La part du dragon : 4

Ichigo regarda sa montre… Il était en retard. Cela faisait maintenant deux mois qu’il travaillait comme hôte. Il avait dû abandonner son travail de « jour » comme vendeur pour se consacrer uniquement à son travail de « nuit ». Ichigo réalisait un véritable carton auprès des clientes. Sa réputation s’était faite de bouche à oreille et il gagnait plus que confortablement sa vie. Il avait été surpris au moment de sa paie.

Beaucoup de clientes avaient ajouté des primes. Il s’était fait, le premier mois, l’équivalent de 80 000 euros, plus les 10 000 euros d’avance.

Ichigo n’en était pas revenu. Par contre, il ne ménageait pas sa peine : entre concert punk, rock, fêtes en tout genre, sorties paintball, karting, commando, escalade… Il avait fini par donner des cours de biologie à Kohane.

Ses fans — c’est ainsi qu’elles s’étaient nommées — se cotisaient même entre elles pour organiser des soirées à plusieurs où ils faisaient du bowling, billard, karaoké, jeux virtuels, barbecue avec bain de minuit et autres fantaisies, et ce tous les soirs, sauf les soirs de congé d’Ichigo.

Il avait réussi à persuader son père, entre-temps, de le laisser s’occuper de ses affaires. Isshin n’était pas comptable pour un sou. Et Ichigo avait vu l’ampleur de la catastrophe.

Son père s’était fait escroquer : il n’y avait pas d’autres mots. Il s’était donc attelé à rembourser les dettes les plus pressantes, avait pris rendez-vous avec les banquiers et s’était arrangé pour rééchelonner certains remboursements.

Ichigo n’avait pas donné toute sa paie. Il en avait besoin pour investir en vêtements et, puis, il fallait aussi qu’il voie pour ses propres besoins, notamment l’achat d’une voiture. Mais déjà, la pression financière de son père se faisait moins présente.

Il entra dans le bâtiment et se précipita dans l’ascenseur.

— Attendez !

Un homme en costume sombre voulut lui barrer la route mais une main l’empêcha de s’interposer et on fit attendre l’ascenseur pour qu’il puisse y monter. Ichigo remercia l’homme qui avait permis ce miracle.

— Merci beaucoup !

— Je vous en prie… Quel étage ? fit une voix grave et profonde.

— Quarante-cinquième…

— Oh… nous allons au même endroit !

Ichigo leva les yeux et rencontra des yeux bruns, chaleureux. Il eut la gorge qui se noua un peu. Il ne savait pas pourquoi, mais cet homme le mettait légèrement mal à l’aise.

— Je me présente, continua l’inconnu. Je m’appelle Aizen Sôsuke.

— Kurosaki Ichigo.

— Vous êtes un hôte ?

— Oui…

— Vous êtes nouveau ? Je ne vous ai jamais vu…

— Je travaille pour le Moonlight depuis deux mois environ.

— Oh… pourtant, je viens régulièrement.

— C’est que… je ne suis pas souvent dans les locaux.

— Oh… vous êtes demandé ?

— En fait, on me…

Ichigo n’eut pas le temps de finir sa phrase : les portes s’ouvrirent. À peine fit-il un pas dans le hall que son groupe de fangirls lui avait sauté dessus. Aizen ne sut jamais ce qu’il voulait lui dire.

— Ichi ! s’écrièrent-elles en chœur. Nous t’avons réservé une surprise ce soir. Allez viens, on y va, on va être en retard.

Et Ichigo fut entraîné dans l’ascenseur par un groupe d’une dizaine de femmes. Sôsuke leva un sourcil.

— Aizen-sama, quel plaisir de vous voir !

Ce dernier se retourna et croisa le regard de Shunsui Kyouraku.

— Qui est ce jeune homme ? demanda Sôsuke.

— Tu veux parler d’Ichigo Kurosaki.

Shunsui n’avait pas eu le temps de le saluer. Mais, de toute façon, il avait l’habitude. Il était plus facile de le joindre sur portable que de le voir.

— Oui…

— Venez, proposa le directeur, nous allons discuter.

Aizen suivit l’autre homme et se tira une cigarette. Il entra dans son bureau et fit le tour des photos. Il chercha sur le mur et ne trouva pas la photo de Kurosaki. Il haussa un sourcil interrogateur et dévisagea Shunsui. Ce dernier eut un sourire et lui dit :

— Vous regardez au mauvais endroit. Vous le cherchez dans la catégorie E… Mais en fait, il est en catégorie A !

— Pardon ?

—Ichigo Kurosaki est en catégorie A. Il ne fait que de l’accompagnement, et il donne des cours de biologie cellulaire, mais bon… c’est autre chose…

— Mais toutes ces femmes et…

— Nous ne savons pas ce qui se passe avec cet hôte, pour être sincère. Tout ce que nous savons, c’est qu’il a environ une quarantaine de clientes qui ne jurent que par lui. Elles lui interdisent de parler et ne veulent pas nous dire non plus ce qu’elles lui font faire ; elles ont fait ajouter une clause spéciale dans leurs contrats. Ce qui est sûr, c’est qu’il a trois jours de congé au lieu de deux tellement il est épuisé ! Il a même failli se retrouver à l’hôpital. C’est tout bonnement incroyable. Je savais bien qu’il aurait du succès mais là…

— Oh… comme c’est intéressant ! fit Aizen.

Il avait trouvé la photo du jeune homme et posa le bout de son doigt sur la photo. Shunsui se sentit mal à l’aise. Il avait été trop enthousiaste au sujet du jeune homme.

— Je pensais que vous ne vous intéressiez qu’aux classes E ! rétorqua Shunsui, soudain soucieux.

— Je peux aussi m’intéresser à une classe A… surtout s’il est aussi populaire.

— Il ne sort qu’avec des femmes…

— Je pensais que tous vos employés devaient savoir se comporter avec les deux sexes ?

— C’est qu’il est pris jusqu’au mois d’août.

— Oh… Eh bien, je souhaite le réserver pour septembre.

— Euh… mais je vous ai dit…

— Ce ne sera que de l’accompagnement, bien sûr. Et « tout » septembre !

Shunsui devint très pâle. Il ne s’attendait pas du tout à cela. L’incertitude le gagna.

— Je souhaite aussi des photos. Vous me les ferez parvenir rapidement.

— Vous êtes sûr ?

— Certain ! Je ne lui ferai absolument rien d’autre que de la conversation. Je m’ennuie terriblement ces derniers temps.

— Il risque de refuser…

— Pourquoi ? demanda soudain Aizen.

— Parce que… Shunsui fit le tour de la table et regarda les gains d’Ichigo. Ce mois-ci, il se fait autant que le meilleur de la classe D.

— À ce point-là ? s’étonna Aizen, surpris.

— C’est-à-dire qu’il doit y avoir un concours ou je ne sais quoi qui fait monter les enchères sur Kurosaki.

Shunsui essayait de décourager le brun qui était, malgré ses apparences, assez tordu.

— Je vois… murmura Aizen. Puisqu’il y a de la concurrence… je lui propose un salaire équivalent à celui d’une classe E !

— Pour une classe A ? demanda Shunsui, la mâchoire sur le bureau.

— Oui… Et s’il est sage… j’ajouterai une prime !

Un sourire moqueur s’était inscrit sur ses lèvres.

— Vous savez qu’après la première soirée, il peut vous refuser les suivantes ? demanda Shunsui, qui voulait en être sûr.

— Oui… Quelque chose vous tracasse, Kyouraku-san ?

— En fait… Kurosaki n’est pas facile…

— C’est un avantage.

— Je veux dire…

— Je vois que cela vous tracasse beaucoup que je veuille cet hôte. N’ai-je pas le droit de choisir mes soirées à ma convenance ?

— C’est que…

— Écoutez… Puisque c’est votre hôte numéro 1 dans la catégorie A et que vous ne voulez pas prendre de risque, je veux bien faire l’effort d’ajouter une clause qui lui permette de me quitter à chaque fin de semaine. Par contre, je refuse que quiconque l’approche durant ce mois-là ! Il m’appartiendra ! Est-ce clair ?

— Très clair… Aizen-sama.

Sôsuke parcourut le mur et s’arrêta sur le visage de Renji Abarai…

— Celui-ci est dans la catégorie C ?

— Oui… murmura Shunsui.

— Très bien. Je peux l’obtenir sans problème ? demanda, narquois, Aizen.

— Oui… bien sûr !

— Alors, je le prends pour la soirée.

— Très bien. Nous allons l’avertir.

— Nous resterons ici ce soir. Je n’ai pas envie de sortir !

— Nous préparons tout ce qui sera nécessaire !

— Merci. Je n’ai pas envie de croiser qui que ce soit.

— Je vais faire appeler quelqu’un.

Sôsuke eut un petit sourire et observa le directeur de l’établissement, qui essayait de paraître calme mais qui était profondément troublé par ses demandes. Un jeune homme apparut, vêtu comme un groom. Aizen reconnut Hanatarô. Il le suivit sans peine et lui donna un pourboire. Il avait intégré un des appartements du club. Il n’attendait plus que son hôte. Il eut un sourire en le voyant entrer. Une soirée piquante se profilait à l’horizon.

°OoO°

Ichigo fut invité le lendemain à rejoindre les locaux du club vers le milieu de l’après-midi. Ce dernier arriva donc vers 15 h 30 et s’était habillé comme pour un rendez-vous. C’était devenu une seconde nature pour lui. Il entra directement dans le bureau de Shunsui, qui avait sa porte ouverte.

— Ferme la porte, Ichigo-kun.

Ce dernier fronça les sourcils. Ukitake entra par l’autre porte du bureau de Shunsui.

— Je t’en prie, installe-toi ! proposa Shunsui.

— Quelque chose ne va pas ? demanda Ichigo, inquiet.

— Non, en fait, tout va très bien pour toi ! déclara Shunsui.

— Oh… alors ?

— C’est parce que nous avons reçu une demande particulière d’un client particulier.

— Un client ?

— En fait, c’est notre plus gros client ! murmura Shunsui, mal à l’aise. Il souhaite te réserver pour tout le mois de septembre.

— Il sait que je suis en catégorie A ?

— Oui… Mais il a insisté. D’habitude, il ne s’attarde que sur les catégories C, D et E. Et seulement pour une soirée. Il change souvent de partenaires, en fait. Mais là… il n’a pas voulu démordre. Pourtant, j’ai essayé de le dissuader ! grogna Shunsui.

— Il est… si terrible ?

— En fait, si on voit par là qu’il s’attache à prendre des catégories E, c’est qu’il n’est pas spécialement un enfant de cœur.

— Oh…

Ichigo ne savait pas trop ce que pouvait représenter une catégorie E et ne savait même pas qui en faisait partie. Il savait que la catégorie B correspondait au rapport hétérosexuel, C au rapport homosexuel, D à plusieurs et E était la grande inconnue. On lui avait dit qu’il n’avait pas besoin de savoir, puisque, de toute façon, il ne ferait jamais partie de la catégorie. Ce flou lui laissait percevoir les choses les plus sombres et glauques. Surtout après les paroles de Shunsui. Il savait que même dans E, il y avait des sous-sections. Qu’est-ce que cela pouvait cacher ?

— Il sait que le premier rendez-vous, tu es obligé de l’accepter. Donc, il tient à ce rendez-vous. Il a fait ajouter une clause au contrat, enfin plusieurs… Tu auras le droit, chaque fin de semaine, d’arrêter la prestation sans que cela ne touche à tes gains. Par contre, il refuse que tu aies un quelconque contact avec tes autres clients durant cette période. Il te veut en exclusivité.

— Mais… je suis une catégorie A ! Que veut-il faire avec moi ?

— On ne sait pas. Il ne nous a rien dit à ce sujet !

— Sache aussi qu’il vaudrait mieux que tu t’abstiennes de parler de ton rendez-vous. Car ici, certains l’aiment beaucoup et sont assez possessifs. S’ils apprenaient qu’il prend un homme de compagnie uniquement, beaucoup de jalousie pourrait survenir.

— Qui est-ce ?

— Aizen Sôsuke. Il est le PDG d’une des plus grosses sociétés du pays. Plus quelques affaires secondaires. Tu n’as pas besoin d’en savoir plus.

— Il ne m’a jamais vu…

— Si, dans l’ascenseur hier soir !

Ichigo ouvrit de grands yeux.

— Vous me parlez de l’homme distingué qui doit avoir dans la quarantaine ?

— Euh… Il a, si mes souvenirs sont bons, 37 ans.

— Il est pas loin quand même… grogna Ichigo.

— Si tu le dis… éclata de rire Shunsui.

— Bref, on voulait t’avertir avant car tu n’as eu que des femmes pour t’accompagner à présent… et Aizen est particulier. Il aime les mets raffinés, il a une culture générale assez étendue et il aime les armes… Bref, essaye de voir ce que tu peux faire avec lui. Enfin, on te fait confiance.

— Et si c’est lui qui ne voulait plus de moi au bout de quelques jours ?

— Il a promis de te verser la moitié de la somme si c’était lui qui refusait de continuer le contrat.

— À combien s’élèverait la somme ?

— Cent mille euros…

— Pardon ?

— Oui… on a pensé la même chose !

— Mais… mais il est fou !

— Ne dis jamais une chose pareille à Aizen-sama. Pense à l’appeler ainsi d’ailleurs. C’est le meilleur conseil que l’on puisse te donner. En tout cas, quoi que tu fasses avec tes clientes, agis de la même manière et reste naturel. C’est ce qui fait ton charme.

— Bien… De toute façon, la première journée est obligatoire. Donc je la ferai. On verra ce qui se passera ensuite.

Ichigo quitta le club, profondément troublé. Il s’arrêta au bar pour se prendre un verre. Il allait devoir sortir avec un homme. Qu’allait-il lui dire ? Il réfléchit à toute vitesse. Il décida qu’il se comporterait de la même manière qu’avec ses potes, tout en étant respectueux.

De toute façon, c’était sa première fois avec un homme… enfin, en rendez-vous ! Tout à coup, il se souvint à quoi ressemblait justement « l’homme » ! Il déglutit… Non, il ne pourrait pas se comporter comme avec ses potes. Ce type lui faisait froid dans le dos. En plus, il était accompagné de deux armoires à glace. Il frissonna…

Lentement, Ichigo prit conscience de tout ce que demandait le travail d’hôte. Jusqu’à présent cela avait été « facile » car il s’agissait de domaines qui lui étaient somme toute familiers. Mais là… Il finit son verre et paya.

Ichigo se dirigea vers la sortie et se rendit chez son coiffeur. Il revint le soir pour assurer son service. Le lendemain, il navigua sur le web et essaya de trouver des revues spécialisées sur les hommes. Il en trouva une pas trop bizarre et la commanda.

Il s’inscrivit dans une salle de sport de combat et ensuite, comme il avait reçu sa paie, il partit régler les problèmes de son père. Il en profita pour passer du temps avec sa famille. D’autant que c’était sa journée de congé.

Isshin observa son fils durant la journée. Ses manières s’étaient considérablement modifiées… Plus féminines ? Il ne saurait le dire. En tout cas, depuis qu’Ichigo s’occupait de ses comptes, il n’était plus harcelé par ses fournisseurs. Même les banques étaient plus conciliantes. D’un côté, il en était heureux… Mais en scrutant son fils, il se demandait s’il n’y avait pas un revers à cette médaille !

°OOo°

Le mois d’août passa très vite. Ichigo apprit au fur et à mesure que des rendez-vous avaient été pris pour lui jusqu’à mi-novembre. Il se demanda ce qu’il avait de si « spécial » pour qu’il soit demandé à ce point-là. Et ce n’était généralement pas pour une heure !

Il s’était fait beaucoup de relations avec ses clientes. Elles l’emmenaient partout et surtout, jamais elles ne disaient qu’il était un hôte.

Sauf auprès des maris, comme celui de Miyako, qui était trop content de se débarrasser de la corvée « militaire ». Ce dernier avait du respect pour Ichigo, rien que pour son endurance, et ne trahirait pas le secret de sa femme. Le frère aussi de cette dernière était plus que ravi, à tel point qu’il payait certaines sorties de sa sœur.

Ichigo avait pris un soin particulier à sa tenue. C’était sa première soirée avec Aizen Sôsuke. Il se demandait encore ce qu’il pouvait bien lui dire. Ou ce que pouvait bien lui trouver l’autre homme. Il le saurait bien assez tôt.

Ichigo allait monter les trois marches qui lui permettraient d’accéder à la petite esplanade devant le club, mais il fut accosté par un homme en costume.

— Aizen-sama vous attend dans sa voiture. Si vous voulez me suivre.

— Très bien… Merci !

Ichigo suivit calmement celui qui semblait être le chauffeur. Il arriva devant une limousine noire. L’homme lui ouvrit la porte et Ichigo s’engouffra dans la voiture, le cœur battant. Il se retrouva assis sur un siège en cuir beige. Il leva les yeux et rencontra les yeux bruns, moqueurs, d’Aizen Sôsuke.

— Vous êtes à l’heure…

— Bonsoir, Aizen-sama. Vous aviez donné un horaire ? On ne m’avait pas prévenu !

Ichigo était inquiet, soudain.

— En fait, je comptais vous récupérer à votre horaire habituel, ne vous inquiétez pas !

— Oh…

— Dites-moi… Ichigo ! Je peux vous appeler comme cela ?

— Oui…

— Bien… Donc, Ichigo… Qu’est-ce qui fait que toutes les clientes de cet établissement vous courent après ?

Ichigo rougit. Il ne s’attendait pas à cette question.

— Je vois !

— Pardon ?

— Je commence à entrevoir la vérité ! fit, moqueur, le brun. Vous avez certainement une candeur qui vous rend irrésistible.

— Je vois pas à quoi cela me servirait dans l’escalade d’une falaise ou une partie de paintball en plein milieu de la nuit dans un parc national ! grogna Ichigo.

— Oh… Vous faites ce genre d’activité avec ces dames…

— Toutes mes sorties sont assez sportives, avoua Ichigo.

— Tiens donc… J’ai su que vous donniez des cours également.

— Disons que, dans mes clientes, l’une d’entre elles a quelques difficultés en biologie cellulaire, alors je l’aide.

— Vous vous y connaissez ? demanda Aizen, surpris.

— J’ai abandonné mes études… souffla Ichigo.

— Pourquoi ?

— Je ne souhaite pas en parler. Enfin, si cela m’est permis, demanda, soudain indécis, Ichigo.

— Mais bien sûr ! Je ne vous oblige pas à répondre sur votre vie personnelle. Enfin, si celle-ci devait empiéter sur nos rendez-vous, je ne serai pas d’accord. Vous comprenez qu’au tarif où je vous emploie, je ne veux pas d’intervention extérieure.

— Bien… souffla Ichigo. Où allons-nous ? demanda Ichigo soudainement.

Aizen eut un petit sourire.

— J’ai une soirée chez l’ambassadeur d’Allemagne ce soir. C’est une soirée de travail pour moi aussi. Je compte sur vous pour ne pas me laisser seul dans ces soirées. J’avoue que j’effraie un peu mes interlocuteurs. Je concède ne pas savoir pourquoi !

— Vous êtes plutôt impressionnant ! rétorqua Ichigo.

— Impressionnant, dites-vous ?

— Oui… C’est le meilleur terme dont je peux vous étiqueter !

Sôsuke éclata de rire.

— C’est la première fois qu’on m’étiquette !

Puis, redevenant sérieux, il lui dit brutalement :

— Au fait, je vous ai désigné comme mon compagnon. Donc, vous m’appellerez Sôsuke et non Aizen-sama. Et nous nous tutoierons… Est-ce compris ? Si on vous pose des questions sur notre relation, restez évasif ! Compris, Ichigo ?

— Très bien… Sôsuke !

Ce dernier eut un sourire ironique. Il sentait qu’il ne s’ennuierait pas les prochains jours. La voiture s’arrêta et Ichigo voulut sortir, mais on ouvrit la porte d’Aizen d’abord et il dut accepter la main que ce dernier lui tendit.

Sôsuke la porta à ses lèvres et un sourire se dessina sur ses lèvres en voyant le froncement de sourcils et la légère rougeur du plus jeune. Il lâcha la main de l’orangé et se dirigea vers l’entrée où l’attendait l’ambassadeur d’Allemagne. Quelle ne fut pas sa surprise quand ce dernier s’adressa en allemand à Ichigo.

— Oh quelle surprise, Ichigo-kun ! Nous sommes si contents de vous voir aussi rapidement. Vous savez, nous avons beaucoup apprécié notre dernière sortie. Nous souhaiterions que vous nous organisiez une nouvelle sortie comme celle-ci. Ce sera possible ?

— Bien sûr. Mais actuellement, je suis assez pris. À partir d’octobre, je verrai ce que je peux faire !

— C’est vrai ? Formidable.

Puis, se tournant vers Aizen, il adressa à ce dernier un sourire aimable… le premier en cinq ans. Sôsuke n’en revenait pas…

— Bienvenue, Aizen-sama. Nous vous souhaitons une bonne soirée. Si nous avions su que votre petit ami était Ichigo Kurosaki… enfin, c’est une très agréable surprise.

— Oh, vous connaissez mon petit ami ?

— Bien sûr…

— C’est un cachottier !

L’ambassadrice rétorqua…

— Dans un couple, il doit toujours rester une part de mystère !

— Vous avez tout à fait raison… chuchota Aizen.

Ils entrèrent dans la salle de réception et, à la stupéfaction d’Aizen, Ichigo connaissait absolument tout le monde. Chacun vint les saluer… Enfin, d’abord Ichigo, et ensuite lui. Aizen eut un sourire et se servit du jeune homme, qui lui ouvrait en fait des portes qui lui restaient obstinément fermées jusqu’alors ! Qui était ce gamin ? Une jeune femme vint trouver Ichigo.

— Petit cachottier, je ne savais pas que vous veniez ici ce soir.

— Oh bonsoir, Miyako, fit Ichigo.

— Tu travailles ?

— Non, je suis avec mon petit ami ! déclara Ichigo.

— Petit ami ?

— Oui…

— Oh… je comprends mieux, alors.

Ichigo haussa un sourcil interrogateur.

— Tu n’as jamais cherché à nous draguer !

Ichigo eut un petit sourire et se pencha vers la jeune femme, et avoua :

— J’aime les deux !

— Oh ! Petit coquin… Il faudra qu’on s’en reparle.

— Je suis en vacances en ce moment !

— J’ai su. De toute façon — et elle chuchota — je t’ai commandé une soirée début octobre. On va faire un raid ! Bien sûr, tu es avec moi !

— Pas de problème, Miyako.

— Je peux savoir de quoi vous discutez tous les deux ? fit la voix douce d’Aizen derrière Ichigo.

Ichigo se retourna et adressa un sourire à Aizen.

— Sôsuke, je me permets de te présenter Miyako Kotobuki, c’est la fille du président-directeur général du groupe Sasagawa.

— Enchanté de vous connaître… murmura Aizen en s’inclinant devant la jeune fille.

— Miyako, je te présente Aizen Sôsuke.

— Ton petit ami ?

— Oui…

Ichigo ne cillait pas.

Miyako scruta le visage de l’homme devant elle et elle lui adressa un sourire fin.

— Vous êtes incroyable de laisser votre petit ami exercer sa profession. Quelle confiance ! Je vous avouerai que j’ai eu le coup de foudre pour lui et qu’il est le meilleur partenaire que je n’aie jamais eu. D’ailleurs, mon mari n’en revient pas de l’endurance qu’il peut avoir… Vous ne m’en voudrez pas, je l’ai déjà réservé pour après ses vacances. On va faire un rallye-raid et il sera quelque peu épuisé… quoique toi, tu deviennes de plus en plus fort, Ichigo.

— J’avoue que je ne lui connaissais pas « ces qualités », souffla Aizen. Il va falloir que tu me fasses découvrir cela, Ichi.

Ichigo rougit légèrement et Miyako lui balança une claque dans le dos. L’orangé s’étouffa à moitié.

— Ah… quelle innocence, ce type ! je l’adore… enfin, je préfère mon mari. Mais Ichigo, c’est… Ichigo.

— Chérie ! fit la voix douce d’un homme d’une quarantaine d’années. Arrête de torturer Ichigo-kun. Déjà que tu le maltraites à chaque fois que tu le vois. Tu vas finir par le tuer.

— Là, je ne serai pas du tout d’accord ! dit Sôsuke avec un sourire aimable, mais chacun sentit comme une menace.

— Oh… je n’ai pas l’intention de le tuer. C’est que je ne me rends pas compte de ma force et Ichigo n’est pas une femmelette, alors…

— Alors, vous vous permettez une chose que jamais je n’oserais lui faire ?

— Euh… fit la jeune femme, hésitante.

— Je vous demanderai d’être moins brutale avec mon ami. Merci beaucoup de comprendre… Je ne pense pas que votre mari accepterait que je vous fasse la même chose.

— Certainement pas ! s’écria Akena Kotobuki.

— Je vous présente mes excuses. C’est vrai, Ichigo, fit la jeune femme, suppliante. Je te vois comme un excellent ami et j’en oublie que tu as aussi une vie à côté. Toutes mes excuses, Ichigo.

Miyako s’inclina et Ichigo se sentit mal à l’aise.

— Je t’en prie, Miyako. Je ne…

— Merci ! coupa Sôsuke. Cela me touche que vous compreniez mes sentiments.

Ichigo devint écarlate. Certes, il voulait bien jouer le petit ami, mais de là à en arriver à faire excuser une de ses clientes pour un comportement qu’il trouvait normal à force… Ichigo se tourna vers Sôsuke et le scruta en fronçant les sourcils. Le brun lui rendit son regard avec un léger sourire. Il se pencha vers l’orangé et lui murmura :

— Personne ne porte la main sur ce qui m’appartient… Surtout si cela m’est très précieux.

Ichigo eut les yeux qui s’élargirent. C’était quoi, cette déclaration ?

Le cœur d’Ichigo bondit dans sa poitrine. Les yeux étaient si chaleureux… pas de l’habituelle lueur moqueuse. Mais comme si son client pensait ces paroles. Il fut incapable de lui répondre.

Ils restèrent quelques secondes à se regarder. Tous s’adressèrent un clin d’œil. Les convives s’étaient posé la question durant la soirée : s’agissait-il d’un vrai couple ?

Mais cette petite scène et ce regard ne trompaient personne. Ichigo se sentit désemparé D’autant qu’Aizen s’était penché légèrement vers lui. Il sentit que sa réputation était foutue !


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