Chantage : 5

Ichigo était enfermé dans sa chambre. Il avait ordre de ne pas sortir. Le jeune homme savait sa porte surveillée et surtout, il savait qu’en bas de chez lui, il y avait des gardes du corps qui empêcheraient toute tentative d’évasion.

Le jeune homme s’effondra sur son lit. Les larmes et les sanglots montaient irrésistiblement alors que la douleur cuisante sur sa joue le brûlait comme s’il avait été marqué au fer rouge par l’infamie. Les paroles de son père lui revenaient en mémoire. Tout comme le regard horrifié de sa mère et dégoûté des autres membres de sa famille.

« Ichigo, pourquoi nous as-tu menti ? Pourquoi nous as-tu dit que c’était mon père qui t’avait confié le chèque ?

Parce que vous aviez besoin de cet argent. J’ai été voir grand-père et il n’a rien voulu savoir…

Ce n’était pas à toi de régler cette affaire, Ichigo !

Yamamoto fixait son petit-fils intensément. Son regard dégoûté se leva vers Isshin, qui ne broncha pas.

Oui… mais vous ne vouliez rien entendre, que ce soit de moi, de maman ou de papa ! Et papa risquait de tout perdre à cause de vous ! Je ne voulais pas que l’héritage revienne à des personnes sans scrupules, qui n’ont jamais travaillé pour…

Ichigo… je suis curieux d’une chose, et ne me mens pas…

Le cœur du jeune homme se mit à battre plus vite.

Peux-tu me dire pourquoi Ichimaru Gin, qui n’est pas reconnu pour ses qualités humanistes… pourquoi ne t’a-t-il pas compté de taux d’usure ?

Déjà, j’aimerais que tu me ressortes le contrat !

Yamamoto tendit la main vers Ichigo, comme pour l’inviter à sortir le document. Une fine pellicule de transpiration se forma sur son front. Son regard ressemblait à celui d’une bête traquée. Mazaki se leva et déclara :

Assez ! Vous ne voyez pas que vous lui faites peur ?

Mazaki… tu sors !

Le ton d’Isshin était sans appel. La rousse se tourna vers son père, et ce dernier la congédia d’un geste, lui signifiant la sortie.

Je refuse !

Mazaki se planta devant son fils, face à son père et à son mari, les défiant ouvertement. Tous les regards des membres présents se braquèrent sur la mère du jeune homme, prête à affronter la tempête. Isshin s’approcha d’elle et demanda calmement :

Je te demande encore une fois de sortir, Mazaki. Nous ne voulons pas lui faire de mal, mais connaître la vérité !

Je veux rester auprès d’Ichigo…

Isshin soupira et, sans laisser le temps à sa femme de respirer, il la souleva et la mit dehors doucement, où l’attendaient les autres femmes de la famille Kurosaki. Il chuchota à son oreille :

Je t’en prie, Mazaki… Je ne peux pas laisser Ichigo faire n’importe quoi. Crois-tu vraiment que cela me fasse plaisir ? Que j’aime cette situation ?

Mazaki croisa le regard chocolat de son mari. La détresse au fond de ses prunelles lui fit comprendre combien Isshin souffrait, malgré son air dur. Elle caressa son visage du bout des doigts et murmura :

Ne sois pas trop dur…

C’est très grave, ce qui se passe, Mazaki…

Ichigo s’était tassé sur lui-même, et Isshin se tourna une fois de plus vers son fils.

Apporte-nous le document. Ton garde du corps va t’accompagner. Nous t’attendons ici… fais en sorte que ton explication soit plausible ! Jaggerjack-san, entrez !

Un homme plutôt grand, aux cheveux bleus, entra.

Veuillez accompagner mon fils jusqu’à sa chambre et ne le quittez pas d’une semelle. S’il tente de détruire ou de cacher un quelconque document, empêchez-le !

Haï !

Ichigo croisa un regard bleu indéchiffrable. Après une légère inspiration, il quitta, les membres tremblants, sa famille, et grimpa les marches, suivi de près par son cerbère.

Une fois dans sa chambre, Ichigo se dirigea vers son bureau et tira de son tiroir une pochette noire, dont il sortit le contrat passé entre Ichimaru et lui. Les feuilles tremblaient, et Ichigo fit un effort sur lui-même pour se contrôler.

Jaggerjack, qui l’observait pour prévenir un geste maladroit, se sentit pris de pitié pour l’adolescent. Même lui aurait eu du mal à supporter la pression qui régnait dans le salon, où le grand-père, le père et deux oncles d’Ichigo attendaient patiemment qu’il revienne.

Ils retournèrent rapidement au salon. Ichigo tendit le contrat à… son grand-père, qui intercepta le document avant son père. Les pages furent tournées rapidement, et lorsque Yamamoto posa son regard sur son petit-fils, Ichigo vit, pour la première fois depuis longtemps, les yeux noirs de Genryūsai.

Tu as fait cela ?

Haï…

Ichigo planta son regard, défiant, dans celui de son grand-père. Isshin lisait le document. Lorsqu’il leva les yeux vers son fils, un mélange de colère, de stupeur et d’incompréhension se battait en lui.

C’est d’une voix blanche qu’il demanda :

Ne me dis pas que tu as fait ce qui est noté là-dedans ?

Après quelques secondes qui parurent interminables, tous entendirent la réponse froide d’Ichigo :

Si… je l’ai fait ! J’ai tenu ma parole !

Isshin, qui se tenait près de lui, le gifla violemment. Ichigo crut que sa tête allait se décrocher de ses épaules. Pourtant, il n’émit aucun son de douleur et aucune larme ne coula. Au contraire, il fixa de nouveau son père et son grand-père avec défi.

J’ai pris mes responsabilités ! Je ne me suis pas enfui… Vous vous querellez sans cesse. Vous ne pensez qu’à vous-mêmes, à votre honneur, à vos biens… Vous refusez de vous entraider. Vous me demandez souvent d’agir comme un homme, mais vous refusez, vous, de prendre vos problèmes à bras-le-corps. J’ai fait ce qui me semblait juste !

Isshin gifla de nouveau son fils, et déclara tandis qu’Ichigo se relevait péniblement :

Te rends-tu compte de ce que tu as fait ? Je tuerai cet homme pour ce qu’il t’a fait. Et dire que je lui ai payé ses frais d’usure… Tu es devenu…

Une pute ? suggéra Ichigo, moqueur.

Le roux souffrait tellement à l’intérieur que plus rien n’avait d’importance. Cette fois, ce fut son grand-père qui le gifla.

Surveille ton langage, Ichigo. Tu viens d’une des familles les plus nobles, et tu as couché avec un homme, un arriviste ! C’est le plus grand affront que notre famille ait jamais subi. C’est plus qu’un scandale…

Si vous nous aviez aidés… cela ne serait pas arrivé ! gronda le jeune homme.

Ne rejette pas tes fautes sur nous !

Yamamoto reprit, la voix étouffée par la colère :

Si jamais cette affaire s’ébruite, nous serons la risée de toute la noblesse. Nous n’avons aucun souci d’argent. Nous sommes au service de l’empereur depuis plusieurs générations, et notre nom n’a jamais été mêlé à aucun scandale… Te rends-tu compte de ce que tu as fait ? Que ce soit dans notre famille ou dans celle de ton père, notre nom et notre rang sont respectés !

Je m’en moque ! Vous n’avez rien fait pour le protéger quand vous le deviez ! hurla Ichigo. Vous me rejetez toutes les fautes, mais c’est vous que vous dev…

Ichigo… Tu es consigné dans ta chambre. Tu vas changer d’établissement scolaire. Nous savons que Keigo te couvrait. Grimmjow Jaggerjack restera avec toi vingt-quatre heures sur vingt-quatre. C’est ton garde du corps, mais il est spécialement chargé de ta surveillance. Il t’est interdit de revoir Ichimaru Gin ou l’un de ses complices. Tu as également interdiction de sortir de la résidence si tu n’es pas accompagné par un membre de la famille. Cela prend effet immédiatement. Retourne dans ta chambre… jusqu’à nouvel ordre !

Ichigo dévisagea son père et son grand-père. Leurs regards de glace le confondirent, mais le confortèrent dans son choix. Il se dirigea dignement vers la sortie. Il ouvrit la porte et, avant de claquer violemment le battant, déclara, majeur levé, ricanant :

— Je vais vous dire un truc : j’ai pris mon pied avec Gin… et si c’était à refaire… je le referais !

Ichigo entendit des pas, mais n’attendit pas qu’on l’attrape. Il monta les marches, Grimmjow sur les talons. La voix rugissante de son père retentit dans le couloir ; Ichigo se tourna une dernière fois et hurla :

— Je t’emmerde, toi, ton nom et ton honneur !

Et c’est presque en arrachant la porte qu’il entra dans sa chambre.

°oOo°

Ichigo se réveilla au milieu de la nuit en sursaut. Il ne s’était pas rendu compte qu’il s’était endormi. Une couverture avait été jetée sur lui. Peut-être sa mère ? Il s’en fichait, maintenant. Son cerveau ne fonctionnait plus. Seule sa joue lui rappelait qu’il était encore vivant.

Après bien des difficultés, il se leva enfin et alla à la salle de bain pour se soulager. Au passage, il observa sa joue, qui avait doublé de volume. Un peu plus tard, il entrouvrit sa porte et vit que son ange gardien dormait sur une chaise.

Ichigo se dirigea sans bruit vers la cuisine. La maison était plongée dans l’obscurité la plus totale. Quelque chose s’était brisé en lui. La violence de la scène, les regards posés sur lui, l’avaient souillé plus que… Gin, qui, lui, lui avait fait l’amour. À l’évocation du nom de son amant, le cœur d’Ichigo se serra.

La faible clarté projetée par la lune à travers les vitres l’aida à arriver sans encombre jusqu’à la cuisine. Il sortit du réfrigérateur de la viande froide, des légumes et quelques restes. Il s’installa et mangea sur un coin de table, face à la lune, qui lui servait de seul éclairage.

Une fois terminé, il débarrassa et fit la vaisselle. Il ne voulait laisser aucune trace de son passage. Il attrapa quelques victuailles et remonta furtivement dans sa chambre. Les craquements qu’il provoqua le firent sursauter. Il avait l’impression d’être un voleur chez lui. Un comble.

Tremblant, il passa devant Jaggerjack, toujours affalé sur sa chaise. Ichigo entrouvrit sa porte, se glissa à l’intérieur et s’enferma à nouveau. Il ne vit pas le regard de biais de Grimmjow, heureux de ne pas avoir été découvert au cours de sa filature. Quoique… il avait fait quelques bruits en regagnant sa chaise.

Grimmjow plaignait Ichigo du fond du cœur. Il évitait la pitié, mais là… Qui avait dit que la vie chez les riches était facile ?

°oOo°

Pendant plus d’une dizaine de jours, Ichigo resta cloîtré dans sa chambre. Seules sa mère, sa grand-mère et ses sœurs vinrent lui rendre visite. Il refusa de retourner à l’école. Il ne parlait plus et mangeait de moins en moins. Mazaki se fit un souci terrible pour son fils.

Ichigo la voyait inquiète, mais il était incapable de se confier. Sa douleur était trop grande… et puis Gin lui manquait. À sa surprise, son corps réclamait ses caresses, ses gestes tendres… tout. Ichigo se l’avoua : il était amoureux. Ce constat le remplit d’amertume. Comment allait-il vivre, à présent ?

Il n’osait pas appeler, et il avait trop peur de se faire prendre. Son père entrait intempestivement dans sa chambre, comme s’il allait trouver Ichimaru sous son lit. Pourtant, un jour, n’en pouvant plus, Ichigo voulut savoir s’il était au moins vivant… simplement entendre sa voix.

Il prit son téléphone et s’enferma dans la salle de bain. Le cœur battant, il composa le numéro du prêteur sur gage. Après quelques sonneries, la voix de son amant se fit entendre.

— Ichimaru Gin…

Le silence répondit. Impatient, Gin demanda :

— C’est une blague ? Qui est là ?

Ichigo ouvrit la bouche, mais seul un son faible sortit. Il était incapable de prononcer le moindre mot : l’émotion, la peur, le tétanisaient.

— Je raccroche !

Gin coupa la communication, et Ichigo se recroquevilla. Il se laissa tomber au sol, posa son bras contre la baignoire et y cala sa tête, comme pour cacher son visage à la clarté artificielle des spots.

Quand son téléphone vibra, le cœur d’Ichigo fit un bond. Alors qu’il plongeait dans l’abîme du désespoir, son téléphone vibrait.

— Ichigo ?

— … C’est moi…

Un silence s’installa. C’était la première fois que Gin prononçait son prénom.

— Je suis heureux de vous entendre… C’était vous qui m’appeliez, tout à l’heure ?

— Haï…

La voix d’Ichigo était à peine audible. Une envie de pleurer le prit, mais il se retint de toutes ses forces. La joie d’entendre Gin, le soulagement de le savoir vivant alors que son père le menaçait de mort, les souvenirs intenses… tout se mélangeait dans sa tête.

— Comment… vous portez-vous, Kurosaki-sama ?

Le cœur d’Ichigo se brisa. À nouveau, son nom, son titre… Le désespoir et la colère montèrent, et Ichigo déclara d’une voix cassée :

— Mal… si mal… Je… je…

— Je n’ai pas le droit de vous parler…

— Je m’en fiche ! décréta Ichigo.

Les mots s’enchaînèrent, portés par une colère sans borne contre le monde, contre son monde réduit en cendres.

— Je m’en fiche que vous n’ayez pas le droit de me parler ! Moi, j’en avais envie. J’ai envie de vous voir. Je vis un enfer… Mon père va me changer d’école, j’ai des gardes du corps, je suis surveillé constamment… mais vous vous en fichez. Que je sois tombé amoureux de vous… vous vous en fichez aussi ? Merde ! Ma vie s’est effondrée… Je voulais juste…

Sa voix s’éteignit, devenue un chuchotement.

— Vous parler… entendre votre voix… Mais qu’importe, après tout… ce n’était qu’un stupide contrat…

Ichigo raccrocha et éteignit son téléphone. Il voulait être seul.

Il resta prostré quelques minutes, puis se releva. Il traversa la salle de bain, sa chambre, et s’effondra sur son lit. Rien… il ne pouvait rien faire. Et pourquoi ferait-il quelque chose, et pour qui ? Son horizon lui sembla soudain raccourci : aucune lumière, nulle part.

Il n’avait plus d’ami, plus de famille. Et la seule personne qu’il ait jamais aimée ne le voyait que comme un contrat. La voix de Gin avait réveillé trop de souvenirs : le bonheur d’être aimé, d’être proche de lui…

Ichigo se releva et retourna dans la salle de bain. Il attrapa son rasoir et en tira une lame.

Un pli amer se forma sur ses lèvres. Ce rasoir, son père le lui avait offert pour son premier poil au menton… et voilà qu’il allait servir à autre chose. Sans réfléchir davantage — parce que c’était le seul moyen qu’il avait de se faire mal — Ichigo se taillada les veines. C’était douloureux, mais moins que sa douleur intérieure.

Il ferma les yeux et voulut que ce dernier voyage l’emporte loin, très loin.

°oOo°

La dernière brise d’automne souffla sur un monticule de feuilles, soulevant une pluie en camaïeu d’orange et de brun. L’air était doux, en cette fin d’été indien. Les pas d’Ichigo étaient amortis par l’épais manteau de feuilles qui restait collé au sol. Ses yeux ambrés, fatigués et sans vie, fixaient le revêtement qu’il foulait sans vraiment s’en rendre compte.

Voilà un an qu’il avait intégré la pension pour garçons fortunés et nobles : l’établissement le plus prestigieux du genre. Ichigo ferma les yeux, puis les rouvrit, désabusé. Il avait été envoyé loin, entouré, verrouillé. Rien ne lui serait pardonné. Après sa tentative de suicide — qui avait presque réussi — il était surveillé plus étroitement encore. Et dans cette pension, c’était pire.

Au moins échappait-il aux regards désespérés de sa mère et indéchiffrables de son père. Ichigo refusait de parler à qui que ce soit. Il s’était enfermé derrière un mur de silence que personne n’avait réussi à briser.

Beaucoup avaient tenté de le faire rire, sourire, parler… rien. Aucun son ne franchissait ses lèvres. Les professeurs avaient fini par abandonner. Ichigo avait une moyenne déplorable à l’oral, qui faisait chuter ses excellentes notes à l’écrit.

En sport, il se mettait en tenue mais refusait catégoriquement de faire le moindre geste, de pratiquer une activité ou d’aider.

Il avait subi quelques brimades, mais, porté par la rage, il rendit coup pour coup avec une violence telle que tous reculèrent bientôt devant ce fauve. Sauf un élève qui s’amusait à ses dépens. Ichigo l’ignorait superbement : de toute façon, il ne faisait pas partie de sa classe.

Plus personne ne faisait attention à lui. Même ceux chargés de le surveiller avaient relâché la pression. Comme tous les matins, Ichigo entra dans le hall, retira ses chaussures devant son casier et les remplaça par une autre paire.

Plus tard, installé au fond de la classe, il écoutait attentivement. Sa main courait sur la feuille, la noircissant de notes. Il ne savait toujours pas quel rêve poursuivre — mais sûrement plus médecin. Pourtant, aucune passion ne se réveillait en lui. Que deviendrait-il ?

°oOo°

Depuis quelques soirs, il quittait le dortoir et se retrouvait dans les rues de la ville, brillamment éclairée. Il avait trouvé une faille dans la surveillance qui lui était allouée. C’était devenu un jeu : un peu d’interdit dans sa morne existence.

Il déambulait dans les quartiers animés et s’imprégnait de leur atmosphère, comme si la vie qui pulsait là pouvait lui rendre la flamme qu’il avait perdue. Soir après soir, à l’insu de tous, Ichigo marchait dans Tokyo depuis un mois.

Il s’arrêta dans les allées piétonnes consacrées aux salles d’arcade et y passa trois heures d’affilée. Quand il en sortit, il était presque une heure du matin. Épuisé, il se décida à rentrer.

Pourtant, il n’avait pas fait cent mètres qu’une voix — qu’il aurait reconnue entre toutes — le fit se retourner d’un bloc.

— Ichigo ?

Son sang se mit à circuler plus vite. Ou était-ce son cœur, qui cognait soudain plus fort, lui donnant l’impression brutale d’être vivant ? Gin se tenait là, à quelques pas. Ils s’observèrent, incrédules, figés par cette rencontre après tout ce temps.

— Gin… souffla Ichigo.

L’albinos traversa rapidement l’espace qui les séparait et prit Ichigo dans ses bras. Ichigo pouvait à peine respirer. Gin le serra très fort, comme pour s’assurer qu’il ne rêvait pas.

— Ichigo… c’est bien toi…

Toujours sous le choc, Ichigo enlaça lentement le cou de son ex-amant. Il ne s’attendait pas à le revoir, ici, et après si longtemps. Gin releva son visage et l’encadra de ses mains. Ichigo était inexpressif.

— Que t’est-il arrivé ? Je t’ai cherché… Viens, ne restons pas ici…

Gin tira Ichigo à sa suite. D’une voix faible, le jeune homme demanda :

— Où m’emmènes-tu ?

Gin se tourna vers lui et répondit doucement :

— Chez moi…

Pour la première fois depuis longtemps, un sourire éclaira brièvement les lèvres d’Ichigo. Gin appela un taxi et le fit monter en premier. Ichigo n’hésita pas : tout allait trop vite pour réfléchir. Gin était là, à côté de lui. Sa main serrait la sienne. C’était la seule chose qui comptait.

Une fois installés, Gin donna son adresse. Ichigo se tourna vers lui. Ils échangèrent un long regard ; leurs doigts s’entrelacèrent. Gin porta la main du roux à ses lèvres et murmura :

— Si longtemps que j’espérais…

Ichigo s’approcha. Quand ils furent assez proches, après un dernier regard, ils se jetèrent l’un sur l’autre, désespérés. Comme deux affamés, leurs bouches se cherchant, leurs doigts se retrouvant. La douleur, le désespoir, l’attente… tout disparut pour ne laisser place qu’à une seule réalité : ils étaient réunis.

Le taxi s’arrêta trop vite à leur goût. Ichigo descendit, bientôt rejoint par Gin. Le roux se tourna vers son amant, qui le couvait du regard.

— Viens…

Ichigo observa les immeubles autour d’eux. Le quartier semblait réservé aux classes moyennes. L’immeuble où Gin le mena n’avait rien de luxueux, contrairement à ce qu’il imaginait. Gin esquissa un sourire en voyant sa surprise et murmura, comme pour s’excuser :

— J’ai abandonné mes anciennes activités pour quelque chose de plus… honnête. Mais tant que mes affaires ne démarrent pas, je ne peux pas me payer le luxe de vivre ailleurs.

Dans l’ascenseur, Ichigo jeta un regard à Gin.

— Tu fais… quel type d’affaires ?

— Import-export de matières premières… J’ai investi toutes mes économies dans ce projet.

— Oh…

Ils se tenaient chacun contre une paroi, face à face, sans oser se toucher brusquement. Ichigo déglutit. Que pouvait-il dire ?

Les portes coulissèrent en silence. Gin sortit le premier. Ils avancèrent jusqu’à une porte au fond d’un couloir. Le cliquetis des clés résonna, étonnamment fort. Le cœur d’Ichigo battait furieusement. Quand la porte s’ouvrit, Gin entra et laissa le passage à Ichigo. La porte se referma dans un bruit sec, et deux bras l’encerclèrent.

— Kurosaki-sama… Ichigo…

Gin n’avait pas allumé. Le hall baignait dans l’ombre ; la lumière extérieure peinait à ramper jusqu’à eux. Aucun bruit ne filtrait. Seules leurs respirations hachées se faisaient entendre. Leurs regards se trouvèrent, et le temps se suspendit.

Aucun des deux ne sut qui attira l’autre, mais leurs lèvres se joignirent, leurs langues se cherchant avec fièvre. Peu à peu, la passion céda à la tendresse. Lentement, les vêtements tombèrent au sol. Essoufflé, Ichigo demanda :

— Tu ne veux pas que je mette mes vêtements sur une chaise ?

— Plus jamais…

Gin l’entraîna dans la chambre. Ils échouèrent nus sur le lit king-size. La bouche et les mains de Gin exploraient ce corps qu’il avait tant rêvé. Il avait l’impression de jouer d’un instrument réactif à la moindre sollicitation. Il n’avait rien oublié des zones sensibles d’Ichigo. Et, encore une fois, l’âge du jeune homme lui revint en mémoire, sa conscience lui ordonnant d’arrêter.

Mais son corps et son cœur lui interdisaient d’être raisonnable.

Ichigo agrippa les draps tandis que Gin commençait à bouger en lui. Il avait oublié les sensations et, même préparé, il laissa échapper un gémissement de douleur.

— Quelque chose ne va pas, Ichigo ?

— J’ai… plus… l’habitude… souffla le jeune homme.

Gin s’arrêta et planta son regard dans les yeux de son amant, incrédule.

— Tu n’as eu personne… ou alors, ça fait trop longtemps…

— Je n’ai connu que toi, Gin… rien que toi…

Gin retint son souffle et se sentit heureux. Il recommença à bouger, lentement, laissant à Ichigo le temps de s’habituer. Puis, quand la passion les emporta plus loin, ses hanches s’enfoncèrent plus profondément.

Ichigo s’accrochait à lui, haletant. Leurs visages étaient proches. Sentant la montée de son plaisir, Gin murmura à l’oreille du jeune homme :

— Je t’aime… Kurosaki Ichigo…


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Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)