Ichigo courait pour faire son footing matinal à cinq heures du matin. Il profitait des premières prémices de l’aube pour s’entraîner. Il ne voulait pas gâcher les moments où Sosuke était réveillé par ses exercices. Tsunemi trouvait généralement le petit déjeuner prêt lorsqu’il se levait. Tessai le rejoignait généralement pour boire le café et regarder Ichigo se battre contre un adversaire imaginaire.
Les deux hommes commentaient les pratiques du jeune homme. Et ce matin, ils furent surpris de voir Aïzen se joindre à eux. Ce dernier se servit silencieusement une tasse de café, s’installa à la table de ses hommes et observa le corps souple d’Ichigo, à moitié nu, procéder à des exercices de kung-fu.
— C’est comme ça tous les matins ? interrogea Sosuke.
— En fait, c’est moins soutenu depuis que vous êtes réveillé. Quelquefois, il passait sa journée entière à se défouler, répondit Tessai. Mais j’ai remarqué qu’il est plus efficace quand il s’entraîne le matin.
— Pareil ! rétorqua Matsui.
Un silence s’installa entre les yakuzas, qui sirotaient leur café tout en observant les gestes gracieux du jeune homme. Ichigo les rejoignit quelques minutes plus tard et observa, sans rien dire, le rang d’oignons qui le fixait, pensif.
— Tu es plutôt en forme…
— Il le faut ! rétorqua Ichigo.
— Tu n’es pas obligé de t’astreindre à un pareil entraînement, protesta Sosuke.
— Si ! objecta le roux. Nous retournerons au Japon et tu crois que, parce que j’ai éliminé l’entité du Nuage Blanc, ses membres ne chercheront pas à se venger ?
— La Tora est puissante, tu sais, Ichi…
— Tu m’excuseras, Sosuke… ce n’est pas que je n’ai pas confiance en ton organisation, mais je sais de quoi est capable le Nuage Blanc…
— Il est dissous !
Ichigo se crispa et scruta sombrement le visage d’Aïzen. Il tenta de calmer les battements de son cœur et attrapa une bouteille d’eau qu’il porta à ses lèvres, sans quitter Sosuke du regard.
— Je ne veux pas dire d’être imprudent, Ichi… mais ce n’est pas à toi d’assurer ta sécurité, ou la mienne…, ajouta le yakuza en voyant le ninja prêt à protester.
— Je fais ce que je veux… bouda le roux.
— Tu fais comme tu veux… Mais tu te rendras compte que je suis capable d’assurer ta sécurité !
— La mienne importe peu…
— Pour moi, elle l’est !
Les deux hommes se mesuraient du regard. Matsui repoussa sa chaise et voulut quitter la pièce, mais Ichigo le devança. Il prit la direction de sa salle de bain et, une fois dans sa chambre, abandonna ses vêtements rendus collants par la transpiration pour rejoindre la douche. Le jet d’eau éloigna la tension dans les muscles du jeune homme.
Ichigo entendit nettement le bruit d’une porte qui se fermait. Sosuke était certainement venu le rejoindre. Trois semaines qu’il s’était réveillé et leur séjour ressemblait à une vraie lune de miel, sauf lorsque le sujet de la protection venait sur le tapis. Ichigo entendit la voix de Sosuke près de lui, au travers de la porte vitrée embuée.
— Ichigo, ai-je l’air si faible ?
— Non… enfin, en ce moment, tu n’es pas au meilleur de ta forme, mais, même dans cet état, tu n’es pas faible…
— Alors pourquoi ?
— Je me sens faible… chuchota Ichigo.
— Je ne t’ai pas entendu, Ichi… tu peux répéter ?
La main du jeune homme tourna le mitigeur et il sortit de la cabine. Il attrapa une grande serviette et se tourna vers Aïzen tout en s’essuyant.
— Tu as bien l’intention de retourner au Japon ?
— Oui… je ne peux pas rester ici !
— Je voudrais, moi-même, retourner voir ma famille. J’ai réussi la plupart du temps à entretenir une relation par mail avec mon père mais… il va falloir, un jour ou l’autre, que je retourne auprès de ma mère.
— Elle est toujours aussi malade ?
— Il semble que de voir mon père plus heureux, moins préoccupé et plus disponible ait joué favorablement sur son moral. Ils sont même partis en vacances…
Sosuke observa longuement le jeune homme qui entrait à nouveau dans sa chambre pour s’habiller.
— Tu regrettes ?
Surpris, Ichigo, qui passait son T-shirt, tira abruptement sur le tissu. Il fronça les sourcils et demanda :
— Regretter ?
— De m’avoir connu… Si je n’avais pas été là, tu serais sans doute encore un hôte… et… tu mènerais une vie paisible.
— Sosuke… que tu sois là ou pas, le Nuage Blanc m’aurait rattrapé. Ce n’était plus qu’une question de temps ! Certes, je n’aurais pas eu à choisir entre une vie d’assassin ou une vie avec toi. Mais sincèrement, en dehors de tout ce que tu peux représenter ou de ce qu’aurait pu être ma vie sans toi… Non, Sosuke Aïzen, je ne regrette strictement rien.
Ichigo se déplaça jusqu’au chambranle de porte où Aïzen se tenait, pensif. Les doigts d’Ichigo couraient doucement sur la peau de son amant. Sosuke attrapa sa main et embrassa chacun de ses doigts.
— Je vais marcher un peu… tu m’accompagnes ?
— Je n’ai pas très envie… grogna le yakuza.
— Tu n’as plus envie de faire grand-chose, Sosuke. Viens, avec moi…
Le yakuza soupira et accéda à la demande d’Ichigo.
— Je me change et je te rejoins…
— Hai !
Ichigo quitta la chambre et passa devant les deux yakuzas qui discutaient tranquillement.
— Nous allons nous balader sur la plage, inutile de nous accompagner. Nous n’irons pas bien loin.
Voyant l’air peu concerné de Matsui et Tessai, Ichigo descendit les trois marches qui lui firent gagner la plage. Sosuke apparut en haut des marches, une paire de lunettes de soleil vissée sur le nez. Ichigo vit que son amant lui tendait sa paire.
— Ne me dis pas que tu peux supporter une lueur pareille…
— Je n’y pense pas…
— Finalement, c’est moi qui prends soin de toi… sourit le convalescent.
— Hai !
Sosuke glissa sa main dans celle d’Ichigo et ils commencèrent à marcher en silence. Sur l’atoll désert, ils ne risquaient pas de rencontrer qui que ce soit. Et Sosuke voulait se permettre un moment d’intimité qu’ils ne retrouveraient jamais au Japon. Il n’avait pas particulièrement envie d’y retourner mais ils ne pouvaient pas rester non plus dans ces lieux éternellement. Il savait qu’Ichigo essayait de le préserver. En songeant à tout ce que son amant avait traversé pour lui, le cœur de Sosuke se serra et il enlaça les épaules d’Ichigo pour le serrer plus étroitement contre lui.
Dire qu’il avait toujours cherché des amusements plus ou moins pervers… essayant de pousser le bouchon toujours plus loin. Mais les meilleurs moments de sa vie, il les passait avec Ichigo, comme en cet instant. Ses doigts couraient inconsciemment sur l’épaule et le bras de son amant, qui frissonnait contre lui.
Ils s’arrêtèrent et Ichigo demanda, la voix enrouée :
— J’aimerais rester ici toujours… mais c’est impossible, n’est-ce pas ?
— Hai… chuchota Aïzen contre la tempe d’Ichigo.
— Tu me promets qu’on partira tous les deux comme ça, de temps en temps ?
— Aussi souvent que mon emploi du temps me le permettra… et si tu en as assez, tu m’en parleras…
— Compte sur moi…
Aïzen sourit et, au travers de leurs lunettes, ils échangèrent un regard complice et chargé de leurs sentiments qu’ils n’arrivaient pas à exprimer autrement que de cette manière. Ichigo trouva une place à l’ombre où les deux hommes pouvaient s’asseoir et avoir les pieds dans l’eau. Puis, quelques temps plus tard, ils s’endormirent dans les bras l’un de l’autre. Seuls le cri des oiseaux, le souffle du vent et le ressac de l’océan se faisaient entendre.
°OoO°
Ichigo réajusta son costume avant de descendre sur le tarmac de l’aéroport. Sosuke discutait déjà avec Jōtarō. Quand le jeune homme descendit, ce dernier s’inclina et demanda :
— J’espère que vous avez fait bon voyage, Kurosaki-sama.
— Hai !
— Vous avez, si je puis me permettre, une très bonne mine également.
— Merci, Kusumi-san.
Sosuke était monté sur le siège arrière de la berline et Ichigo vint s’asseoir à ses côtés. Le véhicule amorça sa progression et le roux glissa sa main dans celle de son amant, qui tenait déjà les premiers comptes rendus des dernières activités de son organisation. Aïzen jeta un coup d’œil à Ichigo et lui demanda :
— Tu es inquiet ?
— Non… c’est juste que… j’ai déjà l’impression de m’éloigner de toi !
— Jamais, Ichi….
Le yakuza serra la main d’Ichigo et la porta à ses lèvres.
— Tu es trop important pour moi. Je te demande juste un peu de patience. Nous avons été absents pendant cinq mois. Je me dois d’être aussi présent pendant le mois qui va venir. Mais je ne te mettrai jamais de côté.
— Je serai patient… mais ne m’ignore pas quand nous sommes seuls. Je dois déjà être en retrait en public…
Sosuke se pencha et embrassa avec tendresse les lèvres entrouvertes du jeune homme.
— Oui, mais tous connaissent ta vraie place… et ta valeur.
Le reste du voyage s’effectua en silence. Ichigo resta pensif, le regard posé vers l’extérieur. Leur retour avait été organisé de telle sorte et depuis tellement longtemps qu’il était impossible à quiconque de deviner ce qui se tramait dans l’organisation.
Même si Kuchiki avait placé la Tora sous étroite surveillance, même si les anciens membres du Nuage Blanc observaient avec attention les allées et venues qui agitaient l’organisation… personne ne savait ce qui se déroulait derrière les murs hauts de la demeure d’Aïzen.
Sosuke avait d’ailleurs fait aménager plusieurs maisons tout autour de Tokyo, sous les conseils d’Ichigo, afin de brouiller les cartes. Mais comme c’était Ichigo lui-même et, sous un faux nom, qui s’occupait de tout, aucun soupçon n’avait été soulevé.
Le roux savait déjà à quoi il allait passer ses journées. Il avait commandé du matériel assez conséquent et il avait demandé à Sosuke d’avoir une pièce spéciale pas trop loin de ses appartements afin de pouvoir se brancher comme il le souhaitait.
Ichigo et Sosuke évitaient le sujet qui fâchait et Aïzen, surtout, avait décidé de laisser agir Ichigo à sa guise. De toute façon, une fois qu’il avait une idée en tête, il était inutile de vouloir l’en déloger. Aïzen ne voulait pas se disputer constamment avec le jeune homme. D’autant que souvent, ils se verraient peu. Il ne voulait pas gaspiller leur temps si précieux en querelles stériles.
Le lendemain, Ichigo quitta la maison d’Aïzen et se fondit dans la masse des habitants. Il prit le métro et voyagea comme tout citoyen ordinaire. Le jeune homme avait laissé un message à Sosuke, qu’il lirait le soir même. Il s’était organisé une petite sortie chez ses parents. Ichigo avait calculé tout dans les moindres détails et, même s’il se tenait sur ses gardes, il se sentait relativement tranquille.
À peine mit-il le pied dans le cabinet de son père qu’Ichigo enleva son déguisement. Isshin blêmit en rencontrant le visage de son fils.
— Ichigo ?
— C’est bien moi…
— Mais… mais…
— Je suis obligé de me déguiser pour venir te retrouver. Maman est ici ?
— Oui… viens !
Isshin était étourdi de rencontrer son fils. Plus d’un an qu’il ne l’avait pas vu en chair et en os… et, brutalement, il l’attrapa pour le serrer contre lui. Ichigo faillit avoir un pur réflexe de défense mais se souvint à temps de l’endroit où il se trouvait. Le jeune homme ferma les yeux quelques instants, rendant l’accolade de son père.
— Que se passe-t-il dans ta vie ? demanda d’une voix rauque Isshin.
— Autant que je vous en parle à tous les deux en même temps… souffla Ichigo.
Quelques minutes plus tard, ce fut sa mère qui l’entourait de ses bras. Ichigo rencontra le regard humide d’Isshin, qui avait manifestement beaucoup de mal à contenir son émotion. Masaki se recula et observa son fils.
— Tu as beaucoup changé, Ichigo… Tu as l’air heureux…
— Je le suis…
Isshin rejoignit son fils et sa femme et les serra contre lui très fort.
— Je voudrais vous tenir plus souvent dans mes bras.
— C’est impossible…
— Qu’est-ce qui t’empêche de vivre normalement ? C’est ton travail de l’année dernière ? Je t’avais…
— Non… ce n’est pas ça.
Ichigo se gratta la tête, nerveusement. Masaki proposa :
— Viens t’installer avec nous dans le salon. Je prépare du thé et nous pourrons discuter tranquillement.
Quelques minutes plus tard, Ichigo raconta sa vie… celle dont ses parents n’étaient pas au courant. Ichigo voyait leurs mains s’étreindre. Il n’avait jamais rien dit jusqu’à présent mais cette partie de sa vie devait être su et, puis, il ne voulait pas cacher sa relation avec Sosuke. Et lorsqu’au bout de plus d’une heure, Ichigo arriva à la fin, le regard de ses parents était horrifié.
— Mais… comment n’avons-nous jamais pu deviner ce qui faisait ta vie…
— Je… je… peux voir ton dos, Ichigo ? souffla sa mère.
Sans un bruit, Ichigo fit glisser ses vêtements et, bientôt, il sentit les doigts de ses parents effleurer sa peau. Un frisson le traversa. L’angoisse aussi mais cela faisait longtemps qu’il s’était habitué à ce sentiment. Ichigo tourna un visage serein vers ses parents. Ses yeux brillaient du feu de sa détermination d’aller de l’avant.
— Même si, pour moi, les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû être… Même si vous trouvez cela injuste… j’aime ma vie. J’aime l’homme que j’ai rencontré et rien que pour cela, je remercie le Nuage Blanc, sans qui cela aurait été impossible pour moi d’approcher Sosuke.
— Mais c’est un yakuza ! objecta Masaki.
— Je suis un ninja, maman… un assassin à la solde du gouvernement ! Tu crois que je suis mieux que lui ?
— Tu as déjà… tué, fils ?
Ichigo leva les yeux vers son père et ne répondit pas. La lueur glacée qui traversa ses yeux n’avait nul besoin d’une réponse explicite.
— J’ai besoin de prendre un verre… marmonna Isshin.
— Il t’aime, au moins ? s’inquiéta Masaki.
À peine Masaki finit-elle sa question que le visage d’Ichigo rayonna. La mère s’approcha de son fils et lui caressa le visage. Son expression restait torturée mais le bonheur évident qu’affichait Ichigo la rassurait.
— Plus que n’importe quoi dans sa vie…
— Il ne lâcherait pas son organisation pour toi ? tenta Isshin.
— Je n’ai pas besoin de te répondre, papa…
Voyant le regard désapprobateur de Masaki, Isshin haussa les épaules et marmonna :
— Qui ne tente rien n’a rien…
— On pourra le rencontrer un jour ? questionna Masaki.
— Je suis sûr qu’il sera ravi de vous rencontrer… Il est adorable.
Ichigo, en songeant au terme « adorable » et à « Sōsuke Aïzen », faillit rire mais s’abstint. Il préférait que ses parents soient seuls juges. Le jeune homme resta jusqu’à une heure tardive de la nuit. Puis prit congé de ses parents discrètement. Il avait revêtu ses habits de ninja et se fondit dans la nuit.
°OoO°
Il fallut plus de deux heures à Ichigo pour rentrer. La maison avait un silence qui l’alerta. Immédiatement, le jeune homme se mit en alerte. Mais quand il vit l’ombre rassurante des yakuzas de faction, il se glissa silencieusement sur le toit de la demeure pour se diriger vers la chambre de Sosuke. La lumière était éteinte.
Les sens du jeune homme étaient à vif. Ce n’était pas normal. Sosuke dormait généralement à cette heure-ci. Ou, tout au moins, était dans la chambre et là, les draps ne semblaient nullement froissés. Sans bruit, Ichigo glissa le long des murs, ombre furtive. Jusqu’à ce qu’il croise un ninja en face de lui, au visage recouvert.
Les saï qui brillaient doucement sous la lumière lunaire firent comprendre au jeune homme qu’il ne pourrait que combattre. Ichigo retira de son dos son zatoichi. Il allait devoir être très prudent. Après une phase d’observation et de petites attaques pour tester l’adversaire, les deux ninjas échangèrent des coups en silence. Seul le bruit de leurs armes qui s’entrechoquaient se faisait entendre dans la nuit.
°OoO°
— Donc… Aïzen Sōsuke… reprenons : où se trouve Kurosaki Ichigo ?
— Je n’en ai aucune idée et même si je le savais, je ne vous le dirais pas !
Kensei envoya un coup de poing dans l’estomac du yakuza, maintenu en place par deux ninjas. Sosuke gémit et se mordit l’intérieur de la joue pour ne pas hurler de douleur. Il décida de ne plus prononcer la moindre parole. La torture, après tout, ce n’était pas ça qui lui faisait peur.
Kensei plissa les yeux. Cela faisait presque deux heures qu’ils étaient ici. Ils avaient cherché le moindre indice mais n’avaient rien trouvé. Les hommes d’Aïzen n’avaient vu arriver, il y avait à peine une demi-heure, que le yakuza, seul. Kensei avait eu l’idée de le buter immédiatement mais Nell lui avait demandé d’attendre. Avec un sourire cruel, elle avait déclaré devant Sosuke :
— Je veux qu’ils meurent en se rendant compte combien ils sont impuissants l’un pour l’autre !
Aïzen avait pâli mais il était plus que manifeste que ce n’était pas pour lui qu’il craignait. Non : ce regard froid et rempli de défi… cette lueur mauvaise qui lui donnait des envies de meurtre. Kensei allait frapper Sosuke à nouveau quand le fusuma éclata et deux ninjas apparurent devant les spectateurs de la salle.
Kensei et Sosuke reconnurent les deux silhouettes habillées de noir.
— Nell, arrête immédiatement ! Tu n’es pas assez forte pour Kurosaki !
Mais le couple qui se faisait face et se battait avec rage n’entendait rien. Ichigo esquiva un saï et, tombant à genoux, d’un mouvement très rapide, porta un coup dans le bas du ventre de Nell, qui hurla sous la douleur. Ichigo se redressa d’un mouvement souple et frappa la jeune femme au visage de toutes ses forces.
Kensei hurla et bondit sur Ichigo, qui attrapa un des saï lâchés par Nell et le planta dans le bras de son maître. Jouant avec son zatoichi, Ichigo voulut le planter dans le ventre de Kensei, qui disparut derrière lui. Les deux hommes engagèrent un combat à mort sous les yeux de Sosuke.
Ce dernier, en voyant son amant se battre contre Kensei, pâlit lorsqu’il vit la jeune femme, écroulée dans un coin, se mettre à quatre pattes, puis se redresser difficilement en prenant appui contre le mur.
Nell retira son masque, ensanglantant en partie son visage. La douleur, elle s’en moquait. Elle avait appris à grandir avec elle. Ce à quoi elle n’avait pas été préparée, c’était à la trahison de son ami, de son frère, de celui qu’elle aurait pu considérer comme son petit ami. De le voir se battre avec cette vigueur qu’il n’avait jamais montrée aux entraînements… qu’il ait pu tuer son père. Son cœur réclamait vengeance.
Son regard vert se porta sur le yakuza qui tentait désespérément de se libérer. Un sourire mauvais s’afficha sur ses traits. Ses yeux se portèrent sur les épées tai-chi accrochées au mur. Avec difficulté, elle s’empara de la lourde lame. Elle allait lui faire payer ! Il lui avait volé l’avenir du Nuage Blanc…
C’est avec souffrance que Nell se dirigea vers Aïzen. Le cauchemar de ses nuits depuis qu’elle avait appris qu’il était l’amant d’Ichigo et qu’Ichigo l’aimait en retour. Cela ne devait pas être… Ils étaient des ninjas… pas de vulgaires yakuzas de bas étage.
— Tu vas payer… Sōsuke Aïzen…
Sosuke leva les yeux lorsqu’il entendit prononcer son nom. Il vit cette femme alors qu’il tentait désespérément de se sortir des griffes des deux ninjas. Aïzen pâlit brutalement, non pas de voir la mort le saisir mais parce qu’il avait vu, derrière les bras relevés de Nell qui brandissait son épée comme une faucheuse allant abattre les âmes ayant atteint leur durée limite de vie, autre chose qu’il refusait de voir.
Ichigo résistait plutôt bien aux coups de Kensei, même si son corps était secoué par la puissance que dégageait son sensei. Ce n’était plus un jeu entre eux. Mais Ichigo, à sa surprise, se rendit compte que Kensei avait toujours été sérieux avec lui. Il avait l’impression d’être à l’entraînement et c’est en se rendant compte qu’il avait toutes ses chances qu’Ichigo rendit coup pour coup. Il frémit de joie de pouvoir clouer le bec à son sensei… lui qui lui reprochait sans cesse son manque d’application !
L’attention d’Ichigo fut attirée par une exclamation derrière lui. Il esquiva à temps une attaque de Kensei. Tournant sur lui-même, il vit l’épée brandie au-dessus de la tête de Sosuke. Ichigo fut incapable de réfléchir, tout au moins à sa situation : il bondit en avant et planta son zatoichi, l’enfonçant dans le dos de la ninja.
Un hurlement se fit entendre. Et la panique envahit les lieux. Ichigo se sentit projeté en arrière et il vit Kensei passer devant lui. Le jeune homme, en relevant le visage, croisa le regard désespéré de Sosuke qui avait réussi à s’échapper et se précipitait vers lui. Pourquoi paraissait-il aussi triste ? Pourquoi avait-il des larmes dans les yeux ? Son cœur se serra soudain. Il ne voulait pas voir son amant aussi accablé.
Sosuke repoussa Kensei, qui le gênait et qui était tombé sur le sol, pour récupérer le corps de Nell, sans vie. Son regard ne quittait pas celui d’Ichigo, qui le fixait, incrédule. Il était évident qu’il ne comprenait pas ce qui était en train de se passer.
Sosuke hurla le nom d’Ichigo, qui souffla :
— Sosuke ?
Aïzen ne voyait pas l’agitation soudaine de la pièce. Les tirs et les coups qui s’échangeaient. Il avait l’impression de vivre au ralenti. La lueur dans le regard d’Ichigo… Il prit le corps du jeune homme contre lui et sentit glisser entre ses doigts le sang chaud, lourd et poisseux. Sosuke voyait l’ambre des yeux se remplir de larmes et la compréhension venir se refléter à l’intérieur.
— Reste… reste avec moi, Tenkaishi… ne m’abandonne pas…
— Je reste… je resterai toujours avec toi… Sosuke…
Sosuke embrassa le front de son amant, qui s’accrochait maintenant à sa veste.
— J’ai mal… Sosuke… j’ai très mal…
— Chhhuuuuuuuutttttttttt…
Incapable de parler, Aïzen voyait s’éteindre son amant. Il ne pouvait pas détacher son regard de celui d’Ichigo. Ce dernier semblait se noyer dans son regard. Ichigo souffla :
— Bonne nuit ! Bonne nuit… Le chagrin de se séparer… Est si doux que je te dirais jusqu’à demain bonne nuit…
— Que le sommeil descende dans tes yeux, Et la paix dans ton sein… Et que ne suis-je, le sommeil et la paix, pour jouir d’un si doux repos !*
— Sosuke… j…
L’expression d’Ichigo se modifia et Sosuke n’eut pas besoin de s’assurer de la mort de son amant. Il l’avait vu si souvent agir au cours de sa vie. Il attrapa le corps d’Ichigo dans ses bras et le serra contre lui. Aïzen souffla :
— Je ne te laisserai pas avoir froid, Ichi… Jamais…
Sosuke sentait son cœur se refermer. Ses yeux restaient secs, son regard vide, incapable d’analyser ce qui se passait autour de lui. Il avait envie de hurler, mais ne le pouvait plus.
Difficilement, le yakuza se redressa, le corps du jeune homme toujours entre ses bras. Il se sentit bousculé mais n’y prêta pas attention. Il ne vit pas non plus la haie d’honneur qui se formait autour de lui. Il s’enferma dans sa chambre en tenant toujours serré contre lui le corps du seul homme qu’il ait jamais aimé.
- Roméo et Juliette, W. Shakespeare

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)