Sosuke rentra dans son manoir exténué. Entre-temps, il s’était rendu compte de sa blessure par balle. Sa main tenait sa poitrine, d’où du sang glissait entre ses doigts. Nnoitra le regardait, inquiet, ainsi que Shalowg, Tesla et Ggio Vega. Mais aucun des hommes qui accompagnaient Aïzen n’osait intervenir. C’est avec soulagement qu’ils entrèrent dans la maison du kumiko.
Kusumi vint à leur rencontre et pâlit un peu plus en voyant son maître.
— Aïzen-sama…
— Vite, appelle les secours !
— Hai !
Le wakagashira prit son téléphone, mais la main ensanglantée d’Aïzen s’abattit sur son avant-bras.
— Où est Ichi…go ?
Mal à l’aise, le bras droit d’Aïzen avoua :
— Disparu…
Un sourire étira les lèvres d’Aïzen, qui s’effondra sur le sol. Kusumi se précipita sur son chef et, dans le même temps, appela les secours. Le manoir se trouva une nouvelle fois agité. Sosuke ferma les yeux : ce qui l’avait fait tenir jusqu’ici, c’était de pouvoir entrevoir son amant. S’il n’était pas là… Il n’eut pas le temps de réfléchir : le néant l’enveloppa.
°OoO°
Lorsque Kensei rentra, accompagné de Nell, Rose et Shinji… il se dirigea immédiatement auprès de Sasabike. La nuit avait été longue et tous étaient épuisés. Toutefois, leur mission avait été un succès, quoiqu’ils n’aient pas encore toutes les informations. Mais il ne faisait aucun doute que le Nuage Blanc allait remporter une grande victoire.
Kensei frappa discrètement à la porte du bureau de Sasabike et n’eut aucune réponse. Nell, épuisée, poussa son fiancé et ouvrit la porte.
— Papa… on est crevés, tu pour…
La jeune femme s’arrêta au milieu de sa phrase et hurla. Son père gisait sur le sol, baignant dans une mare de sang. La rigidité et le regard fixe prouvaient les blessures mortelles que le vieil homme avait reçues. Kensei repoussa gentiment Nell, qui s’accrocha à son épaule.
— Dis-moi qu’il n’est pas mort…
— Tss… tu reconnais un mort aussi bien que moi !
— Qui a fait ça ? demanda Rose.
Le groupe du Nuage Blanc s’observa un instant et Nell souffla :
— C’est impossible… Ichigo ne pourrait jamais faire ça !
— Il a intégré la Tora…
— Il ne ferait pas ça à mon père et… et… il n’est pas assez fort…
— Vraiment ? fit Kensei, fou de douleur et de rage.
L’albinos se redressa et redressa Nell pour la serrer contre lui. La jeune femme sanglota contre son épaule.
— Je ne peux pas croire que ce soit Ichigo qui ait pu faire ça ! C’est impossible… impossible…
Kensei fit un geste pour faire sortir ses deux autres compagnons. Avant qu’ils ne quittent la pièce, il demanda d’une voix froide :
— Qu’on me permette de rencontrer le sōtaichō…
— Hai !
La porte se referma doucement sur Rose. Nell se redressa et demanda :
— Qu’allons-nous faire, maintenant ?
— Je dois d’abord rencontrer le sōtaichō. Toi, tu t’occupes de rassembler tous les renseignements que tu peux sur la sortie qui a eu lieu ce soir. Je veux savoir où nous en sommes. Trouve-moi Lisa… tu lui demanderas de fouiller dans le système tout ce qui est possible de découvrir comme indices. Comment notre surveillance a-t-elle pu être percée ? Débrouille-toi !
— Hai !
Kensei appela quelques minutes plus tard les hommes du groupe médical. Sasabike fut transporté avec les honneurs et, discrètement, vers une partie de l’infirmerie. Le moins de personnes possible devait être au courant. Sans attendre plus, Kensei se mit à fouiller le bureau retourné de l’ancien capitaine. Le combat avait été violent. Et les nombreuses marques lui faisaient penser que son ancien élève avait utilisé des saï pour ce combat — mais certainement pas que… Connaissant le vieux renard, qui n’en avait pas l’air, c’était un redoutable combattant. Comment Ichigo l’avait-il battu ? C’était impossible : il ne l’avait jamais vaincu, alors comment ?
°OoO°
Byakuya se présenta devant la porte du manoir d’Aïzen. Le commissaire était venu en force. Vu l’agitation du groupe Tora, il ne serait jamais assez prudent. Un homme se présenta devant lui. Byakuya ne le reconnut pas. L’expression meurtrière qu’il arborait n’aurait incité personne à lui adresser la parole.
— Kuchiki-san… soyez le bienvenu.
— Je n’aurais pas cru que je sois le bienvenu… je penserais plutôt que vous auriez envie de me tuer…
— Si je le pouvais… rétorqua l’autre sans rire.
Byakuya, même s’il ne le montra pas, fut impressionné par cet homme dont les yeux noirs perçaient les interlocuteurs dont il croisait le regard. Le yakuza reprit calmement, comme si la menace non voilée était monnaie courante contre sa personne :
— Vous souhaitez rencontrer Aïzen-sama ?
— Hai ! Vos hommes nous ont dit que c’était impossible… Mais j’exige de le rencontrer. Nous ne pouvons laisser passer ce qui s’est produit hier soir. Veuillez me conduire à lui !
— Aïzen-sama n’est pas dans sa maison.
— Où est-il ?
— Je ne suis pas dans l’obligation de vous répondre. Et si vous voulez m’arrêter pour cela, je vous suis sans résistance.
Les deux hommes se foudroyaient du regard, à présent. Byakuya n’aimait pas arriver à de telles extrémités, mais il avait déjà essuyé un refus du Nuage Blanc : ce n’était pas pour que la Tora s’amuse aussi à ses dépens.
— Mes hommes vont fouiller cette maison !
— En avez-vous seulement la possibilité ?
— Que voulez-vous dire ?
— Il n’y a pas que le Nuage Blanc qui a des appuis, vous savez…
Byakuya ouvrit la bouche pour répondre à ce yakuza quand le téléphone portable de son interlocuteur — toujours inconnu — sonna.
— Hai ?
L’expression de l’homme devint préoccupée. Pourtant, il ne laissa filtrer aucune information sur la personne qui lui tenait la conversation.
— Faites le nécessaire, je me charge de tout !
Byakuya fronça un peu plus les sourcils. Si les deux clans étaient incapables de fournir la présence de leur responsable… cela voulait-il dire qu’ils étaient morts ?
— Est-il mort ? demanda Byakuya au yakuza.
— Qui ?
— Aïzen Sōsuke !
— Non… et c’est tout ce que vous saurez pour l’instant…
Le commissaire s’agaça. Il déclara pourtant d’un ton neutre :
— Vous allez me suivre au poste !
Le yakuza haussa les épaules et s’avança. Il lança d’une voix froide :
— Que quelqu’un aille prévenir le saki-komon*, il prend le relais !
— Hai, Koumis-sama… firent les hommes présents autour d’eux.
— Tu as quel rang, exactement ? demanda Byakuya avant que le yakuza entre dans la voiture de police.
— Wakagashira !
Byakuya jeta un coup d’œil au bras droit d’Aïzen et il se dit finalement que la pêche n’avait pas été aussi mauvaise que prévu.
Le shateigashira était mort, mais lui devait certainement en savoir beaucoup plus, voire autant qu’Aïzen finalement. Byakuya ne chercha pas à perquisitionner dans le manoir. Vu l’agitation des yakuzas, l’attroupement de plus en plus nombreux et l’hostilité des hommes, il était inutile d’exciter davantage ses hommes, qui semblaient prêts à tout.
La tension était trop palpable pour jouer avec les nerfs à vif de ses équipes.
°OoO°
Kusumi faisait face au commissaire. Ses yeux noirs, plantés dans ceux de Kuchiki. Il ne baissa pas le regard une seule fois. Même si son interlocuteur paraissait froid, il savait jouer à ce petit jeu-là, et il n’avait rien à craindre sur ses capacités. Elles valaient celles de son interlocuteur qui, malgré le temps qu’ils étaient enfermés, restait tout aussi impassible que lui.
— Écoutez… il serait plus simple de nous dire où se trouve Aïzen Sōsuke, ou même Kurosaki Ichigo ! fit brutalement Kuchiki, qui n’avait pas encore évoqué ce nom devant le wakagashira imperturbable.
À l’évocation du nom de Kurosaki, pourtant, une lueur de surprise brilla dans les yeux noirs.
— Vous connaissez Kurosaki ? demanda Byakuya.
— …
— Inutile de ne pas me répondre, ou d’ignorer ma question. Aïzen m’en a parlé hier soir. Je lui ai demandé de le rendre au Nuage Blanc et il a préféré ignorer mon avertissement, et regardez où en est votre clan…
— Le clan de la Tora ne s’effondrera pas avec l’attaque d’hier soir. Et si vous connaissez suffisamment Aïzen-sama — et je pense qu’il a dû vous le dire lui-même — il est hors de question, pour aucun des membres de la Tora, de révéler la moindre information sur Kurosaki Ichigo.
— Mais bon sang, pourquoi ? interrogea, agacé, le policier.
— C’est la volonté d’Aïzen-sama… Kurosaki Ichigo est plus important que sa propre vie. Si nous désobéissons aux ordres, nous sommes morts !
Byakuya soupira bruyamment, irrité par une telle obstination. C’était stupide… S’il décidait de renvoyer Kurosaki auprès du Nuage Blanc, tout s’arrangerait certainement.
— Pourquoi ? demanda soudain Byakuya.
Le yakuza en face de lui ne répondit pas. La détermination qui brillait dans ses yeux fit frissonner le commissaire. Quelque part, Kuchiki le trouva tout aussi redoutable qu’Aïzen. Ce dernier, sans aucun doute, savait s’entourer.
— Pourquoi ? Et ne me dites pas que c’est parce que votre kumiko est amoureux de Kurosaki… c’est stupide de…
— Pourquoi perdrais-je du temps à vous expliquer quelque chose que vous ne comprendrez jamais, Kuchiki-san ?
— Mais ce sont des hommes !
— Et alors ?
— Il n’y a pas d’amour possible entre hommes ! répliqua froidement Byakuya.
Cette notion le dépassait complètement. C’était contre nature, complètement impossible que deux hommes puissent s’aimer. Tous les homosexuels qu’il connaissait se retrouvaient dans des backrooms et s’envoyaient en l’air dans des endroits plus ou moins glauques.
Même s’il avait vu une lueur étrange briller dans les yeux d’Aïzen lorsqu’il avait évoqué le nom de Kurosaki… Si une guerre entre deux clans pouvait éclater à cause d’un amour entre deux hommes… c’était une pure folie, inimaginable.
Pourtant, l’attitude froide de son interlocuteur et les réponses qu’il lui fournissait… Byakuya ne savait plus quoi penser de toute cette agitation.
°OoO°
Kusumi sortit du commissariat deux jours plus tard. Il ne savait pas qui était intervenu, mais le voilà à nouveau libre de tous ses mouvements. Il sortit son portable et appela Akon.
— Libre ?
— Hai… Tu es intervenu ?
— J’ai essayé… mais bizarrement toutes mes interventions sont restées lettre morte, alors je ne sais pas qui a pu intervenir…
Kusumi resta pensif sur le trottoir quelques minutes avant de se diriger vers la berline sombre qui l’attendait plus bas.
— Aïzen-sama ?
— Il est toujours en vie, mais son état est critique et il n’est toujours pas sorti du coma…
Après être entré dans la voiture, le yakuza demanda d’une voix fatiguée :
— Et Kurosaki-sama ?
— Aucune nouvelle…
— Tu as vu le message qu’il a laissé ?
— Hai… Je n’ai rien touché… J’ai demandé à Tsubokura de rester devant l’ordinateur au cas où il y aurait du nouveau.
— Qu’est-ce que ça donne, tous ces calculs ?
— Aucune idée, mais le reste du matériel qu’il a commandé est arrivé et je ne sais pas quoi en faire, avoua Akon.
— Bon sang… comme si c’était le moment… Pourtant, Aïzen-sama lui avait dit qu’il devait rester au manoir…
— Je te rappelle que si nous sommes toujours en vie, c’est grâce à lui… S’il n’était pas intervenu… Je pense qu’il sait qu’Aïzen-sama est entre la vie et la mort. Il reviendra, j’en suis sûr !
— Je n’en doute pas non plus… Je me demande si ce Kuchiki n’a pas raison de dire qu’il faut que Kurosaki retourne auprès du Nuage Blanc… Cela ne nous crée que des ennuis.
— Nous le savions dès l’instant où nous avons appris sa position… Quelles que soient les conséquences, j’y ferai face. Aïzen-sama est notre kumiko !
— Hai !
Fermant les yeux et essayant de se vider l’esprit, Kusumi se souvint des regards échangés entre les deux hommes. Kusumi n’avait jamais compris les goûts de son chef, mais il semblait tellement plus heureux depuis l’apparition de ce Kurosaki… Pourquoi cet homme devait-il appartenir à leur pire ennemi ? Et si la situation s’aggravait ? Contrairement à ce qu’il avait dit à Kuchiki, ils n’étaient pas prêts, immédiatement, à subir une nouvelle attaque du Nuage Blanc.
°°0°0°°
Ichigo scruta son visage. Le grimage qu’il avait effectué le rendait méconnaissable. Il enfila la veste de médecin et jeta un regard absent sur sa petite sacoche, qui contenait ses vêtements. Quoiqu’il advienne, il devait revoir Sosuke. Il avait remonté les archives de la police et avait appris qu’il était introuvable. Il en avait déduit que son amant avait dû être blessé.
Une semaine durant laquelle Ichigo avait cherché Sosuke, pour le retrouver dans un hôpital se situant hors de la ville de Tokyo. Il avait utilisé son temps à sortir Kusumi de sa garde à vue grâce à ses relations. Ensuite, il avait contrôlé son ordinateur à distance avec son nouveau matériel. Il avait changé d’apparence une nouvelle fois.
Le Nuage Blanc voudrait l’assassiner, à présent. Il devait faire bouger le corps de Sosuke avant qu’ils ne le retrouvent. Ichigo se dirigea vers la chambre de son amant, le regard froid. Lorsqu’il entra et qu’il vit Sosuke entouré de divers câbles, il pâlit.
Il ferma doucement la porte derrière lui, puis, d’une démarche souple, se dirigea jusqu’à son amant. Il prit sa main entre ses doigts. Il la porta à ses lèvres et murmura :
— Je suis là, mon amour… Je resterai toujours à tes côtés… il faut que je te sorte de là.
Ichigo parla à l’oreille du yakuza, la voix enrouée.
— J’étais fou d’inquiétude, mais te voir ainsi me fait trembler. Sois fort… comment pourrais-je vivre sans toi ? J’ai… j’ai fait… beaucoup de choses ces derniers jours et, demain, je vais venir te chercher. Nous allons fuir tous les deux. Mais je t’en prie… prépare-toi, Sosuke !
L’homme allongé ne bougea pas. Ichigo embrassa le front pâle de son amant, ses yeux, ses joues, pour embrasser ses lèvres au final. Le roux posa son front contre celui de Sosuke et murmura doucement :
— Je t’aime, Sosuke… alors ne pars pas ! Résiste… je te promets : demain… nous serons ensemble. J’ai tout organisé ! Je ne te promets pas le Ritz, ni même des conditions de luxe dans lesquelles tu as vécu ces dernières années… mais simplement d’être avec moi, à l’abri, quelque temps. De ton organisation… qui est sous surveillance policière très serrée… et du Nuage Blanc, qui veut ma peau !
Ichigo resta encore quelques minutes, enlaçant le yakuza de ses bras, la tête nichée contre son épaule. Le jeune homme avait fait attention de ne pas toucher la blessure. Cette dernière, même si elle semblait grave, avait évité le cœur et les organes vitaux. Mais Sosuke avait perdu beaucoup de sang. Personne ne comprenait non plus son coma.
Le roux se redressa et caressa les cheveux bruns avec tendresse.
— Mon ami, mon amour, ma vie… si tu me quittes maintenant… je n’aurai plus de raisons de vivre.
Ichigo embrassa une dernière fois Aïzen et quitta les lieux. Sa gorge était nouée. Maintenant qu’il avait vu son amant, il devait s’organiser pour leur départ ! Et il devait faire vite !
°OoO°
Kensei tournait en rond dans le bureau de Sasabike. Il venait d’être nommé le nouveau taichō de l’organisation du Nuage Blanc. Chose à laquelle il ne s’était jamais senti destiné. Il devenait fou derrière son bureau. Arrêtant brutalement de marcher devant la fenêtre qui donnait sur les rues agitées de la ville, le cœur de Kensei se serra.
Les ordres du sōtaichō avaient été clairs. Il devait retrouver Ichigo et l’éliminer, lui et Aïzen ! Comment pourrait-il faire ? Il considérait Ichigo comme le fils qu’il n’aurait sans doute jamais. Même s’il avait été incapable de lui montrer de la tendresse, il aimait ce gamin plus que n’importe qui. Il avait toujours refusé la violence malgré les entraînements insensés qu’il avait subis. Et pourtant, il était venu dans les locaux du Nuage Blanc et avait assassiné celui qui le considérait comme son successeur.
Non seulement cela, mais Ichigo avait eu l’idée de pirater leurs systèmes informatiques et d’introduire des virus à l’intérieur de leurs programmes. Les hommes du service en avaient encore des sueurs froides à essayer de récupérer ce qui pouvait l’être. Kensei songea à toutes les fois où il avait traité Ichigo d’incapable… En fait, ce gamin était d’une intelligence redoutable, en plus d’être malin.
Le Nuage Blanc allait avoir beaucoup de mal à se remettre de ce coup-là ! Un coup bref à la porte le sortit de sa léthargie et il hurla :
— Entrez !
Shinji entra et lui adressa son sourire en coin, ce qui l’exaspéra. Enfin, ce n’était pas comme avec Mashiro.
— On a retrouvé Aïzen !
— Où ?
— Nikkō !
— Allons-y !
— Tu viens ?
— Bien sûr… si Aïzen est là-bas, Ichigo sera là-bas aussi…
— Que feras-tu ?
— Je suivrai les ordres à la lettre, Shinji. Kurosaki Ichigo est notre ennemi, à présent… et il doit être éliminé.
— Si tu le rates, moi… je ne le louperai pas, Kensei…
Les deux hommes se mesuraient du regard. Nell entra et demanda :
— Nous partons ?
— Hai !
Nell sentit la tension entre les deux hommes et déclara froidement :
— Au lieu de vous disputer, vous feriez mieux de vous dépêcher !
Kensei suivit Nell, qui avait fini par accepter l’inacceptable pour elle. Nell avait déclaré à Kensei qu’elle ne pourrait pas pardonner à Ichigo. C’était son père qu’il avait exécuté. Le seul homme qu’il avait osé tuer était son père. Et ça… pour elle, la pilule ne passerait pas tant qu’elle ne se serait pas vengée. Et lui, dans tout cela ? Il ne savait plus… Mais jamais il n’aurait souhaité arriver à de telles extrémités !
°OoO°
Ichigo, avec la complicité d’un des hommes d’Aïzen, sortit le yakuza hors de l’hôpital. Au moment où il entra dans l’ascenseur, son cœur bondit dans sa poitrine. Il avait reconnu les cheveux verts de Nell et ceux de Kensei. Ce n’était ni le lieu ni le moment d’engager un combat. Ichigo souffla à son complice :
— Soyez discret… ils sont là !
— Hai !
L’homme qui l’accompagnait était d’apparence calme. Il était fort et connu pour sa loyauté sans faille à son maître. Il faut dire que Tsunemi Matsui, étant marié avec Hama, devait pouvoir encaisser ses claques dans le dos. Inconsciemment, cela lui rappela Miyako et un sourire triste apparut sur les lèvres d’Ichigo… Presqu’un an qu’il avait commencé son métier d’hôte.
Kusumi Jōtarō lui avait demandé d’obéir aveuglément à Ichigo comme s’il s’agissait des ordres du kumiko lui-même, et il exécuterait ses ordres comme tels. Il avait été surpris en voyant cet homme qui semblait avoir la cinquantaine. Il avait pensé que Kurosaki était plus jeune que leur chef. Mais il ne posa aucune question et se contenta d’agir comme le lui ordonnait l’homme devant lui.
Arrivé en bas, Ichigo pâlit. Il vit Byakuya Kuchiki dans l’entrée. Que devait-il faire ? Ce n’était pas prévu au plan. Sans se démonter, il fit un signe discret au yakuza. Ichigo fit descendre l’ascenseur et ils se retrouvèrent à la morgue. Ichigo poussa le chariot et observa fiévreusement autour de lui. Il vit une porte de sortie. Il demanda à Tsunemi de pousser le chariot à sa place. Le roux partit en éclaireur et, lorsqu’il vit un homme entrer, il l’immobilisa rapidement et l’endormit en touchant des points vitaux.
Le trio se retrouva sur le parking et Ichigo repéra l’ambulance qui devait servir à leur fuite. Il fit monter le lit de Sosuke à l’intérieur, en prenant des précautions particulières malgré son cœur qui martelait douloureusement dans sa poitrine. Il demanda au yakuza de s’asseoir à l’arrière avec son chef. Ichigo trouva plus prudent que ce soit lui qui conduise. Avec le plus de naturel possible, il prit place au volant.
L’ambulance démarra et Ichigo contourna au pas les voitures stationnées. Il vit soudain Love sur le parking. Son cœur se mit à battre plus rapidement. Que venait-il foutre là ? L’homme à la coupe afro fit arrêter l’ambulance. Le roux fronça les sourcils, ouvrit la fenêtre du véhicule et interpella d’une voix cassée son ancien compagnon d’armes.
— J’peux savoir pourquoi t’emmerdes le monde sur la route ?
— Oi, le vieux, tu te calmes… je recherche un ami.
— Et alors ?
— Je vérifie s’il n’est pas dans les voitures qui…
— Ami, dis-tu ? C’est des méthodes de la police, ça !
— Je ne suis pas de la police…
— Dégage !
— Ne me parle pas sur ce ton, vieux connard !
— Si t’as rien d’autre à foutre que d’emmerder les honnêtes gens, je vois pas ce que j’ai à te dire d’autre !
Et Ichigo démarra à la barbe de Love, qui resta figé sur le coup. Il vit soudain son ancien compagnon réagir, puis s’arrêter et décrocher son téléphone. Ichigo ne ralentit pas et prit l’autoroute en provoquant presque un accident. Son cœur battait à tout rompre. Et si Love l’avait reconnu ? Et si on venait de le prévenir qu’Aïzen avait disparu ?
Jōtarō avait mis toute la logistique de la Tora à sa disposition et il fallait qu’il regagne l’aéroport de Tokyo Haneda avant qu’on ne capte qu’il avait abrité dans son véhicule le yakuza le plus recherché… quoique lui aussi était activement recherché. Un peu plus de soixante kilomètres à couvrir : ils seraient les plus longs de toute sa vie.
Ichigo avait demandé à Jōtarō d’avoir une activité plus intense afin d’attirer l’attention sur lui et non sur Aïzen mais Kuchiki était venu à l’hôpital. Il avait mené son enquête et avait finalement retrouvé la trace de Sosuke, et le Nuage Blanc s’était remis plus vite de la première attaque. Quoique… Ichigo jeta un œil à sa montre et songea que le deuxième coup, qui allait avoir lieu dans moins d’une heure, allait être fatal au Nuage Blanc.
S’il pouvait au moins tenir jusque-là ! Un frisson d’angoisse le parcourut. Le regard ambre voyait, dans chaque véhicule qui le doublait, une probabilité que leur fuite échoue. Ses doigts se serrèrent nerveusement autour du volant. Sosuke était trop important pour qu’il finisse soit en prison, soit dans les mains de son ancienne organisation. Les événements en cascade qui s’étaient succédé en un an ou presque le laissaient songeur.
Une fine pellicule de transpiration recouvrait le front du jeune homme, qui vit enfin, au loin, apparaître l’aéroport international de Tokyo. Il allait utiliser un jet privé de Sosuke pour fuir. Akon s’était occupé, en toute discrétion, de l’affrètement de l’avion. Les papiers avaient été établis par Ichigo. Tous étaient faux.
Akon s’était aussi occupé de payer des pots-de-vin au personnel qui chargerait Aïzen dans l’avion. Personne ne savait où le couple partirait. Tsunemi accompagnerait le couple, ainsi que le pilote de l’avion, qui était un yakuza aux ordres d’Aïzen. Tsukabishi Tessai était sûr et un excellent garde du corps, en dehors de ses compétences de vol.
Ichigo gara le véhicule après avoir roulé au pas durant un long moment. Arrivé sur la partie privée de l’aéroport international, il vit la montagne de muscles que représentait Tessai et arrêta le véhicule non loin de lui. Lorsqu’il descendit, l’homme s’inclina.
— Aïzen-sama est dans le véhicule, avec Matsui-san !
— Hai !
Sans rien ajouter, l’homme contourna le véhicule et ouvrit les portes. Tsunemi soupira de soulagement ; Ichigo put l’entendre.
— Tsukabishi-san… nous ne serons pas trop de deux pour pouvoir sortir cette civière… Doucement… même si Kurosaki-sama a pris ses précautions, Aïzen-sama ne semble pas très bien se porter.
Tessai ne dit rien et tira doucement la civière et la mit sur roulettes. Ichigo pâlit en voyant le visage blême de son amant. Matsui, en voyant l’inquiétude du jeune homme, déclara :
— Courage, Kurosaki-sama… vous pourrez vous occuper de lui dans l’avion. Prenez le matériel ; nous nous occupons de l’installer confortablement…
— Hai !
Ichigo s’engouffra dans l’ambulance et récupéra tout le matériel. Il savait qu’il aurait à l’intérieur les médicaments qu’il avait demandés à Akon pour le voyage et les quelques mois qu’il allait passer dans leur future retraite. Le roux sortit et traversa le tarmac. Il entra dans le jet privé et vit que Sosuke était maintenant allongé dans une couchette de l’avion. Tessai déclara calmement :
— Le patron est installé. Je vous laisse cinq minutes pour le rebrancher et je décolle immédiatement. Akon m’a informé qu’on était sur nos traces.
— Hai !
Ichigo ne voulait pas en savoir plus. Pourtant, la voix de Matsui résonna :
— Chomei va venir récupérer l’ambulance. Il devrait arriver, il devrait nous donner les papiers qui ont été validés. Le voilà, je m’occupe de tout, ne sortez pas et restez ici, près d’Aïzen-sama !
— Hai !
Le roux s’en moquait. Il rebrancha le matériel autour de Sosuke et entendit le bruit des voix, bientôt couvert par le bruit des moteurs du Falcon. Tsunemi remonta à bord et Ichigo vit passer la tête de Chomei, qu’il salua. Le yakuza hocha la tête et quitta l’avion. Matsui ferma la porte basculante et s’installa en mettant sa ceinture de sécurité. Ichigo fit de même en choisissant un fauteuil à côté de celui de son amant. Il serait bientôt en sécurité, à quelques kilomètres au-dessus de la Terre.
Ichigo jeta un coup d’œil à sa montre et un sourire se forma sur ses lèvres. Maintenant, le système informatique du Nuage Blanc et toute l’organisation devaient crouler sous une attaque informatique des plus violentes qu’ils n’aient jamais dû subir. Le roux avait mis du temps mais il savait qu’en prenant son temps, les résultats n’en seraient que meilleurs. Il lui fallait juste être dans le timing.
L’avion décolla quelques minutes plus tard. La chance d’appartenir à une organisation assez puissante, et ayant suffisamment d’argent pour graisser les pattes des contrôleurs aériens. Cela avait dû coûter une somme folle à la Tora, mais Ichigo se chargerait de renflouer les caisses. La voix de Tessai résonna dans la cabine :
— Nous sommes maintenant en vol de croisière, vous pouvez détacher vos ceintures… Nous en avons pour quatre heures de vol… Je ravitaillerai et nous aurons droit à deux heures de pause, puis nous partirons vers notre destination finale. Vous aurez droit encore à quatre heures de vol. Alors reposez-vous… Ah oui, Akon m’informe que du personnel a été recruté sur l’île et que nous aurons juste à nous occuper de vous…
— Merci… souffla Ichigo qui, après un bref coup d’œil au hublot, se détacha et s’installa au chevet de Sosuke, qui paraissait plus détendu.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)