La part du dragon 16

Ichigo avait été laissé seul alors que Sosuke partait dans son bureau pour régler l’affaire du Nuage Blanc. L’organisation Tora avait été attaquée en son sein par un groupe très bien organisé, qui avait éliminé une trentaine d’hommes s’occupant de la branche « jeu » de l’activité d’Aïzen.

Sosuke, en l’apprenant, s’était excusé auprès d’Ichigo. Il voulait avoir plus de détails pour bien comprendre ce qui s’était passé une nuit auparavant. Ichigo avait tenté de faire comprendre à Sosuke que cela le regardait autant que lui… mais le yakuza n’avait rien voulu entendre. Le jeune homme était fou de rage. Soudain, une idée lui traversa l’esprit. Il cessa d’importuner Sosuke et obéit aux injonctions de son amant.

Le roux traversa rapidement la maison, regagna les appartements d’Aïzen et se dirigea vers le petit bureau qui s’y trouvait. Sosuke y avait fait installer un ordinateur pour Ichigo durant leur absence. Il lui avait certifié qu’il était monté comme il le lui avait demandé. Le jeune homme courait presque pour arriver enfin dans les appartements privés de son amant.

Plusieurs serviteurs l’avaient observé, surpris, mais personne ne pipa mot. Ichigo pénétra dans la pièce et vit immédiatement l’objet de son désir. Il se plaça devant la table et se mit à vérifier le matériel. Il alluma l’ordinateur et fouilla à l’intérieur. Une fois prêt, il se mit à pianoter fiévreusement sur le clavier.

Cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas senti aussi vivant. Et Ichigo, pour une fois, avait un vrai but. Les rouages de son cerveau s’étaient mis en branle, et rien, maintenant, ne pouvait l’arrêter. Une montagne de données défila devant ses yeux. Il craqua quelques systèmes bien gardés et passa toute son après-midi à tendre un filet autour de l’organisation du Nuage Blanc.

Lorsque Sosuke regagna ses appartements pour rejoindre sa moitié, il trouva Ichigo complètement absorbé devant son écran, insensible à ce qui se passait autour de lui. Aïzen commanda le dîner du soir et décida de prendre une douche. Il avait lui-même pas mal de choses à régler le soir même. Inutile de montrer à Ichigo combien il pouvait être préoccupé.

Sosuke avait pris ses dispositions pour mener une expédition punitive, et il allait la diriger lui-même. Il ne laisserait personne deviner qu’Ichigo était dans ses murs. Les yeux bruns s’assombrirent un peu plus en imaginant Sasabike récupérer Ichigo. Il en était hors de question. Il l’éliminerait s’il le fallait.

Dans la pièce à côté, l’homme entendait le bruit sec et répétitif des touches du clavier, qui s’emballait. Le yakuza avait décidé de laisser Ichigo mener sa vie comme il l’entendait ; après tout, il lui avait promis de ne pas l’enfermer dans une tour d’ivoire, et tant qu’il pouvait avoir un œil sur lui, peu lui importait ce qu’il faisait. Quoiqu’il en eût une vague idée… mais il était clair que le roux ne lui répondrait pas pour l’instant.

Aïzen sortit de la douche et se dirigea dans son dressing. Il s’habilla et plaça plusieurs armes discrètes sur lui. Ce soir, il allait dans les quartiers chauds de la ville pour mettre la main sur l’organisation du Nuage Blanc. L’organisation se sentait tellement forte qu’elle avait laissé un message de menace et de représailles à l’intention d’Aïzen. Ils exigeaient qu’il leur rende Ichigo.

Le yakuza eut un sourire torve sur les lèvres. Ainsi, ce soir, ils leur avaient annoncé l’attaque de la branche prostitution. Sosuke ne prenait pas la menace à la légère, bien au contraire. Et c’est pour cette raison qu’il avait fait en sorte que tous soient vigilants, autant dans la branche prostitution que dans celles du prêt d’argent, des armes, de l’immigration clandestine, ainsi que ceux qui s’occupaient du sokaiya. La branche s’occupant de la drogue et du blanchiment d’argent était constamment sur ses gardes : il n’avait pas besoin de leur demander d’être sur le qui-vive.

C’est avec calme qu’il rejoignit Ichigo, qui s’était arrêté de travailler en sentant le fumet délicieux qui s’échappait des plats apportés dans les appartements de Sosuke.

–      Nous ne mangeons pas dans la salle à manger ?

–      Je dois sortir ce soir, Ichigo…

Immédiatement, Sosuke sentit le regard d’aigle de son compagnon se poser sur lui. L’atmosphère se modifia quelque peu et le jeune homme demanda d’une voix apparemment impassible :

–      Je peux savoir ce que tu vas faire exactement ?

–      J’ai besoin d’aller vérifier sur place les dégâts matériels et je vais rendre hommage aux familles…

–      Vraiment ?

–      Tu me fais un interrogatoire ?

Sosuke essaya de détendre Ichigo, qui s’était redressé et planté devant lui, soupçonneux. Comme il regrettait amèrement l’époque où Ichigo semblait vulnérable… enfin, l’avait-il jamais été réellement ? De toute façon, il ne se laisserait pas impressionner par son amant, même s’il ne devait pas se fier aux apparences. Ichigo claqua sa langue contre son palais et déclara :

–      Si tu le dis !

–      Hai !

Le jeune homme adressa un sourire à Sosuke et s’installa confortablement sur un zabuton*. Le yakuza observa Ichigo, méfiant. Était-ce une tactique d’Ichigo pour lui faire avouer quelque chose, ou bien une stratégie autre ? Sosuke décida de prendre également un air décontracté et s’installa à son tour. Les deux hommes discutèrent aimablement pendant le repas, à tel point qu’Aïzen se demandait à quel jeu ils étaient en train de jouer. Ils semblaient, autant l’un que l’autre, vouloir endormir les soupçons de l’autre.

À la fin du repas, Ichigo se mit à quatre pattes et enlaça Sosuke. Le yakuza jeta un coup d’œil méfiant. Le roux déclara d’une voix mielleuse :

–      Si je ne te connaissais pas… je dirais que tu essaies de me cacher quelque chose…

–      Je n’ai rien à te cacher…

–      Réellement ?

–      Que veux-tu que je te dise ?

–      Que tu m’aimes ?

–      Tss…

Sosuke attrapa sa moitié en faisant attention et le fit basculer contre lui. Leurs visages n’étaient qu’à quelques millimètres et Ichigo demanda innocemment :

–      L’arsenal que tu as sur toi… c’est pour les familles aussi ?

–      Tu es mal placé pour me parler d’arsenal…

Le ton moqueur déstabilisa Ichigo, qui rougit malgré lui. Le sourire d’Aïzen s’accentua et il reprit tranquillement :

–      Je ne serai pas long, et je voudrais que tu restes ici bien sagement… je n’ai pas envie de m’inquiéter pour toi en prime.

–      Tu as des raisons de t’inquiéter ?

–      Tss… comme si tu ne savais pas à qui j’avais affaire… Tu seras sage ?

–      Très…

–      Tu es un bon garçon… Il faut que je me sauve… je vais faire en sorte de ne pas rentrer trop tard.

–      Fais attention à toi…

Ichigo accompagna Sosuke jusqu’à la porte et resta de marbre jusqu’à ce qu’il sorte par les grandes portes, en contrebas du domaine.

–      Kurosaki-sama… avez-vous besoin de quoi que ce soit ?

Le jeune homme se tourna vers Kusumi et secoua la tête.

–      Vous n’auriez pas dû être avec Aïzen-sama ?

–      Il m’a demandé de rester ici…

–      Pour me surveiller ?

–      Pour vous protéger…

–      Tss… comme si j’avais besoin de baby-sitting.

–      Ne me sous-estimez pas non plus, Kurosaki-sama…

Ichigo soupira et finit par hausser les épaules, vaincu. Le jeune homme rentra et Kusumi demanda :

–      Où vous dirigez-vous ?

–      Vers ma chambre… je suis fatigué.

–      Bien… je vous souhaite une bonne nuit !

–      Oh… Kusumi… pouvez-vous demander à ce qu’on m’apporte du thé, s’il vous plaît ?

Kusumi observa quelques secondes son jeune maître et s’inclina avec respect.

–      Je vous le ferai apporter.

–      Merci…

Le roux regagna sa chambre et son esprit s’agitait. Il allait donner un peu d’avance à Sosuke ; en attendant, il allait traquer son amant. Sans bruit, il s’installa devant son écran et mit en route le GPS miniaturisé qu’il avait collé sur Aïzen. Les yeux du jeune homme suivirent le parcours de la voiture. Entre-temps, il ouvrit une session dans laquelle il continua le premier travail qu’il avait commencé plus tôt… autrement dit, un travail de sape de l’organisation du Nuage Blanc.

Cela lui prendrait du temps, beaucoup de temps… mais il en avait à revendre. Un sourire s’étira sur ses lèvres tandis qu’il se renversait sur son dossier… c’est fou tout ce qu’il était possible de faire en quelques clics bien placés.

Ichigo savait pertinemment qu’en face, il s’attaquait à une forteresse ; mais, justement, parce qu’il était insignifiant, cela voulait dire qu’il serait plus furtif ! Il allait mettre en œuvre toutes les années de dur entraînement qu’il avait suivies au cours de sa vie… mais contre son propre maître ! Un frisson d’excitation le gagna et il se remit au travail.

Kusumi apporta lui-même la tasse de thé avec une légère collation au jeune homme. Il s’adressa à lui mais Ichigo lui répondait distraitement. Le roux s’était trouvé un magnifique terrain de jeu. Avant que le wakagashira* quitte les lieux, Ichigo lui demanda :

–      Kusumi-san…

–      Oui… Kurosaki-sama ?

–      Savez-vous jouer au go ?

–      Oui… mais je préfère le shogi*…

–      Vous avez un jeu ici ?

Ichigo s’était retourné vers son interlocuteur, qui paraissait surpris.

–      Oui…

–      Voulez-vous jouer une partie avec moi… Comme je dois attendre certaines informations, j’aimerais me détendre en attendant…

–      Tout de suite ?

–      C’est gênant ?

–      Non… pas du tout… je vais chercher un shogiban*… je reviens…

–      Merci !

Kusumi fut soulagé en fermant la porte. Sa mission de surveillance allait être grandement facilitée, pour le coup. Il se hâta d’aller chercher ce dont il avait besoin. Bientôt, deux serviteurs apportèrent la table de jeu et les pièces.

Lorsqu’il entra, le jeune homme avait poussé la table basse et les zabuton* trop nombreux.

–      Vous auriez dû me laisser fai…

–      Bien sûr, bien sûr… installez le shogiban ici, s’il vous plaît !

Le jeune homme parlait avec une certaine autorité et il semblait être très à l’aise.

Ichigo s’installa sur son coussin, jeta un bref coup d’œil à son écran puis reporta son intérêt sur le shogiban. Kusumi avançait ses pièces et le roux répondait coup pour coup, tout en intervenant sur les données. Le jeune homme suivait discrètement les déplacements de son amant et, pour l’instant… rien de particulier ne semblait arriver.

°OoO°

Sosuke descendit de la voiture et jeta un regard circulaire autour de lui. Il avait fait le tour des différents bureaux qu’occupait son organisation, et tous étaient sur le qui-vive. Le yakuza traversa le trottoir et monta s’enfermer dans son bureau. Il arborait une mine sombre : il détestait le rôle du gibier. Il s’enferma dans son bureau ; il était accompagné de son shateigashira* et du saki-komon*. Les trois hommes restèrent silencieux dans la pièce… jusqu’à ce que :

–      Aïzen-sama… croyez-vous sincèrement que le Nuage Blanc va continuer ses attaques ? C’est insensé à l’heure actuelle…

–      Ils continueront jusqu’à ce qu’ils récupèrent… Kurosaki Ichigo…

Sosuke se posta devant la fenêtre, incapable de tenir assis. Ce qui était plutôt inhabituel. En observant l’extérieur sans vraiment s’attarder sur la foule et le mobilier urbain, Aïzen croisa le regard de… Byakuya Kuchiki !

–      Quelqu’un peut me dire ce que fait ce flic devant notre bureau ?

–      Quel flic ? demanda Sasagawa Chomei.

Les yeux d’Aïzen s’étaient plantés dans ceux du commissaire de police. L’homme ne bougeait pas, à croire qu’il avait l’intention de se faire remarquer depuis le début… Cherchait-il à le rencontrer ? Ou bien avait-il l’intention de voir le spectacle qui allait secouer le clan de la Tora ? La mâchoire d’Aïzen se crispa et il maudit ce commissaire trop consciencieux.

Sosuke quitta son bureau et dévala les marches pour se retrouver à l’extérieur, prenant ses hommes au dépourvu. Sur ses talons, le shateigashira, qui n’avait pas l’intention de laisser son chef seul et sans couverture. Le yakuza resta sur sa partie de trottoir et attendit que Kuchiki bouge. S’il avait quelque chose à lui dire, autant qu’il vienne s’expliquer directement. S’il s’était montré, il devait y avoir une raison derrière tout cela.

°OoO°

Ichigo observa Kusumi se diriger vers la sortie. Il s’inclina également lorsque le wakagashira quitta les lieux. Le roux s’étira et, après un dernier coup d’œil à son écran, quitta le salon. Le jeune homme s’allongea et s’endormit quelques minutes plus tard, en ayant pris soin, avant, de mettre son radio-réveil en route.

Lorsque ce dernier sonna trois heures plus tard, Ichigo se leva d’un bond. Il se dirigea vers son ordinateur et observa les différentes fenêtres ouvertes. Ainsi, Sosuke avait décidé de se venger ? Sans attendre, Ichigo se dirigea vers la salle de bain et prit une douche rapide. Quelques minutes plus tard, alors que son esprit formait un plan, il s’habillait tel un ninja.

L’expression froide et concentrée ne laissait rien présager de bon. Le jeune homme trouva ses lunettes infrarouges et les enfila. Il était sûr que Kusumi avait mis en marche le système de sécurité. Un fin sourire étira les lèvres d’Ichigo, un quart d’heure plus tard, alors qu’il ouvrait la porte-fenêtre de la chambre de Sosuke. Ses jumelles à vision nocturne lui donnaient l’emplacement des capteurs placés un peu partout dans la propriété et, rapidement, il grimpa sur le toit de la demeure. Là, comme il s’y attendait, rien n’avait été placé.

Le jeune homme se figea. Il vit, en bas de la maison, des hommes du Nuage Blanc. Ces derniers tranchaient la gorge des gardes de Sosuke. Comme lui, ils possédaient des lunettes d’optique nocturne. Ichigo sortit son zatoichi tantō* et attrapa des shuriken, qu’il lança vers trois assaillants qui tombèrent en silence.

Sans se départir de son calme, alors que son cœur battait à vive allure, Ichigo se glissa silencieusement sur le toit sans se faire remarquer. Une chance qu’il ne soit qu’en quart de lune et que les nuages le cachent par intermittence. Ichigo rampa sur l’arête du toit quand il vit des ennemis proches de lui. Ses yeux se fendirent et, inconsciemment, il respira plus doucement. Avec grâce, Ichigo se déplaça de telle sorte qu’il se place derrière les hommes du Nuage Blanc et agisse sans réfléchir. Il ne pouvait pas… s’il le faisait…

Ichigo fit le tour de la demeure d’Aïzen et trouva quelques membres disséminés. Ils étaient beaucoup plus nombreux que ce à quoi Ichigo s’attendait. Ils savaient qu’il était là ! Le jeune homme, après s’être assuré d’avoir capturé et tué tous les hommes de son ancienne organisation, utilisa le système de sécurité pour alerter les hommes d’Aïzen.

Ichigo disparut dans la nuit… Il avait quelques comptes à régler !

°OoO°

Sosuke observa Kuchiki longuement. Ce dernier reprit :

— Vos deux organisations sont sous surveillance et je me chargerai personnellement à ce que vos agissements cessent. Vous ne pouvez pas vous faire la guerre. Si le Nuage Blanc réclame Kurosaki, rendez-le-leur ! Soyez raisonnable…

— Mêlez-vous de vos affaires. Ichigo n’est pas un objet que l’on prend ou que l’on jette. C’est un homme.

— Qui a choisi son destin…

— À quatre ans ?

Byakuya resta de marbre. Cette affaire de médiateur entre yakuzas ne lui plaisait pas énormément. Mais c’étaient les ordres de sa direction, voire au-delà, apparemment. Le téléphone de Sosuke vibra.

— Kumiko ! L’organisation du Nuage Blanc a envahi nos entrepôts sur les docks et ils se sont infiltrés dans les locaux où nous entreposions les armes et la drogue…

— Arrêtez-les ! Focalisez-vous sur les entrepôts…

— Nous sommes aussi attaqués dans les maisons closes, nos bureaux de l’immigration clandestine et ceux de la main-d’œuvre…

— Focalisez-vous sur les entrepôts, comme je vous l’ai demandé… Pour le reste, je vais disperser les hommes !

— Bien, Kumiko…

Sosuke planta Byakuya au milieu du trottoir et appela son shateigashira.

— Tu prends des hommes et tu vas immédiatement dans les maisons closes… y’a du grabuge. Pour les bureaux de l’immigration clandestine, envoie qui tu veux…

— Qu’allez-vous faire ? demanda son second.

Aïzen ne prit pas la peine de répondre et traversa l’immeuble rapidement. Ils allaient venir dans ses bureaux. Il appela tous les hommes disponibles de son quartier général. La nuit serait très longue et il n’était pas sûr de s’en sortir.

°OoO°

Ichigo traversa la ville rapidement. L’entraînement sévère de Kensei portait ses fruits : de voiture en voiture, sous les camions, et tout ce qu’il lui était possible d’utiliser pour se déplacer sans se faire remarquer était utilisé. Il traversa la ville sans le moindre encombre et, pour le reste du voyage, l’effectua à pied, utilisant les chemins sombres et mal famés, silhouette silencieuse et solitaire.

Ses pas le menèrent droit au quartier général du Nuage Blanc. Il devait frapper fort pour désorganiser la fourmilière. Le jeune homme, avant de pénétrer dans les lieux qu’il connaissait comme sa poche, se calma et se forgea son nendō dans sa tête. Ce pourquoi il était là et pourquoi il en était là !

Utilisant toutes les techniques que lui avaient enseignées ses pairs, Ichigo réussit à entrer dans le bâtiment et, avec une extrême précaution, se dirigea vers le bureau qui l’intéressait. Sa progression fut lente, semée d’embûches en tout genre. Il devait faire extrêmement attention à tous ses gestes. Ichigo ne prit aucun risque inconsidéré. Il resta même coincé une heure dans une bouche d’aération, bloqué par deux gardes qui discutaient en dessous de lui.

Lorsque la voie fut libre, le jeune homme s’infiltra dans une salle de commande de l’organisation et, après avoir attendu longuement également, il put enfin accéder à la salle principale. Tout était une question de patience, après tout !

Ichigo réussit à obtenir ce qu’il voulait. Il plaça les enregistrements faits plus d’une heure plus tôt dans les bobines des caméras de surveillance. Il observa les plans du système de sécurité et les modifia pour lui permettre de se déplacer plus facilement.

Il nota au passage quelques informations utiles pour lui, ultérieurement, et disparut en quelques minutes, juste au moment où une personne entrait à nouveau. L’odeur du café renseigna Ichigo sur la raison de l’absence.

Le jeune homme trouva l’établissement particulièrement calme. Ils étaient certainement partis en grand nombre pour effectuer une mission de grande ampleur. Pas besoin de faire un dessin : vers où toute l’organisation avait dû se diriger. C’est silencieusement, encore, qu’Ichigo entra dans le bureau de Sasabike, qui reposait le combiné de son téléphone.

Ce dernier sursauta quand il vit la silhouette noire dans son bureau.

— Ichigo…

— Heureux que vous puissiez me reconnaître…

— Que fais-tu ici ?

Sasabike plissa les yeux et déclara calmement :

— Tu ne viens pas rejoindre nos rangs… n’est-ce pas ?

— Non… je voudrais que vous me laissiez tranquille…

— Pour que tu rejoignes Aïzen ? Si nous ne pouvons t’avoir dans nos rangs, tu mourras ! C’est le destin de ceux qui quittent le Nuage Blanc !

— Si je dois mourir… alors que cela se fasse maintenant… Je n’ai pas l’intention, maintenant ou plus tard, de revenir dans vos rangs.

— Il n’a rien à t’offrir que nous n’ayons pas !

— Si… il y a quelque chose que Sosuke a pour moi…

— Tu l’aimes ?

Le capitaine des troupes du Nuage Blanc n’avait pas l’air d’y croire, mais quand il vit Ichigo retirer ses saï, il repoussa sa chaise et tira de son bureau ses kama pour l’affronter. Ichigo plissa les yeux. Il n’avait jamais affronté Sasabike. Tout ce qu’il savait, c’était qu’il était plus fort que Kensei… et il n’avait jamais battu Kensei dans aucun combat singulier. De plus, utiliser des kama pour se défendre n’était pas courant. Qu’importe, de toute façon : qu’il soit là ou pas… la chute du Nuage Blanc était en train de se jouer ailleurs que dans ses murs !

°OoO°

Sosuke visa l’homme qui tentait d’assassiner son garde du corps. La balle se logea entre les deux yeux. La force du .44 lui explosa la tête et une nouvelle mare de sang envahit les locaux qu’Aïzen considérait comme son quartier général. Il rechargea rapidement ses deux revolvers et Nnoitra demanda :

— Aïzen-sama… nous ne pouvons plus rester ici… quoique, nous ne pourrons plus résister encore très longtemps…

— C’est sans importance… Je les exterminerai jusqu’au dernier s’il le faut, mais je ne quitterai pas les lieux. Et si vous le faites, je vous abats en premier !

— Ce n’était pas mon intention…

Nnoitra se tourna et, après avoir réapprovisionné son Uzi, visa les nouveaux entrants dans le bureau du Kumiko. Les rafales secouaient l’épaule du yakuza et le bruit des douilles qui s’échouaient lourdement sur le sol s’entendait à peine dans le vacarme assourdissant des tirs à répétition. L’odeur métallique qui se dégageait du lieu en devenait écœurante.

Sosuke devait partir de là par n’importe quel moyen. Il avait l’impression d’être une souris coincée dans un labyrinthe. Au loin, il entendit le bruit des sirènes. La police allait bientôt débarquer et il n’avait absolument pas l’intention de se faire coffrer ! Il voyait déjà la tête de Kuchiki.

Le yakuza se pencha et vit que le passage avait été libéré. Nnoitra avança tout en déboîtant son chargeur et en réenquillant un nouveau dans le distributeur. Trois autres yakuzas se placèrent autour de Sosuke pour le protéger d’éventuelles attaques. Bientôt, ils descendirent les marches alors que le bruit des sirènes se rapprochait. De nouveaux tirs eurent lieu dans les locaux, ce qui fit sursauter l’ensemble des quatre hommes.

Leurs nerfs à vif les rendaient fébriles. Ils passèrent non loin de la porte principale, qui avait été barricadée plus tôt dans la nuit. Sosuke passa devant et ouvrit la porte codée se trouvant au fond du couloir, coincée entre la porte du personnel et celle de la maison de jeux.

Le groupe descendit dans le noir les quatre premières marches. Nnoitra referma soigneusement derrière eux le vantail. Bientôt, ils arrivèrent devant six portes différentes, et Sosuke choisit la plus à gauche.

Dans un calme spectral, le groupe s’enfonça dans la pièce et Aïzen activa un système caché pour ouvrir une nouvelle porte. Les quatre yakuzas entrèrent dans le couloir qui s’offrait à eux et qui rejoignait les égouts de la ville. Le groupe disparut dans la nuit, alors que Kuchiki Byakuya réussissait, avec un groupe d’hommes conséquent, à entrer dans les bureaux d’un des plus grands groupes yakuzas du pays.

Il ne put faire que l’inventaire des lieux et des morts. Et, au bout de deux heures, constater qu’Aïzen Sosuke et ses principaux sbires avaient quitté les lieux sans laisser la moindre trace.

— Kuchiki-san… nous avons enfin le nombre total de morts… et ils font, soit partie du Nuage Blanc, soit de la Tora…

— Très bien… y a-t-il des personnes vivantes dans ce carnage ?

— Quelques blessés…

— Faites-les passer pour morts et envoyez-les discrètement à l’hôpital se trouvant dans le nord de la ville. Aucune information ne doit filtrer. Je me chargerai de leur interrogatoire plus tard.

— Que faisons-nous ?

— Rien d’autre ce soir… J’ai l’impression qu’il faudra beaucoup de temps à ces deux organisations pour se remettre de leurs blessures… Demain, j’irai rendre une petite visite à Aïzen Sosuke chez lui et… demander à Kurotsuchi de m’obtenir un entretien avec Sasabike Chōjirō le plus rapidement possible…

— Hai !

L’inspecteur disparut pour diffuser les ordres de son chef. Il n’était pas près d’aller dormir, et Kuchiki-san non plus. Il était hors de question que la guérilla urbaine s’installe à Tokyo.

Le visage souriant d’Ichigo Kurosaki flotta devant ses yeux. Il se souvint lorsqu’il l’avait rencontré quelques mois plus tôt en compagnie de cette fille aux cheveux verts. Qui aurait cru que ce gosse aurait déclenché un pareil carnage ?

Si c’était en son pouvoir, il rendrait le roux au Nuage Blanc pour classer l’affaire, mais le regard d’Aïzen lui avait fait comprendre qu’il n’était pas prêt à lâcher le jeune homme.

Les deux clans allaient s’exterminer ? Où était Aïzen ? Et où se trouvait Kurosaki ? Kuchiki traversa la rue et resta un petit moment appuyé contre la carcasse de sa voiture. Ses yeux gris balayant la façade du quartier général de la Tora. Aïzen n’allait pas être près de pouvoir mettre un pied dans ses locaux…


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