La salle du restaurant se remplissait au point de devenir bondée. Malgré tout, l’ambiance restait feutrée, sans doute grâce à la décoration faite de végétaux, de colonnes et de demi-cloisons, qui permettait de préserver un minimum d’intimité. Mais, à vrai dire, toutes les personnes présentes faisaient partie du « gratin » de Tokyo.
Lorsque Coyotte Starck lui avait proposé de poursuivre leur discussion autour d’un repas, Gin avait cru mourir ! Lui qui avait réservé une table pour Ichigo et lui, pour leurs retrouvailles, dans le meilleur restaurant de la ville, se retrouvait à utiliser sa réservation pour un repas d’affaires.
Le bon point, c’est qu’il avait impressionné Starck. Du coup, ce dernier avait invité sa femme et, par extension, l’avait tanné pour qu’il invite sa fiancée. Starck n’avait même pas paru surpris lorsqu’il lui avait avoué qu’il était gay et qu’il avait un compagnon. Gin n’avait pas décliné l’identité d’Ichigo — et n’en avait pas eu l’occasion par la suite.
Troublé qu’Ichigo demande la permission à son père pour se rendre à un rendez-vous d’affaires… N’était-il pas majeur, maintenant ? Lorsqu’il l’avait rappelé et lui avait donné l’adresse du restaurant, Ichigo n’avait pas tiqué. Gin s’était demandé s’il connaissait l’endroit et n’avait pas osé lui demander de s’habiller avec classe… enfin, pas trop jeune. Pas qu’il ait honte de son apparence, bien au contraire, mais la manière dont Starck était habillé — tout comme sa femme, plus tard — lui avait mis un doute…
Et puis, flûte ! Si Ichigo voulait venir en jean-baskets, il ne lui dirait rien. Il l’aimait tel quel.
— Je n’en reviens toujours pas ! s’exclama soudain Momo en jetant des coups d’œil tout autour d’elle. Cela fait des mois que je demande à Coyotte de prendre une table ici, mais il n’y est jamais parvenu. Comment avez-vous fait ? demanda-t-elle en le regardant droit dans les yeux.
— J’ai un ami qui travaille ici, reconnut Gin. Ça aide…
— Oh… Alors, pourrais-je abuser de votre aide pour réserver une table ici pour un rendez-vous en amoureux ? osa-t-elle, tout en ignorant son mari, qui lui adressa un regard courroucé.
— Même avec une entrée ici, il vous faudra attendre environ six mois, répondit Gin.
— Vraiment ? dit-elle, un peu dépitée. Il va falloir que je m’y prenne en avance l’année prochaine, alors.
— Momo, ce n’est pas le moment de demander ce genre de chose à Ichimaru-san, la reprit Starck.
Pour toute réponse, elle lui adressa une moue boudeuse. Un serveur vint à leur table et leur proposa un apéritif afin de patienter jusqu’à l’arrivée du quatrième invité, toujours absent.
Gin jeta un coup d’œil discret vers la porte d’entrée. Au même moment, son portable vibra. Il rencontra le regard de Starck, qui acquiesça d’un bref signe de tête, l’autorisant à lire son message. Gin le fit en toute discrétion.
— Rien de grave ? demanda son convive.
— Mon compagnon aura encore quelques minutes de retard. La circulation est très dense, et son taxi est pris dans des ralentissements.
— Puis-je prendre les commandes ? demanda un serveur, apparu à côté d’eux.
Gin ne l’avait pas vu venir. Le garçon prit la commande, et la conversation reprit sur un tout autre sujet.
— Connaissez-vous la réputation qui entoure votre personne ? interrogea soudain Coyotte Starck en s’adossant à sa chaise.
Que devait-il répondre ? Gin eut presque envie d’éclater de rire. Au moins, il n’aurait pas à jouer l’hypocrite.
— Moi ? Une réputation ? fit-il, moqueur, en se désignant du doigt. Vous m’étonnez. Je suis tout jeune dans le métier…
— Ne vous moquez pas… et ne jouez pas à ça avec moi.
— Je ne joue pas, répondit Gin. Bien sûr que j’ai entendu certains bruits de couloir et, à cause de ceux-là, j’avoue avoir perdu certains contrats.
— Est-ce pour cela que vous m’invitez dans un lieu aussi prestigieux ? ironisa Starck. Pour être sûr d’obtenir le marché ? L’Amérique du Sud ne se contentera pas d’un simple repas pour conclure une affaire de ce type. Les bruits qui courent à votre sujet me posent un bon nombre de questions.
Même s’il ne le montrait pas, Gin se tendit intérieurement. Son affaire n’arrivait pas à décoller comme il l’espérait, justement parce qu’une réputation de mauvaise vie et de dépravation flottait autour de lui. Peut-être était-ce pour cela que Starck n’avait pas été surpris d’apprendre qu’il était gay : cela venait compléter le tableau qu’il s’était brossé de lui. Mais Gin ne se laisserait pas intimider pour si peu.
— De quel type ?
— Serez-vous capable de tenir vos engagements ? Est-ce que vos fournisseurs seront aussi sérieux que vous me le décrivez ? Jusqu’ici, vos contrats restent des marchés de petite et moyenne envergure. Là, le contrat se chiffre en milliards.
En disant cela, Starck se pencha au-dessus de la table.
— Comme je vous l’ai démontré plus tôt, répliqua Gin d’un air faussement serein, tous nos contrats ont abouti et nous avons toujours su faire face aux imprévus. Nous pourrons vous fournir le matériel en échange des matières premières. Si vous n’êtes pas capable de nous les fournir en temps et en heure, nos fournisseurs ne pourront pas honorer les commandes. Et nous avons, parmi nos clients et nos partenaires, les meilleurs artisans du pays.
— J’en conviens, admit Starck.
Tout à coup, les deux hommes sursautèrent. Momo Starck venait de s’exclamer bruyamment. Ils se tournèrent vers elle : elle fixait l’entrée, les yeux particulièrement brillants.
— Quel bel homme !
Étonnés, Gin et Coyotte dirigèrent leur attention vers l’entrée, et Gin retint son souffle. Ichigo venait d’entrer en compagnie du maître d’hôtel. Tous les regards s’étaient tournés vers lui. Il dégageait une classe folle dans son costume — au point de faire passer celui de Gin pour un vêtement de supermarché. Des convives se levèrent et s’inclinèrent à son passage. Ichigo leur adressa un bref signe de tête en réponse.
— Qui est-ce ? demanda Momo, hypnotisée.
— Peut-être un membre de la famille impériale ? murmura Starck en voyant les signes de respect se multiplier autour du jeune homme.
Gin fut incapable de le détromper. C’était comme si la foudre venait de le frapper en plein vol. Soudain, il comprit pourquoi Ichigo avait demandé la permission à son père de venir. Merde… Quel imbécile. Ichigo mettait sur la table son nom, son rang, son titre. Tout un clan se dressait derrière lui, là, à cette table où se jouait l’avenir de sa société.
Lorsque le maître d’hôtel s’arrêta à leur table, Gin rencontra le regard soudain brillant d’Ichigo. Il se leva et inclina légèrement le buste, avec respect.
— Merci de t’être déplacé, Ichigo.
Le jeune homme parut surpris. Toutefois, il se reprit vite et lui adressa un sourire chaleureux.
— Ne t’inquiète pas, Gin. Tout va bien.
Ichigo se tourna vers les convives, et Gin s’empressa de les lui présenter. Coyotte s’était levé, l’expression toujours incrédule. Momo, totalement fascinée.
— Ichigo, permets-moi de te présenter Monsieur Coyotte Starck et son épouse, Madame Momo Starck. Monsieur et Madame Starck, permettez-moi de vous présenter mon compagnon, Ichigo K…
— Ichigo Shiba, coupa ce dernier.
Ichigo tira de la poche intérieure de sa veste un portefeuille et en sortit une carte de visite qu’il tendit à Starck. Ce dernier y jeta un coup d’œil, puis reporta son attention sur le jeune homme, toujours sous le choc.
— Je vous présente toutes mes excuses pour mon retard. Je suis plutôt ponctuel, habituellement.
— Je t’ai prévenu à la dernière minute, voulut le disculper Gin.
Ichigo ouvrit la bouche pour lui répondre, mais Starck prit la parole :
— Je vous en prie, dit-il d’une voix respectueuse. Nous sommes honorés de votre présence et heureux que vous ayez pu nous rejoindre.
Ce fut au tour de Gin d’être surpris. Il observa le couple. Momo semblait sous le charme d’Ichigo et, de son côté, Coyotte Starck dévisageait Ichigo avec une curiosité mêlée de respect. Par sa seule présence, Ichigo venait de faire sauter tous les verrous qui empêchaient Gin d’avancer sur ce dossier crucial. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. C’est seulement à cet instant qu’il prenait toute la mesure de l’influence du clan Shiba dont Ichigo faisait partie. Il le savait… mais le voir, le constater…
— Shiba-sama, fit le serveur, apparu à ses côtés durant les présentations. Je me suis permis de vous servir votre boisson habituelle.
— Oh, merci, Yumichika.
Un verre de bière pression fut posé devant Ichigo. Voyant l’air étonné des autres convives, il crut bon d’expliquer en s’asseyant à son tour :
— Je ne touche plus aux alcools forts depuis quelques semaines.
— Vous ne touchez plus aux alcools forts ? s’étonna Momo. Pourquoi ?
— Disons qu’une fête étudiante a un peu mal tourné. Depuis, je ne supporte plus de boire autre chose que de la bière.
— Oh… Vous avez dû abuser, se moqua-t-elle gentiment.
— Momo ! la reprit Coyotte. Ne sois pas familière.
— C’est vrai qu’à une époque, je participais à pas mal de fêtes, sourit Ichigo.
— Et plus maintenant ?
— Excusez-moi, intervint un serveur. Avez-vous choisi ?
Ichigo, qui connaissait bien la carte, passa commande sans même regarder le menu. Momo reprit la carte. Gin commanda la même chose que lui, et Starck, après avoir jeté un œil à la sélection de sa femme, se rappela sa propre commande.
Le serveur disparut en emportant les grandes cartes du restaurant, libérant de la place sur la table.
— Vous semblez bien connaître les lieux, remarqua Starck.
Il était dévoré par la curiosité, mais essayait de ne pas le montrer. Comment Gin Ichimaru — dont la réputation était si sulfureuse — pouvait-il sortir avec un Shiba ? Et comment un membre de ce clan osait-il s’afficher publiquement comme compagnon d’Ichimaru ? Cela le dépassait… et, en même temps, le fascinait.
— Mon clan possède une table à l’année ici, et dans d’autres restaurants de la ville. Ce soir, elle devait être prise par un membre du clan.
— Une table à l’année ? s’offusqua presque Momo. Comment est-ce possible ?
— Posséder de l’argent aide beaucoup, répondit Ichigo. Un titre, plus encore.
— Si j’ai bonne mémoire, le clan Shiba travaille dans l’industrie pharmaceutique et dispose aussi de cliniques de pointe.
— Et certains membres de ma famille sont à la tête des hôpitaux les plus importants du pays, confirma le jeune héritier.
— Oh, votre famille semble puissante, dit Momo, impressionnée.
— Elle ne semble pas, chérie : elle l’est, déclara Starck.
Ichigo, qui n’était pas venu pour parler de lui — et encore moins de sa famille — se crispa imperceptiblement.
— J’aimerais aussi avoir une table à l’année dans un restaurant, soupira Momo d’un ton rêveur.
Gin, qui écoutait sans rien dire depuis l’arrivée d’Ichigo, reprenait peu à peu ses marques. Il remarqua soudain qu’Ichigo semblait mal à l’aise, se crispant de plus en plus… Mais peut-être se faisait-il des idées. Il connaissait Ichigo, mais pas au point de déchiffrer ses mimiques et micro-expressions.
— Je crois que nous avons tous des rêves qui paraissent inaccessibles, glissa Gin avec un léger sourire.
Il cherchait à dévier la conversation. Momo mordit à l’hameçon.
— Oui ! C’est vrai, confirma-t-elle avec chaleur. Mais, en même temps, les rêves sont là pour nous faire avancer…
— C’est ce que je pense aussi, dit Ichigo.
À ce moment-là, le serveur revint avec les entrées. La conversation roula sur des sujets plus généraux et, au final, Ichigo passa une bonne soirée — plus agréable qu’il ne l’aurait cru. C’était bien moins guindé que les échanges qu’il avait l’habitude de subir entre son père, ses associés, clients ou fournisseurs… sans parler des scientifiques de tout poil.
°°0o0°°
Au bout d’une longue demi-heure, Ichigo réussit à s’extraire du restaurant. Des connaissances de son père l’avaient abordé afin qu’il transmette leur respect et, au passage, quelques messages. Dire que cela l’avait agacé n’était pas peu dire. Gin l’attendait un peu en retrait, sans montrer le moindre signe d’impatience.
Lorsqu’Ichigo le rejoignit enfin, il ouvrit la bouche pour s’excuser, mais Gin fit un geste pour l’en empêcher.
— Rentrons…
— Oui. Je me sens fatigué, tout à coup.
— Nous avons du sommeil à rattraper, s’amusa Gin. Viens !
Il se saisit de la main d’Ichigo et l’entraîna vers l’extérieur du restaurant. Plusieurs clients se retournèrent pour les dévisager, mais Ichigo laissa sa main dans celle de Gin. Ce contact lui redonnait des forces. Tant pis pour les autres. De toute façon, son père savait… et ne trouvait plus rien à y redire. Le reste, il s’en fichait.
Gin l’entraîna vers le parking souterrain. Leurs pas résonnaient dans le sous-sol. Des crissements de pneus se faisaient entendre au loin, ainsi que quelques conversations : ils n’étaient pas seuls.
Gin s’arrêta devant une voiture de sport allemande. Il invita Ichigo à prendre place, puis contourna le véhicule pour s’installer au volant. Une fois à l’intérieur, Ichigo eut à peine fermé la portière que des doigts autoritaires lui prirent le menton pour l’obliger à regarder Gin.
Étonné, Ichigo rencontra ses yeux clairs dans la faible lueur du parking.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
Gin ne répondit pas. Il le fixait avec intensité, comme s’il se posait mille questions. Ichigo eut l’impression d’avoir mal fait durant la soirée. Mal à l’aise, il s’excusa :
— Je ne sais pas ce que tu as pensé de moi ce soir… et si j’ai mal agi, j’en suis désolé.
— Qu’est-ce que tu racontes ? répondit Gin, abasourdi. C’est à moi de m’excuser. Ichigo…
La façon dont il prononça son prénom avait un goût de désespoir. Le cœur d’Ichigo se mit à cogner dans sa poitrine. Soudain, Gin se pencha et posa son front contre son épaule, quelques secondes. La peur gagna Ichigo. Au moment où il allait parler, terrifié, Gin se redressa et prit son visage entre ses mains.
— Jusqu’ici… je ne sais pas pourquoi — ou peut-être à cause des circonstances de notre rencontre — mais, quelque part, dans ma tête, j’ai occulté d’où tu viens… et à quelle famille tu appartiens.
— Tu l’as toujours su, chuchota Ichigo, décontenancé.
— Le savoir et le voir, ce sont deux choses différentes. Je te voyais comme un adolescent naïf et un peu maladroit…
— Un crétin, en somme, le coupa Ichigo, vexé.
— Un adorable crétin. Un crétin dont je suis tombé amoureux fou dès le premier regard… et ça non plus, ça ne m’a pas aidé à garder les idées claires. Kisuke avait essayé de me prévenir à l’époque, et j’ai ignoré ses avertissements…
Au comble de la confusion, Ichigo le coupa, droit au but :
— Qu’est-ce que tu essaies de me dire, Gin ?
Un soupir s’échappa des lèvres de Gin. Son pouce caressa la joue d’Ichigo, glissant jusqu’à sa bouche.
— Ce que j’essaie de te dire, c’est que c’est moi l’ignoble imbécile — ou crétin, choisis le mot. J’ai oublié que tu étais un noble reconnu, tout comme ta famille. Que tu ne devrais pas être avec moi… et que ta famille attend certainement quelque chose de toi. Et… tu vas gâcher ta vie avec moi…
La colère monta en Ichigo comme une bourrasque foudroyante, soulevant avec elle toutes ses années de frustrations, de peur et de ressentiments. Il attrapa Gin par les épaules.
— Donc, tu ne veux plus de moi à cause de ce que je suis ? Maintenant, je suis trop noble ? Trop riche ? Trop…
— J’aimerais bien te dire ça, répondit Gin avec un sourire ironique. J’aimerais encore jouer les grands chevaliers sur un destrier blanc, paraître cool… Mais je ne peux pas. Je ne peux plus, Ichigo.
Sa voix se brisa.
— Toutes ces années sans toi ont été une torture. Te revoir, te tenir dans mes bras, te faire l’amour, t’entendre me dire que tu m’aimes… c’est la plus grande ivresse de ma vie. Une ivresse si capiteuse que j’en ai perdu tout sens moral. Je croyais m’être racheté une conduite et, au final… murmura-t-il d’une voix effrayée, je reste toujours le même salaud qui courait après l’argent, la puissance et la gloire.
Il serra davantage le visage d’Ichigo entre ses mains, comme s’il avait peur qu’il s’échappe.
— Mais, cette fois, ce n’est pas ce que je désire. C’est toi. Uniquement toi. Même si tu me disais demain de tout plaquer, de vivre dans la pauvreté, à l’autre bout du monde… je le ferais. Je serais qui tu voudras. Je suis devenu une loque sans toi… Alors je t’en supplie, ne me quitte pas.
Ichigo resta abasourdi. Le corps de Gin tremblait. Sous ses doigts, la tension se transmettait à son propre corps.
— Je ferai tout ce que tu voudras…
Dans la tête d’Ichigo, c’était le chaos : entre l’envie de rire, celle de pleurer de joie, et le soulagement si violent que toutes les raideurs de son corps s’étaient évaporées d’un coup… Il ne put s’empêcher de taquiner Gin :
— Ça tombe bien ! Mon père nous invite dimanche à déjeuner au château.
Gin s’attendait à tout sauf à ça. Ichigo faillit éclater de rire. S’il avait eu un appareil photo… Bon, il avait son portable, mais ce n’était pas le moment.
— Quoi ?
— Isshin Kurosaki-Shiba t’invite à sa table dimanche. Et il aimerait une conversation d’homme à homme, m’a-t-il dit, pour mettre les choses au clair.
— Quoi ? Quelles choses ? Qu’est-ce que…
Ichigo rit doucement.
— Mon père t’accepte dans le clan Shiba, et je pense qu’il veut que tu comprennes ce que cela implique pour nous… et pour toi. Tu fais partie de la famille, en somme.
— Mais…
— De toute façon, j’ai dit à mon père que je voulais t’épouser. Je lui ai demandé son autorisation en tant que chef de clan. Il n’est pas contre, et ma mère non plus. En fait, la demande en mariage a été approuvée par tous les hauts membres du clan Shiba.
— Attends… attends. Quelle demande en mariage ? Et quand est-ce que tu as fait ça ?
— Il y a quoi… un mois, deux mois ? Je voulais être sûr que, cette fois, plus personne ne ferait obstacle. Et comme je sais que mon clan aime les choses claires, j’ai voulu mettre mon père au parfum.
— Et moi, dans tout ça ? Tu ne me demandes pas mon avis ?
Gin n’en revenait pas. Le père d’Ichigo — celui-là même qui était venu le menacer et frapper Kisuke — l’acceptait dans son clan et donnait même Ichigo en mariage ? Sa gorge devint sèche. Il croisa le regard d’Ichigo : amusé, inquiet et terriblement tendre.
— Bien sûr que je te demande ton avis. Gin Ichimaru ! Grand pêcheur devant l’Éternel et fieffé coquin… Veux-tu m’épouser, moi, Ichigo Kurosaki-Shiba ? Homme de peu de vertu, prêt à se vendre et qui a peur d’être dans le besoin. Un homme capricieux, en fait — si je réfléchis bien — comme légitime époux ?
— Je perds mon nom d’Ichimaru ?
— Tu t’en fous, tu récupères Ichigo Shiba ! Mine de rien, je pèse un certain poids, à moi tout seul.
Ichigo essayait de jouer les séducteurs, de se donner de l’importance… mais Gin le sentait trembler sous ses doigts, lui qui tenait toujours son visage en coupe. Le regard d’Ichigo le happa. Il lui fallut quelques secondes pour redescendre sur terre.
Gin chuchota contre sa bouche :
— Oh oui… Fais de moi ton esclave…
— Tu as une drôle conception du mariage, marmonna Ichigo.
Il ne put en dire plus : Gin l’embrassait avec passion.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)