8 ans après la guerre 18

Après l’incident du réfectoire, Ichigo déjeuna aux côtés de son Taichô. Toujours aimable, celui-ci lui demanda :

— Je peux savoir pourquoi tu es parti ce matin ?

Le roux se racla la gorge et toussota.

— Euh… ce n’est pas le moment d’aborder « ce problème ».

— Oh ?

— Oui !

— Très bien… Quand pourrons-nous l’aborder, exactement ?

— Si vous voulez, dans votre bureau, tout à l’heure…

— Soit !

Ichigo put enfin déjeuner tranquillement, sous l’œil inquisiteur des hommes de la 6e division. Ils se demandaient pourquoi leur Taichô semblait d’excellente humeur, et pourquoi leur fukutaichô tirait une tête d’enterrement. Non pas qu’ils ne soient pas habitués à l’attitude de leur vice-capitaine, mais, surtout, il semblait « fuir » leur capitaine. Que se passait-il entre ces deux-là ?

Et puis, quel était donc ce comportement chez leur Taichô ? Un sourire étincelant dès le matin, une amabilité incroyable vis-à-vis du roux, une décontraction à laquelle ils n’avaient jamais été habitués… Ils se demandaient tous s’ils n’avaient pas été projetés dans la quatrième dimension.

°OoO°

Ichigo se trouvait sur le terrain d’entraînement et supervisait les combats. Grâce à son emploi du temps — et à l’aide involontaire des hommes de la 6e division — il avait réussi à échapper au noble. Il savait pertinemment que ce n’était plus qu’une question de temps avant que celui-ci ne débarque pour lui demander des comptes.

Il sentait confusément le reiatsu de son Taichô dans l’atmosphère ; une pointe d’agacement y perçait. Il se demanda tout à coup depuis quand il était capable d’analyser l’énergie spirituelle de Byakuya.

Renji déboula sur le terrain d’entraînement au moment même où le capitaine de la 6e division allait convoquer Ichigo pour obtenir une explication claire et précise. Il était évident qu’avec l’arrivée du capitaine de la 3e division, ses projets s’écroulaient : il allait devoir patienter encore un peu.

Finalement, Ichigo envoya promener Renji et lui précisa qu’il passerait dans la semaine à sa division pour discuter avec lui.

— Ça m’étonnerait que le Taichô te laisse courir le Goteï ! s’esclaffa Renji.

— C’est ce que nous verrons.

Ichigo appela les hommes et leur confia différentes tâches à accomplir. Renji fut surpris de son aisance. Quelques jours plus tôt, il avait entendu dire qu’une révolte couvait au sein de la 6e division contre le fukutaichô qui le remplaçait ; et là, tous semblaient vraiment heureux d’obéir.

Ichigo prit congé et se dirigea tranquillement vers la porte de son Taichô. Il frappa quelques coups discrets. Ce n’était pas dans ses habitudes, mais il savait que son amant était passablement énervé.

Il entendit la voix paisible du noble lui dire d’entrer. Ichigo soupira avant de pénétrer dans le bureau et vit Byakuya plongé dans ses documents. Il referma la porte derrière lui avec précaution, puis se plaça devant le bureau. Il attendit que le brun veuille bien lever les yeux.

Quelques minutes passèrent ; un silence pesant s’installa, mais Ichigo ne démordait pas. Il ne laisserait pas le noble gagner, d’autant plus qu’il ne faisait que son travail et n’avait pas spécialement de temps à consacrer à une bagatelle. Heureusement, Byakuya n’entendait pas ses réflexions. Ichigo soupira et commença sérieusement à s’impatienter.

Finalement, il recula d’un pas et exécuta un parfait demi-tour militaire. Sa main se posa sur la poignée de la porte lorsqu’il entendit la voix froide de Byakuya résonner derrière lui :

— Que me voulais-tu ?

Ichigo avait tourné la poignée et commencé à ouvrir, mais la porte fut violemment repoussée : Byakuya s’y appuyait.

— Je t’attendais…

— Je le sais !

— Pourquoi ?

Sa voix était légèrement voilée.

Ichigo consentit à le regarder et vit une fragilité se refléter au fond de ses prunelles.

— Je suis venu aussi vite que j’ai pu, et je viens d’envoyer promener Renji pour venir te voir. Je ne fais pas ce que je veux !

Sa voix, un peu trop énervée, s’adoucit pourtant en voyant l’air désorienté du brun.

— Byakuya…

Ichigo se pencha vers son capitaine et saisit son menton entre son pouce et son index. Il plongea ses yeux ambrés dans ceux de son amant. Mais celui-ci se ressaisit et se dégagea sèchement de l’étreinte.

— Si tu veux partir… ne te gêne pas !

Il se réinstalla calmement derrière son bureau et se replongea dans ses documents. Ichigo soupira, ne sachant pas comment l’aborder. Il préféra sortir et regagner son propre bureau.

Il trempa son pinceau dans l’encre noire et se remémora sa relation avec Shinji lors des conflits. Avec Hirako, c’était simple : il lui sautait dessus et le secouait comme un prunier pour lui faire cracher le morceau. Mais ce n’était pas le genre de Byakuya.

Aaaah… Ichigo se gratta la tête de sa main libre. Les relations amoureuses… Il avait oublié combien elles pouvaient être éprouvantes et compliquées. Il se dit qu’il avait eu raison, ce matin, avec son pressentiment : tout irait de travers.

°OoO°

Ichigo remplissait le planning des gardes dans son bureau. Le tableau accroché au mur lui permettait d’avoir une vue d’ensemble des shinigamis en faction. Il remarqua que, durant l’entretien avec Renji, certains hommes en avaient profité pour resquiller. Ah oui ? Il leur mit une double garde. Cela n’allait pas faire que des heureux, mais Ichigo n’aimait pas l’injustice, et certains avaient tiré sur la corde.

Un papillon de l’enfer vint vers lui. Il tendit le doigt pour recevoir le message, et la voix d’Ukitake Jûshirô résonna à ses oreilles :

*« Kurosaki Fukutaichô,

Je vous attends à mon bureau, et ce, dès que possible.

Ukitake Jûshirô »*

Ichigo leva un sourcil. Que lui voulait Ukitake ? Il transmit un message de confirmation, puis se dirigea vers le bureau de Byakuya. Celui-ci était toujours plongé dans ses documents.

— Hum… Taichô ! Je viens de recevoir un papillon de l’enfer émanant du Soutaichô. Il désire me voir immédiatement.

Le noble leva la tête et haussa imperceptiblement un sourcil.

— Que vous veut-il ?

— Aucune idée. Il m’a demandé d’aller le voir dès que j’aurais reçu son message. Je voulais seulement vous en avertir.

Ichigo avait utilisé le vouvoiement par commodité. Puisque Byakuya voulait installer un froid entre eux, il n’allait pas lui laisser le plaisir de voir à quel point cette froideur l’affectait.

Il allait partir lorsqu’il sentit deux bras l’enlacer par-derrière, et une tête se poser sur son épaule.

— Tu me diras… ce qu’il te voulait ?

— Bien sûr, Taichô… Byakuya… ajouta-t-il plus doucement.

— Ichigo…

Ichigo referma la porte, se tourna immédiatement vers Byakuya et l’enlaça. Il murmura à son oreille :

— Je crois que j’ai été trop gâté par Hirako. Il avait tendance à obéir à mes caprices, et je pensais que ce serait pareil pour toi. Je suis désolé. Je ne suis pas habitué à… tout ça.

— C’est assez nouveau pour moi aussi…

Le noble leva ses yeux anthracite vers lui. Une chance — pensa-t-il brutalement — que les prunelles de Byakuya soient très expressives, car son visage restait de marbre. Il allait vraiment devoir s’y habituer. Au fond de son regard, Ichigo lisait de l’incertitude… et cela ne lui plut pas.

Il se pencha alors lentement vers son amant et le prit tendrement dans ses bras.

— Je ferai un effort, et j’essaierai d’être plus disponible…

Ses lèvres effleurèrent celles, entrouvertes, du noble. Il mordilla sa lèvre inférieure. Sentant le brun se laisser aller, il le serra plus fort contre lui. Byakuya enroula ses bras autour des épaules de son fukutaichô, oubliant sa réserve habituelle : il était trop heureux qu’Ichigo abandonne sa froideur et son indifférence.

La langue d’Ichigo franchit le barrage de ses lèvres pour capturer la sienne. Byakuya soupira contre lui et attira la tête du roux plus près. Finalement, le fukutaichô le repoussa lentement et posa son front contre le sien. Les yeux dorés exprimaient une douce chaleur, celle de la tendresse qu’il éprouvait pour le noble.

Ichigo scruta le regard de son Taichô, où il pouvait lire de la passion. Il s’éclaircit la gorge et murmura à son oreille :

— Je dois te laisser, mais, si tu le souhaites, je viendrai te rejoindre ce soir. Nous serons plus tranquilles, tous les deux.

— Viens manger avec moi, alors…

— Je ne sais pas ce que me veut le Soutaichô, mais je viendrai dès que je le pourrai.

Byakuya prit le visage d’Ichigo en coupe entre ses mains.

— Je t’attendrai.

— Comme tu veux. J’essaierai de faire vite.

Ichigo recula et remit le haut de son kimono noir en place. Il ouvrit la porte, attendit que son Taichô reprenne place derrière son bureau, puis quitta la pièce sans un regard en arrière.

°OoO°

— Kurosaki Fukutaichô… Nous vous demandons de vous rendre au Hueco Mundo. De nouveaux troubles s’y sont manifestés depuis votre départ !

— Seul ?

— En fait, une équipe de la 11e division est déjà là-bas. Nous avons eu des problèmes dans le Dangai, et ils les ont repoussés jusqu’au Hueco Mundo. Comme Zaraki Kenpachi est sur place avec ses hommes, je ne pense pas faire intervenir la 6e division au grand complet. Si cela dégénère, bien sûr, je l’enverrai… puisque j’envoie son fukutaichô.

Ichigo plissa les yeux et observa Ukitake. Il soupesa la situation.

— Quand dois-je partir ?

— Tout de suite…

— Mon Taichô ?

— Je viens de lui faire parvenir un papillon de l’enfer.

— Bien… alors j’y vais.

Le roux prit la direction de la porte, d’un pas décidé. Il était déçu de ne pas pouvoir le dire à Byakuya lui-même. Même sans relation entre eux, il trouvait cette façon de faire un peu cavalière ; mais il semblait y avoir urgence. Pourquoi l’envoyer tout seul ?

Ichigo arriva très vite devant la porte et s’engouffra dans le Dangai. Il ne vit pas que Byakuya était arrivé au moment où le passage se refermait. Le capitaine de la 6e division ressentit un mauvais pressentiment. Il se dirigea aussitôt vers le bureau d’Ukitake pour demander une explication sur son comportement.

°OoO°

Ichigo arriva au Hueco Mundo et trouva plusieurs corps de shinigamis étendus au sol, ainsi que ceux de quelques arrancars. Il fronça les sourcils, sortit son Soul Pager et transmit ces informations à la 12e division. On lui demanda de pousser ses recherches : il était impossible que les quatre escouades de la 11e division aient pu disparaître.

Le roux se déplaça à l’intérieur du Hueco Mundo et passa devant Las Noches. Il fut surpris de voir des arrancars et des hollows étendus sur le sol. Aucun bruit ne se faisait entendre, comme si le Hueco Mundo avait été vidé de toute vie. Certes, ce monde n’était pas aussi peuplé que le Seireitei, mais il était d’ordinaire rempli d’agitation. Et quatre escouades, ça faisait du monde.

Ichigo projeta son reiatsu à travers le Hueco Mundo pour voir s’il obtenait une réponse à son appel. Normalement, Grimmjow aurait dû venir le rejoindre. Il décida d’approfondir ses recherches, parcourant les zones désertiques où, parfois, il voyait des corps de shinigamis ou d’arrancars étendus sur le sable.

Tout à coup, Ichigo aperçut une tache bleue non loin de lui. Il fronça les sourcils ; son cœur se mit à battre la chamade. Ce n’était pas possible…

Il bondit jusqu’à ce qu’il arrive devant ce qu’il redoutait. Grimmjow Jaggerjack gisait à terre, sous sa forme non libérée. Son corps avait été brisé, comme s’il avait été pris dans les rouages d’une machine infernale, puis rejeté sans ménagement sur le sol. Ichigo entendit un faible bruit et se précipita près du corps du roi du Hueco Mundo.

Il vit ses paupières battre lentement. Ichigo étouffa un sanglot et serra Grimmjow contre lui avec douceur. Il caressa ses cheveux bleus avec toute la tendresse dont il était capable.

— I… chi…

— Chut ! Repose-toi. Je vais te faire un kidô de guérison…

— Tr… trop tard…

— Ne dis pas n’importe quoi !

La voix d’Ichigo était trop faible face à l’émotion qui l’écrasait. Grimmjow était son ami. Il l’avait aidé contre Aizen ; il était fort, très fort… Ichigo sentit les larmes couler sur ses joues.

— Shi… ni… gami… Pleure pas…

— Je ne pleure pas ! s’énerva Ichigo.

— I… chi… fais-moi… un konso…

Ichigo allait répondre, mais la voix tremblante de l’Espada l’en empêcha.

  • Tu… sais… shini… gami… toujours… aimé…

Il reçut cette confession comme un coup de poignard et plongea ses yeux dans ceux — couleur océan — de l’Espada. Grimmjow lui adressa un dernier sourire ; Ichigo vit une larme couler de ses yeux. La main qu’il tentait de tendre retomba sur le sol, soudain inanimée.

Ichigo serra le corps sans vie contre lui. Un long sanglot monta dans sa poitrine. Encore une personne chère venait de disparaître. Que s’était-il donc passé ici, Grimmjow ?

Toujours sous le choc, Ichigo se redressa, prit Zangetsu en main et posa le bout du manche de son zanpakutô sur le front de l’Espada. Le corps de Grimmjow s’étiola en une myriade d’étoiles blanches.

— Adieu, mon ami.

Il n’eut pas le temps de s’épancher : une énergie monstrueuse surgit derrière lui. Ichigo tendit Zangetsu devant lui et s’écria :

— Bankai !

Il posa sa main sur son visage et fit apparaître son masque de hollow. Puis il activa son Soul Pager. De toute façon, il n’aurait pas le temps de dire quoi que ce soit.

°OoO°

La 12e division capta le Soul Pager d’Ichigo Kurosaki. Ukitake, Kurotsuchi, Kuchiki, Kurosaki et Kyôraku sursautèrent en entendant la transmission. Ils attendaient des nouvelles du vizard, mais pas ce qu’ils allaient entendre.

Une explosion retentit… Ukitake appela Ichigo, mais seuls les hurlements fantomatiques du hollow lui répondirent. Il luttait avec acharnement. On entendait des explosions, des cris de colère et des halètements. Puis, soudain, le son métallique de deux lames s’entrechoquant. Les capitaines restaient suspendus aux sons crachés par le Soul Pager.

Byakuya croisa les bras sur sa poitrine ; ses doigts s’enfonçaient dans sa tunique. Il se leva d’un bond et voulut sortir, mais Isshin lui bloqua le passage… lorsque, tout à coup, des hurlements de douleur s’élevèrent : ceux d’Ichigo. Ce n’était pas humain… Isshin blêmit et tourna le visage vers les écrans de la 12e division.

Le noble en profita pour sortir. Il se dirigea en shunpô jusqu’à la porte, ouvrit le Dangai, le referma derrière lui, puis entra dans un garganta et fonça droit vers le Hueco Mundo. Il ne cessait de prier pour arriver à temps.

Byakuya entra dans ce monde sans vie, noir et blanc. Il frissonna… Il ne voulait pas mourir ici, et encore moins laisser son amant y mourir. Il chercha l’énergie spirituelle d’Ichigo ; elle lui parvint faiblement. Il se dirigea immédiatement vers l’endroit d’où elle venait.

Il s’arrêta net en voyant le spectacle. Une espèce de hollow attaquait Ichigo. Non… Il frissonna d’horreur : c’était Kenpachi, dont le corps avait été complètement modifié par les Evil Souls. Il le vit projeter Ichigo au sol comme une vulgaire poupée de chiffon.

Byakuya se plaça immédiatement derrière le roux, le recueillit dans ses bras avec tendresse et déploya Senkei Senbonzakura Kageyoshi autour d’eux. Il sentait que cela ne tiendrait pas longtemps avant de voler en éclats.

Il sentit quelque chose s’accrocher à son haori.

— Taichô… souffla Ichigo.

La gorge de Byakuya se serra en voyant le corps mutilé de son amant. Il voyait la vie quitter progressivement ses yeux ambrés. Il le souleva contre lui ; des larmes coulèrent sur ses joues.

— Ichigo… Je ne te laisserai pas mourir ici.

— Bya… tu me feras un kon… so… Je veux…

Sa voix s’éteignait.

— Pas… finir… comme Ken… pachi…

— Ichigo…

— Trop… tard…

— Je te ramène au Seireitei.

— Bya… je t’aime… Je t’ai… dit… tell… ment de conne… ries… Par… don…

— Chut…

— Je suis… con… tent… Je… meurs pas seul… Je suis dé… so… lé pour… toi…

Ces paroles avaient été dites dans un souffle. Byakuya serrait le corps de l’orangé si fort qu’un sanglot lui brûla la gorge. Senkei Senbonzakura vacillait sous les coups terribles de l’adversaire. Du sang perla aux lèvres d’Ichigo. Ses yeux étaient suppliants. Le cœur de Byakuya allait exploser. Il comprit qu’il ne survivrait pas à la mort du vizard.

Le noble se pencha et embrassa tendrement son amant une dernière fois. Les yeux d’Ichigo lui envoyaient leurs derniers signes de vie. Byakuya lui murmura qu’il l’aimerait toute sa vie et au-delà ; qu’ils se reverraient bientôt, par-delà la mort ; et que, dans leur prochaine vie, il le chérirait jusqu’à ce qu’il demande grâce. Ichigo lui sourit, une dernière fois, pour lui montrer qu’il avait entendu.

— Bya… s’affola Ichigo. Il… il fait… noir…

— Chut… Je suis là, mon amour.

— Bya…

Le noble sentit le corps d’Ichigo devenir lourd, se raidir, puis s’abandonner. Ichigo, quant à lui, entendait une chanson venue de très loin, dans ses souvenirs… « Dans mon île, ah comme on est bien… Dans mon île, on n’fait jamais rien, on se dore au soleil… » Son monde s’écroulait. Il se plaça à côté de Shirosaki et de Zangetsu… et chantonna tandis que tout disparaissait.

Byakuya laissa échapper un cri de désespoir. Il n’avait pas eu le temps de l’aimer… Ils n’avaient pas eu de temps, tout court.

Senkei Senbonzakura Kageyoshi trembla. Le noble tendit une main ; une de ses épées vint s’y glisser. Il tourna lentement l’arme. Avant de poser le pommeau du zanpakutô sur le front de son amant, il l’embrassa une dernière fois. Les larmes ruisselantes lui brouillaient la vue. Il posa le pommeau sur le front d’Ichigo et le vit disparaître, comme une poussière d’étoiles.

— Je suis désolé… Je n’ai pas pu te ramener au Seireitei.

Senbonzakura Kageyoshi explosa… tout comme la douleur du noble. Il se redressa et fit face à ce qui restait de Kenpachi. Son zanpakutô s’envola gracieusement autour de lui ; il attaqua sans pitié l’ex-capitaine. Après un âpre combat, il parvint à vaincre Zaraki. Il lui fit un konso : il voyait bien que l’âme du capitaine était encore consciente de l’état dans lequel elle se trouvait.

Byakuya ramassa le Soul Pager d’Ichigo, resté au sol.

— Je vous signale qu’il n’y a plus d’ennemis pour l’instant.

— Revenez, capitaine Kuchiki ! fit la voix inquiète d’Ukitake.

— Je n’ai pas fini ici… Il y a un portail à fermer.

— Qu’allez-vous faire ?

— …

— Répondez ! Qu’allez-vous fai—

Byakuya avait fermé le Soul Pager. Il se dirigea là où, quelques jours plus tôt, Ichigo lui avait indiqué l’emplacement de la faille. Il ne savait pas exactement ce qu’il allait faire.

Son écharpe le gêna. Il sourit, la fit glisser entre ses doigts et l’enroula autour de sa main. Il porta la main à sa tête et retira son kenseikan. Il n’était plus, à présent, le chef du clan Kuchiki : il laissait à sa famille le soin de trouver quelqu’un d’autre pour prendre la relève. La coiffe tomba lourdement sur le sol.

Les cheveux de jais de Byakuya se mirent à voleter à cause du vent provoqué par la faille devant laquelle il se trouvait. Il regarda à l’intérieur et fronça les sourcils… Quel moyen avait-il pour la fermer ? Sa propre énergie. Pourquoi ne pas essayer ? Plus rien ne le retenait dans ce monde, après tout. Autant finir sa carrière en beauté. N’était-ce pas le devoir d’un noble ?

Il reprit son écharpe soyeuse et la remit autour de son cou. Elle lui donnerait le courage nécessaire. Il espérait avoir la même abnégation que son amant lorsqu’il croyait en quelque chose.

Ses larmes coulèrent à nouveau lorsqu’il pensa à lui : ses yeux, son sourire, sa mine renfrognée, ce désir, rien que pour lui…

Byakuya se plaça devant la fissure et fit monter son reiatsu jusqu’à la limite du soutenable. Son zanpakutô vacilla puis éclata sous la puissance de l’énergie spirituelle de son détenteur. Byakuya sentit la douleur envahir son corps ; la chaleur devint intolérable. Il faillit s’évanouir.

Il serra les dents et projeta dans l’ouverture tout le reiatsu dont il était capable. La faille vacilla. L’énergie s’y mit à circuler, puis, brutalement, alors que son uniforme et son haori partaient en lambeaux, l’ouverture se referma. Byakuya disparut. Il devint poussière.

Un silence pesant s’abattit sur le monde noir et blanc. Un vent léger souleva le sable blanc et fin. Il ne restait au sol que le kenseikan de Byakuya et le Soul Pager d’Ichigo. Les corps des shinigamis et des arrancars jonchaient toujours ce monde de désolation, mais il ne subsistait aucune trace de Byakuya ni d’Ichigo.

°OoO°

— Allez, maman ! Dépêche-toi ! On va être en retard pour ma cérémonie.

— Attends quelques minutes… On a plus d’une heure d’avance. Si tu ne m’obéis pas, Kaoru, je ne me déplace même pas !

Kaoru partit en maugréant contre sa mère dévote. Rukia posa des bâtonnets d’encens devant les photographies de son frère et d’Ichigo. Elle fit tinter doucement la cloche et claqua trois fois dans ses mains. Tous les ans, depuis une centaine d’années, elle priait pour son frère et pour son ami d’enfance.

Elle caressa le verre qui protégeait les deux visages : l’un, grave et impassible ; l’autre, souriant, tout en conservant son froncement de sourcils caractéristique.

Rukia entendit toussoter derrière elle. Elle savait que c’était Renji. Il lui signala qu’il était l’heure de partir. Elle se releva, s’inclina devant les portraits, puis referma la petite armoire où se trouvaient ceux qui avaient compté dans sa vie.

— Renji… murmura Rukia. Tu crois qu’ils sont ensemble, maintenant ? C’était la première fois qu’elle lui posait la question.

Le capitaine de la 3e division souleva la main fragile de sa femme et la porta à ses lèvres. Elle leva vers lui ses yeux noirs, inquiets. Il lui sourit de toutes ses dents et dit, avec conviction :

— Certainement, ma chérie.

— Je le pense aussi…

°OoO°

Pendant ce temps, trois jeunes garçons se disputaient au bord d’une rivière. L’un avait les cheveux blonds, un autre les cheveux bleus, et le dernier — celui qui gardait le plus son sang-froid — avait les cheveux noirs.

— Je vous dis que ce sera moi !

— Dans tes rêves, face de crapaud ! Je vous dis que ce sera moi qui l’emporterai…

— Non, moi…

— Moi !

— Arrêtez de vous chamailler ! gronda le plus gracieux. Ce n’est pas à nous de choisir, mais à lui !

Les trois garçons tournèrent la tête vers la rivière. Leur attention se porta sur un plus jeune, les pieds dans l’eau, qui observait les poissons glisser entre ses jambes. Ses cheveux indisciplinés se courbaient paresseusement sous la brise d’été.

— Ichigo ! s’écria celui aux cheveux bleus.

— Oui, Grim’ ?

— Dis-nous une bonne fois pour toutes avec qui tu vas te marier plus tard !

Ichigo regarda, surpris, les trois garçons plus âgés, tous en uniforme bleu de l’Académie des shinigamis. Il leur sourit et secoua doucement la tête. Puis il s’avança vers ses amis d’enfance et glissa une main dans celle du blond et l’autre dans celle du brun, les plus proches de lui.

— On a toute la vie devant nous…

Ils se mirent en route vers un quartier paisible du Rukongaï. Shin et Grim s’étaient déjà empoignés. Bya, quant à lui, tenait fermement la main du plus jeune et lui adressa un regard doux que seul Ichigo put apercevoir. Ichigo lui rendit cette étreinte et ce regard.


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