Shinji accompagna Dohko jusqu’à Ukitake. Le vieil homme n’avait pas voulu lui en dire plus. Il s’était contenté de lui sourire avec une extrême bienveillance, ce qui eut le don d’énerver le Visard. Arrivé devant Ukitake, il se dirigea vers le Sōtaichō et déclara paisiblement :
— Je suis Dohko…
— Ukitake Jūshirō, et je suis…
— Le Sōtaichō… Je le sais…
Dohko rit doucement, observa le ciel un court instant, puis reprit :
— Je suppose que vous savez que je suis envoyé par le Roi afin de fermer la porte qui relie les mondes. Je suppose que Saga, Mu et Milo sont déjà partis contenir les nouvelles invasions. Les sceaux sont posés… n’est-ce pas ?
— Oui… mais nous n’en savons pas plus… Saga, et aucun des capitaines de la division zéro, ne nous a dit quoi que ce soit…
Dohko secoua la tête et soupira.
— C’est bien la manière d’agir de Saga… Enfin, je n’ai nul besoin de son rapport pour savoir ce que j’ai à faire…
Le vieil homme se tourna vers le Sōtaichō et déclara calmement, en le regardant droit dans les yeux :
— Après tout ceci, je dois vous parler, Ukitake Jūshirō. J’ai des ordres qui m’ont été transmis par le Roi. Aucune discussion ne sera admise de votre part… ni de qui que ce soit, d’ailleurs. Je viens en son nom et en tant que messager.
Son attitude ne s’était pas modifiée, mais on sentait derrière sa sérénité une volonté de fer, celle d’agir sous la volonté de celui qu’il servait.
— Je vais m’éloigner. Je vous demanderai, quoi qu’il arrive, de rester ici.
— Nous ne pouvons pas vous aider ?
Dohko observa le Sōtaichō et répondit, sans sourire :
— Vous ne seriez qu’une gêne. Ce qui se déroule maintenant ne concerne plus la Soul Society. Et ne la concernait pas depuis un moment déjà. Je reviendrai vous voir tout à l’heure.
— Mais… et les shinigami qui sont dans la brèche ? demanda Shinji, inquiet.
Le vieux shinigami ne se retourna pas et rétorqua simplement :
— C’est le pouvoir de Saga qui les ramènera…
Sans un mot de plus, Dohko disparut et s’éloigna de la quatrième division. Ses pensées étaient tournées vers Saga. Il espérait que son caractère entier, et sa trop grande passion pour son disciple, ne l’aveugleraient pas davantage qu’il ne l’était déjà. Son père était inquiet et ne le cachait plus… Même s’il faisait confiance à son fils, il redoutait que le sort réservé à Kanon ne s’abatte aussi sur Saga.
Après un dernier soupir résigné, Dohko se plaça à une distance suffisante de la brèche et changea d’apparence pour retrouver sa jeunesse. Le Roi refusait de perdre son plus brillant shinigami, ou plutôt celui qui était devenu son conseiller au bout de tous ces siècles successifs. Dohko était aussi vieux que le Roi lui-même…
Lourde charge que la sienne : être l’intermédiaire entre lui et les autres. Le reiatsu du shinigami brilla autour de lui, se répandit dans l’atmosphère et imprégna les lieux progressivement, avant de se disperser dans toute la Soul Society. Contrairement au reiatsu des autres shinigami, le sien n’était pas agressif, mais empli de bonté et d’amour. Le représentant du Roi ferma les yeux et se concentra afin d’activer tous les sceaux en même temps. Ils se trouvaient répartis un peu partout dans cette dimension.
Ressentant la vibration des sceaux, il poussa son énergie spirituelle à se concentrer sur chacun d’entre eux, afin qu’ils entrent en résonance. Le pouvoir du Roi était immense… et, en en confiant une partie à Dohko, il lui donnait une grande responsabilité. Le reiatsu du shinigami éclata, alors qu’il poussait un cri de souffrance et de détermination…
°°0°0°°
L’atmosphère étouffante et viciée devenait intolérable pour les shinigami les plus faibles. Ils n’attendaient plus qu’une chose : que Saga active son pouvoir. Mais, enragé comme il semblait l’être — tout comme les autres capitaines et fukutaichō —, ils comprirent qu’ils n’étaient pas près de rentrer. Ils songèrent tous à Dohko et souhaitèrent que le vieil homme active les sceaux pour obliger ces fous à se replier.
Ichigo restait près de la brèche et les monstres qui arrivaient devenaient de plus en plus forts et effrayants. Son cœur battait à tout rompre, entre excitation et crainte. Malgré tout, il était suffisamment conscient de la puissance et de la virulence des adversaires qu’ils avaient à affronter à cet instant.
Lentement, il sentait monter la bête en lui, et son cœur trembla en songeant à ce qu’il était devenu dans son ancienne vie. Toutefois, il écarta ses doutes et tout ce qui aurait pu le troubler. Il n’avait pas de questions à se poser. Ses coups s’abattaient les uns après les autres ; sa vitesse de déplacement était redoutable et ses adversaires ne le voyaient qu’une fraction de seconde, lorsque le Visard devait s’arrêter, le temps de porter son attaque.
Le jeune homme ne faisait pas attention à ce qui l’entourait ; de toute façon, ce n’était pas nécessaire. Beaucoup ne reviendraient pas, et même lui se demandait s’il s’en sortirait. Quelle ironie : être de retour chez lui… et ne pas pouvoir profiter de ce moment pour se joindre à ses amis, sa famille et à… Shinji.
Quand il sentit la merveilleuse énergie spirituelle de Dohko parvenir à franchir la cavité infernale, le cœur d’Ichigo s’illumina. « Dohko… » Le regard d’Ichigo balaya les alentours, et il vit le repli des shinigami. D’un bond, il rejoignit le groupe qui se formait. Son regard rencontra, derrière son masque, celui de Saga. Ce qu’il lut dans ses yeux le fit douter : son maître allait-il le laisser ici ? Une dureté et une obstination s’y lisaient, plus que jamais.
Ichigo se rendit compte brutalement qu’il était le dernier, et son cœur se mit à battre plus fort. Le regard de Saga. Encore une fois, ils s’observèrent, et Ichigo vit le pouvoir de son maître commencer à s’activer. Tout se passa en quelques secondes ; durant ce temps qui lui sembla une éternité, Ichigo crut que Saga l’abandonnerait dans la dimension infernale. Mais, à la dernière seconde, une main l’attrapa juste à temps. Le Visard leva la tête et rencontra le regard douloureux de son maître. Ichigo se sentit transporté hors de la dimension, et le portail se referma pour ne plus se rouvrir.
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À peine posèrent-ils le pied sur le sol de la Soul Society qu’Ichigo balança son poing dans la figure du capitaine de la troisième division. La colère enflammait son reiatsu, qui se répandait, étouffant, autour de Saga. Le Visard explosa : toutes ces années à se taire, à subir, à devoir se cacher, à ne pas pouvoir aimer la seule personne qui comptait dans sa vie… Il n’en pouvait plus. Fils du Roi ou pas, il paierait. Il avait vraiment cru qu’il l’abandonnerait !
Saga évita de justesse l’attaque d’Ichigo. Le combat se répercuta bientôt dans les environs, et ni Camus ni Milo ne pouvaient l’arrêter. La colère justifiée du fukutaichō les poussait à rester en dehors de ce règlement de comptes. Les autres shinigami s’étaient redressés et observaient, inquiets, le combat qui se tenait plus loin.
La voix de Dohko les fit sursauter.
— Je vois qu’il a enfin décidé de se rebeller…
— Saga a failli le laisser là-bas ! déclara sombrement Camus.
— Oh… je me doutais bien qu’il y aurait un problème de ce genre. Pourtant, il faut qu’Ichigo-kun retrouve tout son bon sens. Nous avons besoin de lui ici…
— Pardon ?
Milo observa son maître, les yeux arrondis de surprise.
— C’est un ordre du Roi… Ichigo Suō restera à la Soul Society…
— Oh… voilà qui est intéressant. Saga va mal le prendre !
— S’il survit… fit, songeur, Camus en observant le jeune homme.
La rage d’Ichigo repoussait sans cesse Saga, contraint de se défendre, incapable de porter la moindre attaque. Cette fureur, enfin, s’exorcisait. Il voulait faire mal à Saga, comme Saga l’avait blessé au cours de toutes ces années. Il ne pouvait pas lui pardonner.
Peu à peu, la tension monta, ce qui poussa Dohko à intervenir. Il dévia, à la dernière seconde, le coup qui aurait pu toucher le capitaine de la troisième division.
Ichigo, en rencontrant le regard vert du vieux maître, pâlit et retira Zangetsu. Sa colère ne retombait toujours pas. Dohko tenta de l’apaiser.
— Ichigo-kun… tu ne retourneras pas avec nous dans la division zéro…
— Vous mentez !
Les yeux noirs et or brillaient derrière le masque lourd qui recouvrait le visage du Visard.
— C’est un ordre du Roi. Je suis venu pour sceller la porte, mais aussi en tant que messager. Et le Roi veut que tu deviennes le Sōtaichō de la Soul Society…
— Impossible ! hurla Ichigo. Mensonge !
— Non, c’est la stricte vérité. Tu es la seule personne à avoir vécu dans le monde humain, au sein de la Soul Society, et à connaître notre monde…
— Je suis trop jeune…
Ichigo ne croyait plus en rien, ni en personne… Tous l’avaient trompé pendant si longtemps. Sa main serrait tellement fort son katana que ses jointures en devenaient blanches ; du sang coulait le long de la garde. Une énergie noire et rouge suintait de son corps.
Sans laisser le temps à Dohko de réagir, Ichigo sauta à la gorge de Saga une nouvelle fois.
Dohko intervint encore, bientôt rejoint par Camus et Milo. La peur envahit le cœur du Visard : s’il s’arrêtait, ils se retourneraient contre lui, ils lui imposeraient leurs choix, et il devrait subir. Il en était hors de question. Tout était trop beau dans les paroles de Dohko… Rester ici, à la Soul Society, toujours ? C’était son rêve le plus cher.
Voyant le jeune homme de plus en plus incontrôlable, Dohko disparut et rejoignit la quatrième division. Il se planta devant tous les shinigami rassemblés, et son regard fouilla la foule pour s’arrêter sur le capitaine de la cinquième division…
Tous observaient, stupéfaits, ce jeune homme qu’ils ne connaissaient pas. Dohko déclara sombrement :
— Shinji-kun, je te demande de me suivre… Ichigo perd la raison…
Les yeux de Shinji s’agrandirent, et il s’avança sans poser de questions. Grimmjow hurla :
— Tu ne sais pas qui il est…
— Je suis Dohko… sous ma véritable apparence… Viens, Shinji-kun. Je t’emmène à lui et je vais te protéger pour que tu puisses supporter son reiatsu…
Un simple regard échangé scella leur accord tacite. Dohko attrapa le Visard et se déplaça rapidement jusqu’à la scène de combat : les trois capitaines faisaient face à Ichigo, qui portait désormais un masque à cornes, avec un trou de Hollow en plein milieu de la poitrine. Il avait perdu la raison ; seul son instinct survivait.
— Il faut que tu lui parles… Toi seul… Il n’écoutera que toi…
— Hai…
Shinji porta sa main à son visage ; son masque de Hollow se forma. Il s’avança, Dohko sur les talons. Ce dernier faisait en sorte que l’énergie dégagée par Ichigo ne l’atteigne pas.
Mais Shinji savait que, quoi qu’il arrive, son amant ne lui ferait aucun mal. Quelle que soit son apparence. Son cœur débordait d’amour, et son corps tremblait à l’idée de le perdre à nouveau.
— Ichigo…
La voix de Shinji n’était qu’un chuchotement à peine perceptible. Le Visard sortit son katana et, avant même de comprendre ce qu’il faisait, para le coup qu’Ichigo allait porter à Camus. Il ne savait pas d’où lui venait ce regain de puissance, ni cette assurance qui le submergeait. Il vit que le Hollow avait porté son attention sur l’intervention de ce quatrième combattant.
Shinji en profita pour l’interpeler.
— Ichigo… écoute-moi…
Le Visard reçut un coup violent au crâne, et son masque vola en éclats. Shinji crut qu’il allait mourir sous ce choc. Cela lui apprendrait à être trop confiant.
Il entendit un hurlement déchirant. Shinji ferma les yeux un bref instant, se demandant qui pouvait hurler de cette manière.
Ichigo vit, au fond de lui et de sa peine, Shinji devant lui et, sans s’en rendre compte, porta un coup au blond, qui vola à travers le champ de bataille. Les yeux d’Ichigo enregistrèrent l’éclat du masque de son amant.
Un déchirement traversa le Visard roux. Cette image se superposa à une autre. Son cœur s’arrêta et son masque se brisa. Un autre hurlement traversa l’atmosphère. Les yeux noirs et or d’Ichigo baignaient dans des larmes qu’il ne pouvait contenir.
Shinji mourait… il se mourait… Non, il ne pouvait pas… Pas encore. Son cauchemar recommençait.
Son corps se régénérait rapidement, et ses pas le menèrent vers le corps allongé de Shinji. Les yeux clos de son amant le firent mourir une nouvelle fois lui-même. Il bondit, attrapa le corps inanimé et le serra contre lui.
— Shinji ! hurla Ichigo.
Un désespoir sans nom agitait le roux, qui ne vit pas les mains du blond se poser sur son visage.
— Ichigo…
Mais les sanglots déchirants qui secouaient son amant l’empêchaient d’entendre quoi que ce soit. Le cœur de Shinji se serra, et il imagina soudain la détresse et le chagrin d’Ichigo le jour de sa mort. S’il n’avait pas vu ce qui s’était produit ce jour-là, il en avait un aperçu à l’instant même.
Shinji repoussa sa propre détresse, et la tendresse se réveilla. Il répéta :
— Je suis vivant, Ichigo… Je suis vivant… Je resterai auprès de toi…
— Tu mens !
— Je t’aime, Ichigo… Est-ce que je t’ai menti sur ce point ?
Ichigo cessa de pleurer et se rendit compte qu’il était à genoux, que Shinji l’entourait de ses bras, qu’il lui parlait… Qu’il était vivant.
Ichigo poussa une exclamation étouffée et serra Shinji contre lui, jusqu’à l’étouffer.
Dohko se tourna vers la division zéro et leur demanda, d’un geste, de le suivre.
— Mais… protesta Saga.
— Nous avons autre chose à faire, pour l’instant…
Le regard que lui lança Dohko fit taire définitivement le shinigami, et le groupe quitta les lieux, laissant les deux amants dans les bras l’un de l’autre.
Shinji sentit contre lui le corps d’Ichigo, qui s’était mis à trembler fortement. Sa voix lui parvint, étouffée :
— Si tu étais mort une nouvelle fois sans moi… je ne l’aurais pas supporté. Je n’aurais pas fait semblant de vivre toutes ces années.
— Je ne te l’aurais pas demandé, Ichi…
Shinji repoussa le visage du roux et se noya dans l’océan noir et or de ses yeux.
— Ichigo…
Sans lui laisser le temps de poursuivre, Ichigo se jeta sur Shinji et l’écrasa de tout son poids. Il embrassa le Visard blond avec toute la passion qu’il avait en lui. Il chercha fébrilement sa langue, plongea ses doigts dans la masse de cheveux blonds, son corps se pressant contre celui de Shinji.
Le capitaine de la cinquième division enroula ses bras autour des épaules d’Ichigo et empoigna ses cheveux. Il répondait avec la même fougue, comme pour prouver à son amant qu’il était là. Ses jambes entourant Ichigo, il ne voulait pas le laisser partir ; il ne voulait pas que cette étreinte cesse.
Ils s’embrassaient encore et encore, à en perdre haleine, cherchant seulement à se prouver qu’ils étaient là, ensemble, et que rien ne pouvait leur arriver.
Lorsque, de longues minutes plus tard, ils s’observèrent, le souffle court, le regard brillant, apaisés des doutes qui les oppressaient jusqu’alors, ils se laissèrent aller l’un contre l’autre.
Au bout d’un moment, Shinji fit basculer le corps d’Ichigo à côté de lui et repoussa les longs cheveux qui l’empêchaient de voir son visage. Des traces de salissure assombrissaient la peau d’Ichigo, mais, pour le capitaine qui observait son amant avec tendresse, il restait le plus beau des hommes.
— Maintenant… nous resterons toujours ensemble…
— Ce que disait Dohko tout à l’heure… était vrai ?
— Oui… il nous en a parlé vaguement tout à l’heure, et il doit certainement en parler au Sōtaichō actuellement. Maintenant, tu vas rester parmi nous… que tu le veuilles ou non, il va falloir que tu me supportes.
Shinji souriait faiblement, et Ichigo lui rendit son sourire.
— J’ai beaucoup changé, Shinji… souffla Ichigo, un peu terrifié à présent.
— C’est pour me dissuader ? Abandonne…
Le regard d’Ichigo s’adoucit. Il attira Shinji à lui et enfouit son visage dans sa nuque.
— Je suis enfin rentré… Shinji… enfin, avec toi…
— Hai…
Le silence les enveloppa dans cette plaine au milieu de nulle part. Une boule se forma dans la gorge des deux adolescents. Ils avaient toute la vie pour se réapprivoiser.
°°0°0°°
Byakuya était soulagé de revoir Ichigo au sein de la Soul Society. En revanche, il plaignait Shinji, qui ne pouvait pas encore voir son amant. Entre Dohko et Milo, restés près d’Ichigo, et Ukitake, qui formait le jeune homme pour qu’il puisse endosser son nouveau rôle, la vie de Shinji semblait se limiter à sa division. Pourtant, il ne montrait aucun signe d’impatience.
Ses pas le menèrent à la cinquième division, inconsciemment. Il trouva son ami sur le terrain d’entraînement, avec ses hommes. Un sourire flottait sur les lèvres du blond, à la surprise de Byakuya, qui rejoignit le Visard.
— Tu sembles heureux, Shinji… pourtant, tu ne peux pas le voir comme tu le souhaiterais.
— Oh… salut, Bya ! Pour Ichi ?
Shinji haussa les épaules et déclara, détendu :
— Tu sais, toutes ces années où nous avons appris à vivre séparés durant des mois, voire des années entières… quelques jours ne représentent rien…
Puis, tournant la tête vers Byakuya, son expression se modifia ; il devint sérieux.
— Nous avons traversé tant d’épreuves. Pour moi, peu importe : j’ai la certitude qu’Ichigo m’aime et qu’il m’aimera toujours, quelle que soit la distance, le temps, le lieu… C’est ce qui fait la force de notre amour…
— Tu as l’air… si certain ! Quoiqu’il n’ait jamais cessé de t’aimer… fit Byakuya, songeur.
— Quelque chose te tracasse ?
L’expression du noble se troubla un peu, comme si quelque chose le chiffonnait.
— Non… rien…
— Tu es sûr ? Quelque chose à voir avec Grimmjow ?
Byakuya hésita et finit par ravaler ses paroles. Il garderait pour lui son malaise.
Il resta encore un petit moment à discuter avec le capitaine de la cinquième division, puis Grimmjow les rejoignit.
— Oï, Grimmjow, t’as l’air occupé en ce moment ?
— Ma division a été la plus saccagée ! maugréa Grimmjow.
— Quelque part, tu as récolté ce que tu as semé, Grim.
— Bien sûr… c’est de ma faute s’ils venaient me chercher ?
— C’est sûr qu’ils n’ont pas été bien loin pour trouver celui qui répondrait à toutes les provocations ! marmonna Shinji.
— Quoi ? J’allais quand même pas me faire marcher sur les pieds ! Putain ! J’me suis dépensé pour en dégommer le maximum… On va pas me le reprocher, quand même ? Si ?
Byakuya ferma les yeux et déclara, impassible :
— Je retourne à ma division. J’ai aussi du travail.
— Attends, Bya, j’ai fait une pause pour te voir…
— Vraiment ?
— Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
— Je ne dis rien…
Le noble arpentait les rues du Gotei, qui commençaient à être déblayées et à ressembler de plus en plus aux anciennes rues, impeccables et blanches. Grimmjow se grattait la tête et soupira, avant de roter.
Byakuya lui lança un regard de biais, et le capitaine de la onzième division demanda, sans se soucier du regard de son amant :
— Tu crois que je pourrais voir Ichi ?
— Je crois que Shinji aura les honneurs en ce qui concerne les premières visites autorisées.
— Ouais… ça fait un bail qu’ils sont ensemble, quand même. C’est incroyable comme leur relation a pu tenir malgré le temps.
— C’est sûr que je me demande…
— Quoi ?
— Non… rien…
Avant que Byakuya puisse deviner la réaction de Grimmjow, il sentit une main se plaquer contre ses fesses. Il s’arrêta net, se tourna, contrarié, vers Grimmjow.
— Je t’ai demandé de cesser ça en public…
— Mais tu aimes…
— En privé !
— Tss… t’es compliqué…
Byakuya baissa la tête, puis la releva pour regarder bien en face celui qui fut un Espada, des années plus tôt.
— Grimmjow…
Ce dernier fut troublé par la proximité de son amant et par le sérieux de son regard. Tous ses sens se mirent en alerte.
— Notre relation… enfin, si nous devions…
— T’inquiète !
Grimmjow attrapa les épaules du brun et déclara avec un sourire carnassier :
— J’t’aime et j’t’aimerai toujours…
Byakuya se demanda s’il était normal, tout à coup, et reprit son chemin. C’était sûr : quelque chose devait clocher.
Il aimait Grimmjow ; il n’en doutait pas une seconde. Mais lui ? À sa façon, oui… Il ne le quittait pas du regard dès qu’il entrait quelque part, restait constamment à ses côtés, et lui avait sauvé la vie un nombre incalculable de fois… Pourtant, il avait l’impression de manquer de quelque chose, mais quoi ?
°°0°0°°
Tous les capitaines de division entrèrent dans la salle de la première division, reconstruite à la hâte. L’immense reiatsu que la division zéro avait emporté avec elle, et surtout la présence de Dohko, permirent aux ouvriers de disposer de l’énergie spirituelle nécessaire pour créer les matériaux dont ils avaient besoin. Le reste se reconstruirait au fur et à mesure.
Shinji était entouré de Grimmjow et Byakuya. Contre toute attente, Ichigo n’avait pas été abordable dans les semaines qui suivirent son retour à la Soul Society.
Un frisson le parcourut : aujourd’hui, il allait enfin pouvoir le revoir.
Byakuya s’installa en face de lui, tandis que Grimmjow regagna le fond de la salle.
Ukitake entra par la porte du capitaine de la première division et se plaça au bout de la file, en tant que capitaine de la treizième division. Kensei entra en retard et gagna sa place en tant que nouveau capitaine de la septième division.
Au même moment, le bruit d’une démarche rapide se fit entendre, puis ralentit. Ichigo apparut enfin par la porte de la première division, rougissant.
— Hum…
Il se racla la gorge et regagna sa place en tant que Sōtaichō de la Soul Society. Il paraissait très jeune par rapport à l’assemblée.
Son regard parcourut les rangs. Il croisa celui de Yoruichi, Uzuru, Retsu, Shinji — qui lui fit un clin d’œil, et auquel il s’abstint de répondre à temps —, Byakuya, Kensei, Shunsui, Hisagi, Isshin, dont le sourire chaleureux lui alla droit au cœur, Grimmjow, Kisuke, et enfin Ukitake, qui ne semblait pas mécontent de se retrouver parmi les simples capitaines.
Ichigo débuta son discours :
— Je vous remercie de m’accueillir parmi vous… Je me sens très jeune et inexpérimenté, mais je compte sur votre bienveillance et votre patience pour me permettre de m’intégrer à ce nouveau poste. Je voulais vous dire également qu’il a été convenu que je reprenne mon nom de Kurosaki Ichigo… Tout comme Shinji, Grimmjow et Byakuya ont retrouvé leurs noms. Maintenant que les membres de la division zéro sont partis, nous pourrons à nouveau vivre ensemble ; je l’espère, des jours paisibles.
Après un silence, Ichigo reprit :
— C’est pourquoi je demande aux divisions de partir dans le monde humain et de faire le travail qu’elles ont abandonné, suite aux problèmes des Soul Evils qu’il y avait ici. La balance est déséquilibrée : il est de notre devoir de renverser la tendance et de rééquilibrer les mondes. Les nécromanciens ont été réquisitionnés pour aider à la reconstruction, et l’Académie ouvrira bientôt ses portes, même si, pour l’instant, le confort n’est pas encore très présent. Je vous demande de faire de votre mieux…
Un nouveau silence s’installa, et c’est d’une voix étouffée qu’Ichigo continua :
— Je voudrais organiser une veillée commune pour l’ensemble des shinigami qui ont laissé leur vie dans cette bataille. C’étaient nos amis, notre famille… Et lorsque tout sera reconstruit, je voudrais que nous organisions une fête. Je suis sûr qu’ici, quelques bonnes âmes ont certaines habitudes de la chose et pourront régler les problèmes d’intendance.
Son regard glissa de Kensei à Shunsui, puis vers Isshin et Kisuke.
— Je ne vous retiendrai pas plus longtemps et vous laisse vous acquitter de vos tâches. Faites de votre mieux…
Le cœur battant, Ichigo quitta la pièce. Ses mains tremblaient, et il s’appuya un instant contre le mur de son bureau personnel.
La voix de Shinji le fit sursauter :
— Tu t’en es très bien tiré, Ichi…
Ichigo bondit et sauta au cou de son amant, très heureux de le voir.
— Eh bien… tu es beaucoup plus démonstratif qu’autrefois…
La voix caressante du capitaine de la cinquième division fit frissonner Ichigo.
Se redressant, le Sōtaichō embrassa Shinji, qui lui avait terriblement manqué.
— C’est de l’abus de pouvoir… marmonna Shinji.
— Comme si ça te dérangeait…
— C’est sûr que, de ce point de vue-là… tu peux abuser de moi autant que tu veux.
— J’en ai bien l’intention…
— À condition que ce soit toi l’uke !
— Tss… cesse de jacasser !
Ichigo sourit et regagna son bureau, suivi de près par son nouveau fukutaichō, qui s’était mis à râler :
— Tu te rends compte… je suis OBLIGÉ de quitter ma division pour toi, de devoir obéir à tes ordres et…
Ichigo se retourna et embrassa avidement son fukutaichō, qui murmura contre ses lèvres :
— Et subir mes attaques surprises… comme je te comprends, Shinji…
— Alors tu vois…
Puis, avec un petit soupir, Ichigo s’assit derrière son bureau et observa, inquiet, les piles de papiers autour de lui.
— Et dire que j’ai eu une formation accélérée…
— Je vais t’aider… Tu n’es plus seul, Ichi.
Après un bref coup d’œil complice, plein de tendresse, Shinji se fit un devoir de dresser un portrait très noir des fonctions qui attendaient Ichigo.
Le regard du roux devint vite exaspéré et, en fin d’après-midi, Ichigo ligota Shinji avec un sort de kidō.
— Comment tu sais faire ça ? hurla le blond.
— C’est Saga qui m’a appris…
— L’enfoiré… Quand tu disais que t’avais changé, je pensais que t’étais devenu une chose toute gentille et toute douce… mais t’es un dragon ! Rends-moi mon haori de capitaine de la cinquième division.
— Pas question ! C’est pour le meilleur et pour le pire.
Ichigo s’assit sur le dos de Shinji et lui jeta un regard moqueur.
— Nous ne sommes plus mariés ! cracha le blond.
— Ce n’est qu’une question de temps…
— Comment ça ? demanda le blond.
— Shinji…
Ichigo glissa sur le sol et s’allongea à côté du blond, le regard planté dans le sien.
— Je n’ai pas encore les bagues… en fait, je n’ai rien à t’offrir, comme toi… il y a si longtemps… Mais… veux-tu m’épouser ?
Shinji fronça les sourcils et prit une moue boudeuse.
— C’est sûr que, côté mise en scène, on fait mieux… Allongés par terre tous les deux, dans les courants d’air, ligoté par un sort de kidō sans incantation, et…
— Oui ou non ? demanda Ichigo, anxieux.
— Je veux des alliances, et tu les fais graver !
— Hai…
— Je veux une fête avec plein d’amis…
— Hai…
— Je veux… que ce jour-là, tu ne sois qu’à moi…
— Hai…
La détermination d’Ichigo ne faiblissait pas, et Shinji finit par murmurer :
— Je veux que notre promesse soit encore pour cette vie-ci, et l’autre d’après…
— Hai…
Ils s’adressèrent un sourire, et la voix tonitruante de Grimmjow cassa l’atmosphère chaleureuse qui s’était installée entre eux.
— Ichi… y’a d… Qu’est-ce que vous foutez par terre ?
— Merde ! Y’a que toi pour casser une ambiance romantique… maugréa le blond.
— Romantique ? fit la voix de Byakuya, interrogative.
Ichigo se redressa et annula son sort. Shinji se redressa à son tour et foudroya ses amis du regard.
— Ouais ! Vous avez le chic pour plomber l’atmosphère… Ichi et moi vivions le moment le plus important de notre existence.
— Allongés par terre ?
— La ferme !
— Romantique ? répéta Byakuya, songeur.
— Qu’est-ce qui t’arrive, Bya ? demanda Shinji, soupçonneux.
Le noble se tourna vers Grimmjow et lui lança un regard froid. Grimmjow se redressa et demanda, inquiet :
— Qu’est-ce qui ne va pas ?
— Rien…
— Si, y’a quelque chose…
— Non…
— Je crois qu’il a buté sur le mot « romantique », Grimmjow, énonça Ichigo, moqueur.
— Mais je suis romantique ! Et puis, je ne vois pas en quoi être allongé par terre a de romantique, protesta le capitaine de la onzième division.
Shinji se planta devant Grimmjow et lui tira la langue.
— Moi, Ichi, il m’a lancé un sort d’immobilisation et m’a plaqué au sol pour me faire sa demande en mariage… et toi ?
Grimmjow répliqua :
— Je ne vois pas ce qu’il y a de romantique dans…
Byakuya quitta la pièce, drapé dans sa dignité. Grimmjow courut derrière lui.
— Enfin, Bya… reconnais-le ! C’est pas romantique de…
— Toi, tu ne penses même pas à nous !
Shinji ricana.
— Comme ça, on aura la paix ! Bon, on en était où ?
— Ton cahier de doléances…
— Ah oui…
Et Shinji passa en revue tout ce qu’Ichigo devait faire pour lui durant les siècles à venir. Imperturbable, Ichigo continua son travail, avec parfois un léger sourire.
À la fin, il demanda :
— J’accepte ! C’est oui ?
— Bien sûr ! Même si tu disais non à tout… Mais c’est trop tard ! reprit le Visard blond vivement. Maintenant que t’as dit oui…
Ichigo soupira… Il n’était pas près de s’ennuyer au cours des prochains siècles…
— TERMINEE —
J’espère que cette trilogie vous aura plu autant que j’ai pris plaisir à l’écrire. 🙂

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)