Mardi 18 novembre 2008
Ichigo ouvrit sa boîte e-mail. Il fronça les sourcils… Un message d’Ishida l’attendait. Encore. Il ouvrit le message et le lut.
De : Ishida Uryû, dpt Recherche & Développement
À : Kurosaki Ichigo, dpt Conception & Réalisation
Sujet : (aucun)
Kurosaki…
Tu as beau me dire que tout va bien, il est évident que tu cherches encore à te voiler la face, ou que tu essaies de nous mentir ! Cela ne sert strictement à rien… cela fait trop longtemps que nous te connaissons ! (Pour te rappeler, au cas où tu deviendrais sénile : depuis le jardin d’enfants). Donc, j’en reviens à te dire… Quand cesseras-tu de vouloir te cacher derrière ton deuil ? J’espère que tes enfants vont bien. Passe à la maison avec eux, les miens seront heureux de pouvoir jouer à nouveau avec Kyoyuki, Sôsuke et Tamaki !
Tiens-moi au courant !
Uryû
Ichigo soupira. Uryû ne cessait de le harceler depuis huit mois pour qu’il sorte de chez lui mais, franchement, il n’avait pas le temps, entre son travail et ses enfants. Il était seul à s’occuper de toute la maison. Comme s’il avait le temps pour ça. Il détruisit le message. Il n’avait pas envie de répondre.
Il se pencha sur les colonnes de chiffres devant lui, puis recommença à tracer les différents plans pour le jeu en cours de conception. Il était particulièrement pressé ce soir. Il devait rentrer de bonne heure : on l’avait convoqué pour le comportement imprévisible de Tamaki à la maternelle.
Il regarda sa montre, puis éteignit finalement son ordinateur et se précipita vers l’ascenseur de la grande firme de jeux vidéo pour laquelle il travaillait. Il arriva rapidement au parking et récupéra sa voiture familiale. Il pleuvait, alors il adapta sa conduite au temps. En bon père de famille, il n’avait pas une conduite imprudente — surtout que, maintenant que sa femme était morte… Il ne voulait pas faire d’orphelins.
Ichigo se gara comme il put non loin de l’école maternelle de Tamaki et traversa rapidement l’établissement. Il se retrouva bien vite devant la petite classe où se trouvait actuellement son petit dernier. Il fut accueilli par l’institutrice, qui se courba avec révérence.
— Kurosaki-sama, c’est un tel honneur de vous rencontrer.
— Je vous remercie.
Ichigo lui rendit son salut et se dirigea ensuite vers son fils de quatre ans, qui boudait dans un coin.
— Tamaki… Viens voir papa.
— Non !
Le petit avait pris le froncement de sourcils caractéristique de son père.
— Que se passe-t-il ? demanda-t-il en se tournant vers l’enseignante.
Cette dernière eut un petit rire gêné.
— En fait, depuis quelque temps, Tamaki refuse de participer aux activités et se replie beaucoup dans un coin de l’école. Il commence à refuser de communiquer avec les autres. Il devient… asocial.
— Asocial ?
Ichigo fut inquiet, tout à coup. Il se retourna vers son petit garçon, qui lui sembla soudain si fragile. Il posa sa veste sur une petite chaise et en prit une autre afin de se mettre à sa hauteur.
— Tamaki, fit doucement Ichigo. Qu’y a-t-il, mon chéri ?
Il lui caressa les cheveux.
— Ta maman te manque ? Quelque chose ne va plus ici ? Parle-moi, mon cœur. Je ne pourrai rien faire si tu ne me dis pas au moins ce qui ne va pas.
Le petit leva ses yeux ambrés, identiques à ceux de son père. Ichigo y vit beaucoup de chagrin et, en le voyant ainsi, il ouvrit grand les bras pour accueillir l’enfant, qui se mit à pleurer. Encore une fois, le petit pleurait, mais il n’arrivait pas à exprimer ce qu’il ressentait. Ichigo soupira et consola doucement le petit garçon.
Il croisa le regard attristé de l’enseignante. Celle-ci lui assura qu’elle ferait tout ce qu’elle pouvait pour aider le petit à surmonter cette épreuve, mais qu’il faudrait consulter un pédopsychiatre afin de l’aider à s’exprimer. Elle craignait, à la longue, un repli définitif de Tamaki sur lui-même. Ichigo hocha la tête. Il prit son garçon par la main et quitta l’école.
Arrivé à la voiture, il l’attacha dans son siège et rencontra son petit visage crispé et fatigué.
— Tamaki… Si quelque chose te tracasse… dis-le à papa !
Mais seul le silence lui répondit. Ichigo se promit de téléphoner tout de suite à un spécialiste, en rentrant. Il récupéra ensuite ses autres enfants à l’école primaire, un peu plus loin. Il n’irait pas à l’étude. Sôsuke était maussade : il n’avait pas pu faire ce qu’il voulait avec l’échange de ses cartes, le midi, à la cantine. Kyoyuki lui raconta en détail sa journée avec ses copines. Le joyeux brouhaha entretenu par sa fille donna un semblant de conversation dans la voiture.
Finalement, Ichigo se résigna et leur demanda, tout en conduisant :
— Ça vous dirait, les gosses, si on allait ce week-end chez les Ishida ?
— Ouais ! s’exclama Sôsuke.
Il fut rejoint par les cris d’excitation de sa fille, qui allait pouvoir revoir une de ses grandes copines. Tamaki, lui, afficha un petit sourire montrant son approbation. Ichigo reporta son attention sur la route et se dit que la proposition de son ami tombait plutôt bien.
Il gara sa voiture devant chez lui et fit sortir ses enfants, prêts à mettre la maison sens dessus dessous. Il les rappela pour qu’ils récupèrent leurs affaires, laissées en vrac dans la voiture.
Comme tous les soirs, Ichigo fit la cuisine, débarrassa ce qui traînait à droite et à gauche. Il aida ses enfants à faire leurs devoirs, fit couler le bain. Ils mangèrent en discutant de leurs journées. Lorsque toute la troupe fut prête à aller se coucher, il leur fit se brosser les dents. Il lut ensuite une histoire à chacun dans leur chambre. Il donna un baiser à chacun et laissa la lumière du couloir allumée. Ichigo redescendit ensuite débarrasser la table, mit la vaisselle sale dans le lave-vaisselle et ramassa encore quelques bricoles que ses deux garçons avaient eu la flemme de ranger.
Finalement, il se dirigea vers la cuisine. Il se servit une bière et en goûta l’amertume. Il monta dans sa chambre et sortit quelques affaires pour la nuit. Il prit une douche rapide et, après s’être habillé, revint dans sa chambre. Il s’arrêta près de la commode où trônait une photo de sa femme. Ichigo prit le cadre entre ses doigts. Il caressa les cheveux noirs sous le verre et observa les yeux bleu sombre de Rukia.
— Rukia… murmura Ichigo.
Il n’avait pas anticipé le vide que sa femme laisserait derrière elle. Il serra le cadre contre sa poitrine et ferma les yeux. Les souvenirs affluaient toujours à cette heure de la nuit.
Ils se connaissaient depuis la petite enfance. Tous les deux étaient issus d’une famille noble. Ils avaient fait les quatre cents coups ensemble. Ils avaient été dans la même classe tout le temps. Ils n’avaient pas besoin de se parler pour se comprendre.
Puis ils s’étaient aimés, à l’adolescence, à tel point qu’ils avaient fait l’amour sans penser à se protéger. Rukia était tombée enceinte à dix-sept ans. Ichigo n’avait guère plus. La jeune fille, paniquée, n’avait rien osé dire à son nii-sama, ni à lui. Finalement, lorsqu’elle ne put plus cacher sa grossesse — déjà dans son sixième mois — elle avoua tout.
La panique s’était emparée des deux familles aristocratiques, qui réglèrent cela entre elles. Un mariage fut arrangé rapidement. Ichigo et Rukia furent mariés trois mois après la naissance de leur fille, Kyoyuki, et ils n’avaient pas leur mot à dire. Au départ, c’est la famille d’Ichigo qui s’occupa de la petite, le temps que les deux jeunes gens finissent leurs études. Rukia préférait l’ambiance douce de la famille Kurosaki à celle, froide et sans saveur, de la sienne. Masaki l’avait beaucoup aidée dans son rôle de jeune mère et, finalement, grâce à l’aide des parents d’Ichigo — et au fait qu’ils aient chacun de petits boulots — ils s’étaient installés deux ans plus tard dans leur propre maison.
La vie avait été remplie de hauts et de bas, mais l’humeur restait souvent joyeuse. Rukia était devenue une fonctionnaire bien placée à la mairie de Karakura et Ichigo avait rapidement trouvé un job de concepteur de jeux vidéo. Ils commencèrent à mieux respirer financièrement et, cinq ans après la naissance de Kyoyuki, ils eurent Sôsuke. Rukia était rayonnante et, pendant un an, elle mit sa vie professionnelle de côté pour s’occuper de ses enfants… avant de retomber enceinte. Tamaki naquit.
Sur le coup, Rukia n’avait pas très bien pris le fait d’avoir deux enfants si proches en âge et, finalement, elle prolongea son arrêt de travail d’une année supplémentaire.
Mais son humeur était devenue chagrine : elle se sentait prisonnière de sa maison, de ses enfants, et d’un mari qui travaillait pour deux et ne rentrait pas souvent à l’heure des repas. Les choses s’étaient compliquées, un peu plus, chaque jour. Finalement, Ichigo avait demandé à pouvoir travailler à trois-quarts temps, pour donner du temps à sa femme. Ils étaient proches de la rupture, et l’orangé refusait ce genre de solution. Malgré tout, Rukia s’était éloignée un peu plus d’Ichigo au fil du temps.
Ils s’aimaient avec tendresse, mais plus comme des amis que comme des amants. Et puis, il y avait eu l’accident…
Et depuis, c’était le vide dans sa vie. Oh, bien sûr… il avait son travail, ses enfants, la maison, et toutes les tracasseries administratives à régler sans cesse, mais il n’avait plus personne à qui parler, plus rien à partager. Il redoutait ces soirs, comme celui-là, où il se retrouvait seul avec lui-même et avec ses doutes.
Il reposa la photo de sa femme et se coucha dans le grand lit froid. Il éteignit la lumière et sombra dans un sommeil sans rêve.
°OoO°
Le lendemain, après avoir déposé ses enfants à l’école, Ichigo se dirigea vers son bureau. Il avait pris rendez-vous avec un pédopsychiatre la veille. Il ouvrit son ordinateur et tapa rapidement un e-mail de réponse à Uryû, avant d’oublier.
De : Kurosaki Ichigo, dpt Conception & Réalisation
À : Ishida Uryû, dpt Recherche & Développement
Sujet : Pour ce WE !
‘lut Uryû !
OK pour ton invitation pour ce week-end, j’en ai parlé aux gosses et ils sont super excités à l’idée de vous voir.
Peut-être que, après tout, moi aussi, ça me ferait du bien. En ce moment, je t’avoue que je ne sais plus trop à quoi m’en tenir. Depuis la mort de Rukia, je suis tout le temps pris entre le boulot, la maison et les enfants. En plus, Tamaki ne va pas très bien. Je dois voir un pédopsychiatre avec lui. La mort de sa maman le perturbe beaucoup. Hier soir, j’ai dû aller à l’école maternelle voir son enseignante. Il se replie beaucoup sur lui…
Enfin, je t’en parlerai plus ce week-end ! Tu m’excuseras, si je me confie à toi… Mais là, je suis au bout du rouleau. Si ça te dit, on peut manger ensemble ce midi !
A+ Ichi.
Ichigo voulut envoyer le message, mais un de ses collègues entra en trombe et renversa son café sur lui. Ichigo secoua sa souris, cliqua sans faire attention, et hurla sous le coup de la douleur que lui provoqua le liquide bouillant. Il partit en courant aux toilettes et passa sa brûlure sous l’eau froide.
Merde ! Il devait trouver un autre pantalon. Il attrapa du papier et sécha comme il put ce qui était détrempé. Finalement, il dut admettre qu’il était bon pour un aller-retour chez lui.
Il s’absenta et prévint son chef. Une chance que, dans son boulot, il n’avait pas forcément les mêmes contraintes qu’ailleurs. Il quitta son bureau et rentra chez lui pour se changer.
Son téléphone sonna une demi-heure plus tard. Grimmjow, qui travaillait avec Ichigo, décrocha.
— Ouais, le bureau graphique !
— Est-ce bien Kurosaki Ichigo à l’appareil ?
— Non ! Il est rentré chez lui se changer… L’autre crétin de Love lui a renversé son café bouillant sur les fesses. Bon Dieu, il a failli ne plus avoir… enfin, vous voyez ! Bref, à qui ai-je l’honneur ?
— Je suis Jyuushiro Ukitake, le directeur des ressources humaines.
— Merde ! Euh… pardon ! C’est que j’ai pas l’habitude…
— Je vois, fit simplement la voix douce d’Ukitake. Pouvez-vous lui signaler mon appel ?
— Y a un message ?
— Non… simplement, signalez-lui mon appel.
— Bon. Si y a que ça… salut !
— Bonne journée.
Grimmjow nota sur un post-it l’appel qu’il avait pris et retourna à la conception de son personnage d’arrancar. « Ouais ! J’aurais bien aimé être un Espada dans ce jeu ! Eh, eh… pourquoi pas le Sexta Espada ? » Et il rit entre ses dents.
Ichigo revint presque une heure plus tard. Il boitait légèrement et s’assit à son bureau. Sa jambe le brûlait encore. Il était passé voir son médecin de famille, qui l’avait rapidement traité et lui avait donné une ordonnance. Il demanda à Grim’ s’il y avait eu quoi que ce soit et son collègue lui montra le post-it. Ichigo lut le message et resta perplexe. Que lui voulait le service du personnel ?
Il alluma son PC et trouva un message. Certainement Uryû, songea-t-il. Mais c’était plutôt un e-mail d’Ukitake Jyuushiro… Il fronça les sourcils et l’ouvrit.
De : Ukitake Jyuushiro, directeur des ressources humaines
À : Kurosaki Ichigo, dpt Recherche et Développement
Monsieur Kurosaki,
Nous avons reçu par erreur l’e-mail que vous avez envoyé à votre ami Uryû Ishida. Je lui ai transmis le message pour votre week-end.
Excusez-moi de l’avoir lu, mais je n’y prêtais pas attention au moment de l’ouverture. Je voulais également vous signaler que nous disposons d’un service social au sein de l’entreprise, qui pourrait vous aider. Si vous avez le moindre souci, n’hésitez pas à venir ici, aux ressources humaines. Nous pourrons trouver des solutions adaptées à votre cas.
Quoi qu’il en soit, je me permets de vous dire de garder courage et de faire de votre mieux. En cas de besoin, je peux également vous écouter.
Ukitake Jyuushiro.
Ichigo lut le message à plusieurs reprises et murmura : « Merde. » Il consulta l’archive de ses e-mails et eut la confirmation qu’il avait bien envoyé son message au directeur des ressources humaines.
Aaahhhh !
Il prit tout de même soin de répondre à l’homme. Après tout, il avait eu la gentillesse de lui envoyer un message de soutien.
De : Kurosaki Ichigo, dpt Conception & Réalisation
À : Ukitake Jyuushiro, directeur des ressources humaines
Sujet : Merci
Monsieur le Directeur des ressources humaines,
Je vous remercie de prendre en considération mon problème. Mais je n’ai nulle intention de vous ennuyer avec des difficultés qui ne concernent que moi. Je vous remercie également d’avoir transmis mon message à mon ami, et pour votre soutien.
Je vous souhaite une agréable journée,
Kurosaki Ichigo.
À peine Ichigo eut-il envoyé son message qu’il reçut un coup de fil d’Uryû.
— ‘lut, Ichi. Je peux savoir pourquoi j’ai reçu un message de toi en passant par la DRH ?
Ichigo lui expliqua l’incident survenu plus tôt.
— J’espère que tu vas mieux ?
— Je fais avec, grimaça Ichigo.
— Bon, pour ce week-end, j’ai prévenu Orihime et elle est super excitée, elle aussi. Tu te souviens de ce qu’est sa cuisine, alors, s’il te plaît, ne la blâme pas !
Ichigo éclata de rire — chose plutôt rare depuis un moment.
— Très bien… Je serai poli, et je ferai la leçon aux enfants !
Ils discutèrent encore cinq minutes, puis raccrochèrent. Ichigo se replongea ensuite dans son travail, dans lequel il accumulait les retards. Il se motiva et travailla d’arrache-pied le reste de sa journée.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)