Chantage : 1

Ichigo était blême… Son cœur cognait douloureusement dans sa poitrine. Ses mains tremblaient et étaient moites. Comment sa famille en était-elle arrivée là ? La voix d’Isshin lui semblait lointaine, et les mots s’embrouillaient dans l’esprit du jeune homme. Il finit par reprendre une grande inspiration et observa le visage de son père, sombre.

— Donc, si j’ai bien compris… on te demande de fournir cinquante millions de yens (soit 378 000 €) dans trois jours pour régler cette affaire de remboursement de prêt ? Mais c’est complètement immoral ! Où vas-tu trouver cet argent ? Tu as tout investi dans la clinique ! Ils ne peuvent pas attendre ? Nous n’attendons plus que le rapport d’expert pour…

— Je ne sais pas trop…

Isshin se gratta la tête et avoua :

— J’ai été voir votre grand-père maternel afin de m’aider à résoudre ce casse-tête, mais il a refusé net de nous prêter cet argent ! Quant à cette histoire d’expert… nous ne savons toujours pas quand ils rendront leur avis.

— Pourquoi ? s’énerva Ichigo. Une fois l’héritage dans notre famille, tu pourras rembourser tes dettes… Ils devraient pourtant avoir confiance…

— L’établissement financier est en faillite et demande le remboursement de toutes les dettes. En plus, ton grand-père est borné ! marmonna Isshin. Il a certainement ses raisons.

— Je vais aller le voir ! Il ne peut pas nous laisser comme ça !

Ichigo était remonté. Pourtant, Isshin posa une main sur l’épaule de son fils pour le calmer.

— Ichigo… le problème du remboursement est le mien et tu n’as pas à intervenir. Je vous en parle uniquement parce que je vais devoir vendre la maison si ça continue comme cela. Je suis au pied du mur, et cela ne m’enchante pas plus que ça de t’en parler, à toi et à tes sœurs. Mais je ne peux plus cacher cette vérité plus longtemps.

Karin et Yuzu écoutaient gravement leur père. Ichigo observa sa mère et ses sœurs, qui avaient l’air effondrées par la nouvelle. Isshin, quant à lui, faisait des efforts pour ne pas laisser transparaître son trouble.

Ichigo prit sa décision : il irait voir son grand-père le lendemain. Le dîner se passa dans le calme. Le roux quitta la table juste après le repas, prétextant finir ses devoirs.

Ichigo claqua la porte de sa chambre et s’installa sur son lit, pensif. Comment un lycéen pouvait-il aider ses parents dans une telle situation ? Perdre leur maison… tout ça à cause d’un mauvais timing entre le remboursement d’un prêt et l’arrivée de l’héritage ?

°oOo°

Ichigo longea les grands murs bordant la propriété de son grand-père. Une fois à la porte, le garde reconnut le jeune homme et lui ouvrit un battant du grand portail. Il remonta l’allée arborée, jusqu’à voir apparaître le château.

Le majordome salua Ichigo, qui demanda où se trouvait le vieil homme.

— Dans le salon…

— Merci, Sasabike…

Ichigo traversa la maison au pas de charge et entra après avoir frappé discrètement. Le roux pénétra dans la pièce et se dirigea vers sa grand-mère pour l’embrasser. Cette dernière laissa échapper quelques exclamations ravies.

Puis il fit face au vieil homme, qui n’ouvrait pas les yeux. Ils se saluèrent brièvement et, après quelques banalités, Ichigo attaqua ce qui lui tenait à cœur.

— Yama-jii, j’ai besoin de te parler…

— Au sujet de ton père, je présume ?

— Oui !

— Hors de question !

— Mais tu ne sais pas…

— J’ai dit non à ton père, et c’est indigne d’envoyer son fils pour ce genre de problème. Tu me diras, ça ressemble bien au clan Kurosaki-Shiiba !

— Je t’interdis de dire cela… Papa ne m’a pas envoyé ici. Je suis venu de ma propre initiative, rétorqua le roux avec agressivité.

Ichigo serra convulsivement le poing et défia son grand-père du regard. Sa grand-mère voulut intervenir, mais Yamamoto leva une main pour l’en empêcher. Il répondit calmement :

— C’est facile pour toi… du haut de ta position, de refuser ton aide à ta famille. D’autant qu’il ne s’agit que d’une aide sur une courte durée. Mon père n’est pas un voleur ni un brigand… et il fait partie d’une famille noble !

— Tu ne sais pas de quoi tu parles… jeune homme ! Isshin n’a jamais été le bienvenu ici et ne le sera jamais !

— Grand-père ! s’emporta le roux. Au pire, il ne s’agit que d’un mois ou deux !

— Ou trois ou quatre…

— Et alors ? Ce n’est pas comme s’il t’empruntait sur plusieurs années !

— Hors de question ! Même ta mère n’est pas venue me voir, connaissant ma position.

Le ton était inflexible… Ichigo se sentit accablé.

— J’avais peut-être plus de foi en toi qu’elle !

— Tss ! Sottise !

— Je ne resterai pas les bras croisés… gronda Ichigo, furieux.

Le jeune homme quitta brutalement la maison, sous les appels désespérés de sa grand-mère. Il était sûr qu’elle ferait passer un sale quart d’heure à son grand-père. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Que pouvait-il faire ? Il soupira d’exaspération.

°oOo°

Ichigo ne suivait plus vraiment les cours depuis deux jours. Il reçut plusieurs avertissements, mais il n’en avait cure. Demain était le dernier jour !

À la pause déjeuner, le roux monta sur le toit du lycée et observa les élèves qui déambulaient tranquillement dans la cour. Ses doigts serraient le grillage, et ses jointures pâlirent.

— Tu as un problème, Ichigo ?

Le roux sursauta en entendant la voix soucieuse de Keigo. Il se tourna à demi et observa le brun avec un air abattu.

— Rien… ce n’est rien !
— Si tu ne peux pas te confier à tes amis — dont je fais partie — à qui pourrais-tu te confier ? Allez, viens, on va discuter !
— Non, tu ne peux rien pour moi…
— Avant de mettre la charrue avant les bœufs, parle ! On ne sait jamais ! Après tout, qu’est-ce que tu risques ? À part que je me mette à éclater de rire si tu t’es fait jeter par une fille… comme moi, je le suis régulièrement, et puis…

— La ferme ! Ce n’est pas une fille !

— Ouf ! Tant mieux… j’avais peur de passer pour un con en n’ayant pas encore eu de déclara…

Keigo rougit violemment et s’écria :

— Oublie ce que je viens de dire !
— Crétin ! Si tu as un filon pour me permettre d’avoir cinquante millions de yens, je prends !

Le brun haussa les sourcils, surpris.

— Ta famille n’est pas noble et n’a pas de fric ?
— Si ! Mais là… avec les histoires d’experts et d’avocats pour l’héritage, et le remboursement d’un prêt qui doit se faire plus rapidement que prévu, sans parler des investissements de papa… bref, si ça continue comme ça, demain je risque de finir à la rue !
— Merde… c’est sérieux…

Les deux adolescents discutèrent de la situation, et Keigo se gratta le front, pensif. Il hésita un instant, puis finit par dire :

— J’ai peut-être une solution… mais ce n’est pas très légal…
— Dis toujours !
— Y a un prêteur sur gage dans le centre de Karakura. Normalement, il est là tous les jours en fin d’après-midi. Il s’appelle Gin Ichimaru. Tu devrais le trouver dans un bureau… En fait, je vais te faire un plan et t’écrire son adresse, ça sera plus simple.

Les deux adolescents retournèrent dans la salle de classe et Keigo écrivit rapidement le nom et l’adresse de l’homme. Il fit un plan succinct et donna quelques recommandations au roux.

— Y a pas de risque ? Et puis, c’est une grosse somme ? fit remarquer Ichigo, le cœur battant sourdement.

— En fait, je suis déjà allé le voir, j’avais aussi des soucis d’argent… Enfin bref, je lui ai demandé et il m’a fourni les fonds. La seule chose, c’est de rembourser en temps et en heure, parce que les intérêts grimpent vite !

— Ok !

Ichigo regarda la feuille que Keigo lui tendait, dubitatif. Il finit par la récupérer et retourna à sa place. Pendant les cours, il observa longuement ce bout de papier griffonné.

Finalement, à la fin de la journée, Ichigo rentra chez lui. Il sortit le feuillet et le posa sur son bureau. Il se changea et enfila rapidement un pantalon et une chemise dont il laissa le col ouvert. Le roux songea qu’une tenue un peu plus mature l’aiderait davantage que ses T-shirts et ses jeans.

Il croisa sa mère, surprise par son accoutrement.

— Tu as un rendez-vous ?

— Oui !

— Avec une jeune fille ?

Ichigo haussa un sourcil. Sa mère lui fit un clin d’œil avant d’ajouter :

— Dépêche-toi alors… n’arrive pas en retard ! Et surtout, évite ton père… sinon, il va te surcharger de conseils qui ne seront pas forcément les meilleurs !

Masaki rit doucement en se souvenant des techniques de drague d’Isshin. Le roux lui adressa un petit sourire qu’il espérait convaincant.

Ichigo sortit rapidement et se dirigea vers le centre-ville. Il marcha d’un pas rapide jusqu’au lieu indiqué, puis s’arrêta devant la boulangerie et observa longuement la façade.

Après quelques hésitations, il inspira profondément et entra dans la boutique.

Il attendit patiemment son tour et donna le mot de passe que Keigo lui avait indiqué. Il se sentait vraiment idiot et se demandait si le commerçant n’allait pas l’envoyer promener. Au lieu de cela, un sourire illumina le visage de ce dernier, qui l’invita à le suivre, tandis que les autres clients étaient pris en charge par d’autres serveurs.

— Vous êtes envoyé par qui ? demanda doucement le blond.

— C’est… un ami qui m’a donné l’adresse…

Ichigo était écarlate, ce qui jurait avec ses cheveux. Le blond rit doucement, une lueur moqueuse dans le regard.

— Suivez-moi…

Le jeune homme monta un grand escalier lumineux et blanc. Son cœur battait toujours plus vite, et il se crispa en croisant deux ou trois hommes en costume noir.

Finalement, ils s’arrêtèrent devant une porte à double battant, au deuxième étage. Un « Entrez » leur parvint.

Le blond ouvrit la porte et salua quelqu’un qu’Ichigo ne voyait pas encore.

— Gin… je t’apporte un charmant jeune homme… ne le terrorise pas trop, il a l’air timide !

— La ferme, Kisuke ! Retourne bosser…

Sur ces mots, le blond adressa un clin d’œil au roux avant de sortir. Ichigo resta un instant sur le seuil.

Il aperçut un homme penché sur des papiers. Des cheveux mi-longs, argentés, retombaient sur son visage partiellement caché.

Ichigo ne savait plus vraiment comment se comporter. Le silence s’éternisait. Finalement, Gin releva la tête et posa son regard sur lui. Un sourire moqueur se dessina sur ses lèvres.

La voix d’Ichimaru résonna dans la pièce, tel un glas dans le cœur d’Ichigo.

— Oooh… que vois-je ? Un gentil lapin égaré… Entre et ferme la porte, jeune homme.

Ces mots doucereux firent frémir l’adolescent. Un frisson d’angoisse le parcourut. Il hésita, puis inspira profondément… de toute façon, il était déjà là.

Gin lui désigna un siège en cuir en face de lui et l’invita à s’asseoir.

Malgré ses gestes courtois et son sourire de façade, Ichigo percevait une tension dans l’atmosphère. Le luxe des lieux, l’élégance de l’homme… et surtout son autorité lui firent comprendre qu’il n’était pas face à un adolescent, ni même à un adulte rassurant comme ceux de son entourage.

Le sourire de l’homme ne cessait de s’élargir, mettant Ichigo de plus en plus mal à l’aise. Ichimaru lui proposa une boisson, mais le roux était incapable de boire quoi que ce soit. Il était même prêt à quitter les lieux, et Gin le remarqua.

Ce dernier s’enfonça dans son siège et posa ses coudes sur les accoudoirs. Le bout de ses doigts se rejoignit, formant une pyramide devant sa bouche. Un silence plana quelques instants, faisant s’emballer les battements de cœur de l’adolescent.

— Que puis-je pour vous ?

Ichigo déglutit et se lança.

— Un ami m’a dit que vous pourriez me prêter de l’argent !

Gin haussa un sourcil et hocha la tête.

— C’est exact ! Enfin, cela dépend de quelle somme…

Le jeune homme trembla et rougit quelque peu.

— J’ai besoin de cinquante millions de yens !

Un léger sifflement lui répondit. Un silence pesant s’installa durant quelques instants… Ichigo se sentit oppressé par le regard posé sur lui. Les yeux de Gin le scrutaient de haut en bas, et l’adolescent aurait aimé disparaître à cet instant.

— Rien que ça ? finit par reprendre très lentement l’albinos. C’est une jolie somme… et comment comptes-tu me rembourser mon argent ? Tu as de sérieuses garanties, je suppose…

— Mon père attend de récupérer son héritage et… là, il doit rembourser un prêt très important.

— Héritage ? Quel héritage ? Et important comment ?

Le ton inquisiteur, surtout lorsque le prêteur sur gage se pencha légèrement en avant, troubla Ichigo, qui faillit perdre le fil de ses pensées.

— Celui des Kurosaki-Shiiba !

Gin ouvrit les yeux, et Ichigo découvrit de magnifiques iris bleu clair. Sa gorge se noua.

— Tu es un descendant de cette noble famille ?

— Mon père est le descendant direct… Malheureusement, une autre partie du clan veut le déstabiliser. Les experts doivent rendre leur avis prochainement et, demain, papa doit rembourser son prêt.

— Demain ? Gin sursauta. Tu te rends compte de la somme que tu me demandes, et cela pour demain ? Certes, je les ai, mais… je dois faire un chèque de banque spécial pour te permettre de toucher cet argent.

Ichimaru sembla réfléchir à la question, puis reporta son attention sur le jeune homme. Le sourire narquois avait disparu, et Gin afficha une détermination qui ébranla un peu plus l’adolescent.

— Y a-t-il quelque chose qui me prouve que tu fais effectivement partie de ce clan ?

L’orangé fronça les sourcils, puis passa une main autour de son cou et sortit une chaîne à laquelle était accroché un médaillon portant les symboles de la famille Kurosaki-Shiiba.

Gin se leva et s’approcha de lui. Sa main souleva lentement le médaillon, et il se pencha pour en vérifier l’authenticité. L’odeur de l’homme assaillit Ichigo et affola ses sens. Son cœur battit plus lourdement, si fort qu’il eut l’impression que l’albinos pouvait l’entendre depuis l’endroit où il se trouvait.

Gin relâcha le pendentif et se redressa. Ses yeux s’ouvrirent à nouveau, et un air grave s’afficha sur son visage. Sa voix résonna froidement dans la pièce, et Ichigo déglutit.

— Je ne pourrai pas vous faire le chèque aujourd’hui. Je dois joindre ma banque pour obtenir un chèque en bonne et due forme. Vous l’obtiendrez demain matin. Sachez que je souhaite un remboursement dans un mois, jour pour jour.

— Un mois ? Pas plus ?

— Non ! C’est à prendre ou à laisser…

— Mais… si je n’arrive pas à obtenir cet argent d’ici ce délai ? Dans deux mois, c’est certain, je vous rembourserai, mais…

— Écoutez-moi bien, Kurosaki-sama. Soit vous acceptez mes termes, soit vous sortez ! C’est moi qui prends un risque…

Ichigo rougit violemment et fronça un peu plus les sourcils.

— Si je n’arrive pas à vous rembourser à temps ?

— C’est simple, vous deviendrez mon amant jusqu’à ce que vous me remboursiez la somme d’argent !

La réplique tomba comme un claquement qui ne souffrait aucune discussion.

Le roux écarquilla les yeux et les posa sur Ichimaru, stupéfait et interloqué.

— Mais… mais…

— Vous avez le choix ! Soit vous acceptez l’argent et vous sortez votre père de l’embarras, afin qu’il puisse recouvrer son héritage en toute tranquillité sans vendre vos biens… Ce qui vous coûtera, au pire, votre virginité, si elle est encore là…

Ichigo piqua un fard et foudroya le plus âgé du regard.

— Et je ne vous demanderai aucun intérêt… Tout le monde ne peut pas se vanter d’avoir possédé un noble encore vierge de la plus haute lignée du Japon ! Mais ce n’est que dans le pire des cas, après tout ! Et… si vous souhaitez vous dérober à cette obligation, sachez que je pourrais vous le faire amèrement regretter, à vous… mais aussi à votre famille ! Mais je pense qu’un noble n’a qu’une seule parole ?

Un sourire torve accompagna ses dernières paroles.

Ichigo tremblait sous l’émotion qui l’étreignait. Ses neurones fonctionnaient à toute vitesse, et son cœur battait à tout rompre.

— J’ai besoin de réfléchir !

— Comme vous le voulez, mais vous n’avez plus beaucoup de temps, et moi non plus… Les bureaux bancaires vont bientôt fermer !

Ichigo se sentait coincé. Il n’avait pas beaucoup d’options. Finalement, il releva la tête et murmura :

— J’accepte !

— Magnifique ! s’exclama l’albinos.

Ichimaru prit son téléphone, joignit sa secrétaire et lui donna des instructions. Ses yeux bleus ne cessaient de parcourir le corps d’Ichigo, qui sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale. Puis, se tournant vers le roux, il déclara :

— Demain matin, je vous donnerai le chèque. Je vais faire établir un « contrat » entre nous, avec le détail de toutes les conditions qui nous lient. Lorsque vous l’aurez signé, je vous remettrai le chèque de banque.

— À quelle heure ?

— Vers onze heures du matin, je devrais avoir le chèque et le contrat.

— Bien…

Ichigo se leva, jeta un dernier regard à l’albinos et quitta la pièce. Avant qu’il ne referme la porte, la voix d’Ichimaru retentit :

— N’oubliez pas, Kurosaki-sama… Si vous ne respectez pas vos engagements et votre parole, je pourrai vous le faire regretter amèrement !

— Je n’ai pas besoin de ce rappel.

Le roux referma la porte dans un claquement et disparut rapidement des lieux.

Lorsqu’il rentra chez lui, il salua brièvement sa famille et s’enferma dans sa chambre, les pensées tournant à cent à l’heure. Personne ne mangea vraiment ce soir-là, et ce fut avec soulagement qu’Ichigo regagna sa pièce.

Une seule chose résonnait dans sa tête : devenir l’amant de ce type.

Comment avait-il pu accepter un tel marché ? Ses pensées dérivèrent vers sa famille, les investissements de son père, sa mère, son grand-père, ses sœurs… Ichimaru. Son cœur se mit à battre furieusement.

Ichigo eut beaucoup de mal à s’endormir ce soir-là. Pourtant, sa détermination ne flancha pas.

Le lendemain, il quitta la maison un peu plus tard que le reste de la famille. Une fois qu’ils furent partis, il se changea et sortit pour se diriger vers le commerce d’Ichimaru. Sa démarche n’était pas rapide ; ses pas ralentissaient au fur et à mesure qu’il approchait de la boulangerie.

Une fois devant la porte, il repoussa le battant et entra. Le serveur blond le vit, lui adressa un sourire et lui montra l’arrière-boutique où se trouvait l’escalier.

Ichigo se dirigea vers les marches et, lorsqu’il les gravit, eut l’impression de monter à l’échafaud. Pourtant, c’était lui seul qui s’était fourré dans une telle situation. Son cœur cognait tellement fort qu’il crut qu’il allait sortir de sa cage thoracique. Ses mains étaient moites et tremblaient lorsqu’il les posa sur le battant. Il respira à plusieurs reprises et frappa doucement.

La voix reconnaissable d’Ichimaru résonna.

Lorsqu’il ouvrit la porte, il vit l’homme confortablement installé au fond de son siège. Une jambe repliée sur l’autre, un coude posé sur l’accoudoir, la tête penchée et maintenue par trois doigts. Le fin sourire qui éclairait son visage rendit Ichigo très nerveux. Le roux fronça les sourcils, s’avança d’un pas déterminé et se planta devant le bureau.

— Je vous admire, Kurosaki-sama… Je ne pensais pas vous revoir ce matin !

Ichigo déglutit, mais lui adressa un regard de défi. Gin laissa entendre un léger rire. Il désigna un siège à l’orangé, qui s’installa sur le bord du fauteuil, attendant sa « sentence ». Ichimaru s’amusait beaucoup, mais ne le montrait pas. Inutile d’effrayer le jeune homme plus qu’il ne l’était déjà.

L’albinos sortit alors un dossier d’un tiroir de son bureau. Il se pencha légèrement et le posa devant Ichigo. Il resta silencieux, laissant le jeune homme prendre conscience de toute l’ampleur de son geste. Le roux haussa un sourcil interrogateur.

L’adolescent prit le dossier entre ses mains. Il resta un moment immobile, puis l’ouvrit. Son cœur accéléra. Il vit alors un chèque d’un montant de cinquante millions de yens en haut du contrat. Ichigo souleva les pages et lut les modalités. Un frisson d’angoisse le saisit. Il avait la sensation que sa tête voulait l’entraîner loin de ce lieu, tandis que ses jambes restaient tétanisées.

Ichigo leva la tête et croisa les yeux bleu froid de Gin. Tout sourire avait disparu du visage de l’homme en face de lui. Le roux se sentait écrasé par toute sa prestance et son assurance, mais surtout par sa froideur. Ses airs faussement amusés l’avaient quitté, et une impression inquiétante le saisit.

Le roux murmura :

— Je dois signer à quel endroit ?

Un sourire s’afficha à nouveau sur la bouche sensuelle de l’albinos, qui sortit son stylo et le tendit au jeune homme.

— Vos initiales à toutes les pages, dans le coin à droite, puis votre signature et la date sur le dernier feuillet. Sachez que votre remboursement devra être effectué dans un mois, avant midi !

— Bien.

Ichigo parapha toutes les pages et, à sa grande surprise, ne trembla pas lorsqu’il signa en bas du contrat.

— Voilà ! Nous sommes liés à présent !

La voix doucereuse faisait vibrer les fibres du corps de l’adolescent comme s’il s’était agi des cordes d’un archet trop tendu. Le roux ne put s’empêcher de prononcer :

— J’ai la nette impression que vous aimeriez que je n’arrive pas à vous rembourser cette somme !

Gin éclata d’un rire franc, comme si Ichigo avait prononcé la blague la plus drôle de l’année. Puis, reprenant son sang-froid, il déclara nettement :

— Sachez que vous me plaisez… et même beaucoup ! S’il s’était agi d’une autre personne, je ne vous aurais même pas écouté. Oui, je vous l’avoue… j’aimerais que vous ne puissiez pas me rembourser immédiatement !

Ichigo sentit un frisson d’angoisse le traverser.

— Vous allez empêcher les… le… de donner…

Le ton du jeune homme était angoissé.

Gin claqua sa langue contre son palais et murmura mielleusement :

— Ne me donnez pas plus de pouvoir que je n’en ai ! Prenez votre chèque et disparaissez. Je vous donne rendez-vous dans un mois… Kurosaki-sama !

Ichigo, qui avait toujours le dossier sur les genoux, scruta le chèque comme si ce dernier allait le mordre. Finalement, il le souleva et le tira. Le roux ferma le dossier d’un coup sec. Il empocha le chèque, se leva, salua poliment l’albinos et quitta la pièce.

L’adolescent avait l’impression de laisser une part de lui dans cet endroit.

°oOo°

Le roux était très nerveux en se levant ce matin-là. Il n’avait presque pas dormi de la nuit. Ses pensées avaient couru sans relâche. Il se souvenait de la façon dont les créanciers avaient pris le chèque sans que son père puisse le voir. Du soulagement de sa mère. Des questions d’Isshin auxquelles il avait dû répondre.

Ichigo avait menti en prétendant que son grand-père avait cédé et lui avait fait le chèque à la dernière minute.

Isshin avait eu l’air de douter, mais la mère d’Ichigo avait semblé ravie et avait gentiment disputé son mari en lui disant qu’il ne devrait plus douter de son père à présent. Le père du roux semblait sceptique, mais n’avait finalement pas posé plus de questions.

Et là, aujourd’hui, il devait rembourser l’albinos et… il n’avait rien !

L’angoisse étreignait tellement Ichigo qu’il fut incapable de manger. Il était pâle et avait une tête à faire peur. Sa mère et son père s’inquiétèrent, mais Ichigo donna pour excuse une mauvaise nuit. Ce qui était vrai, somme toute. Il ne dormait plus vraiment depuis qu’il avait signé ce contrat, et là… un blanc s’installa dans l’esprit de l’orangé.

Il attendit que ses parents sortent, puis se changea et enfila un pantalon, une chemise et une veste. Le froncement de sourcils qui s’était installé depuis quelque temps barrait son visage. Pourtant, il ne fléchit pas… il assumerait !

Ichigo se dirigea d’un pas décidé jusqu’à la boutique d’Ichimaru et monta sans qu’on lui indique la direction. Le blond le regarda simplement, surpris. L’orangé refusa de réfléchir davantage. Il frappa discrètement à la porte, et la voix qu’il ne connaissait que trop bien lui signifia d’entrer.

Le roux entra d’un pas décidé. Il referma la porte et, repoussant toujours ses pensées les plus folles, marcha volontairement jusqu’au bureau de Gin, avant de baisser les yeux vers lui.

Un silence s’installa.

Gin finit par murmurer :

— Alors ?

Ichigo ne répondit pas. Il était incapable d’articuler quoi que ce soit. Un lent sourire se forma sur le visage de l’albinos. Un frisson d’angoisse étreignit le roux.

Ichimaru se leva lentement de son bureau et en fit le tour sans précipitation. Il s’arrêta devant lui. Les deux hommes se firent face. Gin ouvrit les yeux, et son regard azur se posa sur le jeune homme. Sa main monta lentement vers le visage de l’orangé ; son index caressa le bord de la mâchoire du plus jeune, qui se crispa mais soutint son regard.

— Le lapin s’est fait capturer…

La voix de Gin n’était qu’un murmure… et pourtant, pour Ichigo, ses paroles ressemblaient à un hurlement.


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)