Vendredi 6 février 2009
Ichigo était exténué quand la fin de soirée arriva. Il ne courait pas de cette manière en salle. Ici se réunissaient des connaisseurs en vins. Heureusement, une serveuse était venue l’aider, car franchement, il ne se voyait pas seul en salle. Il n’avait jamais autant ouvert de bouteilles en si peu de temps.
Tout en fin de soirée, il fut rejoint par Kyōraku, qui lui commanda une bouteille qu’on lui demandait rarement : un Château Le Pin 82. Ichigo laissa voir sa surprise, alors que son client l’interrogeait.
— Tu n’en as plus petit ?
— Il faut que j’aille en cave. Je n’ai pas ce genre de bouteille ici. Patientez juste un petit instant, Kyōraku-san !
— Bien sûr, bien sûr… du moment que j’ai ce que je souhaite…
Ichigo quitta son antre et traversa la salle. Il observa les tables : elles étaient toutes remplies et une ambiance chaleureuse régnait. Tout avait l’air de bien se passer. Le roux descendit rapidement l’escalier et se dirigea vers son coin « Pomerol », où il sortit la bouteille commandée par Shunsui. Il regarda ensuite les casiers et fut surpris : il manquait des bouteilles !
Ichigo blêmit et remonta en salle. Il prit son classeur au passage et rejoignit son bar. Il montra la bouteille au connaisseur, sortit son couteau et l’ouvrit. Ichigo huma le bouchon et sortit un verre, mais Kyōraku rit doucement.
— Non, non… Deux verres, Kurosaki !
— Pardon ?
Ichigo regarda alentour et ne vit personne pour accompagner le caviste.
— Vous serez celui qui va m’accompagner.
Le roux ouvrit de grands yeux et balbutia :
— C’est impossible, Kyōraku-san !
— Pourquoi ? Ne faut-il pas fêter son anniversaire de manière digne ?
— Vous savez combien vous allez payer la bouteille ? le questionna Ichigo, qui n’en revenait pas.
— Oh que oui !
Et Shunsui éclata de rire.
— Quelque chose ne va pas ? demanda une voix grave, derrière eux.
Le caviste se retourna et salua Jaggerjack.
— Je proposais à Kurosaki de m’accompagner pour boire à sa santé !
— À sa santé ?
— Oui… Il a trente-quatre ans aujourd’hui et je voulais fêter son anniversaire dignement. Après tout, c’est mon meilleur client !
— Mais… mais…
— C’est votre anniversaire aujourd’hui ? lâcha Grimmjow, qui ne s’était pas penché sur la question.
— Euh… oui !
— Et personne n’est au courant ?
— Non !
— Nous permettez-vous de déguster ce fabuleux Château Le Pin 82 ? demanda Shunsui.
Grimmjow observa son sommelier et hocha la tête d’un geste affirmatif.
— Joignez-vous à nous ! Kurosaki, un troisième verre !
Ichigo glissa son regard vers son patron, et celui-ci confirma d’un signe de tête. Le sommelier sortit donc un verre supplémentaire et servit.
Bientôt, Grimmjow et Shunsui discutèrent à bâtons rompus, tandis qu’Ichigo touchait à peine à son vin, trop occupé avec la clientèle. Une femme d’un certain âge lui commanda un Château La Mission Haut-Brion en le caressant des yeux. Il était plus qu’évident qu’il lui plaisait, mais son mari vint la rejoindre et
Ichigo l’entendit grogner. Il ne laissa pas paraître son soulagement, mais fut très vite interpellé par un autre couple pour un Château Mouton Rothschild 82.
Ichigo s’excusa et s’inclina pour se rendre à nouveau à la cave. C’était une soirée impressionnante. Il se dirigea vers les Pauillac et sortit une bouteille, avant de froncer les sourcils. Il devenait très inquiet, mais remonta rapidement pour rejoindre le couple installé au fond de la salle, auquel il servit son vin.
Le roux était vraiment soucieux et cela commençait à se voir dans ses yeux. Il se dirigea discrètement vers son classeur et parcourut les colonnes. Son cœur rata un battement. Voyant que la salle se vidait peu à peu, il alla se poster à l’entrée de son antre et retint sa sœur lorsqu’elle passa devant lui.
— Ichigo ?
— Rukia, j’ai besoin de savoir : Ishida ou toi, avez-vous servi un Mouton Rothschild 82 ou un Château Le Pin 82 ?
— Bien sûr que non ! Et je ne pense pas qu’Ishida en ait sorti non plus. Nous avons sorti de bonnes bouteilles, mais pas ces deux-là, tu peux me croire ! Quelque chose ne va pas ?
— Il faut que j’éclaircisse ça. Merci.
Il tourna les talons, mais se prit son patron de plein fouet. Il grommela.
— Quelque chose ne va pas, Kurosaki ?
— J’aurai besoin de vous parler !
— Vous aussi ? ironisa le bleuté, qui n’obtint pour toute réponse qu’un regard agacé.
Rukia retourna en salle, un peu troublée par les événements, tandis que son frère et son patron s’éloignèrent.
— Qu’est-ce qui vous tracasse autant ?
— J’ai un problème…
— Je me doute : vous ne feriez pas cette tête et vous n’auriez pas abandonné votre verre sinon.
— Il me manque des bouteilles ! répondit Ichigo en ignorant la dernière remarque. Tout à l’heure, j’ai visité la cave et rien ne manquait. Là, j’ai interrogé Rukia : il me manque des bouteilles… et pas n’importe lesquelles !
Grimmjow fronça les sourcils. Son sommelier semblait furieux.
— Lesquelles ?
— Un Mouton Rothschild 82, un Château Le Pin 82… J’ai aussi vu qu’il me manquait un Château Cheval Blanc 1961 et un Pétrus 1947 ! J’ai pas eu le temps de faire le tour de la cave.
— En êtes-vous sûr ?
— Certain ! Regardez !
Ichigo ouvrit son classeur et lui montra l’inventaire qu’il avait fait plus tôt dans la journée.
— Je n’ai plus le même nombre de bouteilles !
— Je vais aller vérifier tout de suite ! lança Grimmjow en lisant.
— Vous êtes sûr ?
Grimmjow fit un signe affirmatif.
— Retournez vous occuper des clients et vous me rejoindrez en cave ensuite.
— Bien.
Ichigo retourna au comptoir et vit que Shunsui l’avait attendu.
— Quelque chose ne va pas, Kurosaki ?
— Hum… juste un petit souci !
— Qui nécessite la présence de votre patron ?
— Effectivement…
Ichigo ne dirait rien de plus ; Kyōraku s’en rendit compte et préféra changer de sujet. Il lui rappela qu’il l’attendait toujours pour trinquer avec lui. Bientôt, Ichigo dégusta son vin avec celui qui était devenu un ami plus qu’un client avec le temps. Lorsque la salle fut vide, le caviste prit congé. Le roux ferma la porte d’entrée à clé et rejoignit Jaggerjack avec empressement. Celui-ci se trouvait accroupi devant les bouteilles.
— Il en manque beaucoup ?
— Six en tout, mais chacune a une valeur inestimable !
— Lesquelles ? s’inquiéta le roux.
Le bleuté lui tendit le classeur. À mesure que ses yeux parcouraient les colonnes, Ichigo pâlissait.
— Il y a aussi le Château Margaux 1961 ? fit-il d’une voix éteinte.
Le restaurateur se tourna vers son sommelier.
— Vous êtes sûr qu’elles étaient toutes là tout à l’heure ?
— Oh que oui ! Je vérifie toujours, en sachant que ces bouteilles sont ultrasensibles. Seuls Rukia, Ishida et moi connaissions ces bouteilles, et bien sûr vous et Mme Jaggerjack !
— Qui descend dans cette cave ?
— Je ne peux pas voir de ma « cave », sinon les sommeliers et certains serveurs, comme Ulquiorra ou Nell. Ils connaissent tous les deux les vins.
— Personne d’autre ?
— Non…
Ichigo se gratta la tête et réfléchit à qui aurait pu entrer ici.
— Je vais commander un coffre et vous aurez les clés. Vous vous débrouillez pour me retrouver les bouteilles !
— Mais… vous vous rendez compte que…
Ichigo rencontra le regard de glace de son patron et se racla la gorge.
— Oui, je me rends parfaitement compte de ce que ça implique !
Ichigo s’inclina légèrement et s’apprêta à faire demi-tour, mais une main l’attrapa par le bras.
— Je vais profiter de vous avoir sous la main pour que nous « discutions » !
— Pardon ?
Le sommelier se tourna et leva les yeux : le restaurateur était plus proche qu’il ne l’aurait pensé.
— Je vous signale que vous venez de perdre…
— Je sais ce que j’ai perdu ! Mais je sais aussi ce que je veux gagner !
Ichigo fronça les sourcils et chercha à se libérer.
— Que me voulez-vous exactement ?
— Vous.
Le sommelier ouvrit la bouche pour répliquer, mais aucun son ne sortit. C’était tellement direct qu’il en était estomaqué. Après un instant de flottement, Ichigo finit par articuler :
— Moi ? Je suis quelque chose ou quelqu’un que vous voulez gagner ?
Grimmjow eut un petit sourire en coin et affirma :
— Et je ne mettrai pas très longtemps avant que cela n’arrive !
— Pour qui vous prenez-vous ? Je vous signale que vous êtes marié et hétérosexuel ! Et j’ai quelqu’un dans ma vie.
— Il n’est jamais trop tard pour changer, et mon mariage bat de l’aile ! Et pour votre relation… elle m’a l’air aussi solide que la mienne !
— Écoutez…
— Ce n’est pas le moment, ni le lieu. Et je veux savoir qui m’a volé mes meilleures bouteilles ! Toutefois, Kurosaki, je voulais vous avertir que j’ai décidé de vous conquérir, même si vous êtes du genre tête de mule et pas très coopératif !
— Mais je ne suis pas « une conquête » !
— Certes…
— Papa ! s’écria-t-on, affolée.
— Qu’y a-t-il, Anku ?
— C’est Rei. Il est dehors avec des « copains » et ils boivent de l’alcool…
— Où ?
— Viens !
Grimmjow suivit sa fille, Ichigo sur leurs talons. Il était en colère, mais trop inquiet pour ne pas mettre leur précédente discussion de côté. Ils traversèrent les cuisines, que la brigade finissait de nettoyer. Arrivés à la porte de derrière, ils virent un groupe d’adolescents d’environ quinze ans. Éméchés, ils étaient assis sur les gros pots de fleurs du restaurant.
— Yo, ‘pa !
— Que fais-tu, Rei ?
— Bah… J’ai été dans ta cave et… je m’suis servi !
Le restaurateur traversa l’espace qui le séparait de son fils et observa les bouteilles qu’ils tenaient dans les mains. Ichigo observa la scène : deux Grimmjow se faisaient face. Le plus jeune était plus petit, et moins massif. Son regard était différent, malsain. Il était clair qu’il avait pris les bouteilles de son père pour lui faire perdre la tête.
— Kurosaki !
— Oui, M. Jaggerjack ?
— Pouvez-vous vérifier les bouteilles, je vous prie ?
Ichigo se dirigea vers les jeunes et pâlit en voyant les noms sur les étiquettes. Il réussit à trouver une bouteille intacte : celle du Pétrus. Un des amis de Rei voulut l’empêcher de la prendre, mais Ichigo fut plus rapide et bloqua l’attaque tout en protégeant la bouteille.
— J’ai sauvé le Pétrus !
Sa voix n’était plus qu’un murmure, mais ses yeux fixaient avec colère le blond à crête qui l’avait agressé. De son côté, le restaurateur apostrophait son rejeton.
— Ainsi, c’est toi qui as volé dans la cave…
— Ton cher vin chéri ! Qu’est-ce qu’on en a à foutre, de toute façon ? C’est rien que du vin !
— À 4 500 euros la bouteille, pour la moins chère !
Son fils pâlit — et encore plus quand il vit le visage de son père. Les autres « amis » s’étaient figés sur place et un silence tomba sur le parking. La porte des cuisines s’ouvrit, laissant la place à Halibel, Byakuya et Renji, sur les talons. Ishida et Rukia arrivèrent peu après, contemplant la scène en silence.
— Que fais-tu à Rei ? demanda Halibel.
— Ton cher fils vient de boire avec ses petits camarades : un Mouton Rothschild 82, deux Château Le Pin 82, un Château Cheval Blanc 1961, un Château Lafite-Rothschild 2000 et un Pétrus 1947. Enfin non… Kurosaki a sauvé le Pétrus.
Aussi furieuse qu’incrédule, Halibel se tourna vers son fils.
— Mais tu te rends compte de ce que tu as fait ? s’écria-t-elle.
— Bah quoi ! Vous êtes si fiers de vos bouteilles ! Enfin… Ça fait chier papa, c’est le principal.
— Veuillez rentrer, s’il vous plaît ! lança Grimmjow à l’adresse de son personnel. Ceci est un problème familial et je souhaite le régler… en famille ! Kurosaki ?
Ichigo se tourna.
— Veuillez transférer les bouteilles sensibles dans les coffres de votre cave et le fermer à clé !
— Très bien.
— Tu veux qu’on t’aide ? demandèrent les trois membres de sa famille.
— Rentre, Rukia… Tu es enceinte et tu dois être morte ! Renji, occupe-toi de ta femme. Et toi, Byakuya, rentre : tu sais qu’Hisana ne va pas dormir tant que tu n’es pas rentré. Y a pas tant de bouteilles, je vais m’en charger tout seul. Ce ne sera pas long.
— Comme tu veux, Ichigo ! Mais ce n’est pas prudent de conduire après le choc que tu as eu à la tête à cette heure-ci !
— Je vais demander à mon père de le ramener, lança Anku.
— Moi, ce n’est pas que je ne veux pas t’aider, Kurosaki, commença Ishida, mais je me suis tapé tous tes rendez-vous et je ne vais pas encore devoir te donner un coup de main. Tu te débrouilles !
— Comme tu veux !
Ichigo planta son collègue là et retourna dans la cave, Anku sur ses talons.
— Moi, je vais t’aider !
— Anku, tu vas encore te faire engueuler par ta mère, grogna Ichigo.
— On s’en fout ! Et puis, la vieille doit s’occuper de son rejeton ce soir. Alors tu penses que moi, elle va m’oublier ! rétorqua-t-elle dans un ricanement moqueur.
Le roux descendit les marches avec la jeune fille, un panier adapté à ce qu’il allait faire en main. Ils se déplacèrent dans la cave et y placèrent les bouteilles rares qu’il voulait préserver, puis ils remontèrent. Anku faisait la conversation pour deux, derrière lui, mais cela ne le gênait pas trop. Il avait l’habitude des babillages incessants de sa sœur aînée. Il continua donc d’avancer jusqu’au comptoir du bar, derrière lequel il récupéra les clés et entreposa les bouteilles.
— Anku, tu veux bien rester ici et surveiller le bar pendant que je vais chercher les autres ?
— Bien sûr ! Je suis ceinture noire de karaté, deuxième dan !
— Eh bien, je pourrais t’engager comme garde du corps, fit Ichigo par jeu.
— Vraiment ?
— Je me ferai tuer par ton père avant que cela n’arrive, répondit simplement le roux en repartant.
Il fit en tout trois voyages, qui l’exténuèrent tant qu’après avoir rangé les bouteilles, son mal de tête était revenu. Il se massait les tempes lorsque Grimmjow les rejoignit.
— Ça ne va pas ?
— Ch’sais pas ! fit Anku. Il allait bien y a pas cinq minutes !
— Tu es encore là, toi ? Tu n’es pas rentrée avec ta mère ?
— Maman est partie ? Ch’suis pas au courant ! On ramène Ichigo chez lui ?
— Non, non… Je vais app…
— Oui ! Va chercher ton manteau et ramène celui de Kurosaki aussi !
— Mais je suis p…
— Allez ! Suivez-moi au lieu de bavasser !
— Atten…
Furieux, Ichigo lui emboîta le pas, mais faillit lui rentrer dedans lorsque son patron s’arrêta net. Il releva la tête, en maugréant, pour ne rencontrer que le regard fatigué, mais moqueur, du bleuté.
— N’oubliez pas ce que je vous ai dit. Et puis, si je me souviens bien de la conversation avec votre sœur — Hisana, c’est ça ? — il vous faut un homme à poigne… Je suis celui qu’il vous faut, dans ce cas.
Le sommelier allait répliquer vertement, mais Anku le coupa dans son élan en lui tendant son manteau. Il ravala ses paroles, fusillant simplement son patron du regard, avant de fermer la porte du bar.
— Il rentre avec nous ?
— Oui !
— Tant mieux ! Je vais pouvoir voir chez lui…
— Anku, on le dépose, c’est tout !
Sur le parking, Ichigo voulut contourner la voiture pour monter à l’arrière. Malheureusement pour lui, Anku en décida autrement et il se retrouva auprès du bleuté, après que celui-ci — aidé de sa fille — lui eut désigné le siège avec autorité. Le roux fulminait, mais en silence, alors que l’automobile se faufilait dans la circulation fluide du milieu de la nuit.
— Oh, mais c’est les quartiers hyper chics, ici !
— On arrive bientôt, informa Grimmjow, placide.
— C’est ici que tu vis, Ichi ?
Le susnommé plissa les yeux : ils étaient devant chez lui. Il acquiesça.
— C’est loin derrière les portes ?
— Y a une petite marche, mais…
— Ouvrez les portes !
— Mais je peux marcher, et arrêtez de me dire ce que je dois faire !
— Pas moyen avec papa ! Quand il a une idée en tête, c’est même pas la peine. Et puis, j’ai envie de voir où tu vis ! J’peux ?
Ichigo soupira et tendit la clé pour ouvrir les portes de sa résidence. Les deux lourds battants s’écartèrent et bientôt Grimmjow remonta le long chemin jusqu’au plain-pied d’Ichigo. Anku siffla entre ses dents en voyant la maison.
— Petit chemin et petite maison ! On fait carrément pauvres, nous, à côté ! J’oserais pas imaginer pour quoi tu nous prendrais !
— Anku… J’évite généralement de montrer où je vis et j’ai pris la mauvaise habitude de dire « petit », « petite » pour éviter qu’on ne me pose trop de questions. Certaines personnes savent qui je suis et ma maison est surveillée pour éviter les fous dangereux. Je ne sais pas comment, mais jusqu’à présent personne n’a deviné que j’étais sommelier. Et cela me convient tout à fait ! Ça me donne l’illusion de vivre normalement.
— Tu as beaucoup d’argent, alors ?
Ichigo eut un léger sourire et hocha la tête.
— Pourquoi tu travailles ?
— Je te répondrai une autre fois, je suis fatigué.
Sans attendre davantage, il descendit de la voiture, suivi par Anku, à qui il répondit finalement :
— Je ne peux plus vivre de ma première passion, alors je vis pour ma deuxième passion !
— Mais tu disais que tu ne voulais plus des projecteurs !
— La musique restera toujours ma première passion, fit-il avec douceur. Bon, à bientôt, Anku, et fais attention à toi ! Je lirai ton texte et je noterai ce qui me passe par la tête, si tu le souhaites !
— Oh oui !
Satisfait, Ichigo se pencha pour remercier le conducteur. Ce dernier affichait un léger sourire en coin qui eut le don d’agacer Ichigo.
— Bonne soirée.
La porte d’entrée s’ouvrit alors sur un petit bout de femme, visiblement inquiète. Ichigo parcourut le reste du petit chemin pour la rejoindre.
— Monsieur, je m’inquiétais de ne pas vous voir rentrer !
— Tu devrais pas dormir à cette heure-ci ?
Ichigo regarda sa montre : il était presque une heure trente.
— J’ai tout préparé pour vous : un repas, un bain et…
— C’est bon, Hinamori. Va te coucher, je me débrouillerai.
Derrière lui, la voiture s’éloignait. Il soupira.
°OoO°
De leur côté, Grimmjow et sa fille arrivaient sur l’autoroute. Le bleuté fut bien content de ne plus être sur la voie d’insertion lorsqu’Anku reprit la parole.
— Tu le veux, n’est-ce pas ?
Elle ignora son père, qui venait d’accélérer sous le coup de la surprise. À peine la voiture eut-elle repris une vitesse convenable qu’elle reprit, sans lui laisser le temps de répondre.
— Je l’ai vu. Je t’avoue que, sur le coup, ça m’a fait franchement bizarre, mais de toute façon toi et maman, c’est foutu depuis des plombes. J’comprends même pas pourquoi tu restes avec elle ! Enfin bref : tout ça pour te dire que t’as ma bénédiction ! J’adorerais avoir Ka-Ten Sama comme beau-père !
— Anku…
— Quoi ? Tu le désires, je l’ai remarqué ce soir dans la façon que tu as de le regarder, et y a pas que ça ! J’comprends pas bien tes regards pour lui, alors je me risquerai pas à te dire quoi que ce soit ! Et je dirai rien à maman ! Cette folle va te donner du fil à retordre ! En plus, elle peut pas le blairer, Ichigo !
— Anku… merci pour ta bénédiction, mais je m’en serais passé, figure-toi !
— Tu ne cherches même pas à me le cacher ?
— Pourquoi ? De toute façon, tu vas me gâcher la vie pour me faire avouer. Autant te le dire honnêtement : oui, je m’intéresse à lui !
— J’te savais pas gay !
— Moi non plus… c’est une découverte !
— Donc c’est sa personnalité qui t’a accroché ? C’est cool ! Il est super gentil, même s’il doit beaucoup râler, a priori… Il va t’en donner du fil à retordre !
Elle rit doucement.
— Et tu ne pourras faire comme avec moi ! Bonne chance !
— Merci ! grinça son père.
— Mais tu sais, je te dirai honnêtement aussi que si je le prends aussi bien, c’est que j’admire beaucoup Ichigo. C’est aussi mon idole. Je ne sais pas si je l’aurais pris aussi bien si ça avait été un autre homme !
— Je te comprends… Moi-même, parfois, je me pose beaucoup de questions, mais quand il est là… C’est plus fort que moi. Je suis fou, tu crois ?
— Nan, moi j’dirais amoureux !
Grimmjow grimaça et se gara près de la voiture de sa femme, dans leur garage.
— Papa… courage, et fais de ton mieux ! Moi, je te soutiendrai !
— Merci beaucoup.
— Allez, va affronter ta sorcière qui te sert de femme !
— C’est ta mère, je te signale…
— Pffff ! Elle ne jure que par son fils !
— Tu es toujours avec moi, souffla son père.
La jeune fille ne répondit pas et sortit de l’habitacle. Son père fit de même, mais s’arrêta alors qu’elle lui parlait de nouveau.
— Si tu savais comme je suis heureuse d’avoir quelqu’un avec qui parler ! Tu as l’air plus terrifiant que maman et pourtant, avec toi, j’ai toujours pu discuter. Maman, il faut toujours aller dans son sens, alors que toi, tu écoutes et tu essaies de comprendre. Pour moi, c’est beaucoup ! Enfin bon, j’y vais ! Fin de la séquence « nostalgie » ! À d’main, P’pa !
— Bonne nuit, Anku… et merci !
— Bonne nuit Anku… et merci !
Sa fille lui sourit, puis rejoignit sa chambre. Grimmjow se dirigea vers la sienne, où sa femme l’attendait de pied ferme.
— Tu as été long !
— J’ai raccompagné Kurosaki Ichigo !
— Il n’avait personne pour le ramener ?
— Non ! Et je lui dois bien cela après qu’il ait sauvé le Pétrus.
— Trouve-toi des excuses, Grimmjow !
Le restaurateur se retourna et scruta le visage fermé d’Halibel.
— Tu crois que j’ai pas vu tes regards ? Depuis quand tu t’intéresses aux hommes ?
— Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles, Halibel !
— Bien sûr ! On en reparlera, mais sache que s’il faut le casser, je n’hésiterai pas une seconde. Je n’ai pas trimé toute ma vie pour me faire voler mon homme par une espèce de « petit » sommelier sans relief et sans importance.
Grimmjow eut un sourire en entendant le mot « petit ». Il prit son pyjama. Sa femme continua de le menacer pour avoir des explications, mais le restaurateur claqua la porte de la salle de bain. Quand il revint dans la chambre, il se coucha de son côté et tourna le dos à la blonde qui fulminait, mais n’insista pas devant l’air fermé qu’arborait son mari.
Ce dernier ferma les yeux. Le visage bouleversé du sommelier s’imposa dans son esprit. À quoi pouvait-il bien ressembler, sous l’effet de la passion ?

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)