Sous le masque 20

Dimanche 28 décembre 2008

Ichigo ouvrit la porte de son appartement. Il faisait nuit noire lorsqu’il entra, mais il n’alluma pas le plafonnier. Il déposa lourdement sa valise contre le mur. Il ferma la porte à clef derrière lui. Et sa main resta sur la poignée… quelques minutes. Cette dernière reçut une goutte d’eau, puis une autre au bout de quelques secondes… pour finir par être couverte de larmes ! Ichigo gémit et son corps glissa lourdement sur le sol.

Un long sanglot éclata dans sa gorge et des spasmes de douleur secouèrent son anatomie. Ichigo ramena ses mains vers son cœur et les serra fortement. Comme si elles pouvaient arrêter le dard violent du mal qui s’était planté à l’intérieur de celui-ci !

Ichigo resta longtemps à pleurer, la tête collée contre sa porte. Il finit par se relever lourdement. Il avait froid et décida d’aller prendre une douche… Il n’allait pas se laisser aller comme cela. Il n’en était pas question ! Il traversa d’un pas pesant son appartement. Il ne prit pas la peine d’ouvrir quoi que ce soit. Il appuya uniquement sur l’interrupteur de la salle de bain.

Le jeune homme se déshabilla comme un automate et fit couler l’eau chaude sur lui pour exorciser le froid qui avait envahi son corps. Il resta longuement sous l’eau et les larmes vinrent se mêler à l’eau ruisselante. Il finit par se résoudre à sortir. Il se sécha et se dirigea dans sa chambre pour prendre un pyjama. Il finit par s’allonger sur son lit, par automatisme.

Les yeux d’Ichigo se portèrent immédiatement vers son bureau. Une semaine plus tôt, il regardait encore la petite boîte bleue dans laquelle les deux alliances reposaient. Il regarda sa main gauche… Il ne portait aucune trace d’anneau autour d’aucun doigt. De nouvelles larmes montèrent à ses yeux et il se traita du plus sombre idiot que la Terre ait jamais porté.

Il maudit son caractère emporté et, soudain, le visage de son mari lui revint en mémoire. La dernière expression que Shinji avait eue lorsqu’ils s’étaient quittés. Celle d’une profonde blessure… Quelque chose qui se casse et que personne ne sait réellement si cela va se refermer un jour. Ichigo essaya d’oublier. Il passa les couvertures au-dessus de sa tête et gémit sous les émotions qui le submergeaient.

Ichigo, d’épuisement et de chagrin, finit par s’endormir une heure plus tard. Pourtant, sa nuit fut agitée et les souvenirs remontèrent à la surface. Ichigo rêva de son retour en Espagne avec Shinji. Leur petit séjour avait été merveilleux et le roux savait qu’il constituerait son plus précieux souvenir. De retour à l’appartement, les deux hommes étaient littéralement épuisés par les longues heures qu’avaient suscitées leurs déplacements. Pourtant, à peine arrivés, Shinji commençait à formuler des projets d’avenir. Ichigo l’écoutait et avait un léger sourire. Finalement, le blond demanda son avis au roux.

— Donc, que penses-tu de venir m’accompagner au cours de nos voyages ? On pourrait faire le tour du monde.

— Comme je te l’ai dit avant que nous nous mariions, je vais devoir retourner à Karakura.

— Je t’ai dit que c’était impossible, Ichi ! rétorqua fermement le blond.

— Pourquoi ? Je ne vois pas en quoi ce projet est impossible, répondit doucement Ichigo.

— Enfin, tu imagines déjà le problème, pour moi, de faire les allers-retours Madrid / Oxford ?

— Écoute, tu n’as qu’à ajouter Karakura dans les villes que tu as à visiter !

Un petit silence s’installa et Shinji avait planté son regard noisette dans les yeux d’Ichigo.

— Tu comptes vouloir aider ton père combien de temps, en fait ?

— Environ cinq ans, peut-être un peu plus !

— Pardon ? Là, il en est vraiment hors de question…

— Mais c’est ma famille ! s’écria Ichigo, énervé et fatigué.

Nouveau silence. Ichigo se rendit compte que Shinji avait été blessé et ferma les yeux à demi pour observer le blond. Qu’avait-il dit de mal ? Shinji, quant à lui, reprit froidement.

— Peux-tu me dire ce que je suis pour toi, exactement ?

— Que veux-tu dire ? s’étonna Ichigo, exaspéré.

— Que suis-je pour toi ? Le ton était cassant.

C’était la première fois que Shinji parlait de cette manière à Ichigo. Ce dernier fut troublé par le contraste saisissant entre l’amant d’hier et l’homme qui se tenait aujourd’hui devant lui.

— Tu es… mon mari, répondit lentement Ichigo.

Il avait toujours les yeux plissés et regardait le blond, suspicieux. Ce dernier s’était approché silencieusement et se tint devant lui. La démarche lui avait fait penser à un fauve prêt à bondir. Ichigo sentait vraiment une menace peser sur lui, tout à coup. Il recula d’un pas. Qu’arrivait-il à son amant ?

— Peux-tu me dire en langage clair… Ichigo, ce que représente un mari pour toi ? Sa voix n’était plus qu’un chuchotement menaçant.

— Que veux-tu que je te dise ? La voix d’Ichigo laissait percer un peu de panique. Tu es mon amant, mon ami, mon confident…

Sa voix mourait au fur et à mesure qu’il s’exprimait.

— C’est tout ? demanda Shinji.

Il avait coincé Ichigo contre le mur. Shinji avait placé chaque bras autour du corps du roux et il avait levé son visage vers Ichigo, légèrement, pour planter ses yeux dans les siens.

— Comment ça, « c’est tout » ? rétorqua Ichigo d’une petite voix.

Il était réellement impressionné par la fureur qu’il sentait à l’intérieur du blond. Jamais il ne l’avait vu dans ce genre de colère froide qui glace le sang de celui vers qui elle est dirigée. Un frisson d’angoisse traversa la colonne vertébrale du roux, qui ne savait plus quoi lui dire pour le calmer, ni quoi penser. La tension envahissait son corps, qui devenait un peu plus lourd qu’il ne l’était déjà avec la fatigue qu’ils avaient accumulée.

— Ichigo… As-tu entendu dire que ceux qui échangent un consentement devant Monsieur le Maire et qui se promettent amour éternel sont aussi liés par ce qu’on appelle communément le mot « famille » ? Là, je ne te parle pas de la famille comme je considère les autres vizards… Je te parle de ce que nous avons fait, il y a trois jours maintenant… autrement dit : nous marier ! Tu en saisis tout le sens ? Pourquoi crois-tu que je tenais à me marier avec toi ? Uniquement pour être ton amant officiel ?

— Donc, je dois rejeter ma famille ? Et je n’ai pas besoin de mariage pour être…

— Idiot… maugréa Shinji. Je te parle du fait que tu dois me faire passer avant ton autre famille. Tu as choisi, en te mariant avec moi, de créer un nouveau foyer et de quitter le nid parental !

— Mais… attends ! Ça veut dire que je dois obéir au doigt et à l’œil à tout ce que tu vas exiger de moi ? Autrement dit, tu me demandes de renier ma famille pour te faire passer en premier… qu’importe la souffrance que cela peut leur causer ?

Shinji tapa du poing sur le mur, violemment. Ichigo sursauta et foudroya le blond du regard. Maintenant, la colère avait monté dans les deux camps : Shinji, exaspéré de voir que son nouveau mari le considérait comme un élément ajouté, et Ichigo, énervé que son mari lui demande d’abandonner sa famille pour le faire passer en premier et l’obliger à faire quelque chose qu’il n’avait pas prévu.

— Tu veux bien te pousser, Shinji ! menaça Ichigo.

— Pourquoi ? Habituellement, c’est toi qui te colles à moi ! Pourquoi pas l’inverse… maintenant… ironisa méchamment le blond.

Ichigo accusa le coup. Il lança un regard courroucé, mais Shinji avait eu le temps de voir la blessure qu’il lui avait infligée. Cela le désobligea, mais lui apporta aussi un peu de réconfort.

— Pourquoi n’acceptes-tu pas de me laisser juste quatre ou cinq ans ? Ce n’est pas long quand on pense que toi, tu as vécu huit cent soixante-dix-neuf ans !

— Ichigo, sais-tu le déchirement que me procure chacune de nos séparations ? Je ne vais pas pratiquer un loisir, ni me déplacer pour mon plaisir personnel. Je vais aider des gens. Je pensais qu’au moins toi, tu pouvais le comprendre ! gronda Shinji.

— Mais tu me demandes d’abandonner mon père et mes sœurs !

Rétorqua une nouvelle fois, énervé, le roux.

— Je n’ai pas dit cela… Je ne vais pas t’interdire d’aller voir ton père ou tes sœurs. Je ne suis pas un idiot. Mais ta vie, c’est avec moi que tu vas la passer !

— Alors pourquoi je n’ai pas pu les faire venir pour notre mariage !

— Crois-tu qu’Isshin aurait laissé ce mariage se faire ? Réfléchis deux secondes…

— Il fait peut-être l’idiot la plupart du temps… mais je pense qu’il aurait compris avec le temps !

— Bien sûr : au bout de combien de temps, à ton avis ? Pourquoi dois-je me justifier, Ichigo ? Pourtant, c’est clair… Un mariage, ça se construit à deux ! Et pas un qui fait comme bon lui chante !

— C’est ce que tu fais pourtant !

— C’est ce que tu crois ? souffla Shinji.

Ses yeux s’étaient élargis. Shinji se recula. Son corps s’était raidi.

— Donc, tu crois que je fais ce que je veux et que toi, tu es celui qui se sacrifie pour le couple ?

— Shi…

— Très bien ! Je vais te laisser te débrouiller seul. Tu vas peut-être comprendre l’importance d’aimer et d’être aimé. Que, certes, un père et une mère, c’est important, mais que lorsqu’on pense faire sa vie avec une personne — surtout si ces personnes se marient ensemble — cela ne peut pas se faire au détriment du couple, pour les parents. Je vais te laisser le loisir d’y réfléchir. Maintenant, tu m’excuses… j’ai besoin de prendre l’air !

— Attends ! Tu comptes te sauver et me laisser en plan comme ça ?

— Tu restes campé sur tes positions… Tu refuses de m’écouter ! dit froidement Shinji.

— Mais toi aussi, tu refuses de m’écouter depuis tout à l’heure ! rétorqua avec colère Ichigo.

— Tu n’es même pas capable de savoir quelle est ma place dans ta vie !

— Qu’est-ce que tu racontes… Je t’aime ! objecta Ichigo.

— Tss… Ce ne sont que des paroles, pour toi ! réfuta sombrement Shinji.

— Tu crois réellement ce que tu dis ? lâcha d’une voix blanche Ichigo, dont le cœur s’étreignit d’angoisse, soudainement.

— Tu ne me le fais pas sentir ou montrer, au choix… pour toi ! fit, sarcastique, Shinji.

Ichigo sentit la colère exploser en lui, brutalement. Son hollow se manifesta.

Tu vois… mon cher roi, il s’est servi de toi ! ricana l’albinos, au fond de lui.

« Boucle-la ! » lui répondit l’orangé.

Shinji fronça les sourcils. Il avait senti le changement dans le reiatsu de son mari.

— Ichig…

— Boucle-la ! gronda Ichigo.

Il leva les yeux vers lui et Shinji rencontra les yeux d’or si caractéristiques. Ichigo reprit froidement :

— Puisque je ne suis pas capable de le montrer, de te le faire comprendre… ricana Ichigo, je te rends ceci et je crois que ce n’est pas la peine que nous nous revoyions prochainement. Mais je ne pense pas spécialement être le seul à être têtu, dans cette histoire !

Ichigo avait claqué sur la table son alliance.

— Ic…

— Je ne veux plus t’entendre ! Pour toi, je dois renoncer à tout : ma famille, mes études, mes amis, ma vie… Je dois te suivre et t’obéir aveuglément si j’analyse tout ce que tu m’as dit ! Très bien… Je ne pensais pas entrer dans une prison en t’épousant ! Je rentre en Angleterre…

— Fais comme tu veux ! Mais si tu quittes cet appartement, tu ne me reverras plus…

Ichigo le regarda au travers de ses yeux d’or. Shinji respirait difficilement et son expression était tendue.

— C’était ton dernier ultimatum ! répondit Ichigo.

Il quitta la cuisine et laissa le blond seul, planté à l’intérieur. Il eut juste le temps de voir la souffrance, celle qui déchire l’âme. Ichigo n’avait pas voulu faire marche arrière. Non, il ne pouvait pas ! Il fit ses bagages en un temps record. Il quitta l’appartement en claquant la porte.

Un lourd silence s’était abattu sur ce dernier. Shinji était toujours debout, au milieu de la pièce, statufié. Il ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Il entendit sonner à la porte, se précipita pour ouvrir et vit Kensei, Risa et Rose. Ce qui le choqua, et il comprit qu’Ichigo était sorti de sa vie.

— Shinji, qu’est-ce qui se passe ? On a senti vos reiatsu briller… Un arrancar est venu ?

Shinji laissa tomber sa tête sur l’épaule de Risa et laissa ses larmes couler, pour la première fois de sa vie ! Les trois vizards se regardèrent, désespérés. Que s’était-il passé !

— Shinji, où est Ichigo ?

— … Il… il m’a quitté !

— Quoi ? hurlèrent les trois vizards, bouleversés et incrédules.

— On… on s’est disputés… s’étouffa Shinji, toujours sur l’épaule de Risa.

Kensei repoussa gentiment le blond, qui avait la tête qui pendait. Il était dans un sale état. Ils grimacèrent tous. Rose ferma la porte et Risa emmena d’autorité le blond vers le canapé. Les trois autres s’installèrent autour de lui.

— Maintenant… tu nous dis clairement ce qui s’est passé entre vous !

Shinji, pour toute réponse, se prit la tête dans les mains et gémit. Il resta prostré durant une bonne partie de la nuit. Finalement, il réussit à raconter, de façon chaotique, les événements qui s’étaient produits plus tôt. Un silence de mort accompagna les paroles du blond. Finalement, Kensei se leva et se dirigea vers la sortie. Il fallait surveiller Ichigo pour qu’il ne fasse pas de bêtises. Car, vu l’état de Shinji, celui d’Ichigo ne devait pas être mieux. Et même s’ils s’étaient disputés, il était clair que le blond ne s’en remettrait pas s’il arrivait quelque chose à sa moitié !

Il ferma doucement la porte de l’appartement derrière lui, pour une fois. Il espérait que tout rentre très vite dans l’ordre. Il n’aimait, mais alors pas du tout, ce genre de situation !

°0°0°0°

Ichigo se réveilla le lendemain complètement groggy. Il se leva tant bien que mal et partit aux toilettes. Ses pas traînants l’amenèrent à la salle de bain et, finalement, il finit sa course échoué sur une chaise de la cuisine. Il se pencha et regarda s’il avait quelque chose dans son réfrigérateur… Rien ! C’était vrai qu’une semaine plus tôt… il avait terminé tout ce qui lui restait dans les placards. Il se gratta la tête, pensif, et ferma les yeux. Il les ouvrit et regarda sa main gauche, vide. Son cœur eut un raté !

Finalement, il se fit un café. Il en avait encore… Il se dirigea vers le hall où il récupéra sa valise. Il défit ses affaires. Il retourna se servir un café. Il s’habilla et décida d’aller prendre l’air. Il passa devant Colin mais ne le vit pas. Ce dernier, qui lui avait fait un sourire, resta perplexe devant l’air fermé du jeune homme. Quelque chose s’était passé ? Il allait essayer d’en avoir le cœur net !

Ichigo s’alluma une cigarette et la fuma le long du chemin qui le menait au combini. Il avait décidé d’appeler le supermarché du coin comme ça. Cela apportait une touche d’exotisme au lieu. La caissière reconnut le roux et le salua comme à son habitude. Les deux échangèrent des banalités et Ichigo prit un petit panier qu’il remplit par automatisme.

Il vint payer à la caisse et, après un dernier salut lointain, sous l’œil soucieux de la caissière qui lui trouvait un air ahuri, quitta les lieux. Ichigo rentra, rangea ses courses et se mit à faire ses devoirs. Cela lui occuperait l’esprit. Il entendit un ricanement lointain dans sa tête. Il chercha dans son tiroir et tira une boîte à pilules. Il s’en prit une. Et recommença à étudier… Que lui restait-il maintenant ?

°0°0°0°

Ichigo était assis sur le rebord de sa fenêtre. Il avait sorti son portable et l’avait ouvert. Il regarda s’il n’avait pas de message. Aucun ! Son cœur se serra, et puis il se souvint que c’était lui qui avait demandé au blond de ne plus l’approcher. Ichigo, après quelques hésitations, décida de composer le numéro de Shinji. Le portable sonna longuement… mais personne ne décrocha. Les mains d’Ichigo tremblèrent… Il se promit de réessayer plus tard. Il se dirigea vers son armoire à pharmacie et prit un somnifère pour la nuit.

Il s’écroula sans tarder.

Kensei regarda par la fenêtre. Ce dernier avait oublié de fermer ses lourds doubles rideaux. Kensei, pour l’occasion et pour le filer, avait retiré son gigai. Il fronça les sourcils… Ichigo était vraiment dans un aussi mauvais état que Shinji, voire pire ! Il prit son soul pager et téléphona à Rose pour lui faire un compte rendu de la situation à Oxford.

Rose rapporta la situation à tous les autres vizards présents, qui téléphonèrent aux vizards dispersés maintenant au travers du monde. Chacun attendait que la situation se calme entre ces deux-là. Mais tous connaissaient l’entêtement des deux hommes. Le petit monde des vizards restait suspendu aux événements qui ne manqueraient pas d’arriver, un jour ou l’autre !

°0°0°0°

Cela faisait maintenant une quinzaine de jours qu’Ichigo avait repris ses cours à la fac. Il avait eu son père au téléphone et Isshin avait ressenti l’état de déprime d’Ichigo, même si le jeune homme essayait de le cacher. Le roux prenait ses notes et ses amis, qui voyaient son air déprimé, voulurent l’inviter à une partie. Ichigo accepta ! Après tout, il avait besoin de se changer les idées.

Ichigo avait essayé de contacter à plusieurs reprises Shinji, qui ne répondait pas. Il lui avait envoyé des SMS pour s’excuser… mais rien n’y faisait ! Ichigo se demandait ce qu’attendait son mari de lui, maintenant. Pouvait-il d’ailleurs se considérer comme tel, à présent ? Ichigo se rongea un ongle.

Deux jours plus tard, Ichigo se trouvait donc à la soirée… Il prit de la bière et finit par s’enivrer en compagnie de ses potes de fac. Le roux vit avec surprise qu’Heather le regardait avec insistance. Il haussa les épaules et continua à boire plus que de raison. Au bout d’un moment, la tête lui tournait sérieusement. Il se décida à sortir et se retrouva sur les marches du perron de la maison de Karl, là où la fête se tenait…

Il fut rejoint quelques minutes plus tard par Heather. La jeune femme l’observa pendant plusieurs minutes. Elle ne l’avait jamais vu dans un tel état. Que s’était-il produit ? Elle secoua gentiment l’orangé. Il allait attraper la mort sans veste et dans le froid… Et c’était bientôt Noël… On ne meurt pas à Noël, songea-t-elle. C’était sa fête préférée, après tout !

— Ichigo ! souffla la brune.

— Oh… Hea…ttther ! marmonna le roux d’une voix pâteuse.

— Que t’arrive-t-il ? demanda-t-elle, inquiète.

— L… laisse-moi tran… quille !

Elle eut du mal à comprendre. Surtout qu’il ajouta quelque chose en japonais. Elle se mordilla la lèvre. Elle ne voulait pas le laisser comme ça.

— Allez, lève-toi ! Tu vois pas comment tu es arrangé. Je vais te raccompagner chez toi !

Heather prit sur elle. Elle le quitta et appela un taxi dans la foulée. Elle récupéra sa veste et sortit pour la lui mettre sur le dos. Elle le tira difficilement vers le trottoir. Elle faillit basculer quand Ichigo s’effondra lourdement sur elle.

— Bon sang, Ichi… essaie de tenir ! Tu es lourd !

— P… pourquoi ?

— Pourquoi ? La pitié… certainement ! Et puis tu es un dieu de la mort, et les dieux de la mort, ils n’agissent pas comme ça !

Ichigo avait levé les yeux ambrés sur elle. De quoi parlait-elle ? Comment… Shinji !

— Tss… souffla Ichigo.

— Oui, oui… tu peux souffler. J’aurais honte à ta place ! fit, outrée, la jeune femme.

Le taxi arriva et elle tira comme elle le pouvait le roux qui essayait vraiment de l’aider. Mais il était au bout du rouleau et proche de vomir !

— Tu me fais ça, Ichi, je te tue ! Dieux de la mort ou pas ! maugréa-t-elle.

Elle réussit à le faire rentrer. Elle donna l’adresse au chauffeur. Ce dernier regarda, dégoûté, le jeune homme. Heather prit la défense du roux et dit au chauffeur :

— Sa copine l’a plaqué et il essaie d’oublier… Ça ne vous est jamais arrivé, à vous ?

— Non !

— Pourtant, c’est pas gagné avec votre tête ! lança, ironique, la jeune femme.

Ichigo s’effondra et elle le tira à elle. La tête d’Ichigo atterrit sur les genoux d’Heather. Elle soupira et caressa ses cheveux oranges, nerveusement. Il avait dû avoir des histoires avec l’imbécile de blond. Quel crétin… Il lui avait fichu une sacrée frousse sur le coup et après… Elle avait songé, avec joie, que s’il y avait des dieux de la mort, c’est qu’il y avait une vie après la mort. Elle, qui avait toujours eu peur de mourir car elle croyait qu’il n’y avait rien une fois que l’enveloppe corporelle cessait de fonctionner. Un véritable soulagement… Elle avait observé Ichigo de loin, par la suite, et l’avait suivi… Il avait une vie normale. Et puis, elle avait commencé à voir des choses du style fantômes. Elle entrait même en communication avec eux. Elle était sûre que c’était grâce à Ichigo.

Le taxi s’arrêta. Heather demanda au chauffeur de l’aider. Le vieux râla, mais se rendit compte qu’il le fallait… sinon, il passait la nuit dans sa voiture. Il le laissa choir sur le trottoir. Heather l’engueula et se demandait comment elle allait faire… Elle se dirigea alors vers la loge, rapidement, du concierge qui passa ses nerfs sur elle. Il lui dit brutalement, en la reconnaissant, que cela ne servait à rien de courir après Ichigo puisqu’il était marié. Elle fut choquée, puis le rattrapa pour lui dire que l’orangé dormait sur le trottoir, complètement bourré !

Colin sortit rapidement et vit effectivement le jeune homme dormant sur le trottoir. Il bondit et souleva Ichigo un peu brutalement. Ichigo parla en japonais.

— J’comprends rien au jap ! Ichigo… marmonna Colin. Qu’est-ce qui est arrivé ? demanda le concierge.

— Il était à une fête et il a bu bière sur bière… J’ai cru qu’il ne finirait jamais de boire. Je l’ai trouvé endormi sur le perron, alors j’ai décidé de le ramener chez lui en sécurité !

— T’as bien fait ! Mais qu’est-ce qui se passe ? soupira Colin.

Il se dirigea vers l’appartement du troisième et demanda à Heather de trouver les clefs d’Ichigo, qu’elle trouva rapidement. Elle glissa la clef et Colin entra dans l’appartement du jeune homme. Il alla le déposer dans sa chambre. Il ferma les tentures et vit Heather lui passer une couverture sur lui, affectueusement. Elle se redressa et, après un dernier coup d’œil, sortit. Colin la rattrapa :

— Tu ne restes pas avec lui ?

— Il a juste besoin de dormir, et maintenant il est en sécurité.

Colin posa les clefs de l’appartement sur la table basse et Heather et le concierge sortirent.

— Tu as besoin d’un taxi ?

— Oui…

— J’vais t’en appeler un ! Viens…

La jeune femme suivit le concierge et attendit dans la loge après son moyen de transport. Colin et elle discutèrent un peu du comportement étrange du jeune homme. Heather finit par dire…

— C’est ce foutu dieu de la mort blond qui a dû le faire tourner bourrique, comme moi !

— Dieux de la mort ?

— Aaarrrhhhh ! Oubliez ! Je veux dire : son mari… Enfin, s’il l’est réellement, car je n’ai pas vu d’alliance à son doigt !

— Oh ! Je n’avais pas remarqué… fit, songeur, Colin.

— Tsss… vous êtes un homme ! Mon taxi… s’écria tout à coup Heather.

Elle sortit précipitamment. Elle remercia rapidement le concierge et bondit dans le véhicule. Elle donna son adresse et bascula la tête en arrière. Ichigo marié ? En tout cas, ça ne lui réussissait pas, son mariage. Si elle avait l’occasion de voir le blond revêche, elle allait lui faire la peau.

Ichigo se laissait doucement dépérir. Elle avait eu une dent contre lui, mais ces derniers jours, ses sentiments étaient plutôt ceux de la pitié contenue qu’autre chose. Beaucoup d’élèves, et même des professeurs, se posaient des questions. Mais ses résultats ne faisaient qu’augmenter. Tout le monde avait cru au surmenage…

Pourtant, Heather s’était doutée qu’il y avait autre chose. Elle avait détesté Ichigo, au départ, de lui avoir préféré un homme. Mais de là à le voir se transformer en épave humaine… elle n’était pas d’accord. Elle se promit d’avoir une discussion avec Ichigo, rapidement. Elle allait crever l’abcès. Elle paya son taxi et se promit de se faire rembourser son trajet par Ichigo. Elle n’avait plus un rond, maintenant.

°0°0°0°

Kensei avait vu toute la scène et n’avait pas apprécié l’intervention de la petite brune. Mais comment intervenir sans se faire repérer ? En plus, elle avait prononcé très clairement « dieux de la mort » ! Shinji, il allait l’étrangler, songea l’albinos. Enfin, elle avait fait en sorte que le roux rentre indemne. C’était une bonne chose.

Il reçut un appel de Risa… Il fallait qu’il rentre à Madrid : Shinji devenait incontrôlable.

Il fronça les sourcils. Il demanda alors qu’un vizard vienne à Oxford pour surveiller Ichigo, pour qu’il ne lui arrive rien, car il n’était pas spécialement beau à voir non plus. Il fut décidé que ce serait Eve qui viendrait. Chacun des deux vizards prépara ses valises et chacun fit le trajet qui le destinait à prendre soin d’un être qui leur était cher.


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