Sous le masque 18

Lundi 22 décembre 2008

Pendant l’absence de Shinji, Ichigo se força à commencer ses devoirs. L’heure tournait et son amant ne revenait pas. Il prépara le dîner et commençait à désespérer. Il sortit son portable et essaya de le joindre, mais il se trouvait apparemment dans une zone non couverte. Il soupira… Il avait tellement attendu leurs retrouvailles et, maintenant… il était seul.

Ichigo décida de se replonger dans ses livres, histoire de tuer le temps. Il jetait régulièrement un œil à l’horloge et, à 2 h 52, constata que le blond n’était toujours pas là. Il bâilla à s’en décrocher la mâchoire et se promit que, si dans cinq minutes Shinji n’était pas rentré, il irait dormir seul dans le grand lit. Quelques minutes plus tard, Ichigo s’affaissa sur la table, la tête posée sur son livre d’anatomie.

°OoO°

Shinji entra dans son appartement sans faire de bruit. Il traversa le hall et tourna à droite, vers la cuisine. Il se servit un verre d’eau, traversa le couloir jusqu’à la salle de bain, se changea, puis gagna la chambre. Sans allumer la lumière, il se glissa dans le lit.

À sa grande surprise, celui-ci était désert ! Shinji se redressa et se leva. Il fit le tour de l’appartement et trouva Ichigo endormi sur son livre d’anatomie, dans la pièce qui lui servait de bureau. Il soupira… il aurait dû s’en douter. Il maudit les autres vizards qui lui avaient joué un mauvais tour, repoussa doucement la chaise et réveilla l’orangé avec précaution.

  • Ichi… Oï… Viens te coucher avec moi. Je me sens seul dans mon grand lit !
  • Bienvenue ! répondit Ichigo, en substance.

Shinji sourit dans le noir et ébouriffa les cheveux de son amant. Il l’aida à se relever ; il était complètement engourdi. Il faut dire qu’il était presque quatre heures du matin ! Ichigo se laissa entraîner et se retrouva bientôt allongé sur le lit. Il gémit lorsque ses muscles rencontrèrent la literie : ils étaient tétanisés.

Shinji alluma son applique et l’aida à s’installer. Il le recouvrit jusqu’au menton, puis se retourna pour éteindre. Le roux se pelotonna contre lui. Shinji referma ses bras autour de lui et l’embrassa sur le sommet du crâne.

— Je suis heureux que tu sois revenu… souffla Ichigo.

— Moi aussi… Dors, maintenant.

Ichigo soupira doucement et s’endormit presque aussitôt. Shinji caressa encore un peu ses cheveux épais, puis finit par s’assoupir, la tête enfouie contre lui. Il se dit que, le lendemain, il tordrait le cou d’Isane pour avoir « oublié » certaines commandes. Et dire que Risa avait omis de lui préciser que cette fichue bonne femme était jalouse et qu’elle cherchait, au fond, à lui mettre le grappin dessus… Il ne pensa bientôt plus à rien.

°OoO°

Le lendemain matin, Shinji se réveilla à cause du tintement violent de la sonnette. Il ouvrit péniblement un œil. Quelqu’un bougea contre lui : Ichigo se crispait. Shinji jura entre ses dents. Il parvint à sortir du lit sans réveiller sa moitié et referma la porte de la chambre derrière lui.

Il avait reconnu les reiatsu derrière la porte d’entrée. Il était fatigué… et surtout furieux qu’on puisse réveiller son amant, qui l’avait attendu toute la nuit, portable ouvert à côté de lui.

Shinji ouvrit la porte violemment.

— Qu’est-ce que vous voulez ?

— Te dire bonjour !

— C’est fait. À tout à l’heure…

Il claqua la porte au nez de ses visiteurs, qui se mirent à nouveau à jouer avec la sonnette.

Shinji rouvrit, manquant d’arracher la porte, et foudroya Kensei, Risa, Isane, Enzo et Rose du regard.

— Ichi n’a pas dormi de la nuit, et moi non plus, parce qu’une certaine personne — dont je ne citerai pas le nom, ajouta-t-il en désignant quelqu’un du regard — a omis de faire son travail. Alors vous allez nous foutre la paix et nous laisser dormir !

— Il est neuf heures ! s’écria Kensei.

— Raison de plus ! Dégagez ! Je ne plaisante pas !

— Fais-les entrer, souffla la voix ensommeillée d’Ichigo derrière lui. De toute façon, ils ne nous lâcheront pas.

— Yo, Ichigo ! lança Risa.

Elle passa devant Shinji, suivie des autres vizards en pleine forme. Ichigo se traîna jusqu’à la cuisine et s’assit sur une chaise, la plus proche du mur. Il appuya la tête contre celui-ci en guise de soutien et ferma les yeux.

En voyant ça, Shinji s’approcha, lui prit la main et le tira pour le remettre debout.

— Toi ! Tu retournes te coucher.

— Oï ! Shinji, arrête de le couv…

Hirako se tourna vers Kensei et lui lança un regard sans équivoque. L’albinos s’interrompit, puis finit par dire :

— Je prépare le café !

— Fais ça, oui…

La voix du blond était belliqueuse.

Shinji reprit doucement la main de son amant et le raccompagna dans la chambre. Il referma, tourna la clé. Il préférait encore ça plutôt que de tuer un vizard par mégarde, tant il était énervé.

Il allongea Ichigo, qui ne protesta pas. Il gémit.

— Ça ne va pas ?

— J’ai mal à la tête…

— Tu veux un comprimé ?

— Je pense que… ce serait préférable.

Shinji fronça un peu plus les sourcils. Il se leva, ouvrit son tiroir et en tira une boîte. Il en sortit un comprimé et le plaça dans la bouche d’Ichigo. Celui-ci l’avala sans difficulté et referma les yeux.

Le blond se pencha, effleura ses lèvres et souffla à son oreille :

— Dors, Ichi. Ce n’est pas la peine de te lever pour eux. Repose-toi. Tu en as vraiment besoin. Aujourd’hui, je reste avec toi.

Shinji sentit deux bras s’enrouler autour de son cou. Il croisa vaguement le regard de son amant ; ses paupières étaient presque closes. Le roux murmura :

— Je ne veux pas que tu me quittes. J’ai tellement attendu de te revoir… Hier, c’était si long sans toi. C’était encore pire que d’habitude, parce que je te savais si proche. Reste… reste avec moi. Tu me manques tellement…

— Ichi…

— S’il te plaît !

La voix d’Ichigo était suppliante. Le blond se pencha et murmura doucement :

— Laisse-moi juste le temps de les mettre dehors, et je reviens me recoucher avec toi. Ça te va ?

— Hum…

Le roux relâcha ses épaules et se tourna dans le lit, enfonçant son nez dans l’oreiller. Shinji remonta les couvertures sur lui et l’embrassa une dernière fois sur la tempe.

— Je reviens vite…

Il quitta la pièce, où les lourdes tentures bleu nuit laissaient à peine filtrer la lumière, et se dirigea d’un pas déterminé vers la cuisine.

Quand il entra dans son pyjama bleu, certains auraient pu en rire, mais l’air sombre du propriétaire dissuada toute remarque.

— Maintenant… vous allez dégager, et vite.

La voix du blond était menaçante.

— Attends, Shinji ! Ton mariage est dans deux jours, et il y a encore des trucs à régler. Et…

Risa fut coupée par Rose :

— C’est Ichigo ? Il va faire une nouvelle « crise » ?

— Il n’en est pas loin… Alors, je vous demande de nous foutre la paix !

Shinji passa une main dans ses cheveux blonds et se gratta le sommet du crâne. Kensei lui tendit une tasse fumante.

— C’est pour ça que tu étais si inquiet hier ? Pourquoi tu ne nous l’as pas dit…

— J’ai essayé de vous parler, je te signale… Vous m’avez ignoré, en pensant que je voulais juste rentrer pour lui sauter dessus. Quoique… Enfin bref. Maintenant, s’il y a deux ou trois choses à régler, vous vous débrouillez, ou vous me contactez sur mon portable.

— Ce serait dommage qu’il ne puisse pas venir à son propre mariage… Surtout si on est obligés de le tuer ! plaisanta Kensei — avant de se mordre la langue en croisant les yeux noisette de Shinji. Ouch… Un coup de coude de Rose et de Risa lui arriva aussitôt. Merde… vous pourriez y aller plus doucement…

— Maintenant, vous sortez ! On se revoit demain, ou le jour J.

— On ne peut pas t’aider ? demanda Isane.

Shinji baissa les yeux vers elle et répondit vertement :

— Personne ne peut m’aider.

— Allez, Isane, on s’en va. Si ça ne va vraiment pas pour Ichi, dis-le-nous, lança Risa.

Les vizards quittèrent l’appartement. Shinji ferma à clé, arracha les piles de la sonnette et les posa sur la sellette toute proche. Puis il regagna la chambre et se glissa sous les couvertures.

Il se tourna lentement vers son amant, en prenant soin de ne pas le réveiller. À peine était-il installé qu’Ichigo le tira contre lui, enfouit sa tête dans le creux de son cou et soupira d’aise. Shinji enlaça sa taille et se cala contre lui. Il s’endormit comme une masse, quelques instants plus tard.

°OoO°

Ichigo se réveilla tard dans l’après-midi. Le lit était vide. Il fronça les sourcils, mais sentit le reiatsu du blond dans l’appartement. Il s’étira, se leva, se gratta la tête et regarda autour de lui. Personne…

Finalement, il trouva Shinji dans la salle de bain, en train de terminer de remplir la machine à laver.

— Je constate que tu es toujours aussi doué pour les travaux ménagers ! fit Ichigo, moqueur.

— Moque-toi… répondit Shinji, ironique. Bien dormi ?

Ichigo bâilla en portant une main devant sa bouche.

— Ouais… Je vais me faire un café.

— Où tu comptes aller comme ça ?

Shinji l’avait attrapé par la manche et le tirait en arrière. Ichigo le regarda, interrogateur, puis esquissa un sourire. Il glissa un bras autour de la taille du blond et effleura ses lèvres.

— Bonjour.

— Enfin… Tu te plais…

Shinji ferma les yeux tandis que le roux butinait son cou avec délectation. Ichigo demanda doucement :

— Tu disais ?

— Tu m’as terriblement manqué…

Ichigo sourit, se redressa et murmura :

— Je peux me faire un café, maintenant ?

— Aarrrh… Ichi… tu es…

L’orangé était parti sur un clin d’œil et se retrouva dans la cuisine, avec le blond sur les talons. Il se prépara un expresso et Shinji continua à se plaindre. Ichigo attrapa son amant contre lui et le serra dans ses bras. Il murmura à son oreille :

— Merci…

Pour une fois, le blond ne répondit pas. Il se contenta d’enlacer sa taille et de poser son front contre le sien. Ils fermèrent les yeux quelques instants et savourèrent cette accalmie.

°OoO°

Les deux jours suivants passèrent rapidement. Shinji resta chez lui et s’occupa de tout à distance. Ichigo essaya de terminer un maximum de devoirs, afin de profiter ensuite de la présence du blond sans être ennuyé par quoi que ce soit.

Ichigo apprit quelques mots d’espagnol. Il s’était entraîné en Angleterre en apprenant son mariage, mais Shinji essayait de lui donner un cours accéléré. Il lui assura que Rose serait derrière lui pour lui traduire en japonais les paroles du maire et lui faire répéter ce qu’il aurait à dire.

Ils allèrent voir le lieu du mariage et rencontrèrent les autorités locales. Ichigo avait l’impression de se décomposer à mesure que les heures passaient.

Finalement, le matin tant redouté arriva. Après avoir pris sa douche, Ichigo enfila son costume. Il était allé voir un tailleur dans les rues commerçantes d’Oxford. L’habit lui tombait impeccablement et la sobriété de l’ensemble lui donnait une élégance naturelle, une distinction qui força l’admiration de Shinji.

— Je savais que ton costume était noir, mais je ne m’attendais pas à ce que tu passes chez un tailleur. Tu es vraiment à « croquer » !

Le costume n’était pas tout à fait noir, plutôt gris anthracite. Une chemise blanche de marque et une cravate dans les tons orangés, griffée, complétaient le tout. Shinji songea que sa nuit de noces allait être très, très chaude.

— Bon, Kensei arrive… Il va t’emmener avant, pour que tu connaisses un peu tout le monde. J’arrive dès que je suis prêt !

Ichigo se dirigea vers Shinji, l’embrassa amoureusement, puis alla ouvrir. Kensei se tenait sur le seuil ; il haussa un sourcil et siffla légèrement.

— T’es trop beau pour ce type !

— Ferme-la, Kensei, je t’ai entendu ! cria Shinji.

Ichigo rit doucement et murmura :

— On y va… Sinon, il va écouter à la porte.

— Je t’ai entendu…

Le roux secoua la tête, referma la porte derrière lui et suivit l’albinos, qui avait lui aussi fait l’effort de porter un costume… noir.

— Je me demande si ce mariage ne va pas ressembler à un enterrement !

— Pourquoi ? demanda Kensei.

— Si on est tous habillés en noir !

— T’inquiète… Shinji égayera la salle, rétorqua sérieusement l’albinos.

Ichigo le scruta un instant, puis éclata de rire… avant d’être soudain inquiet.

— Tu as vu son costume… ?

— Non ! Il a dit que c’était une surprise.

— Oh…

Là, Ichigo était inquiet.

Les deux vizards arrivèrent à la mairie. Quelle ne fut pas la stupéfaction d’Ichigo en découvrant le hall d’entrée plein à craquer d’hommes et de femmes — tous vizards — en tenues de fête. Il sentit la pression l’écraser d’un coup.

— T’inquiète pas, Ichi… Tout se passera bien !

— Shinji m’avait dit que c’était « intime »…

— Bah, on fait le mariage avec la famille. En tout, on est cent quatre-vingt-quinze !

Ichigo toussa violemment.

— Ne nous le tue pas, Kensei… sinon, j’en connais un qui va te tuer juste après ! marmonna Risa.

— Coucou, Ichigo ! fit Eve. Viens, je vais te faire rencontrer un peu tout le monde. Tu sais que tu es une vraie vedette. Tout le monde veut te connaître. Il faut dire que tu es un cas peu courant : un vizard humain, héros de la guerre d’hiver et compagnon de Shinji Hirako…

Ichigo n’arrivait plus à suivre. On le présenta à un nombre impressionnant de vizards qui essayaient tous de l’approcher et de lui serrer la main. Un attroupement se forma autour de lui et il crut qu’il allait mourir étouffé.

— Bon, maintenant, vous allez le laisser respirer, ou c’est moi qui m’occupe de vous ! gronda la voix menaçante du blond.

Tous se retournèrent : l’ancien capitaine de la 5e division apparaissait en costume crème — manifestement sorti, lui aussi, de chez le tailleur — assorti d’une cravate grise. Les autres reculèrent, et le blond rejoignit son amant, qui le regardait, admiratif.

Shinji foudroyait du regard les vizards qui avaient tenté de lui ravir son homme.

— Il n’est plus à prendre !

Ichigo leva les yeux au ciel, puis se tourna vers sa moitié :

— Viens, on va finir par être en retard.

Shinji prit la main de l’orangé et, tous les deux, suivis de la foule des vizards, entrèrent dans la grande salle de la mairie.

Le maire fut d’ailleurs stupéfait par le nombre de personnes qui s’engouffraient dans la salle d’honneur. Il scruta les deux futurs mariés et les trouva nerveux — surtout celui qui paraissait le plus jeune. Ils étaient impeccablement habillés et, franchement, si ce n’était pas à lui de les marier, jamais il ne les aurait pris pour gays.

À sa surprise, Ichigo se plaça à gauche et le blond à droite. Il aurait juré l’inverse… Enfin, ce n’était pas son problème.

Rose se plaça derrière Ichigo et lui fit discrètement la traduction simultanée du discours du maire. Kensei était le témoin de Shinji. Tous écoutaient la cérémonie dans un silence religieux.

Ichigo scrutait l’officier d’état civil et essayait de déchiffrer son regard. Celui-ci finit par se sentir mal à l’aise, tant l’insistance était palpable. Ichigo reçut un coup de coude discret de Shinji et tourna la tête vers le blond, qui fronçait légèrement les sourcils.

Finalement, ils en arrivèrent aux phrases fatidiques. Kensei sortit les anneaux et les tendit à Shinji.

Ichigo blêmit et entendit Shinji lui dire en espagnol :

— « Ichigo, veux-tu me prendre pour époux, dans la joie et dans la peine, jusqu’à ce que la mort nous sépare ? »

Il ajouta en japonais :

— Et au-delà, pour des siècles et des siècles.

Ichigo sourit, perçut l’air surpris du maire et le petit rire qui parcourut la salle.

— « Oui, je le veux ! »

Shinji glissa l’alliance à l’annulaire gauche du roux. Puis ce fut à Ichigo de prononcer les paroles qu’il avait apprises en espagnol.

— « Shinji, veux-tu me prendre pour époux, dans la joie et dans la peine, jusqu’à ce que la mort nous sépare… »

Il reprit en japonais :

— Et de m’aimer dans ma vie d’humain, et par-delà les siècles ?

— « Oui, je le veux ! »

Ichigo passa l’alliance au doigt du vizard blond. Quelques sifflets d’approbation retentirent. Les deux mariés tournèrent la tête, surpris.

Le maire, lui, fut soulagé d’arriver au bout : ces ajouts japonais n’étaient pas prévus, et il détestait tout ce qui sortait du cadre.

— Je vous déclare mariés, pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que la mort vous sépare. Vous pouvez embrasser le marié !

Ichigo regarda Shinji, qui arborait un sourire légèrement moqueur. Ils s’avancèrent l’un vers l’autre et s’embrassèrent tendrement devant toute l’assemblée.

Certains étaient émus aux larmes, notamment Eve, et même Isane… Des acclamations saluèrent le baiser, et bientôt les deux hommes furent entourés de leur « famille », qui les félicita chaleureusement.

Shinji prit la main d’Ichigo dans la sienne et l’entraîna vers la sortie.

— Tu as oublié de me dire ce qu’on faisait maintenant… souffla l’orangé, un peu inquiet.

— On va faire la fête, répondit son mari, en souriant.

Quand Ichigo y songea, cela lui fit une drôle d’impression : quelque chose de rassurant, de chaud et d’étrange à la fois. Ils rejoignirent leurs voitures et prirent la route des entrepôts. Ichigo adressa un sourire amusé au blond.

— J’aurais dû m’en douter !

— Attends, tu as vu le nombre de personnes que nous sommes…

— Oui… « intime » ?

— Euh… familial ! rétorqua Shinji.

Ils descendirent tous. Shinji, qui n’avait toujours pas lâché la main du roux, l’entraîna à sa suite vers les sous-sols.

Les lieux avaient été aménagés pour accueillir une fête avec de nombreux invités. Des tables étaient dressées, des buffets attendaient sagement. Des vizards étaient chargés du service. Une décoration festive, comme on en voit au Japon, avait été installée.

La musique retentit et, bientôt, la fête battit son plein. Les vizards étaient bien décidés à célébrer un événement qui ne se produisait que très rarement.

Ichigo but du saké et goûta à chaque plat préparé — il l’apprit plus tard — par un traiteur japonais…

Les deux mariés furent séparés par les groupes formés selon les affinités, et tous les félicitèrent chaleureusement. L’orangé avait la tête qui tournait.

Sur la piste de danse, Shinji dansait avec élégance avec Risa, qui, pour une fois, s’était habillée en femme fatale, dans un fourreau noir échancré sur une fesse. Pas mal d’hommes en louchaient d’ailleurs.

Eve tira brutalement le roux vers la piste et entreprit de danser avec lui. Ichigo se déplaça avec sensualité avec la jeune femme, et beaucoup de femmes commencèrent à envier la vizard entreprenante que le roux tenait dans ses bras.

Finalement, un slow commença ; Risa et Eve quittèrent leurs partenaires, laissant les deux amants ensemble.

— Je n’ai pas aimé la façon dont tu tenais Eve, marmonna Shinji.

— Je devrais dire quoi de ta démonstration avec Risa… rétorqua le roux.

— Ce n’est pas pareil !

— Ah oui ?

— Oui… Risa, je la connais depuis des siècles…

— Ah oui… Tiens, au fait, Shinji : je ne t’ai jamais demandé quel âge tu avais exactement…

Shinji blêmit et tenta de changer de sujet.

— Pourquoi tu l’as serrée d’aussi près ?

Ichigo glissa ses bras autour de sa taille, plaqua son corps contre le sien et approcha ses lèvres de son oreille.

— Alors… quel âge ?

— C’est important ?

— J’aimerais savoir… Après tout… tu connais le mien !

Un court silence. Enfin, Shinji murmura d’une petite voix :

— Hum… huit cent soixante-dix-neuf ans…

— Quoi ? sursauta Ichigo.

Il faillit s’arrêter, mais Shinji le tira pour l’obliger à continuer.

— De toute façon, on est mariés maintenant… Tu ne peux plus faire marche arrière ! Fallait me le demander avant ! finit-il, accusateur.

— Tu aurais pu me parler de ce « détail » avant, quand même, souffla Ichigo, encore sous le choc.

Il savait que Shinji était plus âgé… mais pas à ce point-là !

— Je crois, reprit Ichigo, qu’il ne peut pas y avoir de plus grande différence d’âge dans aucun autre couple sur Terre !

— On s’en fiche ! On est déjà un couple hors norme !

— Hum…

— Quoi, encore ? soupira le blond.

— Tu as prévu quelque chose ce soir. Tu vas me dire ce que c’est ?

— Pas question… Surprise !

La musique prenant fin, ils rejoignirent les buffets et se restaurèrent. Ils ne se quittaient plus des yeux et finirent par se donner à manger l’un à l’autre. Cela exaspéra Kensei. Risa se moqua de sa jalousie.

En réalité, plus personne ne faisait attention au couple : la fête battait son plein, et certains commençaient sérieusement à trouver le sol très proche.

Au cours de la soirée, Shinji entraîna discrètement son mari par la main et ils se retrouvèrent dehors. Le blond donna une pilule d’âme artificielle à Ichigo. Son âme se détacha de son corps. Shinji ordonna au mod-soul de regagner l’appartement et de veiller sur le corps d’Ichigo. Celui-ci fut installé dans une voiture, où un vizard l’attendait pour le raccompagner.

Shinji tira l’orangé contre lui et lui murmura :

— Maintenant, toi et moi, on va pouvoir vraiment s’amuser…

— Où comptes-tu m’emmener ?

— Cccchhhhhuuuuuutttt…

Shinji attira le roux à lui et, tous les deux, disparurent grâce au shunpo. Kensei, qui avait observé la scène, demanda à Rose :

— Tu sais où il va l’emmener ?

— Aucune idée. Il n’en a parlé à absolument personne. Je pense qu’il voulait vraiment être tranquille !

— T’es sûr qu’on aurait dû les laisser se marier ?

— Ça n’aurait pas changé grand-chose… Au moins, maintenant, ils sont heureux ! rétorqua Risa.


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