Rouge comme le rubis : 3

Le sommelier était monté à l’arrière de la voiture de son patron, tandis que son beau-frère s’était installé à l’avant. Grimmjow posa quelques questions sur son voyage, auxquelles Ichigo répondait aussi précisément que possible, mais ses pensées étaient ailleurs.

Ichigo ne remarqua donc pas les fréquents coups d’œil que son patron lui lançait, trop occupé à scruter le paysage qui défilait devant ses yeux. Il eut du mal à retenir un bâillement.

Coupant court à ses songes, Byakuya lui demanda finalement :

— Tu viens dormir à la maison ce soir ou tu rentres directement chez toi ?

— Vous avez organisé quelque chose ?

— Tu sais bien que tes sœurs, enfin surtout Rukia, sont sur des charbons ardents.

Ichigo posa une main sur son front et ferma les yeux.

— Je t’avouerai que j’aurais préféré reporter ça !

— Vous avez combien de membres de votre famille dans ce restaurant Kurosaki ? s’enquit Grimmjow.

— Ma sœur Rukia, qui est sommelière, son mari Renji Abarai, le second de Byakuya, et enfin mon beau-frère Byakuya Kuchiki, qui est marié à ma sœur aînée, Hisana. C’est tout.

Ichigo avait parlé d’une voix lasse.

— C’est… beaucoup ! Comment vous êtes-vous retrouvés à travailler ensemble ?

— Bêtement ! marmonna Ichigo.

— J’ai été le premier à travailler pour l’ancien propriétaire. Renji m’a rejoint à la brigade. Entre-temps, je me suis marié avec Hisana et, au cours du mariage, Renji — qui était invité — est tombé amoureux de Rukia. Ils se sont fiancés peu de temps après. Finalement, Rukia a postulé pour un poste de sommelière au restaurant ; elle a été engagée par Ukitake. Ichigo, lui, a été recruté par l’ancien propriétaire juste après sa formation. Il l’avait repéré lors d’une dégustation et avait été impressionné par son nez et son palais, expliqua le chef.

— Franchement, je savais pas que tu pouvais parler aussi longtemps, Bya ! Tu m’épates !

Ils arrivèrent bientôt devant le restaurant. Quand Ichigo sortit de la voiture, il reçut un léger coup de poing dans l’épaule.

— Malfrat.

— Parle pour toi !

Ichigo se dirigea vers le coffre, mais Grimmjow l’avait déjà ouvert et en avait sorti la valise du roux. Leurs doigts s’effleurèrent. Ichigo ressentit, non sans surprise, ce frôlement comme une brûlure. Il ne leva pas les yeux vers son patron : il se contenta de prendre son bagage, puis de le poser à terre. Il se tourna vers le restaurant, qui ne semblait pas avoir été touché de l’extérieur.

— Attends-toi à de gros changements à l’intérieur, fit Byakuya, qui semblait avoir lu dans ses pensées.

Ichigo avança. Il entendit le claquement du coffre et faillit sursauter. Byakuya s’était retourné pour observer le bleuté, mais le roux s’obstina à traverser l’espace qui le séparait de la porte. Il entra, suivi de son beau-frère. La présence de son patron dans son dos — et surtout son regard sur sa nuque — lui pesait. Ichigo déposa sa valise à l’accueil et observa tout autour. Ses yeux s’agrandirent de surprise.

— Mince…

— Je savais que tu resterais sans voix.

— Ça vous plaît, Kurosaki ? demanda Grimmjow, un sourire carnassier au bord des lèvres.

Ichigo se déplaça dans l’espace et posa une main sur le comptoir de l’entrée. C’était vraiment magnifique ! L’ensemble était épuré : exit le style rétro-ancien… Un mélange de blanc, rehaussé de touches de rouge, donnait vie aux différents tons clairs. Il s’avança vers la salle et tomba sur une pièce qu’il ne connaissait pas. Surpris, il s’arrêta puis se tourna vers son patron, qui le regardait, un grand sourire aux lèvres.

— Votre chez-vous !

— Chez moi ?

— Le bar à vin.

Ichigo le fixa, stupéfait, et pénétra dans les lieux. Quelques tables carrées en bois exotique étaient disposées symétriquement. Tout était dans un camaïeu de blanc, et seules les tables et le bar — de la même matière — apportaient une touche de couleur, avec les plantes vertes qui rendaient l’endroit plus vivant. Son regard accrocha les tableaux accrochés au mur derrière le bar.

Ichigo fit le tour et posa la main sur le comptoir ; ses doigts parcoururent le plateau presque malgré lui. Il avisa ensuite les coffres à vin en dessous. Il s’accroupit et les ouvrit.

Un sourire heureux s’étira sur ses lèvres. Il ne vit pas que son patron s’était approché pour mieux l’observer, ni la satisfaction qui éclairait son visage. Byakuya, lui, enregistra l’information.

Il avait remarqué les regards de Grimmjow sur son beau-frère pendant le trajet. Il avait aussi noté l’expression de ce dernier quand Ichigo avait récupéré sa valise. Le cuisinier s’était demandé ce qui se serait produit s’il n’avait pas été présent à cet instant.

Oui, il avait perçu l’intérêt de son patron pour Ichigo. Ce n’était pas platonique. Et il s’interrogeait : devait-il en parler au sommelier ? Quoi qu’avec le retour d’Hisagi dans les parages… il s’inquiétait moins. Shūhei était comme une drogue pour Ichigo.

— Nous n’avons mis que quelques bouteilles. Bien sûr, vous ajouterez celles dont vous avez besoin. La carte n’ayant pas été établie, je vous laisse gérer le bar. Je voudrais juste être tenu informé.

— Bien, murmura Ichigo, qui continuait son exploration.

Il s’était redressé et regardait les cartes posées sagement sous le comptoir. Il les ouvrit : elles étaient vides.

— Au fait, Ichigo, les menus ont été complètement changés. Je vais te donner la carte avec les nouveaux.

Le roux leva les yeux, étonné, vers Byakuya, puis tourna la tête vers Jaggerjack.

— J’ai voulu quelque chose de plus moderne, également, à ce niveau.

— Oh ! Tu me donneras une copie, et je voudrais goûter tes créations.

— On a prévu de faire ça demain après-midi. Il y aura Renji, Rukia, le Chef et moi-même, fit Grimmjow. Peut-être ma femme, mais ce n’est pas sûr. Elle a déjà approuvé les menus. Ah, si ! Uryuu Ishida, le nouveau sommelier que j’ai engagé !

— Uryuu ?

Ichigo n’en revenait pas.

— Vous le connaissez ?

Ichigo fit une légère grimace et soupira.

— Oui. Nous sommes de la même promotion.

— Vous n’avez pas l’air de beaucoup l’apprécier.

— Oh, c’est juste que… Il veut toujours être en compétition avec moi et conteste tout ce que je dis ! Ça me promet des journées fatigantes, c’est tout !

— Il sait que c’est vous le sommelier et que vous avez toute ma confiance…

— Eh bien, on verra ! rétorqua Ichigo.

Il avait déjà trouvé un autre centre d’intérêt : les verres et les carafes à décanter disposés sur les étagères. Fasciné par son espace, il ne prêtait vraiment plus attention aux autres. Byakuya se tourna vers Grimmjow.

— Je retourne en cuisine. J’ai certaines affaires à régler.

— Bien. Si vous avez de nouveaux problèmes, n’hésitez pas à venir me voir ! De toute façon, nous passerons vous rejoindre !

Byakuya hocha la tête et quitta la pièce. Grimmjow reporta son attention sur le jeune homme, qui se tourna enfin vers lui.

  • Cet espace est vraiment… intéressant !

Le bleuté observa le roux, visiblement ravi de son nouveau lieu de travail. Ichigo s’avança et ajouta :

— Je suis impatient de visiter le reste !

— Suivez-moi !

Un sourire carnassier au coin des lèvres, Grimmjow se mit en marche, sentant la présence de son employé derrière lui. Il l’amena en salle. Ichigo ouvrit de nouveau les yeux, surpris : c’était moderne, épuré et très chaleureux à la fois.

Les couleurs y étaient pour beaucoup ; les espaces, tantôt ouverts, tantôt plus fermés et intimes, transformaient la pièce. La salle paraissait plus grande, plus claire, plus aérée. Le blanc dominait toujours, pourtant des touches de couleur, dispersées ici et là, lui donnaient une impression unique.

Ce qui surprit le plus Ichigo fut les lustres. Il se plaça sous l’un d’eux. Du cristal. Une fois allumés, les milliers de pampilles devaient renvoyer la lumière partout dans la pièce.

— Vous en pensez quoi ?

— J’aime ! C’est incroyable ! Je n’aurais jamais pensé que cet endroit puisse être aussi…

Ichigo tourna sur lui-même, embrassant du regard les meubles et l’ensemble de la salle.

— Aussi agréable ! Pas que l’ancienne décoration ne le soit pas, mais… c’était trop chargé à mon goût. Qui s’en est occupé ? Je veux dire…

— Moi !

— Pardon ?

— J’ai toujours aimé créer, que ce soit en cuisine ou dans d’autres domaines. Et je pense que le dicton « On n’est jamais mieux servi que par soi-même ! » est celui qui me correspond le mieux !

En disant cela, les yeux du restaurateur se plissèrent et se posèrent sur le sommelier, qui ne lui prêtait aucune attention. Ichigo sursauta légèrement : son portable vibrait. Il se tourna vers Grimmjow, s’excusa, puis décrocha.

— Ichigo Kurosaki ?

— Ma petite fraise !

— Ah, c’est toi… marmonna Ichigo, visiblement contrarié.

— Tu m’as réservé des accueils plus chaleureux.

— Je suis au boulot, là. Appelle-moi plus tard !

— Tu es au boulot ? Mais tu viens de rentrer de voyage !

— Je sais, mais je suis encore ici.

— Tu viens à la maison ce soir ?

— Je veux dormir, pas faire la fiesta !

— Moi aussi ! fit Hisagi d’une voix caressante.

— Prends-moi pour un con ! Hors de question…

Ichigo raccrocha et rangea son portable. Il se tourna vers son patron, qui l’observait, un sourcil haussé.

— Excusez-moi… Les cuisines ont changé aussi ?

— Non. Elles étaient très bien agencées. Nous n’avons changé que les menus. Voulez-vous y jeter un coup d’œil maintenant, ou partir vous reposer ?

— Je voudrais y jeter un œil !

— Bien.

Le restaurateur guida le jeune, le sourire de nouveau accroché aux lèvres. Il l’amena vers Byakuya, qui s’affairait au téléphone. Grimmjow sortit une des cartes d’un vide-poches et la tendit au sommelier.

Ichigo lut rapidement les menus et fut surpris par le nombre de plats : il y en avait moitié moins qu’avant. Tous avaient l’air innovants. Il tourna la tête vers son beau-frère, qui venait de raccrocher.

— Tu as vraiment innové, dis-moi…

— M. Jaggerjack et moi avons collaboré pour la création de la nouvelle carte.

— Impressionnant !

Ichigo relut le menu et hocha la tête. Des idées d’accords vin-plats lui venaient déjà.

— Tu pourras voir demain de tes propres yeux.

— OK.

— Ça te plaît ? demanda Byakuya avec un sourire.

Le roux leva les yeux vers lui et hocha la tête. Une lueur de complicité passa dans leurs regards.

— Tu feras encore des menus hors carte ?

— Non ! lança Grimmjow. C’est épuisant, et je pense qu’avec cette nouvelle carte, il y a de quoi contenter tous les palais. Au fait, je voulais vous dire que j’ai fait aménager les salles du fond, qui étaient vides. Il y a des salles de réception et, à l’étage, des salles de conférence. Vous pourrez y jeter un œil demain ! Je pense que, vu votre tête, il vaudrait mieux que vous rentriez chez vous : vous semblez sur le point de vous évanouir.

Ichigo le regarda, étonné, puis se rendit compte qu’effectivement une vague de fatigue s’abattait sur lui. Il posa une main sur le plan de travail derrière lui et s’y appuya. Byakuya regarda sa montre, contrarié.

— Qu’y a-t-il ? demanda Grimmjow

— Je dois aller chercher ma fille à son cours de danse. C’est de l’autre côté de la ville.

— C’est pas grave, Bya. Je vais appeler un taxi !

— Ne sois pas si familier.

— Tu m’exaspères !

— Excuse-moi, je dois y aller. Je suis déjà en retard.

— Courage !

— Ça va aller quand même, Ichigo ? s’inquiéta le brun.

— Va ! Kumiko va te tuer, sinon !

Byakuya partit rapidement. Ichigo sortit son portable.

— Vous faites quoi ?

— J’appelle un taxi !

— Je vous ramène chez vous !

— Non, je vais appeler un…

— Je ne vais pas vous manger ! Je vous ai fait amener ici, je peux vous raccompagner !

Ichigo abandonna.

— Si vous insistez…

Il se redressa et suivit son patron, qui avait ouvert la marche. Ce dernier attrapa sa valise au vol. Ichigo voulut protester.

— Vous savez, je suis fatigué, mais je ne suis pas impotent !

— Vous protestez toujours pour un oui ou pour un non, ou c’est pour la forme ? rétorqua sèchement le bleuté.

— Vous pouvez être…

Ichigo se retint à temps. Il avait oublié à qui il s’adressait et se mordit la langue.

— Oui ?

— Non, rien.

Grimmjow lui lança un regard interrogateur, mais n’insista pas. Ils montèrent en voiture et Ichigo indiqua la route. Il songea à la tête de son employeur en voyant « sa petite maison ». Il espéra éviter l’interrogatoire ce soir-là.

Ils arrivèrent devant deux grandes portes.

— Vous pouvez me déposer ici. Merci !

— C’est… votre maison ?

— L’entrée…

— Comment… comment vous… ?

Grimmjow était stupéfait. Il était assez fier du quartier où il habitait et de sa maison. On pouvait dire qu’il avait bien réussi. Mais là… comment un sommelier pouvait-il habiter ici ? C’était une véritable propriété !

— Un héritage…

— Oh… Je me disais aussi !

— Je vous remercie.

Ichigo était sorti de la voiture. Grimmjow se leva à son tour et ouvrit le coffre. Ichigo récupéra sa valise quand il entendit un klaxon derrière lui. Surpris, il se tourna et croisa les yeux gris de Shūhei. Il poussa un soupir exaspéré.

— Merci encore, M. Jaggerjack ! fit poliment Ichigo.

— C’est pas le gars de l’aéroport ?

Hisagi sortit de sa voiture et se dirigea vers Ichigo, les sourcils froncés. Il scruta Grimmjow, puis se tourna vers son amant, qui soulevait sa valise.

— Ichigo, que se passe-t-il ? demanda Hisagi, soupçonneux.

— Rien ! Je te présente mon patron, Grimmjow Jaggerjack… M. Jaggerjack, je vous présente Hisagi Shūhei.

— Son petit ami ! précisa Shūhei.

Le cœur d’Ichigo fit un bond. La colère montait, et il ne savait pas s’il allait réussir à se contrôler.

— Oh… fit simplement Grimmjow, et son regard passa de l’un à l’autre : ils se mesuraient désormais du regard.

Ichigo remercia encore son patron, puis tourna les talons et se dirigea vers la porte. Il sortit sa clé électronique, appuya dessus, et la porte s’ouvrit.

— Ichi ! s’écria son amant.

— Dégage, Shūhei ! Je t’ai dit que je voulais pas te voir ce soir !

Mais Hisagi, qui connaissait bien le roux, suivit Ichigo et ignora le bleuté, qui remontait en voiture sans pouvoir s’empêcher d’observer le couple. Grimmjow vit finalement l’orangé ouvrir les portes battantes. Il avait les sourcils froncés. Il avait clairement vu une lueur de menace dans les yeux gris.

°oOo°

Hisagi avait fait remonter la voiture le long du jardin. Ils arrivèrent devant une maison de plain-pied. Le brun siffla entre ses dents.

— Eh bien ! Quand tu m’as dit que tu investissais dans la pierre, je croyais pas que c’était pour ce genre de maison ! Et quel quartier !

— Boucle-la !

Ichigo avait quitté son siège. Une jeune femme brune tint la porte d’entrée ouverte avec un grand sourire, auquel le propriétaire des lieux répondit.

— Merci, Hinamori.

— Et avec domestique, en plus…

— Tu crois que j’ai le temps de m’occuper de cette maison tout seul ?

— C’est vrai que tu as encore les droits d’auteur qui te tombent !

— Entre autres… En fait, je continue toujours d’écrire ! fit Ichigo en traversant le hall spacieux où coulait une fontaine.

Hisagi apprécia le lieu : stylisé, simple et pourtant chic. Une fontaine murale ! Il n’y avait que lui pour penser à ça… Il suivit son amant et entra dans un grand salon. Ichigo se dirigea vers le bar et se sortit une bière.

— T’en veux une ?

— Ouais !

Shūhei prit sa bouteille et s’installa sur un des sièges. Il observa son amant, qui avait retiré sa veste et remonté ses manches.

— Comme ça tu écris toujours ! Tu as changé ton pseudo ?

— Hum…

— Sous quel nom ?

— Gatten.

— Putain, j’ai pas fait le rapprochement !

— Y en a aucun…

— Si : dans la sonorité, et puis tu passes du soleil à la lune… Comme tu es passé de la lumière à l’ombre. T’as une certaine ironie !

— T’as jamais été bon en mythologie.

— La ferme ! J’écoutais pas en classe !

— Bien sûr : je faisais les devoirs pour deux, crétin !

Hisagi rit doucement et finit sa bière — ce que fit également le roux. Il quitta son siège et enroula ses bras autour des épaules d’Ichigo.

— Tu m’as manqué ! T’as remarqué que personne ne me suivait ? J’ai fait des progrès !

— Pourquoi tu as dit à mon patron que nous étions ensemble ? le coupa Ichigo

— Parce que ce con te dévore des yeux !

— Arrête de dire n’importe quoi ! Il est marié, et je suis sûr qu’il a des gosses !

— Tu sais, les bi, ça existe !

— J’avais oublié ta putain de jalousie !

Le brun tourna le sommelier vers lui, pour le regarder en face. Il lui prit le menton entre les doigts et son visage se retrouva juste au-dessus de celui de son amant, qui le fixait sans sourire.

— Ichi… À un moment, tu semblais aimer ma « jalousie ». Bon sang ! Ce gars, je le sens pas !

Ichigo soupira et glissa ses mains autour de la taille du brun avant de poser sa tête contre son épaule.

— Shūhei, on peut pas faire une trêve ? Je suis crevé… J’ai eu un séjour épuisant : courir dans tous les sens en France, dans des vignobles, déguster, parler en français… J’ai l’impression d’avoir le cerveau à l’envers !

— Je sais ce qu’il te faut, dit son amant contre son oreille.

Ichigo tourna légèrement la tête et le regarda entre ses paupières mi-closes. Il lui adressa un sourire.

— Hum… Quoi exactement ?

— Un bon repas, un bain, et ensuite… dodo !

— Oh… tu me laisseras dormir ? fit narquois Ichigo.

— Disons qu’entre le repas et le dodo… il y a une certaine marge. Et tout peut arriver !

Hisagi serra le corps souple contre lui et se mit à chanter doucement à son oreille, de sa belle voix grave. Bientôt, Ichigo lui répondit, et leurs yeux se croisèrent. Un sourire se dessina sur leurs visages. Leurs lèvres, entre deux paroles, se frôlaient. Ils se mirent à bouger lentement ensemble. Ichigo attrapa une télécommande au vol et, bientôt, la musique emplit la pièce.

— Tu écoutes encore nos musiques ? chuchota Hisagi contre sa nuque.

— Ce ne sont pas les plus belles ?

Le brun rit, puis ses lèvres descendirent vers la clavicule que ses mains dénudaient au fur et à mesure.

— Ton odeur, ton corps, ta voix… tout m’a tellement manqué, souffla-t-il contre sa peau.

— Tu ne sais vraiment pas ce que tu veux.

— Je suis un imbécile. Tu peux le dire.

Ichigo ferma les yeux et sentit sa chemise glisser le long de ses bras, tandis que des mains exploraient son corps. Cela faisait tellement longtemps. Ses bras s’enroulèrent autour de la nuque d’Hisagi et ses doigts caressèrent ses cheveux bruns.

— Tu es tellement sensible, Ichigo !

Alors que le roux gémissait, Shūhei le fit basculer sur un canapé et entreprit de couvrir son corps de baisers.

— Si tu savais comme j’ai rêvé de te tenir dans mes bras à nouveau…

Ichigo ne répondit pas ; il attrapa le T-shirt du musicien et le lui passa par-dessus la tête. Il admira ce corps, toujours aussi bien sculpté. Les doigts du roux couraient sur les tatouages d’Hisagi, qui se laissait faire. Il posa finalement son index sur le 69 qui ornait la joue de son amant. Un sourire lui échappa.

— Il fallait vraiment que ce jour-là, tu te fasses tatouer ça ?

— Hum… C’est une bonne manière de se souvenir de certains moments !

Le musicien desserra la ceinture d’Ichigo et s’attaqua à son pantalon. La gorge du roux se noua, et son cœur accéléra brutalement. Il avait oublié beaucoup de choses en trois ans. Hisagi le caressait déjà, et Ichigo trembla quand la bouche de son amant s’empara de sa verge. Il gémit et sa main s’agrippa aux cheveux noirs un peu plus fort. Shūhei se déshabilla rapidement et, bientôt, les deux hommes atterrirent sur le sol.

— Tu sais que j’ai un lit confortable pas loin ? souffla Ichigo.

— On s’en fout ! C’est maintenant que je te veux !

Chacun fut bientôt occupé à donner du plaisir à l’autre. Ichigo songea que cette position était vraiment la préférée d’Hisagi. Shūhei avait glissé ses doigts dans le postérieur d’Ichigo tout en l’embrassant. Leurs langues se cherchaient, fiévreuses.

Leurs respirations entrecoupées étaient le seul bruit audible dans la pièce. Hisagi murmura quelques mots à l’oreille du roux, qui le regardait, les yeux pleins de désir. Ichigo se cambra quand leurs corps s’unirent une nouvelle fois, après tant de temps.

Ses mains s’accrochèrent aux avant-bras que son amant avait posés de chaque côté de sa tête, leurs regards soudés l’un à l’autre. Une fine couche de transpiration recouvrait leurs corps. Le va-et-vient arrachait de plus en plus de plaisir au roux, qui tremblait chaque fois que Shūhei trouvait sa prostate.

Lorsqu’ils se libérèrent, Ichigo était épuisé : le coup de grâce. Ils restèrent allongés sur le sol un moment, puis Hisagi demanda :

— Ichi… elle est où, ta salle de bain ? Et ta chambre ?

— Faut qu’on se rhabille, sinon Hinamori et Kotetsu vont me tomber dessus !

— Qui est Kotetsu ?

— Hinamori s’occupe du ménage et de la cuisine. Kotetsu s’occupe de l’intendance. J’ai aussi un jardinier.

— Putain, t’es pété de thune !

— Disons que j’ai su choisir certains bons placements… et que je n’ai acheté aucune drogue qui coûte des fortunes — ni payé une désintox à ce prix-là !

— Je touche plus à rien depuis longtemps ! Enfin, un petit joint par-ci, par-là…

— Abruti !

— Monsieur Morale !

— C’est toi qui m’as choisi.

— Je le sais… Allez, lève-toi, tu vas attraper la crève !

Ichigo se redressa et se rhabilla rapidement. Ils passèrent dans la chambre, puis se dirigèrent vers la salle de bain. Ils prirent un bain dans l’immense baignoire et, finalement, atterrirent, épuisés, sur le lit king-size du sommelier.

Ichigo s’endormit immédiatement, tandis que son amant resta longtemps à l’observer, embrassant régulièrement l’épaule dénudée à côté de lui.

Le roux était désarmant. Il allait bientôt avoir trente-quatre ans et, pourtant, il ressemblait encore à un gamin innocent. Même dans son sommeil, il fronçait les sourcils.

Hisagi sourit. Ichigo ignorait l’effet qu’il produisait. Ce mélange explosif de fougue et d’innocence… Oui, beaucoup lui tournaient autour. Et le restaurateur aussi avait succombé, apparemment. Peut-être que son patron ne s’en était pas aperçu, mais pour un observateur extérieur, c’était évident.

Il était hors de question que Jaggerjack pose un doigt sur Ichigo : il avait mis trop longtemps à le retrouver. Shūhei ferma les yeux avec un sourire. De toute façon, Ichi et lui se connaissaient depuis tellement longtemps…


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