1ères pleines lunes 11

Et voici le second chapitre de Première Pleine Lune pour aujourd’hui… qui est aussi l’avant-dernier chapitre de cette histoire ^^. Encore bonne année à tou(te)s !


Une bouche recouvrit la sienne presque avec violence. Ichigo voulut se libérer, mais, attaché contre la paroi comme il l’était, il ne pouvait pas espérer échapper à son ravisseur. Il ne voulait pas ça… pas avec Sosuke… Il refusa l’accès à sa bouche et foudroya du regard son ex-mari, qui le dévisageait froidement.

— Tu as l’intention de faire quoi, Sosuke ? haleta Ichigo, contrarié, lorsque Aizen relâcha son étreinte.

— Ah… tu n’as pas oublié notre relation, à ce que je vois… J’ai cru qu’avec la rapidité avec laquelle tu t’es mis en couple avec Kouryaku, c’était à toi qu’on avait enlevé les souvenirs !

Le regard incrédule d’Ichigo se posa sur Sosuke Aizen, qui semblait terriblement irrité. Ce dernier recula d’un pas et fixa Ichigo, furieux. La prunelle glacée qui le scrutait ne lui laissait rien présager de bon.

— Sais-tu combien ça me fait mal de voir que tu as déjà enterré notre relation…

— Je n’ai rien enterré du tout ! Ne raconte pas n’importe quo…

— Les rumeurs sont plus que persistantes entre toi et Kouryaku ! Tu vas nier, peut-être ? interrogea Aizen, mécontent. Si tu crois que cette relation a plus de chance que la nôtre, tu te trompes… et lourdement ! Tu sais au moins qu’il a subi la même chose que toi ? Alors pourquoi ? Lui faire l’amour est beaucoup plus satisfaisant qu’avec moi ? Ou c’est toi, le dominé ? Je suis fou à la seule idée que tu puisses avoir la moindre relation avec lui ! Pourquoi tu ne m’as pas attendu ? Je t’avais promis…

— Sosuke… souffla doucement Ichigo.

Surpris par le ton très doux d’Ichigo et la lueur qui brillait dans son regard, le capitaine de la cinquième division interrompit sa diatribe enflammée. Voyant qu’il avait capté l’attention de son ravisseur, Ichigo demanda humblement :

— Détache-moi, Sosuke…

— Hors de question ! cracha Aizen. Je te tiens, et tu m’écouteras jusqu’au bout…

— Est-ce que je vais devoir te faire la même chose pour que tu consentes à m’écouter mon cœur ?

Aizen ne sut quoi répondre et observa le jeune homme d’un air légèrement suspicieux. Ichigo se concentra et utilisa le reiatsu qu’il avait en réserve pour se donner la force nécessaire afin de se détacher. Sosuke ricana :

— Tu crois vraiment que je t’ai attaché avec de simples liens ? Tu auras beau essayer… tu éch….

Les yeux d’Ichigo devinrent phosphorescents. Il n’écoutait plus : de toute façon, cela lui était égal. Il avait autre chose à faire que de rester coincé comme il l’était. Les entraves dont Sosuke l’avait affublé le gênaient terriblement. La colère commença à monter et il jura entre ses dents :

— K’so… mais qu’est-ce que t’as foutu à ces anneaux ?

— Arrête, tu vas arracher ton…

Mais le reiatsu du jeune homme se libéra brutalement, écrasant tout ce qui se trouvait dans son environnement. Les murs de la grotte se mirent à trembler et Sosuke fronça les sourcils. Il décida de retirer le sort d’entrave qu’il avait ajouté aux anneaux ; ces derniers se dévissèrent à moitié des murs, à sa surprise. Sosuke croisa le regard bleu d’Ichigo. Il y vit sa colère et sa détermination à se libérer. Les vêtements d’Aizen claquaient violemment autour de son corps, et il dut poser une main devant ses yeux pour se protéger des débris qui se mirent à voltiger.

— Arrête ! Je vais te libé… cria soudain le capitaine de la cinquième division.

Les liens cédèrent alors qu’Ichigo hurlait de rage. Pendant un bref instant, le temps parut suspendu. Ichigo avait réussi à se libérer et son corps resta comme en apesanteur, la tête penchée en avant, comme s’il fournissait encore un effort. Puis il tomba, comme au ralenti : toute la pression avait disparu d’un coup.

Sosuke eut juste le temps de l’attraper avant qu’il ne heurte violemment le sol. Le jeune homme semblait évanoui et, doucement, presque tendrement, Aizen le retourna. Le capitaine rencontra le regard fatigué de celui qu’il considérait toujours comme son dominant. Il s’assit à même le sol, calant le buste du roux fermement contre lui. Inexplicablement, il se sentit ému par le comportement irrationnel du jeune homme.

D’une voix éteinte, le souffle court, Ichigo murmura :

— Comment peux-tu imaginer, ne serait-ce qu’un instant, que je puisse avoir une relation avec Shunsui ? Nous nous sommes soutenus parce que nous devenions fous… Je devenais fou à l’idée de te croiser sans pouvoir te toucher. Je ne peux pas jouer les grands seigneurs comme le capitaine de la huitième division… Je n’ai pas sa classe… ni son flegme… Je voulais… juste que tu m’appartiennes…

Les yeux d’Ichigo se remplirent de larmes qu’il ne pouvait ni cacher ni retenir. Toute la souffrance emmagasinée durant ces deux années remonta abruptement, comme si elle franchissait un barrage devenu trop fragile depuis les accusations que Sosuke avait prononcées plus tôt. Le jeune homme posa une main tremblante sur le visage de son compagnon.

— Je n’ai jamais aimé que toi, Sosuke… Si j’ai joué cette mascarade, c’était… je voulais juste que tu… sois jaloux… voir si tu m’aimais encore… Mais jamais, jamais, je ne pourrais aller voir un autre que toi ! Sais-tu à quoi nous condamne la Chambre des quarante-six en pratiquant sa méthode de séparation ?

— Non… Je peux imaginer une certaine douleur, mais certainement pas autant qu’il le faudrait, apparemment.

Sosuke caressa les mèches soyeuses, indisciplinées. Il ne supportait pas ses larmes qui coulaient, ni le regard blessé d’Ichigo. Il ne se souvenait plus des instants qu’ils avaient vécus… seulement des phrases si tendres lues dans son carnet. Il savait, aux battements de son cœur, qu’il aimait Ichigo au-delà de toute raison, au-delà de tout souvenir. Sosuke comprenait qu’on pourrait lui effacer la mémoire, encore et encore : jamais il n’oublierait son amour inconditionnel pour l’homme qu’il tenait entre ses bras.

Sosuke allait parler quand une voix amusée demanda :

— C’est bon… tout malentendu a été effacé entre vous ?

D’un bloc, Aizen se retourna et Ichigo tourna lentement la tête vers son capitaine.

— Taichō ?

— J’ai récupéré ces deux-là au passage !

Sosuke et Ichigo se tournèrent vers Shunsui, puis vers un Jyuushirō rougissant. L’attention du roux revint sur son capitaine, et il détesta la façon dont il les regardait.

— Bon… c’est bien beau… vous vous aimez… mais… vous ne pouvez pas rester ensemble ! dit Kisuke.

— Et tu comptes faire quoi ? demanda Aizen, nettement menaçant.

Ichigo s’était redressé et s’époussetait, enlevant les gravillons accrochés à ses vêtements. Il chancelait encore de l’effort fourni plus tôt, même s’il essayait de le cacher. Sosuke se tenait juste devant lui, dans une attitude protectrice. Que cherchait-il à faire ?

— Du calme, du calme… Je vous ai réunis tous ensemble pour une raison bien particulière : essayer de débrouiller vos histoires d’amour. Au fait, tu aimes l’amour vache, Sosuke. Je n’aurais pas cru ça de ta part !

— Mêle-toi de ce qui te regarde… maugréa le capitaine de la cinquième division.

— Aaahhh, ne râle pas ! C’est déjà bien que je te prête mon fukutaichō. Au passage, je le garde dans ma division ! Je refuse de le changer…

— De toute façon, on ne nous accorderait jamais la possibilité de travailler ensemble, même si on le désirait.

— Oui… c’est ça qui est génial ! rétorqua Kisuke, ravi.

Aizen lui lança un regard dangereux.

— Ne force pas sur ta chance, Kisuke-kun… Sosuke-kun semble avoir une patience limitée en amour… se moqua gentiment Shunsui.

— Tu devrais prendre exemple sur lui, rétorqua Jyuushirō, contrarié. Ça nous aurait évité de nous prendre la tête pendant une heure ce matin.

— Hai… hai… La prochaine fois, je te fais une crise de jalousie, et…

— Justement, ça nous changerait ! ragea Jyuushirō.

— On se calme !

Kisuke soupira et se gratta la tête, pensif.

— La situation est compliquée. Alors, vous êtes priés de vous expliquer quand vous êtes seuls !

— Ouaih… mais si tu viens mater, ça va être dur d’avoir la paix, Taichō !

— Vous êtes tellement mignons

— Tu me ressors ça, Kisuke, et je t’envoie griller en enfer ! Que comptes-tu faire en dehors de ça ? Nous dénoncer ? Je trouverais cela étonnant… alors ?

— Je pensais pouvoir vous garder, mais…

— Garder ? remarqua Jyuushirō.

Urahara se mit à marcher nerveusement dans la grotte. Son regard glissa d’une aspérité à une autre, puis il finit par s’arrêter entre les deux couples qui s’étaient approchés pour l’écouter. Les yeux verts détaillèrent chacun des acteurs présents avant qu’il ne déclare d’une voix faussement amusée :

— Le problème que nous rencontrons avec vous, c’est que vous êtes certainement les capitaines les plus forts de toute la Soul Society… et je ne parle même pas de votre côté loup.

— Je ne suis pas capitaine…

— Ne joue pas sur les mots, Kurosaki… Tu as une puissance égale, voire même supérieure, à celle d’un capitaine, pour le peu que j’ai pu juger. Tu es… hors norme. Et rien qu’avec toi, la Chambre des quarante-six pourrait créer un divorce, rétorqua Kisuke, légèrement agacé. Alors, te mettre en couple avec Aizen Sōsuke, qui doit être dans le même cas que toi, mais qui cache vraiment bien son jeu… Il est fort peu probable, même en effaçant la mémoire des quarante-six, que vous ayez la moindre chance de vivre tranquilles au Seireitei.

— Pourquoi parles-tu d’effacer la mémoire ? demanda Shunsui, curieux.

— À cause de la capacité de Kyōka Suigetsu… Vous comptiez les manipuler avec votre zanpakutō… n’est-ce pas, Sosuke-kun ?

— Comment connais-tu la capacité de mon sabre ?

— Par accident, en fait… Et pas grâce à mes capacités géniales de déduction, pour une fois !

— C’est pas la modestie qui t’étouffe, en tout cas…

— Ichigo-kun… je suis votre capitaine…

— Hum… fit Shunsui en se raclant la gorge. Donc, que suggère… ton brillant cerveau ?

— Là, il faut que je réfléchisse, mais… il va falloir, tout au moins pour Aizen et Kurosaki, songer sérieusement à quitter la Soul Society s’ils veulent continuer à pouvoir vivre ensemble.

— Quoi ! s’insurgea Ichigo.

— Il n’y a que cette solution ? demanda calmement Aizen.

— J’ai réfléchi à votre situation depuis que j’ai remarqué l’intérêt que vous portiez à Kurosaki — soit dès votre première rencontre dans les couloirs de la première division… Et malgré tous vos efforts pour cacher votre vie, accepteriez-vous de devoir vous dissimuler et surveiller constamment vos faits et gestes ? De plus, même si vous y arriviez… que se passerait-il si un loup arrivait à marquer l’un des deux partenaires ?

Ichigo et Sosuke se regardèrent, surpris, et, avant qu’Ichigo puisse deviner les gestes de son conjoint, il se retrouva dans une étreinte de fer.

— Je ne veux courir aucun risque !

Le regard sombre et menaçant qu’adressa Aizen à Urahara fit frissonner ce dernier. C’était un psychopathe ambulant derrière la façade d’ange de douceur. Il plaignit sincèrement son fukutaichō. D’ailleurs, ce dernier essayait de se dégager de la prise de son éternel ravisseur.

— Sosuke… lâche-moi, à la fin !

— Je refuse que tu ailles voir qui que ce soit d’autre…

Le regard glacial derrière les lunettes de son amant exaspéra Ichigo, qui lui marcha sur le pied pour pouvoir sortir de l’étreinte étouffante. Aizen jura entre ses dents. Jyuushirō se retint à grand-peine de rire, tandis que Shunsui sortait sa petite flasque et déclarait, moqueur :

— C’est sûr qu’ils vont avoir beaucoup de mal à cacher leur relation… ces deux-là !

— Pour vous, avec une bonne illusion, vous ne risquez pas d’être ennuyés… Vos capacités et vos caractères sont beaucoup plus calmes que les leurs… déclara Urahara en montrant du pouce, derrière son dos, le couple qui commençait à se disputer sur « pourquoi tu m’as marché sur le pied » et « pourquoi tu m’étouffais comme une brute ? »

Les trois hommes éclatèrent de rire, ce qui provoqua un rougissement et une mine renfrognée chez Ichigo, et un air faussement indifférent chez Aizen. Urahara reprit plus sérieusement :

— Retournez à vos divisions et agissez normalement. Soyez discrets lorsque vous vous retrouverez…

— Et la marque ? demanda Jyuushirō, anxieux.

— Ni Kurosaki ni Kouryaku ne peuvent mordre à l’heure actuelle…

— Pourquoi ? demanda sombrement Sosuke.

— Parce que je leur ai enlevé leur capacité de se transformer en loup. Ce que vous ne savez pas — et que, de toute façon, ni Ichigo ni Shunsui ne pourront vous dire — c’est qu’ils devenaient fous et que j’ai dû les immerger durant quelques mois dans une solution qui empêchait toute réaction. J’ai effacé leurs souvenirs trop douloureux, et, durant cette période, j’ai cherché un moyen pour qu’ils ne s’ôtent pas la vie.

Tandis que le regard sombre d’Aizen se concentrait sur la silhouette raidie du fukutaichō, dont le regard lointain semblait chercher une pensée à laquelle se raccrocher pour ne pas sombrer, Jyuushirō se tourna vers Shunsui et demanda, inquiet :

— Pourquoi maintenant ?

Mais ce fut Urahara qui lui répondit :

— Parce qu’il est entré en résonance avec la douleur d’Ichigo. Le voir souffrir, comme il l’a vu, lui a rappelé ses propres blessures. Ce n’était pas conscient, de leur part à tous les deux… La Chambre des quarante-six devrait plutôt réfléchir à comment utiliser des couples tels que vous… et non… les pousser au suicide !

Le ton dégoûté et sec du capitaine de la douzième division attira l’attention. D’ailleurs, l’homme s’éloignait déjà pour regagner la lueur extérieure de leur refuge.

— Si vous deviez quitter la Soul Society… le feriez-vous ? demanda-t-il par-dessus son épaule.

— Hai !

Le ton résolu d’Aizen fit sursauter Ichigo, qui se tourna vers lui, interrogateur.

— Tu quitterais la Soul Society ?

— Nous bâtirons notre propre empire ! déclara résolument Sosuke.

— Hein ? rétorqua Ichigo, hébété par cette déclaration. Nous irions où ?

— Laisse-moi réfléchir à ça… Es-tu prêt à me suivre ?

— Là où tu iras, je serai…

— Bien…

Sosuke ébouriffa les cheveux roux. En jetant un regard circulaire, le capitaine de la cinquième division se rendit compte qu’ils étaient enfin seuls. Sans attendre, Aizen prit le jeune homme dans ses bras, ces derniers encerclant tendrement les épaules de son amant. Le cœur d’Ichigo bondit dans sa poitrine.

— Sosuke… je suis désolé…

— Pourquoi ?

— Je n’aurais jamais pensé que… ça se finirait ainsi…

L’homme posa ses lèvres sur la tempe du jeune homme.

— Moi, je ne le suis pas…

— Tu es respecté et apprécié…

Aizen baissa légèrement le regard et rencontra les yeux d’Ichigo.

— Tu l’es aussi…

— Ne joue pas sur les mots… Tu es capitaine !

— Et alors ? Je peux très bien me construire quelque chose de beaucoup plus grand que cette vie que j’ai ici, à la Soul Society… à la condition que tu me suives…

Ichigo enfouit son visage dans la nuque d’Aizen et enroula ses bras autour de son cou. Il était pensif… et, en même temps, fou de joie de pouvoir étreindre cet homme qu’il avait tant désiré, et pleuré au fond de son être. Son odeur le rendait fou, mais plus pour les mêmes raisons.

Inconsciemment, le jeune homme se mit à lécher la base du cou de l’homme, qui se raidit légèrement, surpris.

— Ichigo ?

Le roux ne l’entendit pas. Un raz-de-marée l’avait submergé et ses mains avaient glissé le long des bras de Sosuke pour ensuite les délaisser. Ses doigts s’étaient enhardis à caresser son dos avec volupté. Sosuke bascula la tête sur le côté quand les dents d’Ichigo grignotèrent sa nuque pour descendre vers son épaule.

Les lèvres et la langue d’Ichigo goûtaient la chair chaude et douce de Sosuke. Les dents du jeune homme s’attardèrent à l’endroit exact où il avait laissé sa marque, maintenant disparue. Sosuke trembla intérieurement, ferma les yeux et resserra l’étreinte de ses bras autour des épaules d’Ichigo.

Sosuke aurait voulu qu’Ichigo le morde mais seule une légère égratignure effleura sa peau. Il ouvrit la bouche et laissa échapper un gémissement de frustration. La peine gronda dans la poitrine du capitaine de la cinquième division, faisant écho au jappement de chagrin d’Ichigo.

— Kisuke doit te rendre ta forme de loup… haleta Aizen.

— Je la retrouverai… et ma prochaine marque ne quittera plus jamais ta peau ! Ça, c’est une promesse, Sosuke…

Le jeune homme se redressa et, avec tendresse, fit glisser sa bouche contre celle de son amant. D’abord avec hésitation, de la pointe de la langue, il caressa l’ourlet de ses lèvres. Puis il pressa sa bouche contre la sienne avec avidité. Les deux hommes se sentaient comme électrisés par ce geste, plus que par n’importe quel autre. Le baiser dura, coupant la respiration des deux shinigami. Lorsqu’ils se reculèrent légèrement, un filet de salive les reliait encore.

Ichigo se redressa et fixa son amant avec intensité. Aizen lui rendit la même expression passionnée. Le roux le repoussa pour le plaquer contre la roche, non loin. Les yeux du jeune homme se modifièrent pour prendre une teinte cognac caractéristique.

— Tu m’appartiens… Sosuke…

Ne lui laissant pas le temps de répondre, Ichigo fit glisser l’haori de son amant ; ses mains s’attaquèrent rapidement au shihakushō. Même si Aizen voulait résister, le désir d’Ichigo était trop grand. Trop longtemps sans pouvoir le toucher, le caresser, le goûter… Ses mains glissèrent sous les vêtements, caressant la peau nue avec urgence.

— Si longtemps à attendre, à ne plus dormir… à rêver de toi et de ton odeur… Chaque instant était comme une torture. Tu es la seule clef qui peut me donner le repos, me soulager de la peine de mon cœur, de mon âme… Vivre chaque instant sans toi… te rencontrer chaque jour et ne pouvoir, ne serait-ce que t’étreindre un instant…

Sosuke gémissait alors que la bouche d’Ichigo dévalait son corps et que le dernier vêtement gisait en tas sur le sol. Les mains du jeune homme glissaient sur les cuisses fermes et les palpaient avec rudesse. Ichigo chuchota contre la peau du ventre de son compagnon :

— Vivre sans toi est un enfer… Que tu puisses m’ignorer, m’oublier, est un calvaire… Le vide que provoque ton absence…

Ichigo releva la tête et rencontra les yeux suppliants d’Aizen.

— … Je ne veux pas que tu le vives…

Sans laisser le temps de souffler à son amant, Ichigo lécha le sexe tendu devant lui, puis s’en empara sur toute la longueur, provoquant un gémissement profond chez Sosuke. Ses doigts glissèrent dans les mèches incendiaires, à l’aveugle. Lentement, en prenant son temps, les doigts du jeune homme explorèrent l’anatomie de l’homme appuyé lourdement contre la paroi calleuse.

Ichigo ne lâchait pas le regard de Sosuke, dont les pupilles s’étaient agrandies. Sa bouche entrouverte et les halètements qu’il laissait entendre incitaient Ichigo à être plus audacieux. Le jeune homme remonta le long du corps de son amant, le lécha consciencieusement, s’attardant sur ses tétons tendus. Un grondement sourd se fit entendre. Inconsciemment, les instincts d’Ichigo avaient pris le dessus. Un frisson parcourut Sosuke, qui voulut retirer les vêtements de son amant, mais le roux desserra seulement son obi, faisant glisser son hakama.

La main du jeune homme glissa derrière la nuque d’Aizen, et Ichigo souffla contre sa bouche :

— Même si tu es à des milliers de kilomètres de moi, je ne fais que penser à toi… Même le cœur brisé, tu es le centre de mon attention. Je ne laisserai personne te toucher comme je peux le faire…

La voix du jeune homme en devenait presque spectrale. Ichigo pressa son corps contre celui d’Aizen, qui grogna lorsque leurs sexes se rencontrèrent. Ne voulant pas être en reste, Sosuke fit glisser sa main sur leurs membres tendus et gorgés de désir. Ichigo gémit : la sensation le traversa comme une onde électrique. La bouffée de chaleur qui montait au creux de ses reins le laissa pantelant.

— Laisse-moi te faire l’amour, Ichi… souffla Aizen.

Pour toute réponse, Ichigo attrapa la langue de Sosuke et la suça avec la sienne dans un long baiser érotique. Il pressait sa peau contre la sienne, s’emplissait de son odeur, faisait glisser leurs bassins l’un contre l’autre. Sosuke, toute envie de dominer son amant dissoute sous les sensations intenses qui saturaient ses veines, s’accrocha à la taille d’Ichigo quand ce dernier immisça ses doigts à l’intérieur de lui.

Le jeune homme soufflait des mots tendres, tandis que, à tâtons, ses doigts infiltrés cherchaient, par de douces caresses, à élargir le passage. Sosuke essayait de se détendre, le cœur battant lourdement. Il avait l’impression de revivre une première fois. Il cherchait, de manière chaotique, à se souvenir… mais rien ne lui revenait. Juste la frustration qu’on lui ait enlevé quelque chose de précieux.

Ses yeux s’élargirent : il ne pensa plus à rien. Ichigo avait trouvé son point faible et il s’abandonna complètement à la sensation. Le roux haletait contre sa poitrine, qu’il embrassait régulièrement. Ichigo retira lentement sa main, puis retourna tendrement Sosuke après un dernier baiser.

Ichigo eut le temps d’apercevoir la lueur inquiète dans les yeux chocolat, et souffla contre son oreille :

— Tu veux arrêter ?

— Non…

Aizen prit appui sur ses avant-bras contre la paroi devant lui. Quand il sentit le sexe brûlant d’Ichigo contre ses fesses, il se mordit la lèvre inférieure. Mais, à sa surprise, ce fut autre chose qui vint caresser l’intérieur de ses cuisses. Ses yeux s’arrondirent ; il voulut se défaire de la prise, mais la poigne d’Ichigo l’empêchait de bouger. Cette langue allait le rendre fou. Jamais il n’aurait accepté de paraître aussi vulnérable aux yeux de quelqu’un d’autre.

Ce constat le terrassa. Son corps tremblait sous les caresses. Il ne remarqua même pas le souffle chaud du jeune homme, quelques minutes plus tard, contre sa nuque, qui soufflait :

— Tu te sens prêt ?

Ichigo haletait.

— Hai…

Il avait murmuré la réponse malgré lui. Ichigo tremblait intérieurement. Ce n’était plus Sosuke qui prenait les choses en main, mais lui. Même s’il se laissait guider par son instinct, il se sentait intimidé par Sosuke : sa beauté, son corps si sexy, sa cambrure de reins…

Ichigo fit glisser son sexe à l’intérieur de son amant, lentement. Il voyait les efforts involontaires de l’homme pour l’éjecter, mais il resta en lui, attendant qu’il se calme. Les lèvres du jeune homme embrassaient la peau bronzée devant lui. Il voyait les muscles rouler sous la peau de son compagnon ; il trouva le spectacle hypnotique.

Le jeune homme se retira lentement pour plonger à nouveau dans le corps de son amant. Encore et encore, leurs corps finissant par se recouvrir d’une fine couche de sueur. Seuls leurs halètements se répercutaient contre les murs de la grotte. Sosuke se retrouva presque plaqué contre la roche, mais peu lui importait : il le voulait.

La main d’Ichigo glissa sur son sexe ; il gémit sous la sensation. Il ne pouvait pas le faire lui-même sans s’écraser contre la paroi, et il souffla quand le jeune homme prit cette initiative. Une décharge traversa le corps de Sosuke, qui sentit son corps se raidir sous un plaisir intense, violent, monopolisant chaque fibre de son être pour se centrer uniquement sur son entrejambe.

Les gémissements rauques d’Ichigo et la crispation de ses mains, agrippées fermement à ses hanches au point de laisser des marques rouges sur sa chair, lui firent comprendre que son amant avait, lui aussi, atteint son point culminant. Quand il échoua son visage contre sa nuque, les cheveux collants d’Ichigo se mêlèrent à ceux de Sosuke, qui, toujours appuyé contre la paroi, apprécia le contact de ce corps qui s’emboîtait au sien.

— Tu viendras me rejoindre… souffla-t-il. Je ne veux pas te laisser seul plus longtemps…

— Et si on nous surprend ?

— Qu’importe. Fais-le discrètement, utilise le kidō…

— Mais je suis nul en kidō… protesta le jeune homme.

— C’est l’occasion de t’améliorer, Ichi…

Lentement, Sosuke se retourna et prit le jeune homme dans ses bras. Il était épuisé, tout comme lui. Leurs yeux se rencontrèrent intensément.

— Je te veux à mes côtés… Je resterai avec toi… mais viens jusqu’à moi… Je m’occupe de brouiller les pistes pour ma maison. Personne ne se doutera de rien.

Un doux sourire éclaira les traits d’Aizen : pas celui qu’il distribuait à tout le Seireitei, mais celui d’un homme amoureux pour celui qu’il aime.

— Prie pour que ton capitaine nous trouve une solution rapidement, Ichigo…

— On peut lui faire confiance… souffla le jeune homme.

Quelques minutes plus tard, les deux hommes étaient habillés et prêts à quitter leur refuge, se séparant à contrecœur, mais sans laisser rien paraître de leurs émotions, quelles qu’elles soient…


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)