la clinique de son père. Il tenait une canne, indispensable pour que sa tenue soit complète. Tranquillement, il traversa la ville de Karakura à pied pour finalement se retrouver devant le magasin d’Urahara. Il ouvrit le shōji et se plaça silencieusement derrière le commerçant et Yoruichi, qui étaient respectivement déguisés en Frankenstein et en Catwoman. Il fit un « bouh » qui fit sursauter le couple d’amoureux.
— Ooohhh, Kurosaki-kun ?
— Oui.
— Incroyable, fit Yoruichi. Je ne t’aurais jamais reconnu dans une foule.
— Oui, vraiment incroyable… Même ton reiatsu est différent.
— Peut-être « l’ambiance », fit Ichigo, narquois.
— Nous n’attendions plus que toi. Chad, Uryū, Inoue, Tatsuki, Keigo, Mizuiro ont déjà rejoint la Soul Society.
Ichigo fit une légère grimace.
— Je suis donc très en retard.
— Oui, mais le déguisement en valait la peine !
— Merci !
Ichigo avait modifié sa voix pour qu’elle paraisse légèrement plus grave.
— C’est parce que je le vaux bien !
— Arrête de regarder les publicités, Kurosaki… ça te rend niais !
— Mouahahahah.
— Il a disjoncté depuis que la guerre est finie, marmonna Yoruichi.
°0o0°
Ichigo circulait entre les différents protagonistes de la soirée. Ils étaient tous réunis au sein de la onzième division pour faire la fête. Il avait réussi à retrouver Rangiku, Nanao, Hitsugaya, Byakuya, Kenpachi… Yamamoto, ce n’était pas du jeu, n’était pas déguisé. Il y avait également Rukia, Renji, Uryū, Chad, Orihime, Keigo, Mizuiro, Tatsuki, Hanatarō, Unohana et Isane… Finalement, Ichigo avait reconnu pratiquement tout le monde. Par contre, personne n’arrivait à le cerner.
La musique battait son plein. Ichigo était un bon danseur… Il dansait souvent avec sa maman, petit. Il avait continué à danser dans sa chambre, en solitaire. C’était un réel plaisir pour lui de pouvoir exercer ce talent caché. D’ailleurs, il fut repéré par pratiquement toutes les shinigami, qui maintenant faisaient la queue pour obtenir une danse avec lui. Il avait l’air décontracté : disparu, son éternel froncement de sourcils. Il affichait un sourire mystérieux au bord des lèvres.
Jusqu’à ce que ses yeux accrochent une silhouette solitaire. L’homme était déguisé en samouraï de l’époque Edo. Ichigo sourit… il n’avait pas pu s’en empêcher. Il était appuyé contre un arbre, les bras croisés sur la poitrine. Il observait la foule compacte où tous riaient, buvaient et dansaient ; il était clair qu’il recherchait quelqu’un. Il restait sombre et solitaire. Rangiku s’était approchée de lui, l’avait enlacé sensuellement et avait essayé de l’attirer vers la piste de danse. Après tout, c’était la fête pour la victoire totale du Gotei 13 sur Aizen !
Il s’arracha à l’étreinte de la jeune femme et prit la direction inverse. Ichigo le suivit furtivement. Il mourait d’envie de le prendre dans ses bras et de l’enlacer… Cependant, il ne le fit pas. Il attendait… Il voyait le dos large de l’homme qui se tenait droit. Il marchait rapidement, faisant abstraction du monde qui l’entourait. C’était devenu excitant, pour le roux, de suivre « sa victime ». Quand soudain, cette dernière disparut.
Brutalement, Ichigo fut plaqué au sol, un sabre sous le menton. « Sa victime » était montée à califourchon sur lui et le regardait d’un air menaçant.
— T’es qui ? Bâtard !
— …
Ichigo essaya de parler, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Le brun le tenait à la gorge de son autre main. Son souffle devint court.
— Tu vas parler ! menaça-t-il.
Puis, voyant que son prisonnier n’arrivait pas à parler à cause de sa poigne de fer, il desserra son étreinte.
— T’es con ou quoi ? haleta Ichigo, la voix déformée par la pression.
L’homme plissa ses yeux noirs et se pencha doucement vers le roux, toujours allongé au sol. Le geôlier posa un bras de chaque côté de la tête d’Ichigo. Finalement, il se pencha lentement, de plus en plus près. Le bout de leurs nez se toucha. La respiration d’Ichigo se fit courte. Il regardait Hisagi au travers de ses petites lunettes. L’expression de ce dernier se transforma subitement. Ses yeux devinrent chargés de désir et Ichigo sentit le corps de son geôlier s’alourdir sur lui.
Cela réveilla instantanément notre vampire, qui essaya de repousser l’homme qui tentait de l’embrasser.
— Dégage !
— Hors de question… Tu me plais beaucoup trop…
Une lutte s’engagea entre les deux hommes. Le bruit de leurs respirations, de coups et de jurons se mêla… Ichigo finit encore une fois allongé, épinglé au sol, ses deux poignets tenus par une main ferme. Hisagi était haletant.
— Maintenant, ma récompense !
— Salaud ! Tire-toi de là… grogna Ichigo, tout aussi haletant.
— Pas question, mon petit vampire. J’ai gagné la bataille.
— Mais pas la guerre, maugréa Ichigo.
— Abandonne, pour une fois !
— Tu sais… ?
— Ichigo… Même si tu caches ton reiatsu, même si tu te déguises aussi bien que ce soir… nous avons combattu trop longtemps ensemble et nous avons trop fait l’amour ensemble pour ne pas reconnaître ton déhanché !
— Salaud ! siffla Ichigo.
Un petit sourire de satisfaction étira les lèvres de Shūhei. Il se pencha à nouveau sur sa victime et arrêta ses lèvres juste au-dessus de celles d’Ichigo.
— Nous en étions où, tout à l’heure ?
Il happa les lèvres consentantes de son compagnon. De son autre bras libre, il l’enroula sous la taille d’Ichigo. Quand il quitta ses lèvres, il plaça sa bouche contre l’oreille de son amant.
— Et si on terminait ça dans un endroit un peu plus tranquille ?
— Héé ???
— Nous sommes en train de nous donner en spectacle devant tout le Gotei 13.
Ichigo tourna la tête et vit tous ses amis, assis, le fixer avec un immense sourire depuis apparemment quelques minutes. Ichigo devint écarlate.
— Merde, le spectacle est fini ! marmonna Renji.
— La ferme, Renji. Trouve-toi quelqu’un pour finir ta soirée, lança Shūhei.
Ce dernier se redressa et tira la main d’Ichigo pour l’aider à se relever. Ichigo était toujours couleur pivoine.
— Mince alors ! fit l’Association des femmes shinigami… on va rater la meilleure partie !
— J’ai pris des photos, dit triomphalement Yachiru.
Shūhei murmura à l’oreille d’Ichigo :
— Viens, nous, on rentre…
Et Ichigo suivit son amant, en essayant de ne pas entendre les remarques grivoises de la onzième division.
— On pourrait essayer d’être discrets la prochaine fois, marmonna Ichigo.
— Et leur gâcher leur plaisir ? demanda Shūhei, avant d’éclater de rire. J’ai cru que tu étais rodé, depuis le temps.
— Il n’y a que des pervers dans le Gotei 13 !
— Oui, mais le principal, c’est d’avoir la chance de s’aimer.
Shūhei enlaça la taille de son amant lorsque la porte se fut refermée. Une longue nuit se préparait pour eux, loin des yeux indiscrets du Seireitei où la fête battait toujours son plein.
Plus tard dans la soirée…
— Je ne comprends toujours pas comment tu m’as reconnu. J’ai mis tellement de temps à me préparer !
— J’ai payé Kisuke Urahara pour savoir où tu te cachais…
— C’est de la triche… hurla Ichigo.
— Tous les moyens sont bons en amour ! Hisagi éclata de rire…

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