Chantage : 4

Ichigo se sentait misérable. Il avait passé tout le week-end à attendre, nerveux, un appel de Gin, mais celui-ci n’était jamais venu. Non pas qu’il attendît ces rendez-vous avec impatience ; c’étaient surtout les excuses qu’il devrait fournir à sa famille s’il devait quitter la maison précipitamment pour l’un d’eux.

Tout le monde avait remarqué son comportement étrange. Mazaki avait essayé de lui parler, mais Ichigo était resté réfractaire et avait désamorcé toute conversation. Sa mère en avait été blessée, et Isshin lui avait dit affectueusement que leur fils traversait la crise d’adolescence. Mazaki avait accepté l’excuse et l’avait laissé tranquille par la suite.

Enfermé la plupart du temps dans sa chambre, Ichigo n’avait cessé de faire ses devoirs pour éviter une chute suspecte de ses notes, d’autant qu’il savait déjà qu’il raterait certains cours.

L’appel fatidique arriva le lundi, durant la pause déjeuner. Le jeune homme pâlit en voyant le nom de Gin s’afficher. Il répondit avec hésitation :

— Ichigo Kurosaki.

— Vous en avez mis, du temps, pour me répondre.

Le ton incisif du prêteur sur gage le fit déglutir.

— Je ne trouvais pas mon portable…

— Vous avez l’excuse facile… Kurosaki-sama.

Ichigo sentit la moutarde lui monter au nez et il répliqua sèchement.

— Je ne suis pas un chien qui répond au premier coup de sifflet. J’ai aussi une vie !

Un petit rire se fit entendre derrière le combiné, puis la voix mielleuse d’Ichimaru répliqua :

— Apparemment, vous n’avez pas encore compris votre rôle… Vous êtes…

— Un sex-toy.

Le ton, froid et posé, glaça l’atmosphère. Tout aussi froidement, Ichimaru répliqua :

— Apparemment, si. Je vous donne une heure pour venir au même hôtel que la dernière fois, la même chambre. Soyez à l’heure et ne vous trouvez pas d’excuses.

— Je serai là.

Ichigo raccrocha et rangea mécaniquement son téléphone. Il passa une main lasse dans ses cheveux, attrapa son sac… Une voix derrière lui le figea.

— Tu comptes le rejoindre ?

Lentement, il se tourna. Keigo le regardait avec inquiétude. Ichigo essaya de sourire, mais ce ne fut qu’une grimace. La peur et la résignation l’avaient transformé sans qu’il s’en rende compte.

— Keigo… j’ai peu de temps. Alors couvre-moi.

— Putain, Ichi… jusqu’à quand tu vas subir ce—

— Ça ne te concerne pas.

Ichigo secoua la tête, puis reprit plus doucement, comme pour excuser son ton abrupt.

— Je te le demande comme à un ami… couvre-moi et laisse-moi régler cette affaire. Ça ne devrait plus durer très longtemps…

— Je l’espère.

Keigo avait l’air désespéré, et il était évident que le remords le rongeait.

— Fais attention à toi. Je passerai te filer tes devoirs.

— Non… j’irai chez toi.

— Comme tu veux. À tout à l’heure.

Ichigo jeta un bref regard au cadran de sa montre. Son cœur se mit à battre trop vite : il n’avait plus beaucoup de temps.

°oOo°

Le hall de l’hôtel lui sembla moins fréquenté lorsqu’il entra. Il sentit malgré tout le regard pénétrant du gérant le suivre jusqu’à l’ascenseur. Il se réajusta tandis que la cabine s’élevait en douceur. Ichigo avait réussi à se changer dans les toilettes d’une salle d’arcade : il s’était recoiffé, avait mis un peu de cologne… mais se sentait terriblement nerveux. Son pas ralentit jusqu’à s’arrêter devant la porte de la chambre.

Après avoir repris son souffle plusieurs fois, il frappa. Comme la première fois, il eut l’impression d’être seul ; pourtant, la porte à peine refermée, deux bras l’encerclèrent. Une bouche gourmande caressa son cou, et le souffle chaud de Gin effleura son oreille.

— J’aime votre odeur, Kurosaki-sama…

Ichigo ne sut quoi répondre. Il était lui-même troublé par la sienne ; ses sens restaient en alerte.

— Va prendre une douche et viens me rejoindre ensuite au lit.

— Haï.

Ichigo se dirigea vers la salle de bain sans se retourner une seule fois. Il en était incapable. Le cœur lourd, il retira avec précaution son costume et prit une douche. Il eut vaguement envie de pleurer, sans comprendre pourquoi. Mais quand il se sécha, son expression fermée ne laissa rien paraître de sa faiblesse.

Il noua une serviette autour de ses hanches et revint dans la chambre. Gin l’attendait, assis sur le lit, vêtu d’un peignoir sombre et soyeux. Il se tourna vers Ichigo et le contempla. Un léger pincement lui serra le cœur : il aurait voulu un autre regard que celui-ci. Mais c’était à lui d’allumer cette lueur particulière dans les yeux si clairs de son amant. À cette idée, un sourire étira ses lèvres.

— Enlève la serviette… Pourquoi te cacher derrière une fausse pudeur ?

Sans broncher, Ichigo retira le tissu blanc et le posa sur une chaise. Gin admira son corps, puis lui fit signe d’approcher. L’atmosphère avait changé : chargée de désir et d’attente.

Le cœur d’Ichigo cognait lourdement, mais qu’importe. Il obéit et se plaça devant lui. Le regard azur caressait sa peau. Ichigo avait une vue plongeante sur le torse nu de Gin : ses vêtements entrouverts laissaient deviner une musculature fine et bien définie. Cela l’alluma, et un ricanement s’éleva.

— Je vois que je vous fais de l’effet… même sans vous toucher…

— Haï…

Ichigo ne nia pas. Il murmura sa réponse, et le tremblement dans sa voix fit relever la tête de Gin. L’homme fronça les sourcils. Avant qu’Ichigo ne comprenne ce qui lui arrivait, il se retrouva allongé sur le lit, son amant suspendu au-dessus de lui.

— Moi aussi… Kurosaki-sama… vous me faites beaucoup d’effet…

Gin était troublé bien plus qu’il n’aurait dû. Ichigo le rendait fou, et il ne comprenait pas pourquoi. Il se cachait derrière une fierté et une assurance qu’il était loin de posséder. Son regard, qu’il voulait dur, trahissait une sensibilité à vif. Les mains de l’albinos encadrèrent délicatement le visage de son amant. Sa bouche butina sa peau jusqu’à trouver ses lèvres, qu’il prit avec une infinie douceur.

Les bras d’Ichigo se refermèrent sur lui, et Gin poussa son exploration plus loin. Qu’il aimait être prisonnier de cette étreinte. L’odeur du jeune homme l’enivrait jusqu’au plus profond de lui-même. Gin taquina la langue d’Ichigo, puis fut surpris lorsque deux jambes s’enroulèrent autour de ses hanches.

L’albinos se redressa légèrement, et ses cheveux d’argent caressèrent le visage bouleversé du jeune homme.

— Vous en aviez envie à ce point-là ?

Ichigo rougit, mais ne baissa pas les yeux. Il se l’avoua : la tendresse d’Ichimaru lui avait manqué. Qu’importe que tout cela repose sur du chantage… son corps réclamait malgré lui les caresses et la présence de Gin. D’une voix plus assurée, Ichigo répondit :

— Haï…

Cette sincérité, cette candeur, touchèrent le prêteur sur gage. Ichigo était dangereux pour lui… mais, quoi qu’il arrive désormais, c’était trop tard. Avec passion, Gin s’empara de la bouche de son amant.

Ses doigts parcouraient son corps ; sa bouche prit le relais quelques minutes plus tard. Gin avait prévu une punition, parce qu’il n’avait pas apprécié la rébellion d’Ichigo au téléphone… mais il en était incapable à présent. Il ne voulait pas briser ce lien entre eux. Ichigo s’abandonnait avec une innocence désarmante, répondant à chacune de ses caresses… Comment pourrait-il se regarder ensuite, s’il détruisait tout ?

°oOo°

Tous les jours de la semaine, Ichigo rejoignit Gin à l’hôtel. À sa surprise, ce dernier se montrait de plus en plus tendre et prolongeait leurs rendez-vous, jusqu’à faire apporter — comme ce soir-là — un repas dans leur chambre. Plus étonnant encore : Gin l’embrassait, mais ne lui faisait pas l’amour. Il voulait surtout parler, et cela rendait Ichigo nerveux.

Jamais il n’aurait cru pouvoir intéresser cet homme. Au début, la conversation tourna autour de ses hobbies, de ses amis, de sa famille… rien de très profond ; juste de la curiosité envers un jeune homme avec qui il couchait sans rien connaître de lui.

— Et… je suppose que vous faites des études ? Ou travaillez-vous ?

— Non… je fais des études.

Ichigo se figea sur sa chaise, les sens en alerte. Il n’aimait pas la direction que prenait la conversation et avait du mal à avaler. Gin, lui, était détendu : jambes croisées avec élégance, un bras posé sur l’accoudoir, adossé au dossier, il jaugeait son interlocuteur avec son éternel sourire.

— Dans quel domaine ? Je suis curieux de savoir vers quel destin vous vous dirigez.

— Pourquoi ?

Gin haussa les épaules.

— Vous m’intéressez… je dois le reconnaître. Et puis ce n’est pas tous les jours qu’on discute avec une personne aussi noble…

— Vous vous moquez !

— Non. Je m’intéresse réellement à toi.

Ichigo rougit. Gin semblait sincère, et il se sentit soudain mal à l’aise à l’idée de devoir lui mentir. Que pouvait-il dire ? La voie tracée par son père ? Ou bien… Il soupira : il n’avait pas de rêve clairement défini. Il réalisa, brutalement, qu’il suivait simplement le chemin qu’on avait choisi pour lui, sans se poser de questions.

— Vous semblez troublé, Kurosaki-sama…

— Non… juste… Je fais médecine.

— Oh, vraiment ?

— Notre famille détient plusieurs hôpitaux à travers le Japon.

— Je suis au courant… et aussi de vos intérêts dans l’industrie pharmaceutique, si j’ai bien compris.

— Haï.

— C’était votre rêve ?

Gin s’était penché en avant et avait ouvert les yeux pour mieux scruter le jeune homme, qui se dandina sur sa chaise. Ichigo répéta le mot, songeur.

— Rêve ?

— Oui… une passion, quelque chose que vous auriez voulu faire par-dessus tout. Des projets qui vous seraient propres… ou bien vous êtes-vous contenté de suivre la direction que votre famille a planifiée pour vous ?

Un silence suivit. Ichigo posa ses couverts et plaça ses mains sur ses genoux. Ses doigts pianotèrent nerveusement sur ses cuisses.

— Cela ne me concerne pas, après tout… Mangez, Kurosaki-sama. À moins que le repas ne soit pas à votre goût ?

— Non… il est très bon… merci.

Ichigo redressa la tête. Son regard troublé croisa celui de Gin, qui, pour une fois, n’était pas moqueur. Peut-être une pointe de pitié y traînait-elle, mais pas de raillerie.

— Je choisis la voie que mon père m’a tracée. Je… je n’ai pas de véritable rêve, ni de vocation. Il était tellement évident que je reprendrais la suite derrière lui que je n’ai jamais songé à faire autre chose…

Ce n’était pas un mensonge, mais une vérité cruelle. Lui aurait-on laissé le choix, de toute façon ? Gin hocha la tête, puis se cala au fond de son fauteuil.

— Je comprends… Il n’est pas toujours facile d’être l’héritier d’une très grande famille… surtout comme la vôtre.

— Haï…

— Mangez… vous me feriez plaisir… Kurosaki-sama.

Ichigo reprit ses baguettes et mangea un peu. Gin se contenta de relancer la discussion. Il raconta sa vie d’étudiant en gestion : surdoué, il avait terminé l’université à vingt ans. Mais son jeune âge l’avait cantonné à des rôles d’éternel stagiaire. Jusqu’au jour où, avec Kisuke — un autre surdoué rencontré à la fac — ils avaient investi leurs économies dans des jeux qui demandaient une réflexion sur les probabilités.

Ils avaient récolté beaucoup d’argent, puis l’avaient investi dans des affaires plus ou moins louches : d’abord le prêt sur gage. Rapidement, ils s’étaient retrouvés à la tête d’une petite fortune. Ichigo buvait ses paroles. La vie de Gin lui paraissait bien plus palpitante que la sienne.

Ichigo nota le ton affectueux avec lequel Gin parlait de Kisuke.

— C’est l’homme blond qui est en bas de votre boulangerie ?

— Haï… nous ne sommes plus que des associés.

— « Plus que » ?

— Nous étions amants…

Gin eut un léger sourire en prononçant ces mots. Il était évident que, malgré ses efforts, cette relation le chamboulait encore. Ce qui plut, sans qu’Ichimaru se l’explique vraiment, et le surprit tout à la fois.

— Cela vous pose-t-il un problème, Kurosaki-sama ?

— Non… non… juste que… enfin, vous aviez une façon particulière de parler de lui, alors…

— C’est fini depuis quelque temps.

— Ah…

— Seriez-vous… jaloux ?

— Non… Comment pouvez-vous dire ça ?

Ichigo était outré. Gin ajouta, avec un léger sourire :

— J’ai eu peur, un bref instant, que vous oubliiez pourquoi nous nous retrouvons ici aussi souvent.

La mâchoire d’Ichigo se serra. Son regard se voila légèrement de colère ; ses mains se crispèrent. Gin allait répliquer lorsque son téléphone sonna. Il se leva et prit l’appel.

— Gin Ichimaru…

— Gin ? C’est Kisuke…

— Que puis-je pour toi ?

— Ramène tes fesses, et vite… je crois qu’on va avoir de gros ennuis…

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— La ferme et rapplique immédiatement. Lâche le gosse et reviens !

Le ton inquiet, presque paniqué, de Kisuke fit dresser les poils de Gin. Jamais il ne perdait les pédales, quelle que soit la situation. L’entendre ainsi lui glaça le dos.

— J’arrive tout de suite !

— Je t’attends !

Gin raccrocha et se tourna vers Ichigo.

— Veuillez m’excuser, Kurosaki-sama… Je vais devoir vous laisser. J’ai une urgence. La chambre est payée, le repas aussi. Vous pouvez rester si cela vous chante.

— Je… je vais partir.

— Alors attendez au moins dix minutes après moi.

C’est à grandes enjambées qu’Ichimaru quitta la pièce. Ichigo se leva, nerveux, interrogatif. Gin eut un petit sourire, revint sur ses pas, embrassa une dernière fois Ichigo, puis murmura contre ses lèvres :

— Nous nous reverrons très bientôt, Kurosaki-sama…

— Haï…

Gin disparut en quelques secondes. C’était la première fois qu’Ichigo se retrouvait seul dans la chambre. Son regard chercha fébrilement… il ne savait quoi. Son cœur tambourinait ; un malaise sourd le gagnait. Gin ressentait-il aussi ce vide ? La pièce lui parut soudain sordide. Pourtant, elle était propre, et devait coûter une fortune. Mais sans Gin… elle avait perdu son charme, son humanité.

Ichigo quitta l’hôtel quelques minutes plus tard, soulagé. Il traversa le hall rapidement ; lorsqu’il rejoignit le trottoir éclaboussé par les derniers rayons du soir, son cœur était inexplicablement serré.

°oOo°

Ichigo salua Keigo une dernière fois et se dirigea vers sa maison. Il avait eu le temps de se changer, et son ami lui avait mâché le travail en lui donnant les cours déjà recopiés. Cette fois, il rentrait tard, contrairement aux autres jours.

Les réverbères dessinaient des arcs de lumière blanche sur le bitume. Les silhouettes fantomatiques des voitures n’étaient éclairées qu’un instant, avant de se fondre à nouveau dans l’obscurité. Ichigo frissonna — non pas à cause du froid, mais parce que le ton de Gin ne cessait de le poursuivre, comme un mauvais présage.

Jamais il n’avait entendu le prêteur sur gage inquiet, encore moins embarrassé. Pourtant, ce soir-là, sa disparition brusque et sa voix sans sourire lui avaient fait comprendre qu’il était préoccupé. Qu’était-il arrivé pour le troubler à ce point ? Le reverrait-il bientôt ?

Ichigo brûlait d’attraper son téléphone pour en savoir plus, mais se retint au dernier moment, alors que ses doigts composaient déjà le numéro. Après un bon quart d’heure de marche, il aperçut les grilles de sa demeure : imposantes, comme tout ce qui appartenait à sa famille.

Les gardiens le saluèrent. Ichigo sentit son cœur accélérer en remontant l’allée. Pourquoi cette peur irraisonnée ? Son instinct lui soufflait que la soirée serait longue… Sans s’en rendre compte, il ralentit le pas, puis s’arrêta quelques minutes plus tard, en voyant la voiture de son grand-père garée à côté de celle de son père.

°oOo°

Gin entra dans son commerce et surprit le regard de plusieurs employés braqué sur lui. Que se passait-il, bon sang ? Il monta l’escalier quatre à quatre, entra dans son bureau… et s’arrêta net.

Devant lui se tenait une rangée de six hommes en costume noir. Assis dans son fauteuil, un homme très grand au regard noir et perçant, mal rasé, les cheveux hirsutes, le dévisageait. Kisuke, près de lui, semblait avoir eu une discussion qui n’avait pas tourné à son avantage — ce qui n’était pas dans ses habitudes.

— Entrez… Monsieur Ichimaru Gin… Je vous en prie…

Gin resta interdit. Qui était cet homme ? Il fit un pas dans la pièce ; quelqu’un derrière lui, qu’il n’avait pas vu, ferma la porte. Il s’abstint de se retourner et ne quitta pas des yeux l’armoire à glace assise à sa place.

— Je me présente… faisons les choses correctement. Je m’appelle Kurosaki Isshin. Et je suis le père — je pense que vous l’aurez compris — de Kurosaki Ichigo.

Gin se figea un instant et repris son souffle. Son sang s’était glacé. Un très mauvais pressentiment l’assaillit.

— … Enchanté…

Gin ne laissa pas filtrer sa surprise. Il attendit la suite, qui n’allait certainement pas lui plaire. Kisuke, tassé sur le côté, avait le regard affolé ; cela déstabilisa Gin, même s’il n’en montra rien.

— Pas moi !

Isshin était froid, cassant. Il se retenait visiblement de lui sauter dessus. Il inspira, expira, puis reprit d’une voix posée — ce qui fit frissonner Gin malgré lui.

— Je suis venu vous rembourser la dette que mon fils a contractée auprès de vous. Le chèque a été remis à votre secrétaire plus tôt. Vous pouvez demander à votre associé…

Gin tourna le visage vers Kisuke, qui hocha la tête.

— Je vous remercie… Mais que me vaut ce… déplacement en masse ?

— Ne me dites pas que vous n’êtes pas au courant de l’âge de mon fils ?

Un silence pesant s’installa. Isshin se renversa dans le fauteuil, sortit une cigarette et prit le temps de l’allumer. Le craquement de l’allumette résonna. Gin sentit son cœur battre trop lourdement : la suite ne lui plairait pas.

— Donc, vous ne connaissez pas l’âge de mon fils… ou plutôt, vous n’avez pas voulu le savoir. Savez-vous que vous pourriez aller en prison pour avoir conclu un contrat avec un mineur ?

— Mineur ?

Isshin tira une bouffée et observa les volutes de fumée.

— Oui : mineur. Votre contrat était caduc. Je souhaiterais vous voir passer en justice… toutefois, je ne le ferai pas, pour des raisons évidentes de réputation et d’honneur. Je vous ai remboursé la somme intégrale. Votre secrétaire m’a dit que vous n’aviez pas pris d’intérêts. Trouvant cela peu commun pour un prêteur sur gage, je vous ai ajouté les frais d’usure que vous pratiquez habituellement : ma famille ne doit rien vous devoir.

Il marqua une pause, puis sa voix se durcit.

— Toutefois, si jamais vous faisiez la moindre publicité de notre… appelons cela un arrangement, je me ferais un plaisir de vous briser, vous et votre associé. Avez-vous compris ?

La menace était claire. L’attitude des hommes autour de lui indiquait sans ambiguïté à l’albinos qu’il finirait au fond d’un canal s’il songeait à trahir la famille Kurosaki.

— Haï… c’est parfaitement clair.

— Bien.

Gin, blême, demanda calmement, tandis que le noble se levait lentement :

— Quel âge a votre fils ?

— Ichigo ?

Isshin esquissa un sourire pour la première fois, comme si le simple nom réveillait une tendresse qu’il n’accordait à personne d’autre. Il était évident qu’Isshin Kurosaki adorait son fils.

— Ichigo va bientôt fêter ses seize ans.

Ichimaru faillit s’étrangler. Son corps lui sembla soudain trop lourd ; son cœur s’arrêta une seconde. Il se força à écouter.

— Ne vous approchez plus jamais de mon fils, ni d’aucun membre de ma famille. Ichigo est ce que j’ai de plus précieux sur Terre, et si vous le touchiez… je n’ose pas imaginer ce dont je serais capable. Est-ce clair ?

— Haï…

Isshin scruta le visage de Gin, imperturbable en apparence. Malgré ses efforts, il n’y lut rien, sinon une pâleur livide.

— Bien… nous nous sommes compris. Messieurs… je vous souhaite une bonne soirée.

Isshin quitta les lieux. Un silence de plomb s’abattit. Kisuke se tourna enfin vers Ichimaru, statufié au milieu de la pièce. Le blond s’approcha et demanda :

— Gin… tu vas bien ?

— Ichigo… n’a que quinze ans…

La voix de Gin était blanche. Sans avertissement, il se laissa tomber au sol et prit sa tête entre ses mains. Ses doigts se crispèrent sur ses mèches argentées.

— Il n’a que quinze ans !

— Moi, je lui en avais donné dix-huit… comme quoi…

— Pourquoi je n’ai rien vu ?

— Tu ne voulais pas le voir… Tu es tombé sous son charme.

Gin resta prostré un instant, puis releva la tête et rencontra les yeux verts de son ami.

— Kisuke… je crois que j’ai besoin de vacances.

— Il vaut mieux… surtout si son père sait pour vous deux.

Gin blêmit et hocha la tête.

— Tu m’avais prévenu et je n’ai rien voulu savoir… Pourquoi ? Pourquoi ?

— En tout cas, je n’aimerais pas être à la place du petit Ichigo quand il rentrera chez lui.

Gin pâlit davantage. Lui non plus n’aimerait pas être à sa place.


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