La part du dragon 11

Ichigo regardait la ville de nuit. Il se trouvait au dernier étage d’une tour en comptant une quarantaine d’étages. Les lumières faisaient paraître la ville plus belle. Voilà maintenant deux mois qu’il était à Shibuya. Il songea au jour où il avait failli se faire attraper par Aïzen.

Il avait juste eu le temps de sortir de son appartement et d’entrer dans la cage d’escalier, et d’entendre la voix grave et ô combien sensuelle d’Aïzen. Il en avait eu des frissons… Sans conteste, ce gars lui faisait de l’effet.

Il avait eu le temps d’analyser les choses entre lui et le yakuza, et il était évident qu’il le désirait autant que lui, même si cela avait été dur à admettre !

Le problème était qu’il ne savait pas si c’était pour le tuer ou bien… si c’était pour autre chose. Ichigo ne voulait prendre aucun risque. Il avait suffisamment d’argent pour éviter de jouer à des jeux dangereux pendant un certain temps.

Pourtant, il suivait des cours de programmation, ne voulant pas se faire distancer ; et puis, il voulait garder la main. Il craquait de temps en temps quelques systèmes de sécurité pour vérifier qu’il était toujours aussi bon, mais il commençait à se lasser de tout cela. Il se sentait seul…

Ichigo était devenu très fort avec ses entraînements quotidiens, et il s’était inscrit à divers dojos pour garder une bonne pratique des arts martiaux. Beaucoup voulaient qu’il s’inscrive à des concours, mais Ichigo les avait gentiment envoyés promener. Il prétextait un travail prenant et faisait en sorte de ne pas venir trop souvent…

Tiens, le lendemain il allait certainement accomplir un nouvel entraînement au sabre dans le quartier de Ginza. C’était un long déplacement, mais il ne pouvait pas se permettre d’être trop statique et prévisible. Le Nuage Blanc avait réussi à trouver l’un de ses clubs, et depuis il ne pouvait plus s’y rendre. Il avait alors fabriqué un appât pour faire croire qu’il avait emménagé dans une banlieue de Tokyo. Quelque chose de discret… surtout quelque chose qui n’éveillerait pas les soupçons. Ichigo était las et il alla se coucher, seul…

°OoO°

Ichigo avait emporté son gros sac de sport et entra dans le dojo. Il se changea et enfila son uniforme de kendo. Il prit son shinai et entra dans la salle d’entraînement en posant son men sur sa tête. Il faillit s’arrêter net en voyant Aïzen Sôsuke au milieu d’un tatami, en plein entraînement avec l’un des instructeurs. Ichigo continua. Après tout, l’autre ne pouvait pas le reconnaître avec son casque sur la tête. Il se dirigea vers son tatami de prédilection. Son cœur palpitait, mais il agit comme si de rien n’était, car les hommes d’Aïzen surveillaient les sportifs. S’il était reparti immédiatement, il était sûr de se faire attraper !

Ichigo repéra un homme avec lequel il s’entraînait régulièrement, mais une main se posa sur son épaule.

— Excusez-moi, Shiba-kun !

Ichigo sursauta. Il n’avait pas entendu le professeur arriver. Il tourna la tête et observa l’homme, sans son masque.

— Il y a ici un homme que je voudrais vous présenter depuis longtemps. Il cherche toujours des adversaires de valeur, et je lui ai proposé un match contre vous. Je serais heureux que vous y participiez, car personne n’a réussi à battre Aïzen-sama.

— J’ai déjà prévu mon entraînement…

— Je vous en prie !

— Non… merci !

Ichigo s’inclina et quitta le professeur pour se diriger vers un jeune homme de son âge. Il salua son ami, et les deux hommes allaient se mettre en place quand Ichigo entendit une voix qu’il reconnaîtrait entre toutes. Il soupira… fataliste !

— Vous ne me jugez pas assez bon adversaire pour vous ?

— Pardon ?

Ichigo se tourna vers l’homme aux yeux fauves et à l’apparence froide, qui avait l’air légèrement contrarié par le refus du jeune homme.

— Pourquoi ne voulez-vous pas faire un match avec moi ? D’après ce que me disent les sensei, vous êtes très fort. Je ne vous demande pas votre après-midi, juste de faire quelques touches !

— Kaïen ! fit la voix de Chomei. Je te laisse faire quelques touches et après, on s’entraînera ensemble. Peu m’importe !

Voyant qu’il n’avait plus trop le choix… Ichigo haussa les épaules. Cela risquait d’être intéressant, après tout !

— Très bien…

Aïzen eut un petit sourire triomphant et indiqua le tatami où il se trouvait plus tôt, mais Ichigo lui dit :

— Si cela ne vous dérange pas, je préfère celui-ci !

Le brun plissa les yeux et finit par accéder à sa demande.

— Si cela vous tient à cœur…

Ichigo se dirigea alors de l’autre côté du tatami et s’assit en seiza. Il posa son shinai devant lui et posa ses mains sur ses cuisses. Il médita quelques minutes et fit abstraction de ce qui se passait autour de lui.

Aïzen observa l’homme qui portait déjà son men sur la tête. Les professeurs et les élèves s’étaient approchés par curiosité. Ils connaissaient tous la force d’Aïzen et celle de Shiba, mais aucun des deux n’avait eu l’occasion de se rencontrer. Qui allait gagner ?

Tous observaient Shiba, qui méditait toujours avant de commencer un match. Aïzen était curieux et demanda à son professeur si l’homme qu’il allait combattre agissait toujours de la sorte !

— Oui… Il fait partie de l’ancienne école, si je puis me permettre. Je ne sais pas qui a été son maître, mais il est passionnant à combattre.

— Si vous le dites !

Aïzen se plaça donc au centre du tatami et attendit que l’autre homme finisse sa propre préparation personnelle. Le dénommé Shiba se redressa et prit son shinai qu’il fit rouler entre ses mains tout en rejoignant le centre pour faire face à son adversaire. Ichigo eut un sourire et attendit finalement avec impatience le combat. L’arbitre prit place et les deux hommes se saluèrent.

Lorsque le signal fut donné, Ichigo plaça immédiatement son épée en position d’attaque sans laisser aucune ouverture. Il observa Aïzen et vit immédiatement quelques ouvertures de son côté : petites, mais dont il n’avait apparemment pas conscience.

Le drapeau fut levé et Ichigo gagna le premier point en poussant un kiai. Cela semblait trop facile pour le roux. Avec son sensei, c’était beaucoup plus dur d’obtenir un point ! Il soupira. Il ne fallait pas sous-estimer son adversaire.

Il reprit position et les deux hommes se firent face. Le signal fut donné et, là, Ichigo vit qu’Aïzen n’avait presque plus d’ouverture. Il plissa les yeux et observa l’homme en face de lui.

Le brun attaqua et Ichigo para le coup pour porter lui-même un assaut, qui fut bloqué à la dernière seconde. Ils étaient face à face, leurs shinai bloqués l’un contre l’autre.

— Nous faisons quoi ? demanda Aïzen.

Ichigo ne répondit pas et recula, car il sentait qu’il n’avait pas la force pure de son adversaire. Aïzen en profita pour l’attaquer et, à la stupeur d’Ichigo, il perdit un point. Il n’avait rien vu ! « Merde ! J’ai pas envie de perdre ! ».

Ichigo repartit à sa place et se dit que sa meilleure chance était d’attaquer, et toujours attaquer, car s’il se faisait coincer comme là, il n’aurait aucune chance de gagner contre l’homme devant lui. Sa force physique était supérieure à la sienne.

Il attendit le signal et, à peine fut-il donné, qu’Ichigo bondit tel un serpent sur le brun qui esquiva de justesse et, contrairement au point précédent, le jeune homme ne resta pas statique : il continua d’attaquer et accula son adversaire pour lui prendre le point !

Les deux hommes rejoignirent le milieu du tatami et se saluèrent. Ichigo fut déclaré vainqueur. Ils furent félicités tous les deux par les élèves et les professeurs. Le plus vieux s’approcha ensuite de son ancien adversaire.

— J’avoue que je suis impressionné. Personne n’avait réussi à me battre jusqu’à ce jour ! Pourrais-je voir à qui j’ai affaire ?

— Bien sûr…

Ichigo recula et tira sur son men. Il secoua ses cheveux avec son autre main et leva ses yeux rieurs vers Aïzen, qui le regarda, stupéfait.

— Ichigo ?

— Pardon ? Je pense que vous faites erreur. Je m’appelle Kaïen Shiba.

Un petit silence s’installa.

— Si vous le dites ; pourtant, j’aurais juré que vous ressembliez à… reprit doucement le brun.

— C’est incroyable comme, en ce moment, tout le monde me confond avec une autre personne !

Et Ichigo quitta le tatami pour rejoindre son ami Chomei, avec qui il entama une discussion légère. Aïzen scruta le visage du jeune homme où ni peur, ni colère, ni haine n’apparaissait. Il savait pertinemment qu’il s’agissait d’Ichigo. Son instinct le lui disait, et son instinct ne le trompait jamais. Il quitta le dojo et alla prendre une douche avant de se changer. Bien sûr, on surveillait le jeune homme pour lui.

Ichigo fut soulagé de voir disparaître le yakuza, mais il ne se faisait pas d’illusions. Quel manque de chance de tomber bêtement sur cet homme ! Le jeune homme décida de continuer comme si rien ne s’était produit. Finalement, il quitta la salle d’entraînement parmi les derniers. Il avait besoin d’expulser son trop-plein d’énergie. Il voulut quitter le dojo ; alors il ramassa ses gants, son shinai ainsi que son men et, quand il se retourna, il croisa les yeux fauves qu’il ne connaissait que trop bien.

— Crois-tu pouvoir m’avoir avec un simple déguisement comme celui-ci ? De plus, pour me battre, il faut être vraiment très, très fort, Ichigo… Les seules personnes qui pourraient me surclasser n’existeraient pour moi qu’au sein du Nuage Blanc !

— Je pense que vous vous faites trop de films… marmonna Ichigo.

Le roux était en position défensive et s’était arrêté au milieu de la salle. Cette dernière ne comptait que les deux hommes. Aïzen traversa lentement l’espace qui les séparait, et son sourire s’élargit au fur et à mesure que le froncement de sourcils d’Ichigo augmentait.

— C’est dommage de se faire prendre de manière si…

— Bête ?

— Non, j’aurais songé à « inattendue » !

— Jolie façon de tourner les choses…

Aïzen s’était arrêté devant le jeune homme et souleva doucement son menton entre ses doigts.

— Cinq mois que tu m’échappes… Je suis si heureux de pouvoir te tenir entre mes doigts…

— Tu comptes me tuer ? souffla le roux.

Sôsuke eut un petit rire et ferma complètement l’espace entre eux. Il prit le jeune homme dans ses bras en tenant toujours le menton d’Ichigo entre ses doigts. Il se pencha et murmura :

— Laisse-moi prendre mon prix !

— Quel prix ?

Le rire du brun ne réjouit pas vraiment le jeune homme, mais il ne fit rien quand Aïzen se pencha pour prendre ses lèvres.

Tout d’abord, ce ne fut qu’un effleurement, comme si l’homme plus vieux voulait tester le plus jeune. Ne voyant aucune réaction, le brun mordilla la lèvre inférieure d’Ichigo, qui ne bougeait toujours pas !

Finalement, il laissa échapper un gémissement et le prit fermement dans ses bras pour s’emparer des lèvres offertes. Ichigo, qui avait décidé d’être beau joueur et d’accorder un baiser, fut surpris par la délicatesse de l’homme.

Il fut ensuite surpris par le tourbillon d’émotions qui montait en lui. Il le voulait autant qu’Aïzen, et il abandonna toute fausse pudeur en enlaçant le cou de l’homme plus vieux et en répondant au baiser.

Quand Ichigo sentit la présence de la langue de Sôsuke contre ses lèvres, il écarta le passage pour aller à sa rencontre. Le cœur d’Ichigo battait à tout rompre et la chaleur envahissait ses veines. Il n’avait pas besoin de cacher sa nature à cet homme…

Il savait qui il était ! Ichigo n’eut aucune retenue et, lorsque le baiser fut cassé, les deux hommes se regardèrent, éperdus.

— Je ne pensais pas que nos lectures te manquaient à ce point-là !

— Pourquoi tu ne me tues pas ? souffla Ichigo.

Ses mains tenaient les revers de sa veste et il avait rejeté la tête en arrière pour mieux scruter le visage moqueur d’Aïzen.

— Tu m’es trop précieux, Ichigo… Reste avec moi !

— Pardon ?

— Reste avec moi… Tu n’en as pas assez de courir ? D’être traqué ?

— Le Nuage Blanc… s’ils savent que je suis avec toi, tu risques très gros ! chuchota Ichigo.

— Pourquoi auraient-ils besoin de savoir ?

— Ce que tu me proposes… c’est de vivre dans un sérail ?

— Non… mais tu ne pourras pas sortir comme tu l’entends.

Ichigo recula légèrement et réfléchit à sa situation.

— Je ne peux pas…

— Pourquoi ? Je te protégerai… Après le Nuage Blanc, c’est mon organisation la plus puissante.

— Je passe d’une organisation à une autre ! répondit Ichigo d’une voix sèche.

— Tu ne comprends pas que tu n’as pas le choix ? Sais-tu combien d’organisations mafieuses sont à ta recherche pour te prendre dans leurs rangs ou te tuer ?

Ichigo tourna vivement la tête vers Aïzen et planta ses yeux ambrés dans ceux, fauves, de son interlocuteur. Ichigo se laissa soudain choir sur le sol et posa un coude sur son genou. Il se prit ensuite la tête dans les mains.

— Ne pouvez-vous pas me laisser tranquille ? Je veux juste vivre une vie ordinaire…

— C’est impossible… pas pour toi, en tout cas !

Le brun s’assit en seiza juste à côté du jeune homme et se mit à caresser doucement ses mèches colorées.

— Ichigo… Tu as scellé ton destin en te faisant tatouer… et même bien avant… le jour où tu as commencé à suivre leur entraînement.

Ichigo croisa le regard d’Aïzen et murmura…

— Je n’avais que cinq ans…

— Ils ont choisi pour toi ! C’est comme cela, et tu n’y peux rien…

— Sôsuke… je n’ai pas de vie ! Tu comprends ? Tout : ils ont tout de moi… chuchota Ichigo.

Aïzen s’approcha et prit le jeune homme dans ses bras, puis enfouit son visage contre lui. Un silence s’installa entre eux et Aïzen finit par lui dire…

— Je ne te forcerai pas à me choisir et je ne te dirai pas que je te réserve un meilleur traitement qu’eux. Je meurs d’envie de t’avoir au sein de mon organisation ; je meurs aussi d’envie de te faire l’amour… donc, je ne suis pas objectif quant à ta situation. Je suis possessif et caractériel et, pourtant, je suis prêt à faire un effort pour toi. Je ne te promets pas d’être heureux, car le bonheur est subjectif ! Mais j’essaierai de combler tes désirs dans la mesure de mes possibilités. Je ne chercherai pas à te tuer, pour répondre à ta question de tout à l’heure. Même si tu devais me quitter, même si ça me rend fou… je ne chercherai pas à te nuire ! Mais si tu choisis d’être avec moi, je ne supporterai pas qu’un autre te touche, te parle, te sourie…

Aïzen releva le visage du roux vers le sien et leurs yeux se rencontrèrent.

— Je ne serai pas non plus chaste avec toi… Depuis le temps que tu me fais courir, mon désir s’est exacerbé. Mais je t’apporterai mon aide, ma protection et mon soutien. J’ai conscience que je suis plus faible que toi… mais j’ai aussi ma force propre.

Ichigo le scrutait et pesait ses mots.

— Et avoue-le… finit par dire Aïzen, la manière dont tu m’as embrassé n’était pas indifférente. Tu ne m’aurais pas laissé autant d’indices si tu ne voulais pas que je te retrouve… Tu es très intelligent, Ichigo, alors arrêtons de jouer tous les deux…

La voix grave d’Aïzen pénétrait le corps d’Ichigo presque de manière hypnotique.

— Je suis si fatigué…

— Repose-toi sur moi…

— Si je veux partir… tu me laisseras partir ?

— Oui…

— Promets-le-moi !

— Je te le promets…

— Tss… paroles en l’air !

— Non, c’est ma parole de yakuza !

Ichigo scruta les yeux fauves quelques instants, sans dire un mot. Un flot d’émotions diverses traversait son esprit. Ichigo sentit ses défenses craquer… toutes ses nuits sans sommeil, toute cette solitude accumulée… Ichigo finit par tendre sa main vers Aïzen…

— Je veux bien essayer !

— Essayer ?

— Si tu m’étouffes comme le Nuage Blanc, je te quitte. Et si tu t’opposes, je n’hésiterai pas une seconde à agir en conséquence.

— Très bien… Tu as ma parole !

Ichigo se releva, et Aïzen aussi quand, tout à coup, Ichigo sentit son esprit vaciller et tituba.

— Ichigo… Tu vas bien ?

La voix de Sôsuke lui parvenait de très loin, et un long gémissement s’échappa de ses lèvres. Ichigo sentit un trou noir l’aspirer et allait s’effondrer sur le sol, mais fut rattrapé par Aïzen. Les yakuzas entrèrent…

— Nous faisons quoi ?

— On rentre !

— Bien… Et lui ?

— Vous vous occuperez de lui comme de moi-même. Récupérez ses affaires et faites disparaître toute trace de lui !

— Bien, Aïzen-sama !

Sôsuke souleva le corps inconscient et traversa le dojo. Il se dirigea vers sa voiture et le déposa à l’intérieur. Un des meilleurs moyens pour cacher le corps d’Ichigo était de le cacher derrière les vitres teintées.

Aïzen déposa la tête du jeune homme sur ses genoux et ordonna au chauffeur de quitter les lieux. Ses yeux glissèrent sur le corps inconscient et il soupira de soulagement. Il avait réussi à le retrouver, et ce sans lui causer le moindre dommage. Maintenant, il ne lui restait plus qu’à l’apprivoiser !


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