Chantage: 2

Gin Ichimaru

Ichigo sentait la caresse des doigts de Gin sous sa mâchoire. Le geste était doux, presque bienveillant. La lueur, dans ses yeux bleus, en revanche, le tétanisait. Le désir y était inscrit ; pourtant, à la surprise du jeune homme, l’albinos ne se jeta pas sur lui. La voix de Gin n’était qu’un chuchotement, mais l’ordre était clair lorsqu’il s’exprima :

— Approchez… Kurosaki-sama…

Le jeune homme sentait confusément que la courtoisie affichée par son interlocuteur l’amusait… comme si la position qu’Ichigo occupait était un nouveau jeu. Tétanisé, le cerveau embrumé, LE jeune homme fut incapable d’avancer.

Gin fronça les sourcils, abandonna son air faussement amusé et répéta d’une voix plus ferme :

— Approchez, j’ai dit ! Que ce soit clair… Kurosaki-sama… vous m’obéirez au doigt et à l’œil !

Ichigo déglutit péniblement, et son regard angoissé rencontra celui, bleu azur, de Gin. Ce dernier plissa les yeux pour cacher sa surprise.

Pourquoi une telle peur ?

Certes, il n’était pas un enfant de chœur, mais Kurosaki n’était pas non plus un jeune adolescent, et ne devait plus être vierge depuis longtemps… Alors pourquoi se comportait-il comme un lapin apeuré ? Avait-il mal évalué le risque ?

Le roux s’avança et combla l’espace entre lui et Gin, les yeux incapables de se détacher de ceux de l’homme, que celui-ci dissimulait derrière ses paupières mi-closes. Jamais il n’avait ressenti une telle panique.

Le cerveau d’Ichigo ne répondait plus : un blanc total s’était formé. Et lorsqu’il releva la tête, qu’Ichimaru encadra son visage de ses mains, à part le rythme fou de son cœur — preuve qu’il était vivant — le reste de son corps lui semblait de plomb.

Ichimaru détailla chaque parcelle de ce visage qui l’observait avec une expression de terreur mêlée de stupéfaction. Ses doigts minces caressèrent la peau bronzée, si différente de la sienne.

Gin était captivé.

Même si la situation l’avait amusé quelques minutes, il prenait maintenant, lui aussi, toute la mesure de sa transaction. Le jeune homme lui paraissait si vulnérable, à cet instant, qu’il aurait juré qu’il n’avait pas plus de quinze ans… Il chassa vite cette idée saugrenue. Et comme pour se rassurer, il se pencha et effleura de ses lèvres celles du jeune homme, toujours figé.

Ichigo ne savait plus quoi faire pour s’en sortir et, quand un semblant d’idée lui effleura l’esprit, il vit le visage de l’albinos s’approcher du sien.

À sa surprise, l’homme se montra d’une infinie tendresse : il embrassa ses lèvres, ou plutôt les frôla, à peine. Une sensation presque imperceptible de chair contre chair ; surtout le souffle chaud qui chatouillait sa bouche. Elle s’ouvrit, par réflexe, sous ces caresses aériennes.

Gin, voyant le passage s’ouvrir alors que la mâchoire du jeune homme était restée fermée un instant plus tôt, lui donna un baiser à peine plus insistant.

Ses doigts glissèrent dans la masse des mèches orange ; il bascula la tête du jeune homme, désormais hypnotisé par ses gestes.

Un sourire fugitif effleura Gin, qui se concentrait davantage sur ses propres sensations : sur le magnétisme de ces yeux orange, sur l’attrait presque magique qu’ils exerçaient sur lui, l’empêchant de réfléchir ou de se ressaisir comme il en avait eu l’intention.

Ichigo, se laissant guider par son instinct et s’envoûtant totalement, glissa ses mains sur la chemise de Gin, brûlant ce dernier de la caresse involontaire de ses doigts.

Un léger soupir s’éleva du fond de la gorge de l’albinos, qui enlaça la taille d’Ichigo d’un bras et attira sa tête un peu plus près. Les deux hommes se regardaient, haletants, sous l’emprise de la présence de l’autre… puis leurs lèvres s’unirent impétueusement, presque voracement.

Ce baiser était aux antipodes des précédents. Le jeune homme sentit ses entrailles se soulever au contact plus étroit de leur étreinte. Jamais, au grand jamais, il n’aurait cru qu’un simple baiser puisse être si captivant : vous emporter dans un tourbillon d’émotions, vous faire oublier tout ce qui vous entoure, incendier — et laisser une trace indélébile au fond de votre être.

Lorsque la langue d’Ichimaru franchit le seuil de ses lèvres et chercha la sienne, Ichigo agrippa la chemise de l’homme et l’attira à lui pour répondre à la frénésie qui les emportait. Il se retrouva bientôt coincé entre le bureau et Gin. Le contact de leurs corps était si intime qu’aucun des deux n’ignora le désir de l’autre, qui montait encore.

Les mains de Gin couraient maintenant sous la chemise du jeune homme. Ichigo sentit des frissons d’excitation le parcourir ; il ne sut à quel moment sa chemise était tombée, mais la fraîcheur sur sa peau, et ce regard posé sur lui, le firent rougir. Gin murmura :

— Vous êtes adorable… tellement beau…

Gin ne se lassait pas de contempler ce corps si bien dessiné. Du bout des doigts, il en suivit chaque contour anguleux, découvrant, dans ce parcours un peu aléatoire, des zones plus sensibles que d’autres.

Avec un plaisir non dissimulé, Ichimaru taquina les parties les plus réactives du jeune homme. Ichigo tremblait sous ces doigts experts ; sa respiration se fit courte et son cœur sembla prêt à éclater sous l’excitation et l’émoi qui s’emparaient de lui.

L’adolescent prit appui sur le bureau pour ne pas basculer et, lorsque la bouche et la langue de Gin léchèrent sa peau veloutée, un gémissement lui échappa.

La langue de Gin caressait inlassablement le téton tendu, tandis que ses mains parcouraient les flancs tremblants du bel orangé. Jamais il ne s’était senti aussi captivé par quelqu’un.

Le moindre gémissement, le moindre halètement le rendait fou. L’odeur de savon et de cologne, à peine perceptible, brouillait ses sens. L’abandon total du jeune homme contrariait ses plans initiaux — il avait voulu que ce soit Ichigo qui le “prenne” — mais, à présent, Ichimaru ne désirait qu’une chose : posséder ce corps. Le captiver autant qu’il le fascinait.

Gin dut se l’avouer : jamais il n’avait éprouvé pareil trouble.

Sans précipitation, voulant savourer chaque découverte, il traçait des sillons de feu sur cette chair excitée.

Inexorablement, sa bouche descendit sur ce corps dont il avait rêvé les nuits précédentes. Ichigo était enfin là, entre ses bras, et réagissait plus que favorablement à ses attentions.

Gin remonta en frôlant volontairement son propre corps contre celui de son amant, qui le fixait avec passion : pupilles dilatées, expression où couvait le feu du désir. La bouche entrouverte, sensuelle, telle un fruit prêt à être cueilli, attendait de nouvelles caresses… que Gin accorda sans arrière-pensée. Cette bouche était à lui ; ces soupirs étaient pour lui ; ce désir était entre eux.

Ichigo sursauta légèrement quand le corps du plus âgé se frotta à lui de façon aguichante. Il sentit ses joues s’empourprer lorsqu’une érection traîtresse tendit clairement la toile de son pantalon.

Jamais il n’avait ressenti des sensations aussi exacerbées. La gêne monta en même temps que des vagues de plaisir. Pourtant, Gin l’embrassait toujours, lui arrachant des soupirs ; ses mains se mirent d’elles-mêmes à enlacer le cou de l’albinos, tandis que l’autre glissait sur sa chemise pour en défaire les boutons. Ichigo voulait sentir sa peau contre la sienne, allumer le même brasier qu’il allumait en lui. Les gestes étaient maladroits, mais il y parvint. Et lorsque Gin le fit basculer sur le bureau, Ichigo sentit la chair brûlante de son amant contre lui.

Les yeux bleus étaient devenus des braises incandescentes. Gin s’était délecté des attouchements presque timides du jeune homme — parfois incisifs. Il l’avait laissé faire, ne voulant pas qu’Ichigo puisse l’accuser de le forcer. Il était plus que consentant : il était actif. Quand il fit basculer le roux, son cœur bascula aussi ; voir le jeune homme si vulnérable le rendait déraisonnable.

Ichigo arrondit les yeux quand l’une des mains de Gin caressa son entrejambe avec insistance, sans précipitation. L’orangé crut devenir fou et se cambra sous cette caresse que personne — pas même lui — n’avait encore osé sur sa personne. Sa respiration se hâta, et lorsque Ichimaru fit glisser le pantalon et le boxer du roux jusqu’à ses chevilles, une timidité soudaine le saisit, malgré un plaisir démesuré.

Gin susurra à son oreille :

— Caresse-toi devant moi…

Ichigo devint écarlate, et Gin trouva cette couleur cramoisie adorable — mais aussi terriblement provocante. Le cœur de l’adolescent accéléra brutalement, pourtant il ne baissa pas les yeux. Il se jura de ne pas faiblir. Une lueur de défi s’alluma : il saisit son sexe et se caressa d’abord timidement, puis avec plus de conviction.

Les yeux d’Ichigo, qu’Ichimaru scrutait, devinrent lave en fusion ; l’expression de plaisir et les gémissements étouffés l’excitèrent plus encore que le mouvement en lui-même.

Gin, au comble de l’excitation, repoussa la main d’Ichigo pour la remplacer par la sienne. Il souleva légèrement le buste du jeune homme, embrassant inlassablement ces lèvres qui, quelques instants plus tôt, étaient pincées par des dents de porcelaine. Ichimaru se traita de fou… Il avait prévu un hôtel, et le prenait sur son bureau. Il sentit la crispation du jeune homme, ses bégaiements :

— Je… je… je suis… dé-désolé !

Gin leva la main, lécha la semence qui y avait coulé ; sa langue fit un léger bruit de succion. Le roux sentait contre lui la chaleur de l’érection de Gin et, sans attendre un ordre, il défit le bouton, abaissa la fermeture.

Le pantalon tomba, ainsi que le boxer, et Ichigo, rouge comme une pivoine, empoigna le sexe de l’albinos. Les premiers mouvements furent maladroits, puis il imposa bientôt une cadence tantôt soutenue, tantôt plus lente.

Être caressé sous le regard de son amant — à quelques centimètres du sien — était terriblement excitant, surtout quand celui-ci affichait cet air conquérant, tout en dégageant une innocence troublante. Ichigo se laissa choir et Gin se demanda ce qu’il allait faire.

Quand il sentit la bouche humide se refermer sur lui, commencer le subtil jeu d’une danse érotique, son sang s’emballa. Il baissa les yeux, ouvrit les paupières et laissa voir l’azur de son regard ; la fusion avec ces yeux ambrés le brûla, comme au fer rouge, au cœur.

Les deux hommes se regardaient, incapables de se détacher l’un de l’autre… Gin laissait échapper des halètements de plaisir ; voir le roux s’activer ainsi, avec ardeur, parfois maladroitement, l’excitait démesurément. L’albinos caressa son buste, titilla ses mamelons, cherchant plus de sensations. Les mains d’Ichigo glissèrent sur ses fesses et les pétrirent doucement, comme s’il n’osait pas aller au bout. Gin l’encouragea :

— Plus fort…

Sa voix était rauque, légèrement caverneuse, sous l’emprise de la passion. Ichigo mit plus de conviction, et bientôt le fruit de ses efforts jaillit dans sa bouche. Il grimaça au goût acide, mais avala tout, lécha son amant et n’en laissa pas une trace.

Gin se laissa glisser au sol face au jeune homme. Leur respiration était courte, leurs cœurs battaient à toute allure. Gin chuchota :

— Caresse-moi encore…

Ichigo, qui avait vécu sa première fellation comme quelque chose d’étrange sur le moment, avait pourtant pris du plaisir à l’exciter ; quand Gin lui avait demandé d’aller plus fort, il s’était senti victorieux, surpris de pouvoir troubler un homme si sûr de lui. Le caresser à nouveau provoqua une réaction inattendue : son propre sexe gonfla. Gin le remarqua et, sans un mot, sans sourire, entreprit de caresser à son tour son amant — allant jusqu’à repousser ses mains.

Sur l’instant, Ichigo crut être rejeté. Mais lorsqu’il sentit la langue glisser sur lui, caresser son sexe, descendre insidieusement sur ses testicules, il sentit son cœur manquer un battement. Pire encore lorsqu’il découvrit que Gin passait ensuite sa langue entre ses fesses. Il voulut reculer et gémit, suppliant :

— Arrêtez ! Je… c’est sale…

— Taisez-vous et laissez-moi faire ! Ce n’est pas à vous de donner les ordres. Je fais ce qui me plaît.

Ichigo voulut se débattre, mais Gin, d’une main de fer, le plaqua au sol et reprit là où il s’était arrêté. Le roux mourait de honte, incapable de participer à quelque chose qui lui semblait abominable. Pourtant, son corps le trahit : il se tordit sous les assauts répétés.

Les gémissements lui paraissaient indécents, pervers. Une fine pellicule de sueur recouvrit son corps ; il lutta, malgré les vagues de plaisir. Ichigo passa une main coupable devant ses yeux. Ichimaru remonta le long de son corps écarlate, puis se moqua doucement :

— Ne me dites pas que c’est votre première expérience ?

Ichigo n’eut pas le temps de répondre : la bouche impérieuse de Gin s’attaqua à la sienne, tandis qu’un doigt s’immisçait entre ses fesses. Le roux voulut refermer les jambes, mais Gin se plaça de telle manière qu’il se retrouva écarté. Ichimaru releva ensuite ses jambes, les installa de chaque côté de ses épaules.

L’adolescent était confus, ne savait plus quoi penser dans cette position. Il se sentait si vulnérable… Gin ne comprenait-il pas ? Ou refusait-il de l’admettre ? Quand deux doigts entrèrent en lui, Ichigo se mordit la lèvre inférieure ; son corps se cambra sous l’assaut. Une grimace de douleur passa sur ses traits. Gin murmura :

— Détendez-vous…

Mais Ichigo en était incapable. D’autant qu’Ichimaru passa bientôt à trois doigts et que l’un d’eux cherchait à tâtons quelque chose. Un tourbillon d’émotions — cette fois, de désespoir — s’empara de lui. Comment pouvait-on infliger cela à quelqu’un ? Ichigo manquait d’air ; l’angoisse remplaçait la passion. Que lui faisait l’albinos ? Soudain, son corps se cambra et un gémissement sourd résonna dans la pièce.

— Trouvé…

La voix de Gin ressemblait à un soupir de soulagement. Ses doigts se firent très doux : il chercha à donner du plaisir au plus jeune, qui l’avait effrayé un instant plus tôt en semblant prêt à s’évanouir.

Maintenant, Ichigo réagissait, relevait les reins. Ichimaru, voulant s’assurer qu’il était prêt, attendit patiemment que les gémissements l’étourdissent, puis retira enfin ses doigts pour laisser place à sa verge tendue, gonflée par l’attente.

— Tenez-vous prêt, Kurosaki-sama…

Le ton était rauque. Une gouttelette de sueur glissa de la tempe de l’albinos, traçant un sillon sur ses joues creuses — seule trace visible de la tension qui l’avait accompagné tout du long. Gin, voyant les yeux ambrés chauffés, glissa lentement dans le passage serré. Il ferma les yeux un instant, respirant à peine tant les sensations le submergeaient.

Ichigo se resserra en sentant cette présence en lui, incisive. Il ne put retenir un gémissement de douleur. Ses paupières se fermèrent ; il suspendit sa respiration, comme pour suspendre la souffrance. Puis il rouvrit les yeux et croisa ceux, bleus, où flottait une lueur de tendresse.

— Veuillez vous détendre… Je ne peux pas bouger… et si je ne peux pas bouger, vous resterez sur cette impression de douleur… S’il vous plaît…

La supplique était douce. Ichigo décida de faire confiance à cet homme qui l’avait mené, malgré lui, jusqu’à ce point de non-retour. S’abandonnant encore, respirant par saccades, accroché au regard de Gin, il se détendit autant qu’il le put. Ichimaru bougea lentement.

Ichigo se focalisa sur l’azur au-dessus de lui, se détendit au son de la voix de son amant — sans vraiment comprendre les mots, obsédé par l’acte et par les questions qui se bousculaient. Ses mains glissèrent le long des avant-bras qu’Ichimaru avait placés de part et d’autre de son corps ; ses ongles marquèrent la peau, arrachant une grimace à Gin, qui pourtant ne broncha pas.

— Doucement… Kurosaki-kun…

Ce furent les seules paroles qu’Ichigo parvint à saisir. Il relâcha la pression. Ses yeux s’arrondirent ; Gin eut un sourire victorieux : enfin, il donnait du plaisir à son partenaire. Ne pouvant plus attendre, excité par l’étroitesse du passage, l’albinos s’enfonça plus profondément, veillant à ce qu’Ichigo ressente le même plaisir que lui. Les coups de reins s’accélérèrent, changeant par intermittence.

Gin fit adopter à Ichigo une position plus confortable ; le jeune homme lui en fut reconnaissant. La jouissance n’en était pas moindre, mais plus complète.

Ichigo n’avait plus l’impression de s’appartenir.

Ses doigts s’agrippèrent au sol froid ; même sur le tapis, il était certain qu’il garderait des traces. Il ferma les yeux, sentit monter une nouvelle vague. Surpris, il les rouvrit : Ichimaru caressait la verge de son amant, délaissée depuis un moment.

Ichigo serra les dents, voulant retenir son gémissement.

— Kurosaki-sama… relâchez-vous. Je veux entendre votre voix…

Perdu, il obtempéra et laissa échapper un son guttural. Gin l’attrapa dans un baiser, se libérant enfin de toute la tension accumulée. Ichimaru resta quelques instants immobile au-dessus de lui. Ils se regardaient intensément. L’albinos caressa du bout des doigts ce visage qui l’avait rendu fou dès le premier regard. Il l’avait désiré, rêvé… et maintenant… ?

— Je…

Ichigo n’osa pas continuer. Ichimaru leva un sourcil, souffla :

— Parlez.

L’adolescent prit son courage à deux mains, rougissant :

— Je… je peux bouger ? J’ai mal au dos… précisa-t-il, comme pour se faire pardonner.

Gin se redressa et commença à se rhabiller. Avec précaution, Ichigo se releva et découvrit des muscles à des endroits insoupçonnés. Debout, il se tourna vers ses vêtements, en tas sur le sol et le bureau, et s’habilla prestement sans oser regarder le prêteur sur gage. Il rentrait les pans de sa chemise dans son pantalon quand il sentit deux bras l’enlacer tendrement… ou était-ce une impression ?

— Demain…

Ichigo se raidit à l’évocation du lendemain et de ce qui l’attendait. Pourvu que son père ait l’argent… fut sa première pensée. Pourtant, il constata que le souffle chaud de Gin dans son cou le faisait réagir malgré lui. Ichigo était étourdi, encore grisé par l’odeur capiteuse de l’albinos : eau de toilette coûteuse et sexe mêlés.

Gin ne pouvait s’empêcher de toucher ce noble. Il n’en revenait toujours pas d’avoir mis la main sur une perle pareille. Pourvu qu’Ichigo ne puisse pas le rembourser… Il se renflouerait plus tard, peu importait. Il le voulait encore. Ichimaru reprit, à l’oreille du roux qu’il avait plaqué contre lui :

— Demain… tu me rejoindras à cet hôtel.

Il sortit une carte posée sur son bureau et la glissa entre les doigts du jeune homme.

— Tu as un portable ?

— Oui… murmura le roux.

Ichimaru le lâcha enfin, contourna son bureau, s’assit et prit le téléphone qui trônait sur sa table de travail. Ichigo hésita ; puis, rencontrant les yeux azur, incapable de résister, il donna son numéro.

— Prenez le mien, au cas où vous auriez des problèmes… Mais je ne vous conseille pas de l’ébruiter. Ni de le perdre.

— Haï… Je pourrai donc m’absenter ?

— Ne rêvez pas trop ! ricana l’albinos. C’est juste en cas de retard. J’ai horreur d’attendre ! Alors évitez de vous attarder sur le chemin de nos rendez-vous !

— Rendez-vous ?

Un lent sourire s’inscrivit sur le visage du plus âgé.

— Haï, Kurosaki-sama… des rendez-vous.

Ichigo regarda un moment le numéro, referma machinalement son téléphone. Leurs regards se croisèrent ; un bref silence s’installa. Ichimaru murmura :

— Vous pouvez disposer, Kurosaki-sama…

Ichigo ouvrit la bouche pour parler, mais Gin se pencha en avant, posant ses mains en pyramide devant sa bouche, un air amusé aux lèvres.

Cela blessa le jeune homme. Il referma les siennes ; son regard se durcit. Ichigo fit un demi-tour parfait et quitta les lieux d’un pas lent.

Le jeune homme ouvrit la porte et la referma sans se retourner. Il sortit la carte qu’Ichimaru lui avait donnée. Un sanglot monta au fond de sa gorge. Merde… l’autre ne lui avait fait aucune promesse. Il avait seulement exigé le droit d’abuser de son corps jusqu’à ce qu’il puisse rembourser son prêt.

Ichigo descendit calmement les marches, essayant d’oublier la sensation très inconfortable qui persistait et ses jambes en coton.

En arrivant au rez-de-chaussée, le roux croisa un regard vert qui semblait empli de pitié. Ses yeux ambre se durcirent encore un peu plus. Son dos se redressa et, inconsciemment, il prit une attitude altière et froide.

Jamais on ne le prendrait en pitié.

Gin ouvrit la fenêtre de son bureau à peine le jeune homme sorti. Il s’appuya quelques instants contre le battant ouvert et observa la rue. Il ne lui fallut pas longtemps pour voir Ichigo quitter les locaux et disparaître dans la foule dense.

Un coup discret frappé à la porte le fit sursauter. Son cœur était déjà affolé par les événements récents ; surtout, le fait d’avoir congédié Ichigo comme un simple domestique le mettait mal à l’aise. Pourtant, il refusait de se laisser entraîner par ces sentiments.

— Entrez !

Sa voix claqua dans le silence oppressant du bureau. La porte s’ouvrit, et Gin jura intérieurement.

C’était Kisuke Urahara.

— Alors ? Tu en as eu pour ton argent ? ironisa son associé.

— La ferme et occupe-toi de tes fesses ! gronda Ichimaru.

— Je m’occupe surtout de nos comptes, je te signale ! Il compte nous rembourser quand ? N’oublie pas que nous avons nous-mêmes des obligations !

Le blond s’appuya contre le battant fermé de la porte, sortit un paquet de cigarettes et s’en alluma une. Il tira nonchalamment sur le cylindre, puis observa à travers la fumée l’albinos, toujours appuyé contre la fenêtre, qui lui tournait délibérément le dos.

— Ne me fuis pas, Gin…

Ichimaru tourna brièvement son regard vers son ex, puis détourna les yeux, comme si cette simple vision le ramenait à des souvenirs pénibles.

— Occupe-toi des affaires courantes et laisse-moi mener les miennes comme je l’entends. Pour l’argent… c’est mon problème.

— Et le mien !

— Boucle-la ! Est-ce que j’ai déjà eu le moindre problème ?

— Es-tu aveugle ? demanda doucement Kisuke.

Les yeux de l’albinos se plissèrent. Lentement, il se tourna vers son associé, et les deux hommes se jaugèrent. Un silence pesant s’installa. Urahara replaça son bob sur sa tête, puis se dirigea vers le bureau de Gin, où il écrasa son mégot.

Le blond finit par dire d’une voix veloutée :

— Tu ne sais même pas encore dans quel genre d’ennuis tu t’es fourré. Je te laisse le plaisir de le découvrir tout seul…

Kisuke se redressa et tourna les talons. Gin voulut l’interroger, mais Urahara l’ignora et referma la porte d’un coup sec.

Le cœur d’Ichimaru se mit à battre lourdement. Il finit par se laisser choir sur son fauteuil. Sa tête tomba dans ses paumes, ses cheveux argentés glissant entre ses doigts comme un métal précieux coulant en cascade.

Lui et Kisuke étaient toujours d’accord… sauf cette fois-ci.

Cela signifiait-il la fin de son commerce ? Le blond ne se trompait jamais. Mais lui non plus…

Fort de ce constat, le jeune homme se redressa et appela sa secrétaire pour lui annoncer son départ. Il avait quelques affaires à régler.

Ichimaru avait tourné la page.


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)