8 ans après la guerre 11

Ichigo fut envoyé en soins intensifs, et les deux Ishida sortirent de la salle d’opération. Ryuken fit signe aux trois capitaines de la Soul Society de le suivre… Il marmonna qu’il n’avait pas envie qu’on le prenne pour un fou à parler tout seul.

Ils entrèrent dans son bureau, accompagnés d’Uryuu. Ce dernier, d’ailleurs, était encore sous le choc d’avoir dû prodiguer des soins au corps de son ami. Il l’avait vu quelques jours plus tôt, sûr de lui et en pleine santé… et le voilà allongé là, à l’article de la mort. Il observa les trois capitaines debout devant son père. Il connaissait bien Byakuya Kuchiki, ainsi que le père de Kurosaki… En revanche, celui qui avait pris la parole lui semblait familier, sans qu’il sache d’où. Il entendit son père déclarer…

— Franchement, je vous avoue que s’il survit, je serai très surpris. Nous l’avons placé en soins intensifs, mais j’ai bien peur qu’il ne survive pas à cette nuit. De toute façon, il nous faudra attendre les prochaines 72 heures pour être fixés. Mais n’attendez pas de miracle. Les plaies sont trop profondes et mal placées, et il me semble aussi affaibli… mais je ne saurais dire de quelle façon.

Isshin le remercia et alla s’adosser à un mur. Il accusait le coup. Certes, il savait que son fils deviendrait un shinigami à part entière… mais ne plus le savoir « vivant » le troublait énormément. Il n’aurait jamais pensé qu’Ichigo partirait de cette manière, et aussi vite. Pourtant, il pouvait encaisser. Ichigo était si souvent revenu de la mort ; alors pourquoi pas, encore, aujourd’hui ?

Hirako, lui, s’était enfermé dans le silence. Il s’était approché d’une fenêtre et regardait l’extérieur… comme s’il cherchait un repère auquel se raccrocher. Il ne voulait pas que son expression trahisse son émotion.

Quant à Byakuya, il ne savait pas comment accueillir la nouvelle. D’un certain point de vue, Ichigo deviendrait un shinigami, donc ce n’était pas un problème… mais au vu des réactions d’Isshin et d’Hirako, il comprenait trop bien ce que signifiait la perte d’un proche, et lui-même ne se sentait pas heureux de la situation ; c’en était difficile, aussi, pour lui. Il sortit son portable et contacta Renji. Il l’informa de l’état de santé du vizard, lui signifia qu’il resterait là une ou deux journées supplémentaires, puis raccrocha.

— Je vais en informer la première division, lui répondit le shinigami rouge.

Ryuken leur proposa de s’installer dans une pièce où ils pourraient se mettre à l’aise, et surtout ne pas être dérangés. Isshin répondit qu’il allait voir son fils et quitta la pièce sans entendre les protestations de son ami. Les deux autres restèrent plantés là : l’un devant la fenêtre, l’autre au milieu du bureau.

°OoO°

Ichigo était assis au bord d’un immeuble. Shirosaki regardait son roi… Il semblait si loin, à des années-lumière de l’endroit où il se tenait. Il se plaça derrière lui.

— Tu as réussi, mon roi.

Ichigo tourna le visage vers lui et planta ses yeux ambrés dans les siens, noirs et or. Shiro y vit une détermination qu’il n’avait pas retrouvée depuis longtemps. Plus de plainte, plus de fuite… Ses yeux envoyaient toute sa volonté. Il comprit qu’il ne parviendrait pas, cette fois encore, à transformer son roi en destrier.

— Y a rien à faire… tu trouves toujours une solution à la dernière seconde. Te servir de ça pour reprendre le dessus… ’tain, j’aurais pas pensé que tu irais jusque-là ! Pourquoi tu t’accroches ? Laisse-moi prendre les commandes… après tout, la fuite, tu l’as prise depuis presque dix ans. Alors laisse-moi prendre ta place.

Ichigo regardait son autre lui, monochrome. Il éprouva pour lui presque de la tendresse. Une part de lui… une part qu’il avait tellement rejetée jusqu’à aujourd’hui, et pourtant celle qui lui avait donné sa force si souvent… Il lui sourit, et l’autre eut l’air presque effrayé.

— Tu souris, mon roi ? Pourquoi tu me réponds pas ? T’es plus virulent d’habitude… surtout que tu pourrais danser, puisque tu as gagné… encore, cette fois-ci !!!

Ichigo souriait toujours au hollow, mais son regard se fit lointain. Il sentait dans son corps comme une fin. Son hollow s’approcha, puis finit par se plaquer contre lui et l’enlacer. Le shinigami se laissa faire…

— Alors, c’est pour bientôt ? Je veux pas mourir !

Ichigo le regarda et passa un bras autour de ses épaules.

— Tu ne peux pas disparaître. Tu es une partie de moi…

— Facile à dire, quand la fin est proche… Je veux pas disparaître !

— Nous allons juste quitter la forme physique… mais je resterai un shinigami…

— Facile à dire pour toi… si tu disparais aussi en tant que shinigami, on crèvera tous les deux !

— Aurais-tu peur ? lui murmura Ichigo à l’oreille.

— Ta gueule, connard, siffla Shiro.

— Tu veux être le roi, mais tu n’assumes pas cette partie-là ?

— Ta gueule, j’ai dit ! Tu sais ce que c’est, dépendre de quelqu’un et ne pas avoir le choix de ta sortie ? Je fais qu’attendre, en me demandant quand tu te casseras la gueule… Ne pas pouvoir contrôler son propre destin, dit-il… être enchaîné à toi…

— T’es bien obligé de m’accepter, puisque je suis une partie de toi…

— C’est ça le cauchemar, pour moi !

Ichigo éclata de rire… Shiro le regardait, curieux.

— Pourquoi t’as plus peur ?

— Je sais pas… je cherche depuis tout à l’heure !

— T’es vraiment con.

— À part me balancer des vacheries…

Ichigo sentit le changement en lui…

— On va devoir se quitter…

— Tu reviendras me voir ?

Le shinigami lui sourit et lui caressa les cheveux… l’autre disparut progressivement, jusqu’à n’être plus.

Ichigo regarda son monde s’écrouler… « C’est comme ça, mourir ? C’est bizarre… il ne pleut même pas… N’est-ce pas, Zangetsu ! »

°OoO°

Ichigo poussa son dernier soupir à peine une heure après l’opération… Son âme se détacha de son corps. Il le regarda, vit les derniers battements s’effacer du moniteur. Il entendit un long Bbbiiiiippppp et, soudain, la porte s’ouvrit : des gens se précipitaient. Il quitta la pièce, traversa tout le bâtiment. Il était mort et ne reviendrait plus… Il avait besoin d’être seul.

Maintenant, il était devenu un shinigami à part entière, et quelque part, même s’il s’y était préparé depuis longtemps… il pensait à sa vie, à sa famille, à tout ce qui s’était passé ces dix dernières années. Il n’avait pas envie de rencontrer son père, maintenant. Il baissa les yeux. Il se sentait honteux, comme s’il avait échoué. « Quel con je fais ! » Il pensa à Shinji, à la douleur que cela lui causerait. Mais il n’était pas sûr de pouvoir affronter sa colère, maintenant…

°OoO°

La porte s’ouvrit brutalement… Uryuu entra et leur déclara :

— Il… il est… m.mort !

Gros silence…

Isshin, Shinji, et Byakuya derrière eux se précipitèrent dans la pièce où le corps d’Ichigo gisait. Ils virent les moniteurs plats, le visage pâle du jeune homme, immobile, qui n’ouvrirait plus ses yeux ambres… Ils étaient tous sous le choc. Shinji posa une main sur son cœur et fronça les sourcils. Son cœur palpitait : il avait « Besoin » de voir Ichigo.

— Et où…

— Il a quitté la pièce quand je suis entré avec les infirmières… répondit Ryuken, qui venait d’entrer à nouveau. Je suis désolé, Isshin… j’ai fait tout ce que j’ai pu.

Mais Isshin ne pouvait pas répondre. Il était sous le choc, et le fait de ne pas voir au moins l’âme de son fils le troublait…

— Je vais le chercher…

— Je viens, murmura Shinji.

— Je vous accompagne, termina Byakuya.

Les trois capitaines partirent à la recherche d’Ichigo… D’un commun accord, ils prirent chacun une direction différente.

°OoO°

Le cœur de Shinji battait à tout rompre. Il cherchait l’âme d’Ichigo… une part de lui qu’il pourrait retrouver. Il parvint à sentir une étincelle, très faible. « Il essaie de se cacher… l’enfoiré. » Il camoufla son propre reiatsu et partit dans la direction où il avait retrouvé la trace de son amant. Il le trouva debout en haut d’un immeuble, regardant le ciel si bleu, à peine strié de quelques nuages…

— Qu’est-ce que tu fous là ?

— Tu m’as retrouvé ?

— Imbécile… Pourquoi tu te caches ?

Les épaules du jeune homme s’affaissèrent un peu.

— Je…

Il regarda Shinji, qui semblait bouleversé. En le voyant, il s’approcha et lui prit le visage entre ses mains…

— Ichigo… c’est de ma faute… j’aurais pas dû te laisser comme ça !

Ichigo caressa du bout des doigts le visage de Shinji… puis pencha son visage grave vers le sien.

— Mon amour… tu n’as rien à te reprocher. Rien… De toute façon, en quelque sorte, tu m’as sauvé. J’ai réussi à redevenir maître de moi-même alors que je n’aurais pas cru y parvenir, encore, ce matin. J’ai l’impression que tout ça s’est passé il y a des lustres.

— Pourquoi es-tu parti ?

— Le besoin de me sentir seul. J’ai l’impression d’être sur un fil. Je savais ce qui m’attendait… mais c’est comme si une part de moi refusait cet état de fait ! Je pense à mon père, à mes sœurs… et à toi !

Ichigo prit Hirako dans ses bras.

— Je veux pas aller là où tu n’es pas.

  • Imbécile… bien sûr que tu restes avec moi.

Shinji avait passé ses bras autour de son dos.

— Va me falloir un gigaï, maintenant.

Shinji sourit…

— Tu vas connaître les joies de cet objet pratique, certes… mais ô combien inconfortable !

— Si tu le dis.

— Il faut que tu voies ton père… et Byakuya.

Ichigo le regarda, surpris.

— Si tu es encore là… c’est grâce à lui. Il est resté avec nous depuis qu’il t’a transporté du cimetière à la clinique de ton père.

Shinji eut un sourire triste…

— Je m’en étais pas rendu compte…

Les deux vizards sentirent arriver les deux autres capitaines et s’écartèrent un peu d’un commun accord, mais gardèrent une main dans celle de l’autre… un besoin de se toucher, pour se rassurer.

Isshin et Byakuya apparurent sur le toit et regardèrent Ichigo, debout face au ciel. Isshin traversa la distance qui les séparait et attrapa son fils dans ses bras. Shinji recula et lâcha la main de son amant.

— Bon sang, fils… j’ai cru que j’allais mourir en voyant ton corps sans toi à côté. Me fais plus peur comme ça.

— …

Le fils en question ne savait pas quoi dire.

Il tourna simplement le regard vers le capitaine de la sixième division et lui adressa un signe de remerciement. L’autre comprit très clairement le message.

— Kurosaki Ichigo, tu vas devoir rejoindre la Soul Society…

— Non ! fut la réponse catégorique d’Ichigo.

— Pardon ? fit Byakuya.

— Hors de question. Je reste ici… avec ma famille.

Son regard se tourna vers Shinji.

— Nous resterons pour finir ce que nous avions promis à Ukitake… et même quand cette mission sera finie, je n’irai toujours pas à la Soul Society. Pour moi, seul Shinji compte, à présent !

— Je vois… lâcha lentement le noble. Je n’ai plus rien à faire ici, à présent.

Byakuya partit… Il laissait Kurosaki Ichigo, pour l’instant…

— Tu sais qu’à un moment, tu n’auras plus le choix…

— Tss ! Ça risque pas d’être avant un très long moment.

Les yeux d’Ichigo fixaient, avec une tendresse non dissimulée, le visage de Shinji. Isshin soupira… et se frotta la tête…

— Il faut que je prévienne tes sœurs et que je prépare ton enterrement.

Il fronça les sourcils. Il n’arrivait toujours pas à s’y faire !

— Prévois-moi aussi un gigaï chez Urahara.

— Je vais aller me prendre un petit remontant… je crois que j’en ai besoin. Je vous laisse.

— Je vais revenir à la clinique tout à l’heure.

— Comme tu veux… Je pense que tes sœurs voudront venir te voir après avoir appris la nouvelle.

Ichigo hocha la tête et passa un bras autour des épaules de son père. Ce dernier ébouriffa les cheveux de son fils et, finalement, le laissa seul avec son mari, devenu bien silencieux. Shinji et Ichigo se regardèrent quelques instants.

— Je vais aller voir mes sœurs…

— Fais comme tu le sens.

Ichigo se rapprocha du blond et effleura ses lèvres des siennes. Shinji s’accrocha à son shihakusho comme à une bouée de sauvetage.

— Ichi… murmura le blond quand le baiser se rompit.

Leurs fronts se touchèrent. Ils restèrent un moment dans les bras l’un de l’autre, indifférents à ce qui se passait autour d’eux. Puis, alors que l’orangé s’apprêtait à partir, une très forte pression spirituelle se fit sentir. Les deux vizards eurent l’air surpris. Ils cherchèrent immédiatement à localiser l’endroit d’où provenait cette pesanteur malsaine.

— T’es pas obligé de venir, tu sais.

— Te laisser seul ? Tu vas encore faire des conneries… Je t’accompagne !

Ichigo sourit. Les deux hommes utilisèrent le shunpo pour se déplacer plus vite vers les lieux où les Soul Evil étaient apparus. Une vingtaine d’entre eux avaient envahi la ville de Karakura. Aucun des deux, sans même se concerter, ne tarda : ils se transformèrent en vizards et se jetèrent dans la mêlée.

Le roux, en mode bankaï, avait l’impression d’être lent. Pourtant, il se déplaçait aussi vite que le lui permettait sa transformation. Zangetsu volait, mais la peau de ces Soul Evil était plus résistante que celle de ceux qu’ils avaient affrontés jusque-là.

Il vit jaillir à côté de lui des flèches bleues. Surpris, il tourna la tête : Uryuu s’était joint à la bataille. Ichigo ne s’attarda pas et se concentra sur les adversaires coriaces qu’il affrontait. Bientôt, ils furent rejoints par Urahara, Yoruichi et Isshin… Le combat devenait plus équitable.

Ils se battaient avec acharnement depuis plus de vingt minutes et les zanpakutô commençaient à devenir lourds… La peau particulièrement épaisse des ennemis leur renvoyait comme des vibrations. La fatigue s’installait… Ichigo évita un céro envoyé par Shinji, qui s’était déplacé pour porter un coup mortel à son adversaire. Il l’entendit râler, malgré le vacarme du combat !

N’étant pas en reste, Ichigo utilisa le Getsuga Tenshô à plusieurs reprises et supprima deux Soul Evil qui l’attaquaient de front. Quand, soudain, il se sentit agrippé à l’épaule. Il ne s’était pas rendu compte de l’arrivée de l’ennemi derrière lui, tant il était concentré sur ceux qu’il avait devant lui. Il entendit un craquement, et une douleur fulgurante lui traversa le corps. Il réussit à se dégager, attrapa Zangetsu et le planta juste au-dessus de la même épaule.

Ce fut un coup heureux : la lame se ficha dans l’un des points faibles, sous le cou du monstre. Ichigo eut quelques secondes d’inattention, arrachées par la brûlure intense qui lui vrillait les nerfs.

Les deux Soul Evil profitèrent de la baisse de garde du jeune homme pour attaquer. Ichigo s’en rendit compte, mais comprit, dans le même temps, qu’il ne pourrait pas échapper aux coups mortels. Une ombre passa devant lui et les reçut de plein fouet.

Il vit, comme au ralenti, de longs cheveux blonds se détacher du nœud qui les retenait. Le cœur d’Ichigo s’arrêta… Un masque blanc éclata, et le corps du vizard se tordit sous l’impact. Une gerbe de sang jaillit, éclaboussant le jeune homme, stupéfait de voir le corps tomber. Il se précipita pour l’empêcher de s’écraser au sol.

— « NNNOOOONNNNNNNN !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! »

Un cri de rage, déformé par le masque du hollow, éclata.

Le jeune homme avait les yeux fixés sur Shinji. Le corps de ce dernier se soulevait et s’abaissait précipitamment, comme si respirer lui était devenu difficile. Les combats semblaient suspendus. Tous avaient tourné le visage vers l’orangé, immobilisé au sol, le corps d’Hirako entre ses bras.

— Shinji ! souffla Ichigo.

— I..chigo… murmura le blond.

Du sang s’échappait de sa bouche, et le corps du vizard était atteint de blessures mortelles. Ichigo ne se rendit pas compte que son père et les autres avaient repris les combats acharnés, le laissant vivre ses derniers instants avec son mari.

— Tu vois… Je… te l’a…vais… bien dit… dit-il dans un souffle, que… tu… ferais… des… conne…ries.

— La ferme !

Sa voix n’était pas assurée.

Shinji attrapa lentement le cou du jeune homme et l’attira vers lui. Quand sa bouche se retrouva à la hauteur de son oreille, il lui murmura quelque chose, auquel son amant répondit autre chose…

— Je t’aimerai… toujours, Ichi… Vis ta vie…

— Comment je pourrais la vivre sans toi ? Comment…

— … feras mon… konso…

— Bien sûr, mon amour !

Les yeux d’Hirako s’éteignaient doucement, en même temps que le cœur d’Ichigo saignait et que son esprit se mourait avec les dernières respirations de Shinji, lentes et difficiles. Le roux souleva une main de Shinji et la porta à sa bouche. Il embrassa l’alliance et mêla ses doigts aux siens. Il le souleva un peu pour lui permettre de mieux respirer, se pencha et lui murmura tous les mots d’amour qu’il n’avait pas pu lui dire. Shinji sourit doucement, les yeux baignés de larmes, puis se figea.

Ichigo le sentit. Ichigo éclata en sanglots. La main du blessé retomba lentement, comme au ralenti. Ichigo tourna la tête, surpris par le brusque relâchement de l’homme qu’il tenait dans ses bras. Le regard vide du blond confirma ses horribles doutes.

Un silence de mort suivit. Ichigo vit une dernière larme couler des yeux vides de Shinji. Il serra le corps inanimé contre lui et enfouit sa tête dans les longs cheveux blonds. Il se rassasia de son odeur, de sa présence.

Ichigo ne se rendit pas compte du groupe qui s’était formé derrière lui, observant la scène, mal à l’aise, perdu devant tant de douleur. Isshin voulut s’approcher de son fils, et ce dernier murmura :

— Ne t’approche pas !

La voix était sourde, oppressée.

— Ichigo… lança Uryuu.

— La ferme !

Sa voix claqua comme un coup de fouet.

Le corps d’Ichigo semblait désormais laisser échapper des effluves noires, de plus en plus denses. Sa pression spirituelle se libéra tout à coup… la rage et le meurtre se faisaient sentir, comme une haleine étouffante et malsaine. Les shinigami et le quincy présents eurent beaucoup de mal à supporter cette essence faite de violence.

Une bête s’était réveillée, aussi sauvage que ces Soul Evil qui foulaient le sol de Karakura.

Le vizard prit le corps inerte dans ses bras, délicatement, comme une porcelaine d’une valeur inestimable. Le corps de l’orangé était entouré d’effluves noires. Ses yeux n’avaient toujours pas changé de couleur. Son visage semblait taillé dans le roc. Il disparut de leur vue grâce au shunpô.

Tous arboraient maintenant un visage inquiet. Où était-il parti ? Et que ferait-il, désormais ?

°OoO°

Ichigo s’était réfugié avec le corps inerte de son amant dans l’ancien entrepôt où, autrefois, Shinji et les autres vizards l’avaient aidé à surmonter son problème de contrôle de son hollow intérieur. Ichigo ne cessait de caresser ses longs cheveux blonds, comme s’il voulait se persuader que tout cela n’était pas arrivé… qu’il allait se réveiller et lui balancer une vanne du style : « Alors, tu t’fais du souci pour moi, fillette ? N’oublie pas que c’est moi qui te protège… Baaaka ! »

Ichigo enlaça le corps qu’il avait tant aimé, celui avec qui il avait fait l’amour si souvent. Il n’était plus capable de pleurer. Ses yeux étaient noirs et or, désespérément secs.

Il sentit bientôt la présence des autres vizards, qui l’entourèrent peu à peu. Ils observèrent la scène, n’osant croire à ce qu’ils voyaient. Aucun n’osa approcher le jeune homme : les effluves noires circulaient toujours autour de lui, et son expression ne présageait rien de bon pour celui qui tenterait de l’aborder. Ils s’installèrent sur un rocher, attendant que le shinigami finisse par leur raconter ce qui s’était produit.

°OoO°

Finalement, au bout de quelques heures, Ichigo parla d’une voix atone et leur expliqua tout ce qui s’était passé. Il finit par…

— C’est de ma faute…

— Shinji n’aurait jamais survécu si les Soul Evil avaient réussi à te porter le coup, lâcha Risa.

— On leur fera payer, gronda Kensei, incapable de croire que Shinji soit mort d’un seul coup.

— Ichigo, tu vas pas récupérer ton corps ? lui demanda Love.

— Il est mort !

Tous regardèrent le vizard, stupéfaits.

— Pas possible… murmura Risa.

— Mais… que s’est-il passé ces dernières heures ? demanda Eve, un vizard venu prêter main-forte.

Un silence lourd plana sur la petite communauté.

— Ichigo, lâche, ordonna Kensei… Nous allons nous occuper des funérailles. Ensuite, nous allons prendre possession de nos appartements. Enfin, nous allons nous organiser pour nous venger !

— Non… Shinji voulait que je lui fasse son Konso. Je vous ai attendus pour le faire… que toute la famille soit réunie !

Il parla d’une voix éteinte.

Ichigo tira Zangetsu et posa lentement la poignée sur le front de son mari. Le corps de ce dernier se volatilisa en milliers d’étoiles brillantes, et Ichigo les suivit des yeux, le cœur si serré qu’il peinait à respirer. Puis, en levant la tête, ses yeux croisèrent les yeux noisette de Shinji.

Il pâlit d’un coup, comme s’il avait vu un fantôme, et tourna de l’œil. Tous se retournèrent, cherchant la cause de sa réaction… et virent le gigaï du vizard décédé, qui les observait.

Le mod soul se sentit extrêmement mal à l’aise. Kensei se pencha vers Ichigo, récupéra son insigne de shinigami remplaçant et le posa sur le corps d’emprunt. La pilule ressortit par la bouche. Quand Shinji se réveilla, Ichigo récupéra l’alliance, qui se trouvait sur le sol à côté de lui.

Ils quittèrent l’espace qu’ils avaient autrefois construit. Le gigaï de Shinji fut enterré dans ce lieu où, désormais, aucun d’entre eux ne remettrait plus jamais les pieds.

°OoO°

Ils s’étaient mis d’accord sur leurs tours de garde, et Ichigo passa chez Urahara pour récupérer son gigaï. Le commerçant était entouré de Yoruichi, Gita, Ururu, Tessaï, Isshin et des deux sœurs d’Ichigo. Ces dernières voulurent se précipiter vers lui, mais son aura sombre les stoppa net.

Le vizard marcha directement vers Urahara et lui demanda si son gigaï était prêt. Le commerçant observa, entre la fente de ses yeux, le visage sombre de son interlocuteur… Son aura lourde ne laissait rien présager de bon.

— Ichigo, commença son père, qu’as-tu l’intention de faire, à présent ?

Seuls les yeux noirs et or se déplacèrent.

— Cela ne te concerne en rien.

Il marqua une pause, puis ajouta, d’une voix sourde qui planait comme une menace :

— Je voulais vous prévenir : ne vous mêlez pas, ces prochains jours, de tout événement qui pourrait se produire en ville. Vous risqueriez d’y perdre la vie.

Ichigo prit le colis que lui tendit Tessaï. Il les salua et voulut partir, quand Yuzu se précipita vers lui, vers celui qui était son frère…

— Ichigo… ne pars pas… reste…

Il tourna simplement la tête, lentement. Ses yeux avaient repris leur couleur ambre, mais ils restaient vides. Puis il se détourna et sortit du magasin. Il disparut dans la nuit…

°OoO°

Ichigo était rentré dans son appartement. Il avait revêtu le gigaï et repensa à la phrase moqueuse de Shinji : « Tu vas connaître les joies de cet objet pratique, certes, mais ô combien inconfortable ! » Un sourire triste éclaira son visage.

Il s’assit sur le sol. La baie vitrée était ouverte. Il observait la lune… Les souvenirs affluèrent, et les larmes coulèrent enfin sur son visage ravagé par la douleur d’avoir perdu la personne la plus chère à son cœur.

Il se souvint de la dernière fois où il avait contemplé l’astre sur le toit de la clinique familiale. Il entendait encore la voix ensommeillée de son amant, quand il avait eu besoin de se réconforter : « ’tain Ichigo… tu sais quelle heure il est, là ? » Ichigo avait regardé sa montre… 5 h 46 du matin ! L’aube apparaîtrait bientôt… « Tu resteras toujours MON gamin… » Son rire résonnait encore à ses oreilles.

Les souvenirs revenaient comme des scènes de cinéma : la première fois où Shinji l’avait embrassé, quand ils avaient regardé la lune sur un toit à Londres ; le moment où le vizard lui avait avoué, dans l’un de ses rares élans de romantisme, qu’il pensait toujours à lui lorsqu’il contemplait l’astre de nuit pendant leurs séparations ; leur première fois, la voix de Shinji vibrante de passion ; sa manière de bouder, d’exprimer sa joie ; leur mariage, leur nuit de noces…

Ses yeux, parfois si sérieux, parfois emplis de tendresse, lorsqu’il le voyait au plus mal…

— Shinji… murmura Ichigo.

Avant de sombrer, les dernières paroles de son amant lui revinrent, et un sanglot s’étouffa au fond de sa gorge.

Le soleil s’était levé depuis un moment, et Ichigo s’était endormi sur le sol froid et rigide du salon… indifférent au monde qui l’entourait… indifférent à la douleur de sa blessure à l’épaule… indifférent au regard de l’homme qui l’observait depuis un petit moment, comme accroché dans le ciel.


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)