Ce fut la lumière du jour qui éveilla Ichigo. Il bascula sur le côté et voulut passer la couverture sur sa tête, mais son geste s’immobilisa en plein vol. Depuis quand portait-il des bijoux ? Il se souvint d’un bloc !
La couverture vola à travers la pièce, et Ichigo observa autour de lui : Gin n’était pas là. Son cœur se mit à battre très vite.
— Gin ? appela-t-il.
Aucune réponse ne lui parvint. L’avait-il quitté au petit jour ? Oui, mais alors pourquoi lui offrir un anneau ? Il se leva pour faire le tour de l’appartement et trouva, sur le plan de travail de la cuisine, un message griffonné :
« Je serai de retour avant l’heure du déjeuner. Attends-moi. Gin »
Ichigo retourna le bout de feuille et ne trouva rien d’autre. Pourquoi ne lui avait-il pas dit où il allait ? 11 h 45 ! Bientôt, il serait l’heure de déjeuner… Enfin, pour lui, ce serait l’heure du petit-déjeuner.
Ne voulant pas s’attarder, le jeune homme prit sa douche. Alors que l’eau coulait sur sa peau, cela lui rappela les mains de Gin et le souvenir de sa bouche contre sa peau. Son index effleura ses lèvres. Ce n’était pas un rêve… Il remonta sa main devant ses yeux et fixa la bague qui brillait à son doigt. Comme symbole, il n’y avait pas plus clair.
— Tu comptes rester encore longtemps sous l’eau, ou veux-tu que je vienne te rejoindre ?
La voix de Gin le fit sursauter. Ichigo se retourna. Son amant se tenait contre la paroi de la douche à l’italienne et le déshabillait du regard, comme un prédateur fixant sa proie avant son petit-déjeuner.
— Tu peux me rejoindre si tu le veux, sourit Ichigo.
Gin eut l’air accablé.
— Je ne peux pas ! J’ai un rendez-vous d’affaires cet après-midi. Je me suis dépêché de rentrer pour manger avec toi.
Le sourire d’Ichigo s’agrandit. Il tourna le poignet de la douche et arrêta l’eau. Il attrapa une serviette au vol et se dirigea tranquillement vers Gin, qui ne bougeait pas. Il se pencha vers lui et l’embrassa en prenant soin de ne pas le mouiller.
— Je ne savais pas que tu travaillais aujourd’hui.
— Je n’ai pas eu le temps de t’en parler. Tu dormais tellement bien que je n’ai pas osé te réveiller.
Ichigo s’éloigna et se sécha complètement. Il enfila ses sous-vêtements, tandis que Gin protestait, amusé :
— Tu sais, tu aurais pu rester à l’aise et rester dans cette tenue d’Adam pour passer à table.
— J’ai trop peur de finir en dessert ! ricana Ichigo. Après tout, tu as un rendez-vous cet après-midi.
Gin éclata de rire et rejoignit Ichigo. Son regard devint plus tendre.
— Si tu savais combien j’aimerais avoir le temps, aujourd’hui…
Son regard devint flou.
— Malheureusement, j’ai besoin de rencontrer ce client… Si j’arrive à le mettre dans mon carnet d’adresses, de nombreuses portes s’ouvriront à moi et je pourrai enfin passer au stade de moyenne entreprise.
Ichigo se redressa pour le regarder dans les yeux.
— Tu as autant de mal à te faire de la clientèle ?
— Disons que mon passé a laissé quelques traces et, même si mes activités ont bien changé, certains ont la rancune tenace et font en sorte que je ne puisse pas évoluer. Enfin, ce n’est pas grave ! Qu’ils le veuillent ou non, je finirai par percer.
— J’aime ton optimisme.
Ichigo ponctua sa phrase d’un baiser, avant de rejoindre sa chambre et de finir de s’habiller.
— Tu as prévu quoi pour déjeuner ? Je n’ai rien dans mon frigo…
— J’ai ramené des bentos du konbini qui se trouve pas très loin de ma boîte. Ils sont excellents et pas chers. Franchement, Ichigo, je ne vais pas pouvoir te laisser sortir dehors sans que je ne me fasse un sang d’encre !
Surpris, Ichigo leva les yeux vers Gin, qui le dévorait du regard.
— Tu es si séduisant qu’il est impossible que tu ne fasses pas perdre quelques têtes dans une journée ! J’ai trop peur qu’on te kidnappe.
À nouveau, Ichigo rit de bon cœur et rejoignit son amant, qu’il enlaça avec tendresse. Leurs nez s’effleurèrent.
— Tu n’as rien à craindre ! Moi, je ne vois que toi ! Et si on veut me kidnapper, comme tu le dis si bien, je souhaite à mon agresseur bonne chance. Je ne suis pas si facile à attraper.
Gin grimaça.
— Tu en es sûr ?
Ichigo se pencha à nouveau et embrassa Gin. Une fois, deux fois, quatre fois, dix fois, avant de lui murmurer d’une voix enrouée :
Tu es le seul chasseur qui a pu me capturer. Après tout, je suis ton lapin…
— Oui, souffla Gin, tu es mon lapin. Mon petit lapin blanc égaré…
— Qui a quand même bien grandi, sourit Ichigo.
— Oui, vraiment bien grandi.
Gin caressa d’une main le visage d’Ichigo et l’observa entre ses yeux mi-clos. Tellement bien grandi qu’il ne le reconnaissait plus ! Il avait l’impression d’être devant un étranger. Seule la passion demeurait entre eux… mais ce nouvel Ichigo, qu’il redoutait tant avant qu’ils ne se revoient, l’effrayait tout à coup bien plus qu’il ne se l’était imaginé.
Et si… et s’il se rendait compte qu’il s’était trompé ? Si Ichigo le trouvait trop vieux ?
Attends… attends… Pourquoi tu paniques ? s’interrogea l’homme d’affaires.
Il se disait que seule la passion demeurait, mais il paniquait à l’idée de le perdre ! Très séduisant, charismatique, sûr de lui, Ichigo dégageait une aura bien différente d’autrefois ! Il n’allait pas se plaindre : après tout, c’était lui qui avait imposé cette séparation. Lui qui voulait qu’il mûrisse… peut-être était-il devenu beaucoup trop…
— Je meurs de faim, Gin ! Viens ! Tu as l’air un peu trop perdu dans tes pensées.
Gin se laissa conduire par Ichigo, qui avait cueilli sa main pour le tirer derrière lui.
— Que comptes-tu faire cet après-midi ? interrogea Gin, pour se donner une contenance.
— J’ai des cours en retard, alors je vais sûrement les bosser. J’ai pas envie de me prendre une nouvelle réflexion par le prof. Je vais en avoir pour un petit moment, alors, pour ton rendez-vous, prends ton temps.
— Tu veux sortir ce soir ?
En disant cela, Gin sortit les bentos des plastiques, tandis qu’Ichigo sortait des verres et de l’eau.
— Pas ce soir, grimaça Ichigo. Je suis encore crevé de mes nuits sans sommeil. Je vais bientôt avoir des partiels. Je voudrais me reposer. Je voudrais passer des vacances tranquilles.
— Tu aimerais partir ?
— Tu prendrais des vacances ?
— Bien sûr ! Je comptais te demander où tu aimerais aller pour qu’on s’organise une petite semaine de détente.
Les yeux d’Ichigo brillèrent. Il parut réfléchir sérieusement à la question. Gin en profita pour se restaurer ; il devrait bientôt repartir : le temps qu’il traverse la ville, il arriverait juste à l’heure pour son rendez-vous.
— J’aimerais aller sur une île. Être dépaysé.
— Vraiment ? Tu n’as pas l’habitude d’y aller ? Je veux dire, avec tes parents et tes connaissances…
— Si, c’est vrai, reconnut Ichigo. Disons que je voulais passer des vacances tranquilles, rien que toi et moi. Sans prise de tête…
Ce fut au tour de Gin de réfléchir. Il se dit que ses compétences en voilier allaient lui être utiles. Pourquoi ne pas en louer un et se faire un petit séjour autour des îles du Sud ? Il organiserait cela dans les prochains jours. Un petit sourire satisfait flotta sur ses lèvres.
— Je peux savoir à quoi tu penses ? demanda Ichigo.
— À une petite surprise qui devrait te plaire.
Avalant son verre d’eau, Gin débarrassa la table et se lava les mains. Ichigo, lui, le suivait du regard.
— Tu pars déjà ? lui demanda-t-il, désappointé.
— Je ferai en sorte de rentrer très vite, ce soir.
— OK. Je t’attendrai avec impatience…
Gin se dirigea vers Ichigo, lui vola un baiser et s’échappa bien vite, parce qu’encore une fois, Ichigo voulait prolonger leur étreinte. Pas que cela lui déplaisît, mais il avait peu de volonté face à la tentation et, bon sang, Ichigo lui retournait l’esprit !
Il quitta l’appartement sans se retourner. Une fois la porte fermée, il posa une main sur son cœur. Moins une… Il avait failli rester.
°°0o0°°
Fin d’après-midi, appartement d’Ichigo.
Les heures avaient défilé et Ichigo n’avait rien remarqué. Il avait été vaguement dérangé par un coup de fil de son éditeur, mais il l’avait rembarré. Pas le temps de se disperser. De toute façon, pour l’instant, il n’avait aucune idée de scénario, alors…
En milieu d’après-midi, il s’était accordé une petite pause, durant laquelle Ichigo s’était interrogé sur les parents de Gin. Il ne lui avait jamais parlé de sa famille, alors que son amant savait tout de lui… ou presque.
La mort dans l’âme, il avait repris ses cours. Il ne voulait pas baisser dans ses notes : pas la peine de réveiller les vieilles tensions avec ses parents, même si ces derniers lui fichaient la paix, dernièrement. Il songea qu’il devrait retourner à l’internat… Ça l’agaçait. Il n’en avait pas envie, tout comme il n’avait pas envie de parler de cet appartement à sa famille.
Devrait-il acheter un nouveau « chez lui » ? Ou bien louer un appartement ? Comme il voulait vivre avec Gin… Peut-être que…
Non ! Jamais Gin ne voudrait de lui chez lui !
Le voir partir précipitamment sans qu’il ne lui ait rien dit l’avait laissé perplexe. En même temps, à chaque fois que Gin s’approchait de lui, Ichigo l’attrapait et ne voulait plus le lâcher. Il avait dû s’en rendre compte… et fuyait devant l’adversité. Enfin, si on pouvait appeler ça comme ça.

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