Jeu, set et match…

Ichigo traversa le campus d’un pas assuré : il avait l’impression de vivre la plus belle période de sa vie. Pourquoi pas, après tout… Il n’était qu’en première année de fac de droit et avait rejoint l’équipe de foot américain comme titulaire dès les premiers matchs !

L’été arrivait ; il avait reçu de nombreuses invitations pour partir en vacances avec des groupes d’étudiants ; et ses résultats scolaires étaient bons… pas aussi bons qu’il l’aurait souhaité, mais… il ne pouvait pas faire la fête tout le temps et être au top dans ses études. De plus, dans une semaine, c’était son anniversaire… Il allait avoir dix-neuf ans ! Il avait prévu d’organiser une petite fête… encore.

Le roux passa devant les terrains de tennis : c’était bien plus court pour rejoindre le terrain de foot. Il entendit le bruit sec d’une balle frappée à pleine vitesse sur le sol dur des courts goudronnés. Par curiosité, il tourna la tête et vit un étudiant qu’il connaissait de vue et de réputation : la coqueluche de la plupart des filles du campus, Kensei Megamura. Son adversaire, en revanche, semblait insignifiant face à lui. Il avait l’air plutôt frêle, surtout en comparaison de Megamura.

Cheveux blonds coupés au carré, taille moyenne et silhouette fine ; yeux étroits, plissés, dont il était impossible de distinguer la couleur à cette distance ; lèvres dessinant un rictus contrarié… À voir l’agitation autour du court, il était évident qu’il ne s’agissait pas d’un match amical. Ichigo fronça les sourcils et s’approcha pour mieux comprendre ce qui se passait. Certains spectateurs lui laissèrent une place : en quelques matchs, Ichigo était devenu connu en tant que runningback de l’équipe et un certain respect l’entourait, surtout au vu de ses performances.

— Alors Hirako ? Tu abandonnes ? Espèce de raclure… J’vais te faire payer ton obstination… C’est moi qui représenterai la fac !

— Tss ! Un crétin dans ton genre, qui n’a que des biceps à la place du cerveau, serait capable de faire une présentation en génie mécanique lors d’un concours ? C’est la meilleure !

— Ta gueule ! Tu m’as ridiculisé…

— Tu remarqueras, ironisa le blond, que je n’ai pas eu besoin de beaucoup forcer pour que tu te retrouves dans cette situa…

— Boucle-la ! Maintenant, t’es sur mon « terrain » ! Tu as accepté ce duel qui nous dira qui ira à Tokyo représenter notre école !

— Alors arrête de parler pour ne rien dire !

Le ton était froid, sec. Ichigo observa avec intérêt l’échange de balles et constata que le blond, même s’il n’était pas aussi « musclé » que l’albinos, s’en sortait très bien, loin d’être ridicule. À son étonnement, la plupart des spectateurs et spectatrices semblaient soutenir Megamura. Pourtant, il lui semblait que le dénommé « Hirako » se déplaçait avec une aisance et une agilité peu communes, sans doute dues à sa physionomie… Ichigo sursauta : Grimmjow venait de lui asséner une grande claque dans le dos.

— Qu’est-ce que tu fous, Ichi… Tu vas être en retard !

Le regard du bleuté se posa sur la rencontre entre le blond et l’albinos ; il marmonna :

— À mon avis… deux imbéciles ! Megamura veut aller à Tokyo pour se faire des « filles », et Hirako pour y faire la fête. Enfin, Hirako a quand même plus de chances de s’en sortir dans ce genre de rencontre « sportive » que l’autre crétin de Megamura.

— Sportive ?

— Façon de parler ! Allez ! On s’en fout… Viens, Ichi, sinon Kenpachi va nous tomber dessus.

Ichigo se détourna et, ce faisant, croisa les yeux noisette du blond. Leur regard s’accrocha quelques secondes ; Ichigo y lut de l’ironie… et de l’intérêt ? Il n’eut pas le temps d’analyser : Grimmjow le tira fermement derrière lui et les deux jeunes hommes partirent vers leur terrain d’entraînement. Ils se firent d’ailleurs littéralement incendier par Kenpachi, qui devenait fou de ne pas les voir arriver.

— Où a-t-on vu, bande de gamins, qu’un runningback et un quarterback arrivent en retard ? Vous me ferez cent pompes !

— Mais… voulut protester Ichigo.

Mal lui en prit : Kenpachi lui ajouta trente tours de terrain supplémentaires. Grimmjow râla entre ses dents et ils partirent se changer pour enfiler leurs tenues de sport.

À peine de retour, Kenpachi leur en fit baver plus que la moyenne, et ils en devinrent bleus sous l’effort surhumain qu’il leur demandait d’accomplir. À la fin de l’entraînement, tous partirent sous la douche ; seul Ichigo entreprit de faire ses trente tours de terrain, sous le soleil couchant de fin d’après-midi. Il maudit le fait de s’être arrêté pour regarder ce stupide match de tennis dont, finalement, il n’en avait rien à faire.

Ichigo sentait ses jambes devenir très lourdes au fil de ses enjambées. Il finit par s’arrêter, épuisé, ne voyant pratiquement plus rien du terrain, de toute façon. Il était définitivement seul dans le stade. Il se dit qu’il pouvait aller prendre sa douche et rentrer chez lui. Il traversa rapidement le stade et se retrouva sous l’eau chaude, qui dénoua ses muscles endoloris. Il s’habilla vite, ferma son casier à clé, puis sortit et verrouilla également le local de sport avant de prendre la direction de la résidence universitaire.

Il repassa près des courts de tennis ; ils étaient abandonnés depuis longtemps. L’orangé se demanda lequel de ses deux sempaïs avait remporté la victoire. Il ne savait pas pourquoi, mais il espérait que ce soit le blond. Après tout, d’après ce qu’il avait entendu, Megamura était plutôt du genre à obtenir tout ce qu’il voulait… Pour une fois, il pouvait laisser sa place à un autre.

Ichigo entendit un bruit derrière lui. Surpris, il se retourna, mais ne remarqua rien de spécial. Avait-il rêvé ? Il reprit son chemin et accéléra le pas. Le coin était mal éclairé et, soudain, il se sentit mal à l’aise. Il entendit de nouveaux pas ; il fronça les sourcils et se tourna, pour croiser le visage moqueur d’une petite bande connue dans la fac. Arleri, Schiffer, Luppi et Noitora.

— Oh, c’est vous… fit Ichigo d’une voix mal assurée. J’ai cru qu’il s’agissait de voyous…

Un petit rire s’éleva ; l’orangé ne put s’empêcher de reculer tandis que Noitora s’avançait vers lui.

— Alors, Kurosaki ? Tu as pris la place de Schiffer en tant que runningback de l’équipe de foot ? Une petite merde dans ton genre ?

— Je ne vois pas de quoi vous voulez parler !

— Te fous pas de nous… Tu as couché, tu as payé pour avoir sa place… n’est-ce pas ? Ce n’est pas avec ton talent « médiocre » que tu as pu te permettre de récupérer sa place au sein de l’équipe !

Ichigo reculait maintenant devant l’air menaçant du groupe.

— Arrêtez votre cinéma… Ce n’est pas moi qui choisis : c’est le coach !

— Ta gueule, le rouquin ! Avoir une couleur de cheveux comme la tienne, c’est déjà pas permis ; alors, en plus, prendre la place de notre chef !

Ichigo ne demanda pas son reste et détala. Il avait tant entendu parler du grand brun dégingandé que le laisser approcher, c’était comme se suicider. Il entendait derrière lui la course qui s’était engagée et réussit à échapper adroitement à ses poursuivants. Ses accélérations étaient efficaces ; pourtant, ses jambes ne lui permirent pas d’aller bien loin.

L’entraînement intensif de Kenpachi commençait à faire effet ; il fut vite rejoint et retourné brutalement. Il n’eut pas l’occasion de discuter : il reçut un coup de poing en pleine face qui l’assomma presque aussitôt. Noitora méritait bien sa réputation de marteau-piqueur. Sa frappe était violente, puissante, rapide. Ichigo ne ressentit pratiquement pas les autres coups qu’il reçut, encore sous le choc du premier. Ses yeux se fermaient ; il entendait des ricanements qui lui firent penser à des hyènes… Il entrevit vaguement des cheveux blonds, puis s’évanouit.

°°0o0°°

Ichigo se réveilla sous l’effet d’une douleur intense. Surpris, il voulut porter la main à son visage, mais il ne put bouger ; seul un gémissement de douleur et de surprise lui échappa.

— Oï, Kurosaki ! Ne touche à rien, je viens juste de finir tes bandages…

Le roux leva lentement les yeux et rencontra un regard noisette, moqueur, quoique inquiet.

— Où suis-je ? Que m’est-il arrivé ? souffla Ichigo, qui avait l’impression qu’on lui arrachait les poumons en parlant.

— Dans ma chambre ! Tu t’es fait tabasser par le gang de Schiffer. Encore une ordure… J’comprends pas qu’il ne se soit pas fait virer ! Enfin, être le fils du directeur de l’université, ça sert, ironisa le blond.

Ichigo voulut se soulever, mais le blond, posté devant lui, se pencha et le rallongea d’autorité.

— Tu resteras ici cette nuit ! J’en ai bavé pour te ramener… Je ne sais pas où tu crèches ! Alors profite et repose-toi. Demain, t’auras le temps de te traîner jusqu’à ta chambre…

— Demain… j’ai un match… Ichigo devint livide.

— Impossible ! Pas avec les blessures que tu as. Allez, dors…

— Comment me connais-tu ? demanda Ichigo d’une voix déjà endormie.

Shinji s’était tourné pour reprendre ses révisions ; il murmura pour lui-même :

— Comment ne pas connaître le mec le plus courtisé — et un des plus sexy — de toute cette putain de fac ?

Ichigo ne l’entendit pas : il retomba dans l’inconscience, et Shinji put l’observer à loisir depuis sa chaise. Il ouvrit un tiroir de son bureau, posa son pied dessus. Son regard détailla le visage tuméfié du roux ; il soupira d’exaspération.

Shinji avait repéré Ichigo dès son arrivée à la fac. L’orangé ne s’en souvenait plus, mais il lui avait demandé son chemin en arrivant. Son charme, sa politesse, et cette espèce de gentillesse qui émanait de lui l’avaient attiré. Inconsciemment, Shinji avait toujours cherché à le croiser et, finalement, avait découvert qu’il était en section droit.

Quand il apprit qu’il avait intégré l’équipe de foot, il assista à tous ses matchs et admira sa vitesse et son sang-froid. Il le croisa aussi à plusieurs fêtes : le roux y était toujours très entouré, de filles comme de garçons, à tel point que Shinji ne savait pas de quel bord il était.

Shinji avait toujours espéré que ce soit du sien… mais il ne rêvait pas. Ichigo ne l’avait jamais remarqué ; jamais il n’avait réussi à capter son regard… sauf aujourd’hui. Son cœur avait palpité en le voyant s’approcher de la grille du court où il se disputait avec Kensei.

Et encore plus lorsqu’il comprit que les yeux ambrés ne regardaient que lui. Sa joie avait culminé quand leurs yeux s’étaient, pour une fois, réellement croisés : Shinji y avait lu du trouble et un certain étonnement. Il aurait tué Jaggerjack quand il était venu interrompre cet échange silencieux ; et plus encore quand il avait posé la main sur son bras.

Oui : Shinji s’avoua qu’il était tombé amoureux de ce crétin de runningback, et kouhaï par la même occasion.

Le blond se leva et observa de plus près le jeune homme, désormais profondément endormi. Il s’agenouilla à sa hauteur ; son souffle caressa le visage du roux. Il était encore plus beau de près. Shinji se mordilla la lèvre et ne put s’empêcher de se pencher, de frôler les lèvres d’Ichigo des siennes. Il en éprouva la douceur, la chaleur ; il en voulait davantage. C’était bien mieux que tout ce qu’il avait pu fantasmer.

Shinji leva une main tremblante vers le visage du roux ; ses doigts se glissèrent sous sa nuque, son pouce caressa avec tendresse sa peau encore jeune. Incapable de se retenir, il approcha à nouveau ses lèvres et effleura du bout de la langue l’ourlet délicat de la bouche d’Ichigo. Les lèvres du roux s’entrouvrirent par réflexe ; Shinji en profita pour glisser sa langue, hésitante, dans l’ouverture à peine marquée.

À sa surprise, le dormeur répondit à son baiser, et bientôt, de timides caresses devinrent plus enflammées. La bouche souple, la langue d’Ichigo répondaient. Pourtant, Shinji rompit le baiser et recula… Son cœur battait la chamade. Il scruta le visage du roux qui, dans son sommeil, fronçait les sourcils, contrarié.

— Ichigo… murmura Shinji. Dommage que, pour toi et moi, ceci ne reste qu’un rêve.

Shinji se leva et quitta la pièce lentement, sans bruit. Ichigo, quant à lui, ouvrit les yeux, profondément troublé…

°°0o0°°

Le lendemain, Ichigo se réveilla tôt et se demanda où il pouvait bien être. Il était évident que ce n’était pas sa chambre. Il voulut se redresser et sentit une douleur violente aux côtes. Il porta la main à ces dernières ; il constata que sa main droite était bandée. Il fronça les sourcils : que s’était-il passé ? Il se rappela brutalement son altercation avec la bande de Schiffer… et aussi… Hirako.

Il se redressa et observa la pièce plongée dans l’obscurité. Le blond dormait assis à son bureau : le buste posé dessus, la tête repliée sur son avant-bras. Le roux se leva lentement, en prenant soin de ne pas réveiller trop de douleur. Une fois debout, il s’étira et vit qu’il portait son T-shirt et son boxer. Le reste de ses affaires était plié soigneusement sur la chaise, en face du lit.

Il s’habilla à l’aide des rayons lunaires et de l’aube naissante. Il était raide, mais ses blessures ne lui faisaient presque plus mal.

Il se tourna vers la forme endormie et se pencha pour la soulever. Il grimaça sous l’effort… Non pas que le blond fût lourd ; au contraire. Mais l’une de ses blessures se remit à le lancer. Ichigo posa Hirako sur le lit et rabattit les couvertures sur lui. Il sourit en voyant son sempaï s’y enfouir. Il resta une ou deux minutes à le regarder, se souvenant du baiser de la veille ; il posa un doigt pensif sur ses lèvres. Puis il quitta la pièce, songeur.

°°0o0°°

Ichigo rejoignit les vestiaires et se dirigea vers son casier. Grimmjow l’attendait ; il scruta le visage encore tuméfié du roux.

— Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

— Rien ! répondit Ichigo, évasif.

— Sacré coup pour quelque chose qui ne s’est pas produit.

— Oublie-moi.

— Facile à dire : on a un match… Tu pourras jouer ?

— Autant que toi, la semaine dernière…

Grimmjow sourit en se souvenant de ses blessures, survenues lors de sa dernière bagarre dans un bar. Il avait quand même joué.

— T’as raison. C’était pour une fille, au moins ?

— Même pas.

— Oh… un mec ?

— Connard ! À cause de ma tronche ! Ou plutôt de ma couleur de cheveux.

— Moi, j’l’aime bien, ta couleur…

Et Grimmjow ébouriffa affectueusement les cheveux oranges devant lui.

Ils rejoignirent le coach qui, déjà, s’en prenait aux « fillettes » d’en face et parlait de domination de terrain. Ichigo regarda ces « fillettes » : elles étaient sacrément baraquées, plus que la normale, en tout cas. Il déglutit et se demanda s’il arriverait à passer entre leurs armoires.

Ichigo quitta son banc et se dirigea vers le centre du terrain en compagnie de Grimmjow, qui lui donnait déjà ses instructions. Il joua dans la douleur et marqua plusieurs touchdowns. Malheureusement, il s’évanouit dix minutes avant la fin du dernier quart-temps et fut emmené sur une civière vers l’infirmerie, qui l’envoya à l’hôpital pour faire des radios.

°°0o0°°

Ichigo se réveilla ; la première chose qu’il perçut fut l’odeur. Ça ressemblait à une odeur d’hôpital. Il ouvrit les yeux et ne reconnut pas la chambre. Il tourna la tête et croisa le regard inquiet de Grimmjow… et celui de son coach, qui le foudroyait.—

— Connard ! lâcha ce dernier. Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu avais des côtes cassées ?

— Des côtes cassées ?

— Ta petite altercation ! rétorqua Grimmjow.

— Oh… j’en savais rien !

— Attends, avec les bandages que t’avais, t’en savais rien ?

— C’est pas moi qui me les ai faits, maugréa Ichigo.

— Ah oui ? L’infirmière aurait dû te le dire, pourtant…

— C’était Hirako qui me les a faits !

— Shinji Hirako ? demanda Chad, l’un des linebackers de l’équipe. C’est pas le « génie » en génie mécanique de la fac ?

— Si ! grommela Grimmjow. Comment ce taré d’Hirako a pu te poser la main dessus ?

— J’en sais rien ! Tout ce que je sais, c’est que Noit… enfin bref, m’a tapé dessus, et qu’Hirako, à mon réveil, m’avait fait mes bandages !

— Noitra t’a tabassé ? J’comprends mieux… fit songeur le quarterback. C’est pas le gang d’Ulquiorra, ça ?

— Si ! rétorqua Renji, le receveur.

— Qu’est-ce que tu leur as fait ? demanda Hisagi, le kicker.

— J’pense qu’Ulqui chéri n’a pas supporté sa mise au rancart à cause d’Ichi… marmonna Grimmjow.

Ils échangèrent un regard. La porte s’ouvrit sur le médecin, qui faillit avoir une attaque en voyant toute l’équipe réunie dans la petite pièce. Ishida-san les fit tous sortir en moins d’une minute, furieux devant tout ce déploiement de muscles inutiles. Puis il s’en prit à Ichigo :

— La prochaine fois, essayez d’avoir moins d’« amis » !

— C’est mon équipe de foot !

— Que des imbéciles : tout en muscles, rien dans la tête.

— Pardon ? commença à s’énerver Ichigo.

— Rien d’important… fit une voix moqueuse. Que des préjugés qui n’ont pas besoin d’être commentés.

Ichigo sursauta et tourna la tête vers cette voix qu’il avait appris à connaître la veille. Il croisa un regard noisette, moqueur.

— Hirako ?

— Bingo. J’vois que ton cerveau n’est pas endommagé, au moins.

Après une brève observation du jeune homme, il ajouta :

— Ça doit être la seule partie ignorée par cette bande d’imbéciles. Faut dire… ils ne doivent pas savoir à quoi sert ce muscle… tout comme toi, après tout.

— Pardon ? reprit Ichigo, exaspéré.

Ishida, passablement énervé, passa au-dessus de la conversation.

— Kurosaki-kun ! Tout à l’heure, une infirmière viendra vous donner vos antalgiques. Ne les prenez que si vous avez mal…

— Je reste combien de temps ? demanda Ichigo, anxieux.

— Une semaine, au moins.

— Quoi ?

— Quel être stupide irait sur un terrain de football américain avec des côtes cassées ? Ne vous en prenez qu’à vous-même.

Et Ishida quitta la pièce.

Ichigo observa la porte, furibond, puis son regard revint vers le blond, qui l’observait désormais sans un mot. L’orangé se sentit mal à l’aise ; il remonta ses draps et finit par déclarer :

— Merci, sempaï, pour l’autre soir.

— Pas de quoi.

— Comment… en fait… tu es venu à mon aide, n’est-ce pas ?

— Tss ! Comme si… Bon, en fait, Kensei et moi, on était partis prendre une bière et, quand on a voulu rejoindre le dortoir, on a entendu des cris… On a vu que tu t’en prenais plein la gueule, du coup on s’est occupés d’eux.

— Que vous deux ?

— Tu crois quoi ? Ces connards ne savent que taper sur plus faible ou, si possible, coincer un gars tout seul. Pourquoi t’étais pas avec ton équipe ?

— Parce que je me suis chopé une « punition » par le coach à cause de mon retard.

— Y avait pas le quarterback, aussi ?

— Si… murmura Ichigo. Mais moi, j’ai protesté ! ajouta-t-il en mordillant sa lèvre, repensant aux pompes et aux tours de terrain.

— Oh… Donc tu as eu du rab.

— Ouais.

Shinji rit doucement et s’approcha, le regard ironique.

— Tu m’avais dit que tu étais seul à m’avoir ramené.

— Ouais… c’est vrai. Kensei m’a aidé jusque devant le bâtiment ; mais ensuite, il est parti dans sa chambre, et l’enfoiré m’a laissé monter les étages tout seul ! T’es lourd, au fait.

— Désolé.

Un petit silence s’installa. Finalement, Ichigo reprit :

— Pourquoi tu m’as embrassé, sempaï ?

— Oh… Tu ne dormais pas ?

Shinji se sentit pris au piège, et les yeux ambrés interrogateurs ne l’aidaient pas à se sentir plus à l’aise. Il ne savait pas quoi répondre.

— En fait… si. Mais j’ai le sommeil léger et… je me suis réveillé.

— Pourquoi tu ne m’as pas repoussé ? demanda doucement le blond, intrigué.

Un nouveau silence. Ichigo avoua, à sa propre surprise :

— J’ai trouvé ça plutôt agréable.

— Pardon ?

— J’aimerais… j’aimerais que tu recommences, sempaï, demanda Ichigo avec aplomb.

Shinji le regarda, stupéfait. Le roux ne se moquait absolument pas : ses yeux exprimaient un grand intérêt.

– Pourquoi ? ne put s’empêcher de demander le blond.

Parce que j’ai trouvé ça agréable, et je voudrais savoir si c’était juste parce que je dormais… ou si c’est bien la « réalité ».

Après un court instant de réflexion, Shinji demanda :

— Tu es gay ?

— Oui…

Cet aveu stupéfia Hirako : il ne s’y attendait pas du tout, et ne savait plus quoi faire. Mais le bras d’Ichigo attrapa le poignet de Shinji et l’attira à lui.

— Sempaï… je dois te supplier ?

— Non… marmonna Shinji.

Il se pencha ; d’une main, il attrapa le menton du roux. Les lèvres de Shinji effleurèrent celles de l’orangé pour voir sa réaction. Comme elles répondaient à son invitation, il l’embrassa plus fermement.

Le cœur d’Hirako s’emballa, tout comme celui d’Ichigo, qui n’avait jamais éprouvé un tel trouble. L’orangé posa sa main valide sur le revers de la veste du blond et l’approcha encore plus, avant de glisser sa langue contre la bouche entrouverte de Shinji. Ce dernier enroula ses bras autour des épaules larges du runningback.

Leurs langues se battirent pour la dominance ; Ichigo remporta la partie. Il reprit ses caresses plus doucement, prenant un malin plaisir à explorer la bouche du blond. Ils rompirent le baiser pour reprendre leur souffle et s’observèrent un moment, sans rien dire.

— Tu serais libre, sempaï, pour sortir avec moi quand je pourrai quitter cet endroit ?

Shinji haussa un sourcil, surpris, puis esquissa un sourire.

— J’ai tout mon temps…

Ichigo sourit, complice, et ajouta :

— Juste éviter le quarterback… et ce ne sera pas facile ! marmonna-t-il, imaginant déjà Grimmjow leur coller aux basques.

— Pourquoi ?

— Si tu ne veux pas qu’on ait un troisième dans nos sorties…

Shinji se pencha à nouveau vers l’orangé et murmura contre ses lèvres :

— Je peux devenir un véritable courant d’air, s’il le faut.

Ichigo attira Hirako à lui une nouvelle fois ; il rit doucement, puis reprit son exploration abandonnée plus tôt. Il songea que sa première année était vraiment formidable… tout comme Hirako trouvait, après tout, sa dernière année très intéressante !


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)