La douleur… le noir… et ce goût de cuivre que le sang laissait dans la bouche : c’étaient les seules sensations qu’Ichigo parvenait encore à identifier. La ruelle sombre, mal éclairée, ne révélait pas son corps aux passants, pourtant nombreux au bout de l’allée. La main du jeune homme tremblait et, dans un ultime effort, sembla-t-il, il appela au secours… avant de sombrer dans les limbes de l’inconscience. Sa voix n’avait été qu’un filet : personne n’avait entendu son appel de détresse.
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Ichigo ouvrit lentement les yeux — enfin, un seul — et observa longuement le plafond. Aucune pensée ne lui venait. La seule sensation à laquelle il s’abandonnait était celle d’être vivant. Jamais il n’aurait cru que cela puisse le réconforter… Non pas qu’il ait peur de la mort : il était shinigami remplaçant depuis une vingtaine d’années. Mais il avait appris à apprécier la vie plus que tout, et il en connaissait le prix. Il avait souffert assez longtemps pour, enfin, vivre « normalement », même si la Soul Society faisait encore appel à lui de temps en temps.
Il n’eut pas le temps de réfléchir davantage : la porte de sa chambre s’ouvrit et laissa entrer des visiteurs dont l’énergie spirituelle était trop faible pour être autre chose que des humains. Du coin de l’œil, Ichigo vit une jeune femme lui prendre la tension, puis se figer, surprise, en croisant son regard.
— Vous êtes enfin réveillé !
La jeune femme bondit avant qu’Ichigo puisse répondre… puis se rendit compte qu’aucun son ne sortait de sa gorge. Le roux voulut soulever les bras, mais aucun ne répondit. Il réalisa alors qu’il était maintenu dans un carcan d’acier et de bandages. Son cœur s’emballa quand la porte de la chambre s’ouvrit brutalement, et qu’un homme — qu’il reconnut comme étant Uryuu — se pencha vers lui.
— Ichigo ! Tu es vivant…
Ce dernier fut tellement surpris par l’affirmation qu’il laissa filtrer de la surprise dans son unique œil ouvert.
— Kurosaki… Comment as-tu pu te trouver dans un état pareil ? Il n’y a que toi pour nous arriver à moitié mort !
Ichigo jeta un regard exaspéré à son ancien camarade de combat et le foudroya du regard. La seule chose qu’il pouvait faire pour l’instant.
— Kurosaki, est-ce que tu ne peux pas me répondre ?
Le roux cligna de l’œil et Ishida comprit qu’il allait devoir prendre les choses en main.
— Je vois… répondit-il, songeur.
Puis se reprenant, il fit une liste complète des blessures d’Ichigo qui pâlissait au fur et à mesure et pourtant, son ami avait cru qu’il était impossible de devenir plus pâle que le roux à cet instant-là.
— Kurosaki… je me demande si tu n’aurais pas mieux fait d’être mort. Tu as plusieurs côtes cassées, dont l’une d’elles t’a perforé un poumon. Tu as aussi de multiples fractures sur les bras et aux jambes, tes hématomes ont pratiquement disparu. Tu as eu une lésion au cerveau mais nous ne savons pas quels dommages cela a pu entraîner chez toi. Je suis désolé… nous avons tout fait pour te garder ton œil gauche mais malheureusement, les nerfs optiques ont été trop touchés pour que nous puissions faire quoi que ce soit. Nous avons des doutes que tu puisses retrouver la parole, tu as reçu un méchant coup à la gorge et pour finir, tu as eu des perforations au niveau des intestins.
Ishida reprit son souffle et observait son ami allongé et essayait d’avoir l’air contrit.
- Tout ça pour dire que nous t’avons retrouvé en puzzle et que tu étais à deux doigts de nous lâcher, mais je connais aussi ton instinct de survie. Donc, j’ai réussi et je n’en suis pas peu fier à te « recoller » et à faire en sorte que tu puisses récupérer autant que possible. Par contre, tu vas en avoir pour un certain temps avant qu’on ne t’enlève tes plâtres, broches et retrouver l’usage des membres. Dommage que tu ne puisses pas me dire ce qui t’est arrivé ! Si je t’avais retrouvé sur une route et qu’on m’avait dit que tu étais passé sous un camion, je l’aurais compris mais là… Je suis perplexe !
Ichigo maudit le brun de lui annoncer toutes ces nouvelles dans un flot ininterrompu de parole. D’ailleurs, Uryuu reprit.
— Tu es resté dans le coma pendant presque deux mois…
Le roux ouvrit son œil disponible plus grand et écouta attentivement le reste du monologue du médecin
— Tes sœurs sont venues te voir, mais Karin a dû retourner à son travail à Hokaïdo, d’autant que sa propre fille est tombée d’un escalier… à croire que dans votre famille, vous êtes doués pour vous rompre le cou.
Ichigo le regarda de travers à cette réflexion.
— Pour Yuzu, elle est venue plusieurs fois de suite de la Soul Society mais, bon… elle peut pas sortir comme elle veut de l’Académie. Je sais qu’elle te rendra visite prochainement, si j’ai bien compris c’est bientôt les vacances pour eux. Quant à ton père, il passe tous les jours… il était tellement inquiet.
Le roux regarda son ami, sceptique, mais en voyant l’air tout à fait sérieux de ce dernier, il se douta que cela devait être vrai. Finalement, Uryuu le laissa seul une demi-heure plus tard et Ichigo se retrouva seul face à lui-même. Il ferma les yeux et essaya de se souvenir avec précision ce qui lui était arrivé mais rien de bien concret… Juste un coup violent par derrière qui l’avait assommé et une pluie de coups qui lui avait arraché des cris de douleurs malgré sa semi-conscience. Il aurait aimé se toucher comme pour mieux se prouver qu’il était toujours là mais, ficelé comme il l’était, c’était impossible. Ichigo finit par s’endormir.
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Lorsque le jeune homme se réveilla à nouveau, il entendit une chamaillerie dans la pièce entre Hiyori et Shinji. Ichigo avait mal au crâne rien qu’en entendant leurs cris ! La porte s’ouvrit brutalement et le roux reconnut le reiatsu de Kensei qui attrapa les deux « adolescents » pour les remettre en place.
— Vous pouvez pas la boucler un peu ! On est dans un hôpital et Ichi est vraiment mal en point… Il est réveillé !
Tous se précipitèrent et se penchèrent sur le jeune homme qui les regardait avec un œil mort et un autre très expressif où il pouvait leur adresser son courroux d’être déranger de la sorte.
— Yo Ichigo… Fit Shinji de sa voix moqueuse. T’as encore réussi à te mettre dans la merde ? C’est dingue comment tu peux aimer le masochisme… Si ce n’est que ça, tu pouvais nous appeler on t’aurait démonté la gueule mieux que ça tu sais…
— Ferme-là Shinji ! rétorqua Kensei. Ça va Ichigo ?
— Crétin ! hurla Hiyori. Comment veux-tu qu’il aille bien saucissonné comme il est !
— Mais bouclez-là ! marmonna Risa, installée dans son fauteuil à présent un livre ouvert sur ses genoux. Vous vous imaginez dans un marché, ou quoi ? On va finir par se faire virer de la chambre…
— Retourne à tes bouquins, toi ! Shinji se tournant vers Ichigo. Qui t’a fait ça Ichi ?
Un silence s’ensuivit, interrompu par la voix d’Uryuu qui rétorqua froidement.
— Il ne peut pas vous répondre, il n’a plus de voix. Et je vous prierai de faire moins de bruit, nous ne sommes pas sur un quai de gare !
— T’as vu Shinji… j’t’l’avais dit !
— Oï le quincy, rétorqua Hiyori… tu vas la boucler ou tu vas finir comme Ichi !
— Vous feriez mieux de vous calmer ou je vous mets dehors illico !
— Ah ouais ! fit la jeune femme venimeuse. J’ch’suis curieuse de voir ça, tiens !
— Boucle-là Hiyori… c’est pour Ichi qu’on est ici ! demanda doucement Shinji qui observait depuis le début le jeune homme, incapable d’en détacher son regard.
Hiyori tira la langue à Ishida qui leva les yeux au plafond et soupira excédé. Finalement, il repoussa chacun et observa son ami.
— Ichigo, j’ai eu Karin au téléphone, elle passera te voir demain. Akiko est sortie de l’hôpital et son père va s’en occuper le temps qu’elle vienne te voir.
Ichigo cligna de son œil valide. Uryuu vida les visards de la chambre le temps qu’il s’occupe des soins du jeune homme et surtout lui annoncer quelques bonnes nouvelles. Le lendemain, on lui enlevait les plâtres à ses bras, ainsi que les broches. Le roux se sentit soulagé et Uryuu le vit. Il l’abandonna quelques instants plus tard et remplacé par Shinji, les autres ayant préféré laisser le blond s’occuper des relations avec le blessé. Ce dernier observa longuement encore Ichigo et se gratta la tête pour finalement lui parler.
— Ichi… tu saurais reconnaître tes agresseurs ?
Le roux ne bougea pas et Shinji mis en place un code avec lui pour faciliter leurs échanges. Et il reposa sa question pour voir que son ami, était incapable de se souvenir de l’incident. Le blond entreprit alors de raconter la vie des vizards depuis le temps qu’ils ne s’étaient pas vus quelques années en arrière.
Le monologue de Shinji faisait du bien à Ichigo qui voyait de la compagnie et surtout le fait de ne pas être seul face à lui-même comme dans un monde de silence. Il se sentait depuis son réveil comme dans une prison où son propre corps était sa geôle. Il songea à son badge de shinigami mais comment dire à Shinji qu’il souhaitait sortir de son corps ? L’orangé n’avait aucun moyen pour émettre un souhait quelconque.
Shinji avait vu l’exaspération du jeune homme et lui demanda si c’était lui qui le dérangeait et à son étonnement l’ex capitaine se rendit compte qu’Ichigo recherchait sa présence.
Cela amena un léger sourire sur les lèvres du blond qui décida de rester un peu plus longtemps que prévu auprès de son ami. Les jours s’écoulèrent ainsi…
Shinji vint rendre visite tous les jours à Ichigo et discutaient des morceaux de jazz qu’il avait apprécié, des derniers potins qui couraient chez les vizards, d’Hiyori et d’ailleurs Ichigo au fil du temps ressentait une pointe de jalousie en se rendant compte qu’il lui en parlait tous les jours.
Karin vint lui rendre visite à plusieurs reprises et durant les visites de sa sœur Ichigo ne vit pas apparaître le blond. Il devait ressentir l’énergie spirituelle de sa sœur et évitait tout contact avec elle. Au cours d’une des visites de cette dernière, Karin lui apporta une ardoise blanche et des marqueurs.
— Tu pourras noter ce que tu souhaites nous dire ou faire comprendre. Normalement Uryuu m’a dit que ton bras et ta main droite avait retrouvé une bonne préhension !
Ichigo fut ravi de découvrir le cadeau de sa sœur et essaya immédiatement d’écrire mais sa main tremblait trop pour noter quelque chose de compréhensible. Ses premiers essais furent décevants.
Cela faisait maintenant presque un mois que ses plâtres étaient enlevés au niveau des bras et il n’avait toujours pas récupéré une partie de son autonomie ce qui l’exaspérait au plus au point. Sa sœur finit par retourner à Hokkaidō auprès de sa famille et Ichigo se retrouva seul une nouvelle fois… à sa surprise, Shinji ne vint pas le voir.
Les jours passaient et Shinji ne faisait toujours pas surface. Ichigo finit par l’oublier ou plutôt à le mettre dans un coin de son esprit et passa son temps à s’entraîner d’arrache-pied à son apprentissage de l’écriture. Son obstination lui permit de la retrouver rapidement.
Uryuu vint une quinzaine de jours plus tard, lui annoncer qu’il allait avoir le reste du corps libéré de ses carcans. Le jour dit, Ichigo tremblait littéralement d’impatience. Quelques minutes avant qu’on le sorte de sa chambre, il sentit le reiatsu de Shinji se rapprocher et son cœur se mit à battre précipitamment. Mais, il n’eut pas le temps de se poser trop de questions, des infirmiers vinrent le chercher et il se retrouva bien vite en salle de soins. Uryuu lui dit moqueur
— J’ai l’impression que les visites quotidiennes vont reprendre !
Ichigo lui glissa un regard furieux et finalement se laissa choir sur la table en attendant qu’on le libère enfin ! Il ouvrit les yeux brutalement quand il entendit la voix d’Hirako derrière lui.
— Oï Shinigami… tu pensais te faire la malle au moment où j’arrivais ?
Le roux tourna la tête et croisa les yeux noisettes de Shinji qui le regardait moqueur. Il se tenait devant lui dans son ancienne tenue de capitaine de la cinquième division. Le blond lança à Uryuu qui était furieux et qui ne pouvait pas répondre.
— Fais gaffe quand même… si tu le loupes ou que tu lui fais quoi que ce soit qui pourrait l’amocher davantage, c’est moi qui te fous mon pied au cul !
Ishida lança un regard meurtrier au vizard mais ne répondit pas… et Shinji continua à le harceler… le médecin devenant de plus en plus furieux. A la fin le blond se pencha sur l’oreille d’Uryuu pour lui dire
— Qu’est-ce que ça te fait de supporter mes réflexions, surtout que tu ne peux pas me répondre ?
Uryuu se tourna furieux vers Shinji qui le regardait froidement.
— Imagine maintenant ce que peut ressentir Ichigo à chaque fois que tu le blesses et qu’il ne peut pas te répondre… Je t’ai observé sans rien dire pendant quelque temps et on peut dire que tu ne l’as pas épargné. Tu ne crois pas qu’il en a assez subi ?
Ichigo avait les yeux ouverts sur le coup de la surprise et il fixa un long moment Hirako qui le regardait maintenant avec son sourire moqueur.
— Ichi… Je te retrouve dans ta chambre tout à l’heure…
Et le vizard disparut de la pièce, Uryuu regardant Ichigo avec un air incrédule et ce dernier stupéfait par le comportement de son ami. Mille idées circulaient dans sa tête… Mais pourquoi Shinji avait-il pris sa défense et surtout depuis combien de temps observait-il le comportement d’Uryuu et de ceux qui approchaient Ichigo. Le jeune homme fut troublé et lorsqu’il regagna sa chambre Hirako l’attendait de pied ferme.
À sa grande joie, Ichigo put s’asseoir sur son lit et il attrapa son ardoise pour écrire un message à Hirako.
— Merci Shinji
— Imbécile ! N’importe qui l’aurait remis à sa place… sauf toi évidemment… mais c’est pas de ta faute, t’es un crétin !
Ichigo le foudroya du regard et inscrivit aussi vite que ses doigts le lui permettait
— Imbécile toi-même… Tu fais la même chose que lui !
— Ah ouais ? Tu veux que je m’en aille alors ?
Le regard du shinigami remplaçant se troubla un peu et finalement, il effaça sa réponse pour inscrire
— Non… reste !
— Tu vois que je suis meilleur que lui ! J’ai un trop grand cœur d’ailleurs ! Tiens, Hiyori a trouvé une autre personne à martyriser !
Ichigo eut un petit sourire et haussa un sourcil interrogateur.
— Un humain… Tu peux le croire ça ?
— Surprenant
— Ouaih ! Au fait, ça te dirait de sortir de ta chambre ?
Les yeux d’Ichigo s’ouvrirent en grand et il nota rapidement.
— Évidemment… c’est mon désir le plus cher !
— Ok ! Bouge pas, je reviens, se moqua Shinji.
— Abruti… comme si je pouvais m’évader !
— Avec toi, je m’attends au pire !
— …
Shinji quitta la pièce en riant doucement et il partit dans les couloirs pour voler un fauteuil roulant. Ichigo avait le cœur qui palpitait très vite tout à coup. Enfin, il allait pouvoir respirer et sortir… presque trois mois en étant enfermé dans sa chambre et pire dans ses plâtres. Lorsqu’il vit le blond revenir un air victorieux sur le visage, Ichigo ne put s’empêcher de sourire. Il le perdit rapidement par un froncement de sourcil quand il vit le vizard le soulever et le poser délicatement sur son fauteuil. Ce dernier lui souffla dans l’oreille…
— Il va falloir t’habituer encore quelque temps à ce que tu aies besoin de quelqu’un d’autre et à lui faire confiance… Que tu le veuilles ou non Ichi.
Ichigo fut troublé en sentant la présence si proche du blond, ce qui ne l’empêcha pas de vouloir lui répondre et se tourna vers son ardoise. Shinji l’attrapa et la posa sur les genoux du roux et il lança joyeusement…
— Go ! Si on reste ici… le coincé qui te sert de toubib va appeler la police !
Shinji poussa le fauteuil au départ avec précaution et tourna la tête dans les deux sens pour s’assurer que la voie était libre. Ensuite il passa son corps en premier et tira le fauteuil et son butin tranquillement pour marcher d’un air dégagé dans les couloirs. Ichigo commençait à être fatigué mais voulait absolument sortir et ne dit rien. Arrivé devant l’ascenseur, il fit entrer le jeune homme illico presto et lorsqu’un autre malade voulut entrer le blond ferma les portes de l’ascenseur en lui tirant la langue.
Ichigo écrivit sur son ardoise
— Arrête de faire le pitre !
— Pas question que je partage mon ascenseur !
— Gamin !
— Moins que toi !
— Ah oui ? Qui fait les grimaces ?
— Ça ne compte pas !
— Ben voyons !
— Arrête de me répondre où je ne te sors pas dehors ! Râla le blond entre ses dents tout en surveillant les alentours en sortant de la cage d’ascenseur.
Il réussit à arriver jusqu’à la porte de l’hôpital quand Ichigo entendit la voix d’Uryuu furieuse
— Hirako-san ! Veuillez immédiat…
Ichigo n’entendit pas le reste, car son fauteuil accéléra brutalement à tel point qu’il ne vit plus le paysage. Il s’accrocha tant qu’il le put aux accoudoirs et ferma les yeux prêt à vomir le repas qu’il n’avait pas encore mangé. Il se promit de faire la peau à Shinji une fois que leur « escapade » s’arrêterait. Finalement, Ichigo ouvrit lentement les yeux car leur fuite semblait avoir pris fin. Il vit que son fauteuil était en suspension dans l’air et il se tourna vers Hirako qui l’observait sans rien dire depuis qu’il avait arrêté de courir.
— Ça va Ichi ?
Ichigo sortit l’ardoise du côté du fauteuil et inscrivit d’une main un peu tremblante.
— Je me suis senti mieux…
— Bientôt, tu redeviendras toi-même, je peux te l’assurer !
— Tu n’en as pas assez de veiller sur moi ?
Seul un petit rire répondit… Hirako montra la vue qui s’étendait sous les pieds du roux. Il put observer toute la ville de Karakura et au loin le canal où il venait souvent se réfugier.
— Shinji… J’aimerais aller au bord du canal là-bas ! Ichigo pointa la direction près d’un pont
— Ok !
Shinji fit planer le fauteuil jusqu’au point indiqué par Ichigo qui observa un moment l’eau qui s’agitait faiblement. Pour finir par respirer à pleins poumons l’air plus frais qu’offrait les berges par rapport à sa chambre d’hôpital en ce mois d’août étouffant. Shinji vint s’asseoir à côté du fauteuil et coupa une herbe qu’il mâchouilla tout en regardant au loin. Il finit par dire à Ichigo.
— Tu n’as vraiment aucune idée de qui t’a fait cela Ichi ?
— Non
Shinji s’était tourné légèrement pour lire la réponse du jeune homme.
— Tu as des souvenirs ?
— Juste un violent coup porté par derrière. Je n’ai pas vu ni senti mes agresseurs !
— Étonnant !
— J’avais bu un peu
— Nan ! C’est pas vrai… tu t’es dévergondé en une dizaine d’années ?
— La ferme !
— C’est marrant comme ta main va plus vite pour me balancer une vacherie !
— C’est étonnant comme tu n’as pas besoin de réfléchir pour sortir les tiennes !
— C’est normal ! Ichi… tu ne savais pas que « qui aime bien châtie bien ! »
— Tu m’adores ?
— On peut dire ça comme ça…
Ichigo le regarda entre ses paupières plissées et rétorqua
— Cesse de raconter n’importe quoi !
Shinji se tourna complètement vers Ichigo et le regarda intensément sans bouger et finalement lui dit lentement…
— Tu te souviens de la dernière nuit que nous avons passée ensemble, il y a dix ans ?
Ichigo fronça les sourcils et son cœur se mit soudain à battre plus fort. Oui, il s’en souvenait maintenant avec précision. Il avait réussi à mettre cet épisode sous verre pendant plus de dix ans et l’alcool qu’il avait bu ce soir-là, y avait été pour beaucoup ! Mais, le fait que Shinji mentionne ce souvenir trop brûlant et brutalement le ramena quelques années en arrière.
« Ichigo avait été plaqué contre le mur assez violemment par Shinji. Ils fêtaient l’anniversaire du roux en compagnie de quelques amis et Shinji avait profité que l’orangé soit sorti pour enfin lui parler à cœur ouvert. Le blond lui avait pris par contre son visage entre ses mains avec beaucoup de douceur, de cela Ichigo en gardait un souvenir très vif et ce dernier lui avait avoué
— Ichigo… Pourquoi refuses-tu toujours de voir mes sentiments pour toi ? Quand vas-tu enfin te décider à ouvrir les yeux, idiot ! Je t’aime et je ferai n’importe quoi pour toi ! Je te protégerai et je t’aimerai jusqu’à ce que tu me cries grâce !
Le roux fut incapable de parler et de lui répondre trop troublé par la déclaration brutale de Shinji auquel il ne s’attendait pas du tout… ou plutôt, qu’il avait toujours fait semblant de ne pas voir de peur de comprendre ce qu’il avait toujours rejeté chez lui… son homosexualité !
Cela avait toujours été plus confortable pour lui de rejeter l’idée et la déclaration du blond, le mettait face au mur qu’il n’avait jamais voulu regarder en face. Pour seule réponse, Ichigo finit par lui envoyer son poing dans la figure et Hirako l’avait regardé blessé. Il avait tourné les talons et finit par dire sans se retourner…
— Tu n’es pas prêt de me revoir Ichigo ! Peut-être qu’au cours de notre prochaine rencontre te rendras-tu compte de tes erreurs !
— Ne compte pas là-dessus ! avait hurlé Ichigo.
Le roux se souvenait des efforts qu’il avait déployé soudainement pour oublier ce passage de sa vie. La peur panique qui s’était emparé de lui à ce moment-là et l’acharnement qu’il avait mis dans son travail et surtout ses nombreuses aventures sans lendemain avec les femmes. Et Shinji se tenait à nouveau devant lui et lui rappelait cruellement ce douloureux passage. Il observa le blond qui avait vu se succéder toutes les expressions d’Ichigo. Ce dernier eut un sourire triste et prit son ardoise où il nota
— Tu veux t’embarrasser avec un infirme ?
— Je me moque comme de ma dernière chemise de comment tu peux être. Même si tu ne peux plus parler, même si tu devais vivre sur un lit le restant de tes jours, je resterai avec toi ! crétin… j’attendrai le jour de ta mort pour que nous commencions une relation ensemble.
Ichigo le scruta et reprit son marqueur.
— Pourquoi ?
Shinji lut la question et se redressa furieux
— Parce que je t’aime sombre crétin ! On a jamais dit que l’amour était uniquement réservé aux moments agréables… Qu’est-ce que tu peux être con parfois ! Nous on commencera à l’envers ! Par les mauvais moments et ensuite… et la voix de Shinji devint légèrement perverse… par les bons qui dureront certainement plus longtemps que les mauvais !
— Je n’ai pas dit que j’acceptais !
Le blond s’était approché du roux et se pencha sur Ichigo pour lui dire très près de ses lèvres.
— Tu m’aimes aussi, sombre crétin ! Mais t’as jamais eu le courage de l’admettre depuis toutes ces années. Sinon, tu ne m’aurais pas permis d’être aussi proche de toi !
Ichigo plongea son œil valide dans les yeux noisettes et il voulut détourner la tête n’appréciant pas ce qui craquait au fond de lui. Shinji attrapa son menton et le força à le regarder.
Ichigo avait maintenant le cœur qui battait à tout rompre et l’ex capitaine attrapa la main du roux pour la poser sur le cœur d’Ichigo qui sentait le cognement furieux de ce dernier pour qu’ensuite, le blond pose la main du roux contre son propre cœur et Ichigo sentit le même battement furieux dans la poitrine de Shinji. Ichigo leva les yeux surpris vers le blond et aurait voulu parler mais aucun son ne sortit.
— Ichi… tu n’as pas compris que je patienterai le temps qu’il faudra pour que tu m’acceptes et que tu t’acceptes enfin ?
Le roux tourna violemment la tête sur le côté trop troublé sa main toujours sur le cœur du blond qui avait pourtant lâché son bras. Hirako s’approcha doucement contre l’oreille d’Ichigo et lui murmura doucement contre son oreille.
— Que faut-il que je fasse tête de mule pour que tu comprennes ? faudra-t-il que je te le dise jusqu’à ce que tu me demandes grâce ? Ichi… je serai toujours là pour toi ! Peu importe le temps qu’il me faudra, je l’ai de toute façon. Abandonne… sois à moi !
Ichigo commença à trembler et une faille s’ouvrit dans son cœur. Il ferma les yeux quelques instants et essaya de reprendre sa respiration. Les mots de Shinji, la présence de Shinji, ses attentions, son affection, ses railleries… tout… tout en lui l’attirait ! Ichigo s’avoua enfin que le blond lui avait manqué, que son intervention face à Uryuu l’avait ravi, que sa présence rassurante et parfois fatigante lui avait remonté le moral plus que n’importe quel médicament.
Lentement, le roux tourna son visage vers Shinji… La main qui reposait toujours contre l’ex capitaine rampa vers le col de chemise de ce dernier suivie par l’autre main et Ichigo attira à lui le blond et l’embrassa.
Pas un baiser passif ou hésitant…
Les lèvres d’Ichigo caressaient celles de Shinji qui ne répondit pas sur l’instant, surpris par le geste du roux. Mais lorsqu’il prit enfin conscience de ce qui se passait, le vizard tira Ichigo plus près et leurs langues se mélangèrent, se cherchèrent fiévreusement comme si les deux hommes cherchaient à étancher une soif qui n’avait que trop duré. Lorsqu’Ichigo relâcha Shinji pour reprendre de l’air, ce dernier murmura
— De toute façon, tu peux sortir de ton corps… Uryuu m’a juste interdit d’utiliser ton badge et les mod soul pour l’instant car t’étais malade… Donc, quand on vivra ensemble, je me ferai un plaisir de te faire avaler une pilule ou utiliser ton badge !
Ichigo le regarda furieux et sortit l’ardoise…
— Tu as tout calculé ?
— Bien sûr ! Ricana le blond. J’ai obtenu ce que je voulais… maintenant, je vais pouvoir prendre soin de toi toute ta vie d’humain et tu pourras t’occuper de moi toute ta vie de vizard !
Le roux leva les yeux et foudroya le blond du regard sur l’instant et finalement un fin sourire étira ses lèvres…
— Tu es prêt à en voir de toutes les couleurs ?
— Je suis prêt depuis très longtemps Ichi !

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)