Ichigo rentra dans son appartement. Puis il se dit que c’était une mauvaise idée. Il prit quelques affaires et n’oublia pas son portable : Shunsui allait certainement l’appeler pour lui donner des nouvelles. Il traversa son appartement, s’assura que tout était en ordre et ferma la porte à clef. Il se dirigea vers l’escalier et descendit les marches quatre à quatre. Il soupira lorsqu’il se trouva à l’extérieur.
Le roux prit la direction d’un hôtel tenu par une de ses amies. Il savait qu’il aurait la paix et se déclarerait sous un faux nom. Il téléphona pour la prévenir…
— Nell ?
— Ichigo ? Wouah… contente de t’entendre depuis le temps.
— J’ai des problèmes. Je peux revenir quelques jours à « l’hôtel » ?
— Euh… oui, sans problème. Qu’est-ce qui t’arrive ?
— Je peux m’expliquer chez toi ?
— Oui… sans problème ! Je t’attends.
Il raccrocha et se dirigea vers une rame de métro. Il se fondit dans la file, tant et si bien que le yakuza qui le filait pour Aïzen le perdit de vue. Comment avait-il fait ? Il téléphona à son patron.
°OoO°
Ichigo entra par la porte principale. Il vit Nell à l’accueil, qui lui adressa un grand sourire. Il signa le registre sous un nom d’emprunt et l’employée lui donna les clefs. Il prit l’ascenseur et, lorsque la porte se fut refermée, il inséra une clef et appuya sur un bouton pour descendre au sous-sol. Lorsque les portes s’ouvrirent, il croisa quelques membres de l’organisation dont il avait fait partie. Ils saluèrent Ichigo et il regagna sa chambre.
Elle n’avait pas changé. Les murs étaient sombres et le sol en parquet clair. Un lit confortable, deux armoires, quatre chaises et une table de chevet en bois clair agrémentaient la pièce. Une bibliothèque composée de romans et aussi de livres spécialisés dans l’art du combat ornait les étagères. Il balança son sac contre le lit et soupira.
La porte de sa chambre s’ouvrit à nouveau et Nell entra.
— Je peux savoir dans quoi tu trempes ?
— Rien de spécial. C’est juste que… j’ai trouvé un boulot d’hôte, pour renflouer les caisses de mon père. Il s’est fait escroquer et en avait pour des milliers d’euros à rembourser. Avec ce job que je pratique depuis presque six mois, j’ai pu effacer ces dettes. Le problème, c’est que j’ai eu un client…
— Et il t’a cherché des embrouilles. Hôte, tu dis ? Et ça marche bien ?
— Ah, je ne fais que de l’accompagnement. Jusqu’ici, tout se passait bien et j’ai même un groupe de fans qui me réservent souvent des soirées. Rrraahhhh ! s’énerva le roux.
— Quelqu’un sait qui tu es ?
— Personne !
— Pour que tu viennes ici… c’est qu’il doit avoir « une certaine influence »… non ?
— C’est Gin Ichimaru !
— Ah ouais ! fit Nell.
Elle s’installa sur un des sièges qui occupaient l’espace. Elle mit ses jambes en tailleur et inclina la tête pour mieux le regarder. Ses longs cheveux verts, détachés, caressaient ses cuisses.
— Tu vas rejoindre définitivement l’organisation ? Tu sais, papa attend toujours ta réponse !
Ichigo leva la tête et observa son amie.
— J’en sais rien ! Je veux vivre une vie normale… mais on dirait qu’à chaque fois que j’essaie, une tuile me tombe dessus.
— Il va être furieux si tu ne lui donnes pas de réponse ! Enfin, tant pis…
— Tu sais, Nell, ce qui me gêne, c’est le meurtre. Ça, je peux pas faire !
— Je le sais… mais on nous confie d’autres missions. Le meurtre, c’est pour une certaine équipe.
— Il faut que je réfléchisse, songea Ichigo.
— Sinon, tu faisais quoi dans tes soirées ?
Ichigo se mit à raconter toutes ses aventures. Nell riait aux éclats.
— Une chance que nous t’ayons entraîné depuis tout petit.
— Rigole pas ! Les premiers temps, c’était compliqué. Je n’avais plus l’habitude.
— Eh bien, tu auras l’occasion de t’entraîner pendant quelques jours. En plus, il y a du monde. C’est fabuleux, non ?
Ichigo lui jeta un coup d’œil et se jeta sur son lit. Il maugréa en se retournant sur le dos, une jambe repliée.
— Ton père est ici ?
— Il rentre ce soir… Tu voudras lui parler ?
— Il faudra bien… de toute façon.
Nell lui adressa un grand sourire.
— Je vais le prévenir que tu es là. Et cogite sur ce qui te ramène parmi nous. Comme ça, tu pourras donner une réponse à papa !
— Ouais…
La jeune femme se leva et quitta la pièce sans bruit. Ichigo ferma les yeux quelques secondes. Jamais il n’aurait pensé revenir ici. Mais Gin Ichimaru… même si Shunsui lui demandait de se tenir à carreau et qu’il approuvait, il savait que ce type ne tiendrait en rien sa parole. Merde ! À vouloir jouer avec le feu, on finit par se brûler. Il en avait déjà l’expérience…
Ichigo se leva et se dirigea vers sa bibliothèque. Il lut le dos des livres et eut un pauvre sourire. S’il rejoignait définitivement l’organisation… il serait à l’abri, de manière définitive, de tout besoin. Il serait dans une grande famille où chacun prenait soin de chacun… mais, en contrepartie, il serait le valet de l’État à faire les basses besognes : vols, meurtres, espionnages, et bien d’autres missions plus ou moins avouables.
Ichigo leva la tête vers la seule décoration de la chambre, à côté de son lit : un immense tableau représentant un dragon. Il se plaça devant, grimpa sur son lit et se mit à genoux. Il posa un doigt dessus et parcourut la forme allongée couverte d’écailles bleues et vertes. Ce tableau était la réplique de son tatouage dans le dos. Et dire…
Ses souvenirs le ramenèrent vingt ans en arrière. Il s’était fait une copine à l’école maternelle. Tout le monde la repoussait, sauf lui, Chad, Ishida et Keigo. Elle s’était prise d’affection spécialement pour lui et ils devinrent inséparables. Un jour, elle l’avait invité à son anniversaire et il avait été impressionné par l’immense demeure et tous les jeux extérieurs qu’elle comptait. Elle lui avait fait faire son parcours du combattant. Seuls Ichigo et Ishida avaient réussi à le faire. Mais Ichigo avait été le plus rapide.
Le père de Nell s’était intéressé à lui et lui avait proposé de revenir régulièrement pour venir jouer et faire beaucoup d’autres parcours comme celui-ci. Ichigo avait été ravi. Il se retrouva tous les mercredis et samedis matins à faire des parcours. Il développa agilité, endurance, intuition et tactique. Ishida avait abandonné : c’était pas trop son truc. Sasabike Chojiro, le père de Nell, avait alors trouvé d’autres moyens pour les amuser. C’étaient beaucoup de tests : retenir, en quelques secondes, un tas d’objets ; des tests de calculs qui n’en avaient pas l’air, etc… au point que, rapidement, Nell et lui devinrent très vite précoces.
Arrivés vers une dizaine d’années, pour « rire », Chojiro leur avait appris à utiliser le matériel de montagne, les sabres, shurikens, shinaïs, griffes, grappins, chaînes, couteaux, éventails en métal, nunchakus ; les sais, les épées taichi, le tonfa et les kamas n’eurent plus aucun secret pour eux. Ils n’avaient pas d’adversaires et s’entraînaient surtout à manier les différents instruments, en plus de devenir très silencieux.
Ichigo avait eu l’ordre depuis longtemps de ne rien dire à ses parents, car ils lui interdiraient de venir les voir… et Ichigo, à cette époque-là, n’avait pas envie de tout abandonner. Il s’amusait trop pour ça. Lorsqu’il eut une quinzaine d’années, il était déjà très en avance dans sa scolarité, tout comme Nell.
Chojiro décida de leur apprendre la manipulation d’armes à feu. Les deux jeunes gens eurent donc des cours de tir. Finalement, de temps en temps, Chojiro réussit à convaincre ses parents qu’Ichigo passe quelques jours chez eux. Ichigo se retrouva à crapahuter dans les arbres et dans la ville pour acquérir de l’expérience en divers milieux, en ayant des missions pour retrouver des drapeaux ou d’autres objets.
Nell et lui étaient devenus très forts à ce petit jeu. Chojiro n’arrêtait pas de les appeler ses petites merveilles. Lors de ses 18 ans, Nell avait eu un dragon tatoué dans le dos et Ichigo avait trouvé ça cool. L’inconscience de la jeunesse… songea-t-il. Chojiro lui avait expliqué que c’était un signe d’appartenance à la famille. Il n’avait pas bien compris à l’époque. Il avait intégré une fac depuis trois ans, et la biologie le branchait bien.
Quand il eut son anniversaire, Chojiro lui demanda s’il voulait faire partie de la famille et, seulement là, lui expliqua ce que cela impliquait. Il se doutait bien qu’il n’avait pas fait tout ça pour rien. Mais le vol et le meurtre… c’était pas son truc, même si c’était son gouvernement qui l’ordonnait, ou l’empereur.
Par contre, il avait passé treize ans avec ces gens pratiquement quotidiennement ; il s’était senti déchiré. Finalement, il avait accepté le tatouage. Chojiro lui avait dit qu’il l’avait amplement mérité et qu’il lui laisserait du temps pour qu’il les rejoigne. Après tout, ils avaient aussi besoin de cerveaux. Et puis, le père de Nell le considérait comme le fils qu’il n’avait pas eu et avait beaucoup d’affection et de respect pour lui.
Ichigo avait continué à les côtoyer, mais plus de manière aussi intensive. Il participait aux entraînements et, en même temps, menait ses études de front… jusqu’au jour où il dut faire son rapport pour clore sa session de biologie. Il l’avait remis à son professeur principal. Ce dernier voulut jeter un coup d’œil à ses travaux et, finalement, lorsque Ichigo avait voulu le récupérer, son prof lui avait demandé à qui il avait volé les travaux.
Ichigo s’était défendu, mais rien à faire. Enfin, c’est ce qu’il croyait car Hitashi avait récupéré son rapport et comptait le faire publier à son nom. Il avait fouillé dans les affaires d’Ichigo. Ce dernier l’avait surpris et Hitashi-sensei l’avait menacé à l’arme blanche, lui avouant son plan.
Finalement, Ichigo avait réussi à éviter le coup dans la bagarre, facilement, mais… son professeur s’était planté dans le matériel de chimie, accidentellement, et s’était retrouvé empalé dans du verre. Ichigo n’avait pas compris comment son prof avait atterri là ! Au même moment, Nell était entrée et avait vu le corps du professeur. Elle avait appelé son père, qui leur demanda de quitter les lieux. Il s’occuperait de tout.
Ichigo avait été interpellé pour un interrogatoire. Il était resté longtemps en garde à vue, mais aucune preuve ne fut trouvée contre lui et il avait un alibi… Nell ! De lourds soupçons avaient continué à peser sur lui et, à l’université, il s’était fait convoquer et on l’avait renvoyé. Plus aucune école n’avait voulu de lui et de son passé sulfureux… même si aucune preuve n’était retenue contre lui. Ichigo avait fini par abandonner et s’était tourné vers la vie active, au grand désespoir de ses parents qui n’avaient rien compris à l’affaire.
Finalement, Ichigo décida de rentrer dans la vie active et s’était trouvé le boulot de vendeur, en attendant de trouver mieux… pour finir hôte !
Il s’allongea sur son lit une nouvelle fois. Il avait voulu tout oublier… et n’était plus retourné dans l’organisation qui, même si elle se nommait le « Nuage blanc », avait pour emblème un dragon vert et bleu. Il connaissait bien les bandes mafieuses et les territoires. Chojiro lui avait enseigné tout cela. Il lui avait recommandé de ne pas montrer son dos à n’importe qui.
Les conquêtes qu’il avait eues faisaient partie de l’organisation, en grande partie. L’autre partie, il s’était débrouillé pour se trouver dans le noir et être parti avant leur réveil.
Il n’avait jamais touché à Nell. C’était sa sœur d’adoption. Isshin croyait qu’Ichigo se marierait avec elle un jour. Il serait déçu… Il soupira… Il était dans de sales draps. Maintenant, il se voyait mal refuser la proposition de Chojiro. Il savait que l’organisation le protégerait toujours et que le dragon qu’il avait dans le dos le plaçait dans l’élite de l’organisation.
Ichigo se leva soudainement. Le meilleur moyen d’avoir les idées claires, c’était d’aller se défouler. Il ouvrit une de ses armoires, sortit sa tenue de combat noire et se déshabilla. Il enfila son pantalon et sa veste. Il mit ses tabis et sortit de sa chambre. Il rangea sa clef à l’intérieur de sa veste. Il se dirigea vers les salles du fond. Il poussa un shoji et trouva la salle vide.
Il se déplaça rapidement et silencieusement vers les sabres à disposition. Son choix se porta sur une épée taichi.
Il fit rouler l’arme entre ses mains. Et bientôt, il entreprit une chorégraphie silencieuse où les coups portés étaient rapides et nets. Seul le léger bruit de l’arme fendant l’air était audible. Ichigo était entièrement à son exercice et ne fit aucunement attention à une silhouette qui entra subrepticement, armée.
Pourtant, il para le coup qui lui fut porté par-derrière. Rapidement, il y eut une passe d’armes et les deux combattants ne se laissèrent aucun répit. Ichigo ne voyait pas le visage de l’homme qui était venu le rejoindre, mais il était très fort. Un des plus forts qu’il ait jamais croisés. Ce n’était pas un combat d’opérette, mais un combat de survie qui s’était engagé. Ichigo n’eut aucun choix, à un moment : il dut reculer et parer les coups.
À la fin, son agresseur s’arrêta et l’observa. Puis, finalement, il retira son masque et Ichigo croisa le regard de Kensei Muguruma.
— Tu me déçois…
— Haï, sensei !
— Voilà ce que c’est de ne plus venir s’entraîner. Tu es lent et tu as des ouvertures comme des tunnels. Tu reviens parmi nous ?
— J’aimerais en parler avant avec Sasabike Chojiro !
— Bien… dès que tu auras fait ton rapport. Je veux que tu me rejoignes pour quelques entraînements intensifs !
— Haï, sensei…
— J’ai su que tu avais écrasé les joyaux de famille de Gin Ichimaru ?
— Oui, sensei !
— Pourquoi ne l’as-tu pas tué ?
Ichigo rougit légèrement et se sentit mal à l’aise. L’albinos aux cheveux courts, lui, n’y allait pas par quatre chemins.
— Je… je ne peux pas ! souffla Ichigo, enfin.
— Tss ! Tu ne changeras jamais… Chojiro est arrivé. Va le rejoindre. Il a vu le combat et il t’attend pour parler !
Ichigo se remit sur ses pieds et s’inclina en regardant son maître.
— Haï, sensei et… merci, sensei !
— Abruti !
Le roux sortit silencieusement et se dirigea vers le bureau de Sasabike. Il monta un escalier et se retrouva au rez-de-chaussée du bâtiment. Cette partie n’était pas ouverte au public, donc il pouvait circuler dans sa tenue sans trop de difficulté… enfin, comme les autres. Il croisa quelques serveurs, ainsi que quelques femmes de ménage. Bien sûr, tous membres de l’organisation.
Il frappa discrètement à la porte et entra dans un immense bureau donnant sur la rue. Les stores étaient tirés et la lumière crue du début de journée filtrait.
— Ichigo… mon garçon. Je suis si heureux de te voir !
Le vieil homme se dirigea vers lui. Il avait une distinction un peu britannique. Il croisa les yeux orangés de l’homme et Ichigo fut rassuré. Il se dirigea vers le maître des lieux et ce dernier le tira à lui.
— Bonjour, maître !
— Pas de cela entre nous… tu connais mon prénom.
— Haï, Chojiro…
— Bien… bien ! Aurais-tu une nouvelle à m’annoncer ? Excuse-moi d’être si pressant, mais j’attends ta réponse depuis si longtemps.
— J’ai eu le temps de réfléchir toute la nuit. Et finalement… je ne pense pas pouvoir m’intégrer dans une « vie normale ». Par contre, je me sens incapable de tuer qui que ce soit… je ferai un piètre élément… maugréa, songeur, Ichigo.
Il regardait ses pieds en disant cela.
— C’est vrai ? Tu t’es enfin décidé ! fit joyeusement Chojiro.
— Oui !
— Enfin ! Et ne t’inquiète pas. Nous avons beaucoup de travail actuellement et tes capacités d’infiltration me seront nécessaires. Notamment avec ton carnet bien rempli d’hôtes.
— Mais Gin Ichimaru ?
— Tu vas lui rendre visite… ce soir !
— Pardon ?
— Kensei, Rose et Lisa seront avec toi !
— Oh…
— Tu vas lui transmettre un message de Yamamoto Genryuusei.
— Pardon ?
— Oui… lorsque Nell m’a appelé, j’étais avec notre Soutaïcho et tu sais que Yama-jii déteste que l’on touche à ses éléments de valeur. Donc, il a décidé d’envoyer un message à Gin Ichimaru, et c’est toi-même qui le livreras. Ah oui… Kyouraku Shunsui a eu des menaces de cet homme, alors cette visite s’impose, car nous avons besoin de toi dans son établissement. Nous voulons que tu reprennes ton travail. Bien sûr, nous te confierons des missions en rapport avec ton travail.
Ichigo sembla mal à l’aise…
— Quelque chose ne va pas ?
— C’est que… je suis un hôte de classe A…
— Nous ne te demandons pas de te prostituer ! De toute façon, il t’est impossible d’avoir des rapports avec la clientèle. Ton tatouage est très prisé, tu le sais ?
— Oui, maître !
— Ichigo, sois plus détendu.
Sasabike se dirigea droit vers le jeune homme, le prit dans ses bras et lui murmura :
— Enfin ! Je suis si heureux. Ah oui… Nous avons appris pour ton père et ta mère. L’organisation va tout faire pour rétablir ton père dans sa clinique, retrouver les escrocs et nous allons mettre les meilleurs médecins au chevet de ta mère !
Ichigo ouvrit de grands yeux.
— M… merci !
— Normal, mon garçon, c’est ta famille. Ta famille fait partie de notre famille. À savoir que j’ai envoyé des hommes surveiller la maison de tes parents également. Gin Ichimaru pourrait avoir la drôle d’idée d’enquêter et de vouloir s’en prendre à ta famille. Et maintenant, va te reposer. Kensei viendra te chercher à 16 h pour t’entraîner et manger. Ensuite, vous partirez en mission. Au fait, Ichigo… tu as encore de beaux restes… même si ton sensei est en colère !
— Je ne mérite pas vos compliments !
Ichigo partit et laissa l’homme avec un immense sourire sur les lèvres. Il se dirigea vers les escaliers qui le mèneraient au sous-sol. Il croisa Nell et l’informa de sa décision. Cette dernière lui sauta au cou et décida qu’elle organiserait une partie pour le lendemain, puisque le soir même, il avait une mission. Elle sautillait dans le couloir pendant qu’Ichigo levait les yeux au plafond. Cependant, un grand sourire barrait son visage.
Il entra dans sa chambre et partit dans la salle de douche adjacente. Il se lava, se mit un boxer et un T-shirt, puis se glissa sous la couette. Il savait que son sensei viendrait le réveiller en fanfare !
°OoO°
Ichigo se sentit en alerte et para le coup qui lui fut porté pendant son sommeil.
— Bien ! Tu n’es pas complètement ramolli ! déclara Kensei. Va manger un morceau et tu me rejoins dans le dojo tout à l’heure.
— Haï, sensei !
— Ne traîne pas en route !
— Haï, sensei.
Ichigo s’inclina et vit son professeur disparaître. Il s’habilla rapidement et fonça au réfectoire. On lui donna un repas énergétique et équilibré. Aucun kilo superflu n’était admis… et la forme devait être parfaite… songea Ichigo soudain. Il fit une grimace en songeant à toutes les bières qu’il avait bues. Il avait pris quatre kilos à cause de ça.
Il mangea consciencieusement et quitta la salle pour rejoindre Kensei. Ce dernier l’attendait de pied ferme. Il lui proposa quelques exercices d’assouplissement. Ichigo faisait d’horribles grimaces de douleur. Il se souvint brutalement de certaines parties de son anatomie oubliées. Ensuite, il se retrouva à faire des exercices d’utilisation de shurikens et de couteaux. Ils partaient le soir pour le combat rapproché.
Bientôt, le reste de l’équipe vint les rejoindre et participa à l’échauffement. Lisa regarda Ichigo et lui dit avec dégoût…
— Tu as grossi !
— Je le sais…
— Il va vite perdre ces kilos… Il va tout reprendre en muscle. Compte sur moi ! lâcha Kensei.
Ichigo sentit une goutte de sueur tomber derrière sa tête. Que lui réservait l’albinos, encore ? Il se souvint avec effroi de ses entraînements.
Ils quittèrent la salle à 20 h et se dirigèrent vers le réfectoire. Ils discutèrent à peine. Kensei sortit un pli cacheté et le tendit à Ichigo.
— Tu donneras ça à Ichimaru, le visage découvert !
— Pourquoi ?
— Pour lui faire comprendre sa douleur ! ricana l’albinos. T’inquiète, il ne te trahira pas. Car le vieux Yama-jii lui a concocté une de ses menaces à sa sauce !
— Oh…
Tous quittèrent les lieux en silence et se dirigèrent vers la salle des armes. Ils enfilèrent leurs tenues de combat noires, où seuls les yeux apparaissaient. Ichigo plaça quelques shurikens dans ses manches et sa ceinture. Il prit des couteaux qu’il plaça sur lui. Les autres prirent leurs armes de prédilection. Ensuite, ils prirent le long couloir blanc qui les menait au parking privé de l’organisation.
Ils entrèrent dans une voiture sombre aux vitres teintées. Un chauffeur s’y tenait, habillé tout à fait normalement.
Ichigo regarda défiler, derrière les vitres sombres, les lueurs des enseignes et des réverbères. Cela le ramenait loin en arrière, ce genre de mission… à part que là, c’était lui qui déposait un message ! Les quartiers d’Ichimaru se situaient à l’autre bout de la banlieue, à l’opposé du quartier général du Nuage blanc.
Le chauffeur, une demi-heure plus tard, arrêta la voiture dans une allée sombre. Les quatre silhouettes noires sortirent furtivement et se dirigèrent vers l’arrière des immeubles, profitant des ombres pour mieux se dissimuler. Ils s’arrêtèrent quand ils virent un groupe de gardes de l’albinos faire leur ronde. Ils attendirent patiemment.
Enfin, ils arrivèrent devant l’immeuble ancien où habitait Ichimaru. Ils montèrent rapidement grâce aux filins et aux grappins. Kensei ouvrit la fenêtre se situant à côté de la chambre où se trouvait leur cible. Ichigo avait le cœur qui battait régulièrement, mais se sentait un peu les mains moites. Cela faisait si longtemps…
Chacun prit sa position en silence et seul Ichigo entra dans la chambre de Gin.
°OoO°
Ichigo vit l’homme rentrer ses pans de chemise dans son pantalon. Il entendit distinctement la fermeture de sa braguette et le passage de sa ceinture. Il le vit enfiler ses chaussures pour finalement se tourner vers lui. Ichigo se trouvait au milieu de la pièce, silhouette habillée de noir. Gin s’arrêta net. Son sourire s’effaça et un froncement de sourcils vint le remplacer. Le roux ne dit pas un mot.
— Oh… je reçois la visite d’une organisation… mais laquelle ?
Ichigo passa ses mains derrière la tête et défit ses fermetures. Il fit glisser sa capuche et montra son visage. La plus grande stupéfaction se manifesta sur le visage de l’albinos. Puis un éclat de rire éclata dans la pièce. Ichigo ne bougea pas. Il sortit calmement le pli de sa veste noire. Il fit deux pas silencieux pour tendre le message à Gin.
Ce dernier, en voyant le roux se déplacer, arrêta de rire. Il était furtif… Il fronça à nouveau les sourcils et prit l’enveloppe qu’on lui tendait. Il vit soudain le sceau sur la cire et devint très pâle. Il recula comme s’il avait reçu un coup violent. Il tâtonna en arrière et s’assit sur le lit quand il l’eut trouvé…
— Je vois que ce n’est pas Kyouraku qui t’envoie… dit d’une voix blanche Ichimaru.
— Non…
Il brisa la cire et déplia la lettre lentement… comme si elle allait lui exploser à la figure. Il lut le contenu et ouvrit les yeux en grand. La missive glissa d’entre ses doigts et tomba sur le sol.
— Mon Dieu !
Il leva son visage vers Ichigo, incrédule.
— Je ne tenterai plus rien et considérerai mon organisation comme la vôtre.
Ichigo fronça les sourcils. Il se dirigea vers le pli. Il plia les genoux tout en regardant Ichimaru. Il se releva et lut le message.
— Gin Ichimaru,
Mon nom vous dira peut-être quelque chose… Yamamoto de l’organisation du Nuage blanc. Je pense que vous connaissez notre organisation ; notre réputation, même parmi le milieu des yakuza, n’est plus à faire…
Nous avons su par le plus grand des « hasards » que vous souhaitiez mettre la main sur mon successeur. Sachez que si cela était véridique, nous nous verrions obligés de mettre fin à toutes vos activités. Bien sûr, toute résistance est inutile.
Nous avons déjà verrouillé vos comptes et, bien sûr, si j’en donne le signal, vos hommes seront assassinés dans de bien mystérieuses circonstances. Il est évident que vous serez à notre disposition également pour quelques « petits jeux » dont nous avons de longues expériences. Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin.
Donc, comprenez qu’il vous sera aussi inutile de dévoiler l’identité de Kurosaki Ichigo. Si, par malheur, vous deviez le faire… n’imaginez même pas que vous puissiez vous cacher quelque part !
Je pense avoir été très clair sur nos attentes.
Ah oui… J’oubliais ! Le Nuage blanc a besoin de s’agrandir. Donc, nous prenons votre réseau pour vous infiltrer. Nous nous assurons de votre loyauté vis-à-vis de notre organisation.
Yamamoto Genryuusei !
Soutaïcho – Organisation du Nuage blanc –
PS : missive à brûler !
Ichigo leva les yeux sur Ichimaru, qui le regardait toujours, incrédule. Finalement, il lui dit…
— C’est un mensonge !
— Pour quelle raison ?
— Comment connaissez-vous l’organisation du Nuage blanc ?
— Parce que j’en fais partie ! rétorqua Ichigo calmement.
— Impossible… vous n’êtes qu’un imbécile d’hôte allumeur !
— En partie…
— Je n’y crois pas…
— Vous ne voulez pas y croire. Nuance !
Une voix grave se fit entendre.
— Ichigo… Ce dernier reconnut la voix étouffée de son sensei. Montre-lui ton dos !
— Mais…
— C’est un ordre !
Ichigo tendit la lettre à Kensei, qui la brûla, tandis qu’Ichigo défit sa veste en la passant par-dessus sa tête. Il se tourna et Ichimaru crut avoir une attaque. Un double dragon vert et bleu, enlacé autour de la colonne vertébrale, était tatoué. Ils étaient parfaitement identifiables. Gin se leva et s’approcha du dos du jeune homme.
Le travail artistique était d’une finesse telle qu’il n’en avait jamais vu. La nuance des bleus et des verts en faisait une œuvre de toute beauté. Il y en avait pour des heures de travail, et aucun tatoueur de sa connaissance ne pouvait faire un travail aussi riche et nuancé. Et surtout, connaître les codes de l’organisation du Nuage blanc. Il savait qu’il était devant un original. Et il savait, selon la rumeur, que le double dragon signifiait que l’homme devant lui serait un jour la relève en tant que Soutaïcho.
— Ichigo, rhabille-toi !
— Haï ! répondit docilement le roux.
Ichigo se rhabilla et repassa sa cagoule sur la tête.
— Avez-vous compris le message ? Ou vous faudra-t-il d’autres avertissements ?
— Non, aucun… et mes quartiers sont les vôtres. Je ferai en sorte que vous soyez intégré dans notre organisation sans que personne ne se pose de questions.
— Bien… Nous partons !
Kensei fit sortir Ichigo en premier de la pièce, puis il quitta la chambre à reculons également. Il ferma la porte doucement et sans bruit.
Ichimaru se précipita pour les suivre et trouva le couloir désert. Il les chercha partout en appelant ses hommes… Ils avaient disparu. Il ne restait à Gin que les traces du papier brûlé sur le sol de sa chambre. Il ne sortirait pas ce soir…
°OoO°
Ichigo se demanda si sa mission était remplie. Il se tourna vers son sensei, qui le rassura. Lisa et Rose en avaient profité pour voler quelques documents compromettants et laisser quelques messages à Ichimaru.
— Ichigo, tu pourras retourner travailler à partir de lundi en tant qu’hôte. Nell a réservé ta soirée de demain et, ce week-end, nous avons un entraînement.
L’orangé hocha la tête et bientôt ils sortirent de voiture. Ichigo sentait son destin lui échapper. Il avait l’impression qu’une porte en forme de cercueil venait de se sceller sur sa vie !

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)