Sosuke resta près du corps d’Ichigo, le veillant, incapable de croire que l’homme allongé était maintenant sans vie. Le yakuza était figé, sa main enlacée à celle de son amant, la tête enfouie sur le matelas. Ses yeux parcouraient parfois Ichigo, qui lui semblait si paisible à présent. Lui ne ressentait plus rien… il avait l’impression que sa vie venait d’être brisée nette.
Partout où son regard se posait, tout lui semblait flou, noir. Il était incapable de reconnaître qui que ce soit ou de manger. Une vie sans Ichigo était absurde. Son cerveau ne cessait de repasser le moment où son amant avait été transpercé par l’arme de ce Kensei… Pourquoi ne l’avait-il pas tué plus tôt ? Lorsqu’il en avait l’occasion ? Lorsqu’il était sous l’emprise de la jalousie ? Ce jour-là, sur ce parking… Pourquoi n’avait-il pas pris un de ses revolvers et mis fin aux jours de cet homme ?
Sosuke enfouit sa tête dans une de ses mains. Il se reprocha aussi d’être revenu au Japon. Pourquoi vivre pour une organisation ? Il voulait mourir avec Ichigo et pas rester en arrière. La porte s’ouvrit derrière lui, mais, dans son monde, Sosuke n’entendit que la voix de Jotaro, qui déclara respectueusement :
— Aizen-sama… les parents de Kurosaki-sama sont présents… Puis-je les faire entrer ?
— Bien sûr qu’on rentre ! fit une voix masculine, puissante.
Jotaro voulut s’interposer, mais la voix froide d’Aizen intervint :
— Kosumi-san… laissez passer les parents de Kurosaki-sama…
— Hai !
Le yakuza se recula. Sosuke se redressa difficilement et lâcha enfin la main d’Ichigo. Il leva la tête, prêt à affronter la colère des parents d’Ichigo. Lorsqu’il leva les yeux, il vit une femme se jeter en poussant un cri sur le corps de son fils. Sosuke tourna la tête et croisa le regard douloureux d’un homme dont il n’aurait jamais cru qu’il fût le père de son amant.
Isshin était entré, le cœur battant, dans la pièce. La première chose qu’il vit pourtant, c’était Ichigo allongé, livide… cadavérique. Seuls ses cheveux donnaient l’impression de vie. Un silence sépulcral régnait dans la pièce. Puis son regard glissa sur l’homme qui veillait son fils. Les yeux de l’homme étaient rouges de ne pas avoir dormi, ses cheveux en bataille et sa tenue négligée indiquaient qu’il n’avait pas bougé d’un pouce apparemment depuis qu’Ichigo était tombé.
Il n’y avait rien « d’adorable », comme son fils l’avait décrit la veille. Isshin réalisa… La veille, Ichigo était venu leur rendre visite et il était mort aujourd’hui… mort ! La cruelle vérité lui sauta au visage. Un gémissement étouffé traversa ses lèvres et un sanglot monta en lui, irrépressible. Masaki se tourna vers lui :
— Isshin…
L’homme traversa l’espace qui le séparait de sa femme et se laissa tomber près d’elle. Il enveloppa les épaules, qui lui semblaient si frêles, de sa femme. Masaki se réfugia contre sa poitrine, et Isshin se demanda s’il pouvait pleurer… Voir le chagrin de sa femme le brisa, et son regard se posa une nouvelle fois sur son fils. L’âme d’Isshin se déchira, et, pour la première fois de sa vie, submergé par l’émotion d’avoir perdu ce qu’il avait de plus précieux, les larmes coulèrent seules et sans un bruit.
Masaki se reprit quelques minutes plus tard… Son regard se porta sur l’homme, derrière eux, silencieux. Le yakuza fixait Ichigo comme s’il s’attendait à le voir se relever d’un instant à l’autre. Il avait une mine épouvantable et son regard semblait incrédule. Comme s’il n’admettait pas ce qu’il voyait. Il n’avait pas dû beaucoup dormir, et la mère eut pitié, et du chagrin, pour cet homme qui aimait son fils avec autant de douleur.
Masaki se redressa et se plaça devant Aizen. Il ne la voyait même pas. Doucement, elle posa une main sur son bras et murmura :
— Vous pouvez pleurer aussi…
Sosuke sursauta en entendant ces paroles. Il rencontra le regard bienveillant de la mère d’Ichigo. Il voulut parler, mais aucun son ne sortit. Comme si ces cris dans la nuit lui avaient arraché les cordes vocales. Après s’y être repris une nouvelle fois, une voix à peine plus qu’un chuchotement enroué sortit :
— C’est de ma faute…
Masaki fronça les sourcils en entendant les paroles de l’homme, qui continua :
— C’est de ma faute… si je n’avais pas été là…
Isshin se redressa et demanda, sombrement :
— L’avez-vous tué ?
— C’est tout comme…
Le père d’Ichigo fut si vif que personne ne le vit empoigner Sosuke, qui ne bougea même pas. La voix de Masaki résonna froidement dans la pièce, contrastant avec la douceur d’à peine quelques secondes plus tôt :
— Isshin… ne vois-tu pas qu’il souffre plus que nous ne souffrons ? Comment pourrait-il le tuer avec ce regard ?
Isshin se sentit étouffé par ces yeux chocolat. La douleur était si intense à l’intérieur du yakuza qu’il avait l’impression qu’elle le transperçait. Ce n’était pas le regard d’un meurtrier.
— Il vous a protégé… n’est-ce pas ? interrogea Masaki.
— Hai… J’ai toujours refusé qu’il le fasse…
— Un jour, vous viendrez à la maison… Aizen-san. Je vous montrerai quelque chose d’important, souffla Masaki. Sachez juste que si mon fils vous a protégé, c’est qu’il vous aimait plus que sa vie.
Elle plongea son regard dans le sien et déclara solennellement :
— J’espère que vous prendrez bien soin de votre vie. Je ne veux pas que mon fils se soit sacrifié pour rien… À travers vous, Ichigo continue de vivre…
Sosuke respira difficilement et déclara, la gorge serrée :
— Comment je fais pour vivre sans lui ?
— Comme nous… comme tous ceux qui l’ont aimé… On apprendra à vivre avec notre douleur. Il faut laisser le temps faire son œuvre. Même si notre vie ne sera plus jamais la même.
Le couple et le yakuza restèrent encore un long moment en silence. Sosuke admira les parents d’Ichigo, qui étaient capables de pleurer et de prier. Lui, tout cela était au-dessus de ses forces. Ils durent quitter la chambre quand les employés des pompes funèbres vinrent récupérer le corps. Sosuke aurait voulu s’y opposer, mais la main d’Isshin se posa sur son bras.
— Il n’est plus là…
Après une brève conversation, il fut convenu avec les parents d’Ichigo que Sosuke se tiendrait près d’eux pour les obsèques.
C’est Jotaro qui fit la conversation ; Sosuke était toujours hébété. Après un dernier salut, auquel Aizen répondit cette fois-ci, le wakagashira resta longtemps à observer son maître. Jamais il ne l’avait vu ainsi. Ce qui le tracassait, c’était le moment où il allait se réveiller. Cela ne lui disait rien qui vaille.
°OoO°
Les funérailles d’Ichigo se firent dans la plus stricte intimité : les parents d’Ichigo et ses sœurs, ainsi qu’Aizen, quelques-uns de ses hommes et épouses. Quelques amis de la famille Kurosaki… Sosuke ne voulait personne de plus.
Le yakuza avait abandonné sa tenue fripée et son air de chien battu pour un complet sombre et un regard de glace. Isshin avait eu un mal fou à le reconnaître. D’ailleurs, lorsqu’il s’installa à ses côtés, il avait failli le repousser. C’était son regard fauve qui l’avait arrêté. C’était un très bel homme, même lui dut le reconnaître. Et le charisme qui se dégageait de sa personne était animal, presque hypnotique.
Toute la famille avait le regard braqué sur lui. Le kambu qu’il arborait au revers de sa veste indiquait sa position. Mais c’était bien l’homme en lui-même, plus que le yakuza, qui impressionnait l’assistance. Ses hommes présents lui présentaient un respect sans faille. Le regard froid qu’il posa sur l’assistance n’invitait personne à venir lui apporter son soutien. Isshin comprit qu’il ne l’aurait pas supporté.
Il était content de l’avoir vu la veille près de son fils. De voir son chagrin, même si aucune larme n’avait coulé. Il lui avait semblé humain, poignant dans sa détresse. Durant l’office du prêtre shinto, Aizen resta impassible et lointain. Toutefois, Isshin était assez proche pour voir la veine qui battait très vite à la base de son cou, les pupilles dilatées et l’angoisse qu’il tentait désespérément de cacher. Isshin le plaignit, dans son for intérieur. Lui avait eu le droit de pleurer… sa femme lui avait servi d’excuse pour se pencher. Mais lui ?
Aizen prit la parole à la fin de la cérémonie. Il invita chacun à se restaurer, et Isshin, qui se mit à sa hauteur lorsqu’il le suivit pour entrer dans la salle, suggéra :
— Un conseil que vous devriez suivre à la lettre…
— Pardon ?
— Manger… cela fait combien de temps que vous ne l’avez pas fait ?
Sosuke allait répondre, mais finalement il ferma la bouche en rencontrant le regard de Masaki. Ils se faisaient visiblement beaucoup de soucis pour lui. Aizen ne voulait de la pitié de la part de personne. Mais l’amour qu’il sentait de la part des parents d’Ichigo lui rappelait celui de son amant. Il ferma un instant les yeux et hocha la tête.
— Oui… je crois que je commence à avoir faim.
C’était faux !
Mais il se forcerait à vivre ; à se maintenir en vie, serait plus juste. De toute façon, il avait quelques comptes à régler. Même s’il devait y passer le reste de sa vie… la haine emplissait son cœur, mais la colère froide écrasait tout sur son passage. Il ferait payer à tous ceux qui avaient croisé le chemin d’Ichigo… il avait commencé à faire une liste la veille au soir.
Après le départ de chacun, il ne restait plus que le notaire, Yuzu, Karin, Masaki et Isshin. Sosuke les invita à le suivre dans son bureau et fournit un fauteuil pour chacun. Le notaire prit place à la place de Sosuke et sortit un dossier. Une enveloppe blanche glissa, et ce dernier l’ouvrit. Un DVD s’y trouvait, et l’homme de loi demanda la permission d’utiliser un lecteur, quel qu’il soit.
Sosuke montra le matériel vidéo de la main. Son cœur s’était mis à battre follement dans sa poitrine. Ichigo avait laissé une vidéo ? Ses mains étaient devenues moites d’impatience ; toutefois, il resta relativement flegmatique. Il croisa le regard d’Isshin, qui paraissait légèrement amusé et triste à la fois.
La vidéo démarra sur la chemisette hawaïenne d’Ichigo, se recula soudain pour s’asseoir sur un fauteuil en osier qu’Aizen reconnut immédiatement. C’était celui qui était dans leur chambre, sur leur île. Ichigo arborait une mine contrariée et commença :
— Hum… je suis pas sûr que ce machin fonctionne avec tout ce sable… enfin… Hum, hum…
Ichigo arbora soudain un immense sourire, fit un V de la victoire et commença à parler :
— Bonjour Maman… j’espère que tu vas bien… ’lut ’pa… bonjour Yuzu et Karin… et…
L’expression du jeune homme se modifia brutalement ; la tendresse et l’amour se lisaient sur son visage.
— Bonjour Sosuke… si tu regardes cette vidéo…
Ichigo soupira, mais ne termina pas sa phrase. L’émotion l’étreignait apparemment.
— Donc, j’ai préféré faire une vidéo pour vous parler directement.
Ichigo se gratta la tête et se rejeta contre son dossier.
— J’ai accumulé ces derniers mois une véritable fortune. J’ai utilisé la moitié de cette dernière pour la Tora. Alors, le reste… je le laisse à ma famille. Vous verrez les chiffres tout à l’heure avec le notaire. Il a fait le nécessaire pour les impôts, etc. S’il y a des soucis, je compte sur toi, Sosuke, pour les régler. J’abuse…
Le jeune homme arbora un petit sourire.
— Mais, après tout, je ne pense pas que tu me l’aurais refusé de mon vivant… Pour toi, Sosuke, j’ai fait faire à ton insu une vidéo, et j’ai autre chose ; mais tu verras plus tard avec le notaire. C’est un enregistrement audio. Mais cela ne regarde que nous… enfin toi. C’est pas facile de parler comme un mort…
Le regard d’Ichigo se fit lointain, et il reprit plusieurs fois sa respiration, comme pour cacher son émotion.
— J’ai pas grand-chose d’autre à dire… Si : je vous aime… tous. Avec une place particulière pour toi, Sosuke. Prends soin de toi. Et là où je serai, j’aurai la patience de t’attendre. Alors, sois pas pressé d’en finir.
Un sourire triste se forma sur les lèvres d’Ichigo, qui souffla, alors que sa main s’emparait de la télécommande posée à côté de lui.
— Un conseil que je n’aurais jamais pu suivre…
L’écran s’éteignit. Tous jetèrent un coup d’œil au yakuza, qui, à leur surprise, était décomposé. Aizen prit plusieurs respirations successives. Voir Ichigo à l’écran était… trop violent pour lui. Il se leva et s’excusa.
— Un jour, il faudra bien vous résoudre à pleurer… souffla Masaki.
Aizen observa un instant tous les visages levés vers lui et secoua la tête. Il ne pouvait plus. Il laissait la famille ensemble ; de toute façon, les dispositions prises étaient surtout adressées à la famille Kurosaki. Sosuke rejoignit la famille lorsqu’elle quitta sa demeure et, après un dernier salut, s’enferma dans son bureau. Son regard était devenu meurtrier. Il reprit son stylo et entoura le premier nom… Gin Ichimaru !
°OoO°
Le regard plongé sur les hauteurs de Tokyo, Sosuke admira les lumières qui éclairaient la ville. Il admira l’homme en dessous de lui. Quel sang-froid… Gin avait supplié, ainsi que beaucoup d’autres, pour qu’on leur laisse la vie sauve ; mais pas Byakuya Kuchiki ! La tête en bas et les jambes attachées au rebord de l’immeuble, le corps du commissaire tanguait dangereusement sous le vent violent.
Sans se départir de son propre calme, Aizen s’alluma une cigarette et s’assit à côté du policier en position délicate. Les hommes de la Tora étaient blêmes. Que faisait leur chef ? Il pouvait basculer à tout moment sur cet immeuble en construction. Déjà, s’attaquer au commissaire Kuchiki… Voulait-il mourir ?
— Vous comptez me laisser encore longtemps dans cette position ? Soit vous me tuez, soit vous me rendez ma liberté !
— Oui, j’ai ce choix… souffla Sosuke, pensif.
— Vous allez tuer tous ceux qui ont le « privilège » de croiser la route de votre amant perdu ? ironisa Byakuya, qui commençait à avoir le tournis.
Sosuke eut un rire bas. Il tira plusieurs fois lentement sur sa cigarette. Byakuya, qui essayait de rester flegmatique, n’en menait toutefois pas large. Aizen était devenu incontrôlable ces dernières années. S’il avait eu un doute sur l’amour entre deux hommes, ce dernier avait été balayé depuis bien longtemps. Il n’avait jamais pensé être sur la liste noire d’Aizen… Et ce dernier, installé lui-même de façon précaire, ne semblait pas très présent.
Lorsque sa voix résonna, lointaine, Byakuya commençait à perdre conscience, engourdi par sa position et le froid.
— Ichigo n’aurait jamais tué personne… si vous l’aviez laissé tranquille.
— C’était un ninja… rétorqua Byakuya.
— Et le seul soir où il a tué, ce fut pour me sauver la vie…
— Il a aussi tué le responsable du Nuage Blanc… Chojiro Sasabike !
— C’est vrai… je l’avais oublié, lui ! Enfin… ce sont les risques de son métier !
— Et celui de…
— Ichigo n’était que mon compagnon. Il n’avait aucune fonction dans mon organisation, et encore moins dans celle du Nuage Blanc. Si tout le monde était resté à sa place, bien sagement, le Nuage Blanc existerait toujours… et tous ceux que j’ai éliminés seraient aussi vivants !
— Vous parlez sans cesse de lui… vous ne pouvez pas tourner la page ?
— Tant que Kensei Muguruma sera vivant… le seul encore vivant du reste… je ne pourrai pas mourir tranquille !
— Mourir ?
— Hai ! Je ne vis que pour mourir…
— Comment pouvez-vous être aussi… Kurosaki Ichigo est mort il y a quinze ans ! Vous n’avez vécu avec lui que cinq mois tout au plus…
— Le temps importe peu… c’est la façon d’aimer qui donne de la valeur aux sentiments et aux personnes qui en sont l’objet. Je ne pense pas que vous ayez aimé votre femme comme j’ai pu aimer Ichigo. Vous ne pouvez pas comprendre !
— Je comprends l’amour bien plus que vous ne le pensez ! cracha Byakuya, soudain énervé. Ma femme est sur un lit d’hôpital et mes enfants sont morts d’inquiétude. Je ne peux pas avoir des accès de folie, car ils ont besoin de quelqu’un sur qui se reposer…
— Vous avez des enfants ? Combien ?
— Trois…
— Oh…
Sosuke songea à Masaki, partie quelques années en arrière. Le chagrin d’Isshin, mais surtout la dignité et le soutien qu’il avait été pour ses deux filles. S’il n’avait pas été là… Sosuke respira profondément et se redressa. Il quitta calmement son perchoir et fit un signe à ses hommes :
— Remontez-le !
— Hai !
Personne ne posa de questions. Byakuya fut remonté et posé sur le plancher en béton armé. Le commissaire observa, entre ses yeux fatigués et blessés par le vent, la silhouette droite qui s’allumait une nouvelle cigarette.
— Pourquoi ?
— Parce qu’Ichigo m’en aurait voulu pour vous… pour votre famille… Et puis, je cherchais plus à vous faire peur que réellement vous tuer.
Aizen fit une pause et souffla la fumée qu’il avait brièvement accumulée dans sa bouche. Le goût âcre de la cigarette emplit son palais.
— Nous ne nous reverrons plus, Kuchiki Byakuya… Si vous cherchez à me retrouver pour ce qui s’est passé cette nuit, je ne vous épargnerai pas. Ichigo est Ichigo… moi, je suis différent ! Nous partons !
Le groupe de yakuza quitta les lieux en silence. Byakuya sentit son cœur reprendre un rythme normal. Il resta un long moment sur le sol, incapable de bouger. Un sentiment de tristesse puissant l’avait envahi. Il plaignit cet homme de tout son cœur. Pourquoi décrit-on les morts-vivants comme des cadavres ? N’est-ce pas ceux qui restent après un drame qui le sont ?
°OoO°
Sosuke eut un rire de victoire. Enfin, il tenait Megumura, et, lorsqu’il apparut devant lui, il laissa son expression prendre peu à peu celle de la jouissance d’avoir obtenu ce qu’il voulait. Pourtant, son masque tomba lorsqu’il vit que Kensei était aussi inoffensif qu’un enfant. L’homme qu’on lui avait apporté dans sa cour intérieure de maison était l’ombre du ninja qu’il avait rencontré vingt ans plus tôt.
C’était impossible, et pourtant… Sosuke se mit à genoux quand l’homme tomba sur le sol dès qu’on l’eut lâché. Kensei leva la tête et reconnut Aizen. Un sourire ironique traversa son visage, parcheminé par une vie passée à faire des excès en tout genre.
— Toi aussi… tu survis ?
— La ferme ! Je t’ai capturé pour faire un combat !
— Combat ?
L’ancien ninja éclata de rire. L’idée lui parut amusante, et pourquoi pas… il n’avait pas eu le courage de se suicider. C’était l’occasion après tout ! Il se redressa difficilement et s’étira.
— Je suis vermoulu… ça fait longtemps.
— Et tu es bourré !
— J’ai tellement ingurgité d’alcool dans ma vie que je suis pas près de désoûler pour les vingt prochaines années.
— T’es qu’une loque ! fit Aizen, méprisant.
Kensei observa l’homme bien habillé et charismatique qui se tenait devant lui. Il devait avoir quoi, maintenant ? Cinquante-huit ans ? Ses cheveux châtains étaient parsemés de fils blancs qui le rendaient encore plus séduisant. Pourtant, son regard… la souffrance dans ce regard était identique à la sienne. Un sourire éclaira le visage de l’ancien ninja, qui déclara, moqueur :
— Tu es plus propre sur toi que moi… c’est sûr ! Mais, à l’intérieur, t’es la même loque que moi ! Ichigo a brisé la vie de Chojiro… et de Nell. Il faisait partie de la famille du Nuage Blanc… Tu l’as retourné contre nous. Sais-tu combien Ichigo a brisé de vies ? Le Ichigo que tu as mis sur un piédestal… il a brisé des centaines de vies. Combien de familles ont été brisées, combien de suicides sa désertion, qui s’est transformée en trahison, a causés !
Kensei eut un rire triste en se frottant la tête dans une de ses paumes.
— Il a brisé ta vie et la mienne… C’était qu’un gamin…
— Si vous l’aviez laissé vivre, si vous ne vous étiez pas obstinés…
— Je ne voulais pas intervenir… Mais Nell n’était plus pareille. Déjà avec le départ d’Ichigo, puis le fait qu’elle ait appris que vous viviez ensemble, et, pour finir, la mort de son père. Elle voulait se venger ; c’était devenu son nindō ! Et je pouvais rien contre ça… juste la protéger. J’ai essayé de le faire comme toi tu l’as fait avec Ichigo…
— Tu as rejeté toute la faute sur Ichigo, et vous… vous, ou toi… vous n’avez rien d’autre que pleurer sur votre sort ! Tu me dégoûtes ! Tu ne vaux même pas la balle pour terminer ta misérable vie… Dégage ! Hors de ma vue…
— Tu m’épargnes après avoir tué je ne sais…
— Hors de ma vue ! répéta Aizen, dangereusement.
Les deux hommes s’observèrent longuement. Sosuke fit un geste vers ses hommes, et ils voulurent attraper le ninja, qui se défendit, et même plutôt bien. La colère déformait les traits de Kensei, ou plutôt la rage ! Sans aucune difficulté, l’albinos élimina les hommes de main d’Aizen, à sa stupeur. Il retira son Smith & Wesson de sa veste et tira presque à l’aveugle. Les deux hommes se regardaient, stupéfaits. Surpris par la rapidité avec laquelle les événements s’étaient enchaînés. Ils se tenaient là, à quelques pas d’où étaient mortes les personnes auxquelles ils tenaient le plus.
Kensei toussa, et un filet de sang sortit de sa bouche.
— On est déjà morts depuis si longtemps… Aizen Sosuke…
Le regard fauve glissa sur le sol et, sans un mot, l’homme se détourna d’un pas chancelant.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)