8 ans après la guerre 14

Ichigo était de retour à l’aéroport de Karakura. Une quarantaine d’années s’étaient écoulées depuis son départ de cette ville. Il n’avait pas pu s’empêcher de revenir, peut-être aussi parce que c’était le dernier lieu qu’il voulait visiter… Après tout, Shinji était mort ici, et fouler cette terre à nouveau lui transperça le cœur. Il ferma les yeux quelques instants… Quand cela finirait-il de le tarauder ?

Ichigo observa la ville à travers la vitre du taxi et ne la reconnut pas. Les changements étaient trop importants. Le véhicule s’arrêta devant le bâtiment où Shinji et lui avaient vécu quelques jours ensemble… Il paya le taxi, se tourna vers la fenêtre de leur appartement et se sentit heureux de porter des lunettes. Il avait presque l’impression que son mari allait surgir pour s’accouder au balcon. Il prit sa valise et traversa le hall d’entrée. Il croisa quelques personnes, mais ne reconnut aucun des visages qu’il rencontrait.

Arrivé devant l’appartement, il tira les clefs, les fit tourner doucement, puis poussa la porte avec précaution, de peur de briser… ou de se faire briser par ses émotions. Les larmes coulèrent d’elles-mêmes, sans qu’il puisse les retenir. Il se souvint de l’arrivée de Shinji à Karakura et de la fièvre qui l’avait saisi en sachant son mari derrière la porte. Il avait l’impression de revivre ces instants, mais sans espoir de le toucher… seulement en pensée ! Il pénétra dans les lieux et scruta le mur où il avait épinglé le blond.

« Tu es lent…

C’est pour mieux te croquer, mon enfant.

Je plaisantais tout à l’heure… je ne suis pas le méchant loup !

Moi si… »

Il se souvint de l’odeur de sa peau, de sa souplesse. De ses muscles longs et fins… de ses cheveux soyeux sous ses doigts. Il soupira.

— Tu me manques tellement, murmura Ichigo.

Il se déplaça et revit la scène comme s’il la vivait encore une fois. Il n’avait rien oublié, et surtout pas l’amour qu’il portait à Shinji. Au cours des quarante années passées, il avait tenu à revoir tous les lieux où ils avaient passé du temps ensemble, un peu comme le lui avait suggéré Eve le jour de sa mort.

Son cœur s’alourdit encore un peu plus… Ce périple lui avait fait du bien autant qu’il l’avait rongé à petit feu. Il s’était senti vivant en se souvenant de tous les merveilleux moments qu’ils avaient vécus ensemble… et mal, parce que cela lui rappelait cruellement qu’il était seul à présent.

Ichigo posa sa valise dans la chambre et s’allongea sur le lit. Il observa un moment le plafond. Comme toujours, il sentait le poids de sa solitude l’étreindre… Il y a encore quelque temps, il se sentait écrasé par elle ; maintenant, il l’aimait. C’était devenu sa compagne, son amante… il l’avait apprivoisée avec le temps.

Il se leva et prit une douche. Ichigo entoura sa taille d’une serviette et ouvrit son bagage lorsqu’il sentit une présence derrière lui. Il reconnut immédiatement le reiatsu, mais ne se retourna pas… C’était inutile.

— Décidément, Byakuya, tu es toujours là pour me souhaiter la bienvenue !

— Kurosaki Ichigo… alors, c’est bien toi ?

Ichigo sortit quelques vêtements de son sac.

— Si tu le permets, je voudrais m’habiller…

Il ne lui avait pas encore fait face. Il essayait encore d’échapper à ses souvenirs — du moins ceux qui ne l’arrangeaient pas — mais l’homme ne bougea pas. Ichigo soupira, enfila un t-shirt moulant et défit sa serviette pour s’installer sur le lit, puis enfiler son boxer et son pantalon noir. Il prit une serviette et finit de se sécher les cheveux. Le noble l’observait sans rien dire. Finalement, Ichigo lui fit face. Il planta ses yeux verts dans les siens.

— Pourquoi es-tu ici ?

— Nous avons ordre de surveiller les lieux où tu séjournais autrefois, et je dois t’emmener à la Soul Society. Je comprends mieux pourquoi nous ne t’avions pas trouvé la dernière fois : tu as changé d’apparence…

— Pourquoi faire ? le coupa Ichigo abruptement.

— Tu le sauras une fois là-bas.

Ichigo observa son interlocuteur. Byakuya était vraiment très beau… ce genre de beauté froide qui pouvait vous faire perdre la tête. Il semblait fatigué et tendu. Ses traits laissaient échapper une grande tristesse, comme s’il portait un poids sur ses épaules. Le vizard se sentit confus en le regardant.

Que lui était-il arrivé ?

L’ancien shinigami remplaçant éclata de rire. Il remonta ses lunettes et s’installa sur le lit.

— Vous me ferez toujours rire… J’arrive à peine et déjà vous essayez de me monopoliser. Tu sais, Byakuya… je ne plaisantais pas quand je te disais que je ne voulais plus revenir à la Soul Society.

Ichigo sentit l’amertume l’envahir en songeant que c’était à cause de cette foutue mission qu’il avait perdu Shinji. Et voilà qu’on lui demandait de retourner là-bas… Ils se moquaient de lui, ou quoi ? Le capitaine de la 6ème division le scruta un instant, puis déclara :

— Moi non plus, je ne plaisantais pas le jour de ta mort. Et le Sōtaichō non plus.

Ichigo enfouit une main dans ses cheveux noirs.

— Vas-tu me suivre sans faire d’histoire ?

— Tu ferais quoi, si je refusais de te suivre ?

Un silence de plomb suivit ces paroles. Ichigo finit par soupirer.

— J’ai besoin de réfléchir.

— Cela ne fait pas quarante ans que tu le fais ? Tu te doutais quand même, en revenant ici, que nous viendrions te chercher ?

— Dis, Byakuya, depuis quand me tutoies-tu ? Et franchement, tu crois que je n’ai que vous à penser, soit dit en passant… ironisa Ichigo.

Le noble resta silencieux. Cela faisait tellement longtemps qu’il appelait le vizard dans ses rêves qu’il avait fini par l’appeler par son prénom et le tutoyer. Il ne sut quoi lui répondre.

— Oh, et puis laisse tomber ! Je m’en fous… Le silence de l’homme était pour lui plus éloquent que s’il lui avait crié.

— Donc, pourquoi es-tu revenu ici ?

Ichigo s’allongea sur le lit et observa le plafond de la chambre.

— J’ai un anniversaire à fêter !

— Un annivers… (petit silence). Attends, tu veux dire que tu es revenu ici uniquement parce que c’est l’anniversaire de la mort d’Hirako Shinji ?

Ichigo prit appui sur l’un de ses coudes et observa son interlocuteur, un sourire sur le visage.

— Oui… je suis étonné que tu t’en souviennes toi-même.

— Je ne me souviens plus de la date… mais je sais que c’est à cette époque-là de l’année que tu as quitté la ville.

— Humm… c’est vrai.

— Tu n’as toujours pas tourné la page ?

— Pourquoi… tu as tourné la page avec la sœur de Rukia ?

Byakuya accusa le coup.

— Oui… je ne l’oublie pas pour autant. C’est la première femme que j’ai aimée. Mais… la vie continue sans elle. Et puis… on finit par tomber amoureux d’une autre personne.

— Cette personne n’a pas l’air de te rendre heureux, vu ta tête !

— Là, ce sont mes affaires.

— Tu as raison… ce sont tes affaires. Alors, imprime-toi de t’occuper des tiennes, et non des miennes. Tu peux partir maintenant. Par contre, je te demande de ne pas divulguer l’adresse de mon appartement.

— D’autres sont au courant.

— Non, je ne pense pas, capitaine Kuchiki !

— Mais…

Ichigo s’était levé et se pencha sur le beau capitaine qui, malgré tous ses efforts, le regardait, troublé par la proximité du vizard.

— Non, je ne pense pas que tu aies dévoilé ma cachette.

— Ton père t’attend, Kurosaki. N’oublie pas que tu as une famille encore en vie…

Le vizard se redressa et fronça les sourcils. Il observa son interlocuteur pendant quelques minutes, puis demanda finalement :

— Il est à la Soul Society ?

— Il a repris son poste…

— Ah… Ichigo était pensif.

— Mes sœurs ?

— Elles sont toujours en vie…

— …

— Tu es bien silencieux, tout à coup.

Ichigo grimaça.

— C’est sûr que mon père va m’achever ! Je suis, par contre, étonné qu’il soit retourné à la Soul Society, murmura-t-il.

— Nous avions besoin de lui, et Ukitake est venu exprès lui parler. Ils se connaissaient plutôt bien.

— Je suppose…

— Je te laisse, mais sache que je vais bientôt revenir.

L’homme resta planté au milieu de la pièce.

— Si tu n’as que ça à faire…

Le capitaine Kuchiki laissa l’ancien shinigami remplaçant aux cheveux noirs à ses réflexions et quitta la pièce. Quand il ferma la porte, il s’appuya dessus quelques secondes. Un sentiment de joie avait enfin percé dans son cœur si froid. Pouvoir à nouveau lui parler… il ne pensait plus pouvoir le faire un jour.

°OoO°

Ichigo se mêla à la ville et à ses habitants. Après quelques jours, il finit par trouver le reiatsu de sa sœur Karin. Il était plus développé que celui de Yusu. Il sonna à la porte, et une jeune femme d’une vingtaine d’années, qui ressemblait à sa sœur, lui ouvrit.

— Oui ?

— Karin est-elle ici ?

— Vous êtes qui ?

— Dites-lui que c’est Ichigo.

La jeune femme fronça les sourcils, ce qui le fit sourire, et il vit passer dans son regard une question du genre : « Qui est ce type ? »

— Attendez… Maman ! cria-t-elle sans quitter des yeux le jeune homme qui se trouvait de l’autre côté du seuil. Y a un type qui veut te parler… un certain « Ichigo » !

Ce dernier entendit très nettement une porte qui se fermait bruyamment et des pas précipités. Une femme d’une soixantaine d’années se présenta à la porte. Elle portait un pantalon et une chemise blanche. Ses cheveux étaient également blancs, mais Ichigo reconnut parfaitement sa petite sœur. Elle regardait cet homme grand et athlétique : il avait les cheveux noirs et portait des lunettes derrière lesquelles elle voyait des yeux verts, mais elle reconnut tout de suite le reiatsu inimitable de son frère.

— Ichigo !!!

Karin n’en croyait pas ses yeux. Elle se précipita vers lui et lui… balança son poing à la figure !

— Ichigo ! cria-t-elle. Qu’est-ce que tu as fait ces quarante dernières années ? Tu n’es pas fichu de donner de tes nouvelles ? On s’est inquiété pour toi, espèce d’andouille !

Le vizard se redressa difficilement. Elle avait une bonne droite pour son âge ! Il lui sourit en tirant la langue. Karin regardait, surprise, le piercing qu’il portait.

— Depuis quand t’es-tu percé la langue ?

— Quarante ans, lui répondit-il en se frottant la joue.

Elle se jeta sur lui et laissa couler ses larmes…

— Tu peux être vraiment un abruti… mais tu m’as tellement manqué !

Ichigo referma ses bras sur elle et leva les yeux vers l’attroupement qui s’était formé. Un homme qui devait avoir l’âge de Karin, et deux jeunes hommes, se tenaient à la porte et regardaient, goguenards, la scène qui se déroulait devant eux. Karin se détacha de son frère et se tourna vers sa famille.

— Je vous présente mon grand frère : Ichigo Kurosaki.

— Euh… il n’est pas un peu jeune ? marmonna l’un des jeunes hommes.

— Entre, Ichigo !

Tous laissèrent passer le jeune homme ainsi que la vieille dame. Elle l’entraîna dans le salon et fit face aux membres présents de sa famille.

— Comme je vous l’ai expliqué il y a quelques années, Ichigo est mort. Ce qu’il porte sur lui est un gigai, c’est pourquoi vous pouvez le « voir ». Sinon, je pense que seule moi et Kyoyuki pourrions le voir ! Je vous rappelle qu’il est un shinigami tout comme mon père.

— Euh… je préfère vizard !

— Arrête de dire des conneries… Tu es un shinigami. Ton hollow… non, il n’existe pas !

Ichigo fronça les sourcils et observa sa sœur.

— À quoi ça te sert de le nier ? Tu sais pourquoi je porte des lentilles, au moins ?

— Ichigo… s’il te plaît !

— Au fait, où habite Yusu ? Je voudrais aussi lui rendre visite.

— Tu n’auras pas besoin. Elle doit arriver d’un instant à l’autre. Je fête aujourd’hui l’anniversaire d’Ichigo… (Elle rougit légèrement et indiqua l’un de ses fils.) Il a les cheveux noirs et lui ressemble de manière frappante, même si ses yeux sont noirs. Voici ma fille Kyoyuki, mon plus jeune fils Ryosuke, et mon mari Hikaru.

Tous scrutèrent le frère dont ils avaient entendu parler, mais qu’ils croyaient tous mort. Quoiqu’il l’était, cette histoire de gigai les surprenait toujours. On sonna alors à la porte, et tous sursautèrent.

— Va ouvrir, Ryosuke, murmura Karin.

Ichigo entendit la voix de son père et fronça les sourcils. Il entendit aussi la voix de Yusu et d’autres voix qu’il ne connaissait pas. Tous franchirent la porte du salon et, instantanément, Isshin et Yusu se figèrent. Même s’il avait changé… c’était lui.

Yusu voulut se précipiter vers son frère, mais Isshin plaça une main devant elle et se déplaça lentement vers son fils pour le regarder droit dans les yeux.

— Il t’en a fallu du temps pour revenir, fils !

Sa voix était calme et douce, ce qui mit le vizard en état d’alerte. Ichigo ne répondit pas. Il fixa ses yeux dans ceux de son père.

— Tu sais qu’« ils » t’attendent toujours ?

— Je suis étonné que tu ne me frappes pas !

— Si je le faisais, je te tuerais…, le menaça Isshin.

Le vizard observa les traits durs de son père. Il ne l’avait jamais regardé ainsi.

— Je ne vais pas gâcher plus longtemps cette fête. Je pars.

— Pour aller où ? J’ai besoin de te parler ! Il est hors de question que tu disparaisses encore une quarantaine d’années !

L’ex-shinigami laissa alors filtrer son reiatsu de manière plus importante.

— Cela te convient-il pour me retrouver ?

— Abandonne ton gigai… tu retournes avec moi à la Soul Society après ce repas.

— Reste ! s’écrièrent en même temps Karin et Yusu.

Ichigo soupira et passa une main nerveuse dans ses cheveux colorés. Il comprit qu’il ne pourrait pas partir sans blesser mortellement quelqu’un, et il n’avait pas l’intention de s’en prendre à sa propre famille.

— Très bien, je reste, dit Ichigo à l’intention de son père. Je t’accompagnerai à la Soul Society sans faire d’histoire.

°OoO°

Le soir était tombé et Isshin abandonna son gigai après avoir embrassé les membres de sa famille. Il se tourna vers son fils…

— Laisse ton gigai ici. Karin va s’en occuper !

Ichigo salua calmement les membres de sa famille présents. Ils étaient tous graves. Il sortit alors son ancien badge de shinigami remplaçant de sa poche et le plaça sur sa poitrine. Son âme fut expulsée de son corps, et il redevint Ichigo, aux cheveux orange en épis et aux yeux dorés. On aurait dit que de la lave coulait dans son regard. Les membres de la famille capables de l’apercevoir dans sa tenue de shinigami écarquillèrent les yeux. Son zanpakutō était aussi grand que lui !

Isshin sortit son zanpakutō de son fourreau et créa un dangai. Il salua ses filles et s’engouffra dans le tunnel, suivi par son fils.

°OoO°

Ichigo scrutait le visage d’Ukitake. Ce dernier était ravi de le revoir. Il s’était déplacé jusqu’à lui et avait plongé ses yeux dans les siens. Il avait été surpris par la couleur de ses yeux, qui n’étaient plus ambre mais mordorés… On avait l’impression que de la lave bouillait à l’intérieur de ses prunelles. Le Sōtaichō ne sentait plus la colère suinter du roux, ni cette pression spirituelle écrasante comme lors de sa dernière visite.

Le vizard voyait bien que son interlocuteur le sondait. Isshin s’était placé juste derrière son fils pour parer à toute tentative de fuite. Une de ses mains était posée sur la garde de son zanpakutō, car même s’il ne l’avait pas croisé ces dernières années, il le connaissait assez bien pour le savoir capable de tout.

Ichigo soupira.

— Que me voulez-vous ?

— Ichigo, ma proposition tient toujours… Rejoins nos rangs. Je ne peux pas te proposer un poste de taichō pour l’instant, car entre-temps tous les postes ont été comblés. Accepterais-tu un poste de fukutaichō ? Cela te permettrait de te familiariser avec le système de la Soul Society.

— Tu n’as pas le choix, déclara son père.

Ichigo tourna la tête vers lui et comprit que ce dernier ne le laisserait plus mener une vie « paisible » sur Terre.

— Qu’y a-t-il de si important pour que je reste « ici » ? Ma vie me convient sur Terre.

— Pour t’y morfondre ? déclara la voix dure de son père.

— Messieurs, s’il vous plaît ! Nous devons nous exprimer clairement. Kurosaki-kun, vous devez savoir qu’en tant qu’âme, vous ne pouvez plus rester dans le monde des humains. Il est de votre devoir d’intégrer la Soul Society, finit doucement Ukitake.

— Essaie au moins… tu feras quelque chose de productif. Nous aurons la chance, tes sœurs et moi-même, de te voir plus souvent. Comment crois-tu que nous avons vécu toutes ces années ? Sais-tu le choc que tu as provoqué tout à l’heure à toute la famille ?

Les yeux d’Ichigo passaient maintenant du visage d’Ukitake à celui d’Isshin. Le vizard se souvint alors d’un souvenir profondément enfoui : il était tout petit et il était assis sur le bord du canal, là où sa mère avait trouvé la mort. Ses sœurs et son père étaient venus le rejoindre et lui avaient fait comprendre qu’il n’était pas seul. Le silence devint pesant dans la pièce. Isshin voyait différentes émotions traverser le regard de son fils : il considérait réellement la question, cette fois.

Finalement, Ichigo déclara :

— Je veux bien essayer… pour ma famille ! Le reste, je m’en moque.

— Ichigo ! s’écria son père. Ne dis pas des choses pareilles !

Il l’avait attrapé par les épaules et le secoua. Ukitake lui fit lâcher prise.

— Je suis heureux, Kurosaki fukutaichō, que vous acceptiez notre demande. Je n’espérais presque plus.

— Puis-je connaître le nom du taichō que je vais servir ?

— La 6ème division. Kuchiki taichō a perdu son vice-capitaine. Je vais l’en informer.

Ukitake appela son propre vice-capitaine et lui ordonna d’envoyer un papillon de l’enfer au noble. « Bien tombé », se dit intérieurement le nouveau vice-capitaine.

— Je vais te faire faire le tour du Seireitei, fils. Je t’expliquerai tout ce dont tu as besoin. Je suis heureux que tu te décides à rejoindre nos rangs.

-— Disons que je suis un peu obligé, non ?

— Ne fais pas cette tête !

Ils entendirent bientôt un léger coup frapper à la porte de la 1ère division. On fit entrer le capitaine Kuchiki Byakuya. Ce dernier salua le Sōtaichō et se tourna vers Kurosaki, qui le regardait, tout aussi impassible que lui.

— Ne vous avais-je pas dit que nous nous retrouverions prochainement ?

— Ne prends pas ça comme une victoire, Byakuya !

— Taichō !

— Pardon ?

— Maintenant, c’est « Taichō » pour vous, Kurosaki…

— Va te faire voir ! Je suis ici contre mon gré ! Si j’ai accepté d’être ton fukutaichō, cela ne veut pas dire que je me plierai à vos règles débiles. Elles ne me concernent pas.

Ichigo reçut alors un coup sur la tête !

— Aïe… t’es débile ou quoi, père inconscient ! s’énerva Ichigo.

— Tu respecteras les règles comme tout le monde ici.

— Je ne suis pas de ce monde-là, grinça Ichigo entre ses dents.

— Tu es de quel monde, alors ?

— Je suis un vizard !

— Des hors-la-loi !

— Ça me convient parfaitement…

Les deux hommes se regardaient maintenant comme deux chiens de faïence.

— S’il vous plaît, envisageons les choses sous un angle nouveau. Ichigo va s’adapter à sa nouvelle vie. Et les choses viendront naturellement, n’est-ce pas ?

— Si tu le dis, Ukitake, marmonna Ichigo.

Son père le regarda légèrement de travers.

— Viens ! Je vais te montrer tes quartiers, dit soudain Isshin à son fils.

— Non… merci beaucoup, Isshin. C’est à moi de lui montrer ses nouveaux quartiers. Pour le reste, je vous laisserai lui faire visiter. Suivez-moi, Kurosaki…

Ichigo emboîta le pas à contre-cœur derrière le capitaine Kuchiki. Il avait envie d’aller dans ses quartiers, et il fallait qu’il retourne sur Terre pour que ses affaires soient en sécurité.

°OoO°

Lorsqu’ils arrivèrent dans les quartiers de la 6ème division, tous furent surpris de voir leur capitaine suivi par l’homme aux cheveux orange. Bientôt, un murmure emplit la 6ème division. Le noble organisa immédiatement une réunion dans la cour centrale de la division qu’il gérait. Ichigo se tenait à côté de lui, scrutant les hommes qui leur faisaient face.

— Messieurs, je vous ai réunis pour vous présenter le nouveau fukutaichō de la 6ème division. Je vous présente Kurosaki Ichigo !

— Quoi ! firent plusieurs voix.

La stupéfaction se lisait sur leurs visages. Tellement de rumeurs circulaient sur lui, et il était là, en chair et en os ! Et pourtant, il était impossible de se tromper : le zanpakutō immense, les cheveux oranges… il ne pouvait s’agir que de lui ! Pourtant, d’après la légende, son reiatsu était incroyable ; et là, ils le sentaient à peine.

— Je ne suis pas d’accord, s’éleva une voix.

Le capitaine Kuchiki haussa un sourcil.

— Oui, capitaine. Pourquoi devons-nous lui faire confiance ? Nous ne connaissons rien de sa force. Bien sûr, il y a la légende, mais nous n’étions pas là…

Byakuya allait répliquer, mais Ichigo posa une main sur son avant-bras.

— Laisse, Byakuya. Oï, le fort en gueule, viens ici… c’est quoi ton nom ?

— Ren Oekemeda.

— Très bien, Ren… sors ton zanpakutō et essaie de me blesser ! Je ne ferai rien pour me défendre. Je veux dire : je ne sortirai pas mon zanpakutō.

Un murmure s’éleva dans l’assistance. En effet, Oekemeda était le fukutaichō pressenti pour la 6ème division ; alors, le voir s’attaquer à Ichigo Kurosaki était intéressant.

— Kurosaki… fit la voix du Taichō.

— T’inquiète, Byakuya, je ne vais pas l’abîmer…

— Messieurs, veuillez tous reculer à bonne distance, fit le noble.

Tous se reculèrent, et les deux hommes se retrouvèrent au centre de la cour. Oekemeda était trop content de mettre une raclée au prétentieux devant lui. Il sortit son zanpakutō. Ainsi, il pouvait se défendre sans… ? N’importe quoi… Il observa son adversaire, qui ne faisait que le regarder de ses yeux couleur or.

Il se moquait sûrement de lui, et il attaqua donc en partant sur un shunpō. Il s’effondra sur le sol. Il ne comprit pas ce qui lui était arrivé, et les autres spectateurs non plus.

Finalement, le capitaine Kuchiki déclara :

— J’ai moi-même été battu par Kurosaki. Alors, si vous voulez tenter votre chance… veuillez être prêts !

Sur ces paroles, il se tourna vers le jeune homme.

— Si vous voulez bien me suivre à présent !

Byakuya lui montra les locaux de la 6ème division et lui montra sa chambre. Simple et fonctionnelle, ce qui convenait à Ichigo.

— Vous me rejoindrez demain à 8 h 30 dans mon bureau. Je vous montrerai ce que l’on demande exactement à un fukutaichō. Il est tard, maintenant…

Ichigo regarda la porte se fermer lentement. Il retira son zanpakutō et fit le tour de la pièce. Il aperçut alors une porte qui donnait sur sa salle de bain. Au moins, il avait la sienne. Puis, il s’étira et songea… « Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau ! »

À croire qu’il se ferait toujours prendre, songea tristement Ichigo. Il détestait cette situation… mais comment y échapper, avec son père ? Comme lui avait dit Shinji… Karakura ne lui aurait apporté que du malheur.

Il quitta sa chambre pour se réfugier sur le toit de cette dernière. Il s’allongea sur les tuiles et observa la lune.

‘tain, Ichigo… tu sais quelle heure il est, là ? murmura le vizard.

Non, je ne sais pas où tu vis actuellement… et même s’il est en plein jour… tu serais capable de piquer un roupillon.

La voix de Shinji devint plus assurée.

Tu aimerais bien le savoir, hein…

Tu me manques, c’est normal.

Mdr, tu deviens sentimental, maintenant.

À qui la faute ?

Humm, en ce moment, on a débarqué à New York… Pour une fois, on a des chambres décentes. Tu fais quoi, là ?

Je fume une clope sur le toit de la clinique de mon paternel.

Ichigo se mit inconsciemment à chercher ses cigarettes dans son shihakushō. Il fit une grimace… il n’y en avait pas ici. « Fait chier ! » Il commençait à se sentir nerveux.

Il se redressa et se déplaça grâce au shunpō à travers le Seireitei. Il avait besoin de se défouler. Il retourna à sa chambre et reprit Zangetsu. Il trouverait sûrement quelqu’un d’autre qui avait besoin de se défouler. Il se dirigea vers la 11ème division et se posa devant Zaraki Kenpachi.

— Ça te dirait un entraînement nocturne, Zaraki ?

— Ichi, tu es revenu ! s’écria la gamine aux cheveux roses.

— Maintenant ? demanda Kenpachi. Un sourire cruel apparut sur son visage, répondant à celui d’Ichigo… Après tout, il s’en fout !

— On va à l’extérieur du Seireitei. Je n’ai pas envie de me faire convoquer par le Sōtaichō le premier jour !

— Ok… suis-moi !

Les deux combattants sortirent du Seireitei et se retrouvèrent dans un endroit désert.

— Ça te convient, Ichigo ?

— Parfait.

Et il retira Zangetsu de son dos.

Les deux hommes se faisaient face, la même envie d’abattre l’autre sur le visage. Et le combat commença… ce qui eut pour répercussion d’alerter tout le Seireitei, tant le choc de leur reiatsu était violent !

Les deux hommes étaient sanguinolents le lendemain matin, au lever du soleil. Ichigo avait réussi à battre Kenpachi sans utiliser son hollow, mais il était à bout de force et, en même temps, il se sentait si bien. Il n’avait plus pensé pendant un long moment… il était vidé.

Il se leva péniblement et tendit la main vers Kenpachi.

— Allez, il faut que j’y aille. Mon Taichō va m’attendre.

— C’est du gâchis. Tu ferais mieux de venir dans ma division.

— J’aimerais bien !

— J’irai voir Ukitake.

Ils se déplacèrent rapidement — enfin, autant que leurs blessures respectives le leur permettaient. Ils firent une halte à la 4ème division. Personne ne pipa mot en voyant les deux combattants : ils étaient tout simplement effrayants !

Ichigo se dirigea ensuite vers sa chambre et prit une douche. L’eau qui coulait sur son corps meurtri lui faisait finalement prendre conscience de ce qu’il venait de traverser. Cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas senti aussi vivant !

°OoO°

Quand il arriva dans la cour de la 6ème division, il vit tous les regards posés sur lui. Tous les hommes semblaient terrifiés par leur nouveau vice-capitaine. Ichigo entendit derrière lui une voix familière.

— Oï, la fraise, tu t’es déjà battu avec Kenpachi ?

— Ta gueule, Renji ! T’entendre dès le matin… c’est pas ce que j’attendais de mieux. Ma journée est fichue.

— Quoi ?! s’énerva l’autre.

Et ils s’empoignèrent par le revers de leur kimono. Tous les hommes de la 6ème présents étaient mortifiés : un capitaine allait se battre avec un vice-capitaine, et ils savaient déjà que le « fameux » capitaine en question s’était pris une tôle mémorable. Ils considéraient le capitaine de la 3ème comme un fou furieux. Déjà, quand il était leur vice-capitaine…

Soudain, une voix calme interrompit l’échange musclé :

— Kurosaki Ichigo, j’aurais besoin de vous parler, s’il vous plaît. Veuillez me suivre.

— Ta faute, crétin ! Je te l’avais dit que tu me gâcherais ma journée.

— Bonne chance, lui dit Renji.

Ichigo attendit que le noble lui adresse la parole. Finalement, celui-ci lui dit :

— Vous avez combattu Zaraki Kenpachi cette nuit ?

— Oui… j’arrivais pas à dormir !

— Et c’est en provoquant un capitaine que cela va s’arranger, à votre avis ?

— Non, mais ça défoule !

— Vous avez gagné ?

Ichigo ne répondit pas et le regarda, insondable.


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)