De toi @ moi 5

21 novembre 2008


— Ichigo ? fit la voix douce d’Ukitake.

— Oui…

La voix du jeune homme n’était pas très assurée.

— J’ai lu votre mail, et je pense que nous devrions parler.

— Oui…

— J’aimerais savoir, tout d’abord, si vous pensez réellement ce que vous m’avez écrit.

— Je… je ne vois pas pourquoi je me serais amusé à vous dire une pareille chose, répondit doucement Ichigo.

— Non, mais je pense qu’une conversation nous serait profitable. Pouvons-nous nous voir ce soir ? Il faut éclaircir rapidement cette situation entre nous.

— Oui… mais, hum… vous devrez venir chez moi. C’est soudain et je n’ai personne pour garder mes enfants…

— J’aurais préféré un endroit plus « neutre », mais je comprends tout à fait votre position. Pouvez-vous m’indiquer le chemin ?

Ichigo lui donna les indications nécessaires. Ils hésitèrent puis, finalement, raccrochèrent.

L’orangé se dirigea vers sa chambre pour enfiler une tenue confortable. Il vérifia que ses enfants dormaient et prépara du thé… il était sûr qu’Ukitake préférerait cette boisson au café. Par contre, il se prépara un café. Il prit sa tasse et attendit dans la cuisine.

Il se sentait vraiment mal à l’aise. Ce n’était pas comme avec Rukia. Rukia avait toujours été avec lui ; les choses s’étaient passées sans qu’ils s’en rendent vraiment compte, comme une évidence. Tandis que là… c’était sa première réelle déclaration d’amour — et à un homme, de surcroît ! Lui qui pensait, la veille au soir, qu’il était impossible qu’Ukitake puisse ressentir la même chose que lui !

Il n’en avait discuté ni avec sa famille, ni avec ses amis. Il avait agi sur un coup de tête, même s’il avait été poussé à se confesser par tout le service dans lequel il travaillait. Finalement, il préférait cela au fait de se sentir seul.

Il entendit sonner à la porte, et cela le tira de ses réflexions. Ichigo déglutit péniblement, puis se dirigea vers l’entrée. Il ouvrit, et aperçut Jyuushirô Ukitake qui regardait son jardin. Celui-ci se tourna soudain vers lui. Son visage était grave. C’était la première fois que le jeune homme le voyait l’air tendu.

Ichigo s’effaça pour le faire entrer. Ukitake hésita, puis fit le premier pas. Ils se sentaient tous les deux maladroits, ne sachant pas quoi se dire ou quels gestes faire. Ichigo finit par dire :

— Si cela ne te dérange pas… j’aimerais aller dans ma cuisine. C’est une pièce où je passe beaucoup de temps et que j’ai appris à apprécier.

— Peu m’importe…

La voix d’Ukitake était très douce.

Ce dernier se rendit alors compte du malaise du jeune homme. Lui-même n’était pas des plus décontractés. Ichigo le devança et le fit entrer dans une vaste pièce chaleureuse. Ukitake fut surpris de constater, en traversant les pièces, la propreté et le soin qui régnaient partout.

Ichigo se retourna et buta contre le buste de Jyuushirô. Il releva la tête, surpris.

— Sais-tu dans quoi tu t’engages, Ichigo ? murmura Ukitake.

— Non, mais si je ne fais rien, je ne le saurai jamais non plus.

— Es-tu sûr de toi ?

Les yeux noirs de Jyuushirô exprimaient de l’inquiétude.

— Je n’ai jamais été aussi sûr de moi…

— As-tu pensé aux conséquences ?

Ichigo scruta le visage d’Ukitake. Il était profondément troublé par cet homme, qui le fixait avec beaucoup d’attention. Il se sentait pris au dépourvu par la situation et par toutes ces questions. Il se sentait gauche et intimidé. Et pourtant… il avait beaucoup d’espoir.

— Lesquelles ? Ma famille, mes amis, mon milieu professionnel ? Ils s’adapteront. Pour mes enfants… je leur expliquerai, doucement… Je n’ai jamais rien demandé à personne. Mais toi ? Accepteras-tu mes enfants ? Ma famille ? Je me sens tellement maladroit…

— J’ai les mêmes inquiétudes que toi, Ichigo… C’est pour cela que je souhaitais te voir aussi vite. Non pas pour parler de tout dans son ensemble, mais pour savoir si nous ne nous égarions pas… et si nos sentiments étaient partagés.

L’orangé sentit un effleurement sur sa joue. Il leva les yeux et soutint le regard noir d’Ukitake. La douceur qui émanait de l’homme le troublait de plus en plus.

— Ce que je t’ai écrit était sincère. Tu occupes toutes mes pensées depuis une semaine. Surtout depuis que je t’ai rencontré. Je suis tombé amoureux de toi.

Une main l’attira vers lui, et l’autre lui releva le menton. Le visage d’Ukitake était juste au-dessus de celui d’Ichigo. Ses sourcils étaient froncés, mais aucune menace ne planait dans son attitude — ce qui rassura le roux. Ichigo s’était légèrement détendu en entendant ces paroles.

— Mais il est vrai que tu es hétérosexuel et que tu as des enfants… Je voulais juste m’assurer que tu savais que ce ne serait pas facile pour toi. Pour moi aussi, ce sera nouveau. J’aimerais que le milieu professionnel ne soit pas au courant. Tout du moins, dans un premier temps !

Ichigo fit une légère grimace.

— Qu’y a-t-il ?

— Hum… Disons que, dans mon service, ils sont plutôt fouineurs, et qu’ils ont découvert que j’étais amoureux… Et, malheureusement, ils sont tombés sur ton dernier mail… Et, pour finir, ce sont eux qui m’ont demandé de te parler à cœur ouvert ! Donc, dans mon service, c’est un peu loupé… sauf pour Kisuke, qui n’est au courant de rien.

Ukitake le regarda, stupéfait.

— Je suis désolé, mais je pense être un livre ouvert pour tout le monde.

Sa voix s’éteignit.

— Ce n’est rien… murmura Ukitake. Moi, c’est Shunsui qui est au courant…

— Oh !

— Donc, pour le milieu professionnel… c’est plutôt mal parti, alors. Tu vas le supporter ?

Ichigo haussa les épaules, et un petit sourire fleurit sur ses lèvres.

— Je n’ai pas spécialement fait attention aux commérages avant, comme tu as pu le constater. Et puis, avec mes vêtements, ma coupe de cheveux et ma situation familiale, j’ai l’habitude.

— Ta famille va l’accepter ?

— Hum… Il faut que j’en parle à mes parents. Enfin… surtout à mon père. Il est le chef de clan de la famille Kurosaki.

— Cela posera un problème ?

— Bah… je ne pense pas ! Mon père est plutôt du genre compréhensif…

Ichigo fronça les sourcils en pensant à Isshin.

— Tu me parles toujours de moi, Ukitake…

— Jyuushirô, le reprit doucement Ukitake.

— Jyuushirô. Mais de ton côté ?

— Ma famille est au courant depuis un bon moment, ainsi que le milieu professionnel. Et, en fait, je n’ai pas de souci particulier à ce niveau-là…

Pour l’instant, Jyuushirô préférait éviter de parler de son ex.

Ichigo se rendit soudain compte qu’il était dans les bras d’Ukitake. Ses deux bras avaient enlacé sa taille et Ichigo avait, instinctivement, placé une main sur son buste et l’autre sur son bras. Il rougit légèrement. Il espérait que son trouble passe inaperçu… Mais non : Ukitake lui adressa un sourire rassurant, amusé.

— Je… je n’ai pas l’habitude… de ce genre de situation…

— Tu étais pourtant marié, non ? murmura le plus vieux.

Ukitake s’était penché vers Ichigo. Ce dernier était hypnotisé : son odeur le frappait, et ses cheveux si brillants… son regard… Un frisson parcourut sa colonne vertébrale. Une des mains de Jyuushirô remonta dans le dos du roux, qui se laissa attirer plus près. L’homme se pencha vers la nuque du jeune et embrassa la jonction entre son oreille et sa mâchoire.

Ichigo frissonna sous la légère caresse, mais il frissonna aussi en sentant l’odeur si particulière des cheveux de l’homme qui le tenait contre lui. Il ne put résister à la tentation de glisser ses doigts dans les mèches blanches — si près de lui, si tentantes. Ses doigts se mirent à caresser sensuellement la masse soyeuse, puis remontèrent vers sa nuque.

Ukitake apprécia la caresse : si douce, et pourtant si maîtrisée. Jyuushirô approcha ses lèvres de celles d’Ichigo. Il hésita un instant et, à sa surprise, ce furent les lèvres d’Ichigo qui se posèrent sur les siennes. Il entrouvrit la bouche. Il sentit une langue caresser ses lèvres, une main s’enrouler autour de son cou.

La langue de Jyuushirô alla à la rencontre de celle du plus jeune, et la bouche d’Ichigo s’ouvrit pour lui permettre le passage. Ils se battirent pour savoir qui dominerait le baiser. Jyuushirô gagna, et le baiser s’approfondit, leurs langues s’enroulant l’une autour de l’autre.

Le roux avait fermé les yeux, savourant simplement le baiser… Cela faisait tellement longtemps. Il n’avait pas pensé être aussi troublé par ce simple contact. Ses mains caressaient les muscles des bras d’Ukitake et ses épaules.

Le baiser fut rompu : chacun avait besoin de reprendre son souffle.

Jyuushirô avait plaqué Ichigo entre le plan de travail et lui, ne lui laissant aucune possibilité de s’échapper. Une de ses mains était placée sur la nuque du plus jeune, et l’autre sur le bas de ses reins. Les deux hommes s’observaient intensément. Leurs nez se touchaient. Leurs souffles se mélangeaient. Ils se dévoraient du regard.

— Jyuushirô… murmura Ichigo.

Ce dernier se pencha et embrassa chastement le roux. Il se redressa, puis entremêla ses doigts avec ceux du jeune homme. Ichigo voulut protester… mais le cadre eut un sourire et posa un doigt sur les lèvres gonflées d’Ichigo.

— Ichigo… ne précipitons rien. Laissons à notre relation le temps d’évoluer. Rien ne presse et je ne serai pas celui qui t’imposera quelque chose que tu ne veuilles pas. Je ne veux pas gâcher notre relation. D’ailleurs, pour cela, je vais partir.

Le roux allait protester, puis se ravisa. Il observa l’homme en face de lui et se laissa entraîner à sa suite… vers la sortie.

— On se voit demain au bureau. Ou, tout du moins, si nous ne nous voyons pas directement — car je ne sais pas ce que Yama-jii va encore me réserver demain — on se contactera par mail.

— Cela te suffira ? demanda Ichigo, narquois.

Jyuushirô haussa un sourcil interrogateur.

— Excuse-moi, mais moi, je vais avoir beaucoup de mal à me contenter d’une conversation par mail.

— Moi aussi, fit Ukitake avec un léger sourire. J’essaierai de nous arranger un petit moment, seuls tous les deux. Et puis, j’aimerais qu’on s’organise un petit rendez-vous à l’extérieur. Pas que je ne veuille pas rencontrer tes enfants, mais j’aimerais que l’on passe un peu de temps ensemble avant, afin de mieux nous connaître. Cela te dérange ?

— Non… C’est vrai que le bureau n’est pas l’endroit idéal pour discuter, et surtout avoir un moment d’intimité. Et, pour l’instant, je ne souhaite pas parler à mes enfants de notre « relation ».

— Bien. Alors tu me diras quand tu pourras les faire garder et on se fera une petite sortie au restaurant ? Tu es d’accord ?

— Hum… ça marche !

— Ichigo, s’il y a un quelconque problème, n’hésite pas à me le dire !

— Je n’y manquerai pas, Jyuushirô…

— Oui ?

— Tu t’en vas… mais j’aimerais que tu m’embrasses avant de me quitter !

— Ichigo…

Jyuushirô, qui essayait de rester calme face à son désir, se sentit englouti par ses sentiments. Ichigo avait réduit à néant toutes ses bonnes résolutions. Son regard le transperçait et, finalement, il fit demi-tour. Il enlaça le jeune homme et ses lèvres rencontrèrent celles de l’orangé.

Ce baiser n’avait rien de chaste ou de tendre. La passion s’était réveillée entre eux et Ichigo fut épinglé contre le mur de l’entrée. Deux mains puissantes plaquèrent le bas de son corps contre celui du plus vieux. Ichigo, collé contre la porte, glissa ses mains sous la veste d’Ukitake et les posa sur ses omoplates. Il resserra son étreinte en même temps que leurs langues faisaient de même. Leurs lèvres voraces et leurs souffles saccadés se cherchaient pour mieux se perdre, puis mieux se retrouver.

Ichigo frotta son bassin contre celui du plus vieux. Ukitake poussa un gémissement rauque, auquel Ichigo répondit.

— Non…

Ukitake se recula.

C’était évident qu’il faisait un gros effort sur lui-même pour se contrôler. Shunsui, lui, n’aurait pas hésité, mais Jyuushirô n’était pas prêt à brûler toutes les étapes. Ce n’était pas lui… Et, inconsciemment, le fait qu’il y ait des enfants — ceux de son futur amant — si près… Il voulait quelque chose d’autre. Pas quelque chose à la sauvette.

— Ichigo, je te souhaite une bonne nuit et je te dis à demain.

— Pourquoi ?

Jyuushirô scruta le visage d’Ichigo, où perçait le désarroi d’avoir été abandonné si brutalement. Ukitake culpabilisa et se rapprocha de l’orangé pour poser doucement ses lèvres sur les siennes, puis murmura à son oreille :

— Je veux que ce soit « spécial » entre nous. Je veux que tu ne penses qu’à moi, ce moment venu.

— Mais…

— Tu as tes enfants ici, Ichigo.

Le graphiste allait parler et, finalement, hocha la tête.

— Je suis désolé. Il est vrai que je n’y avais pas pensé… À demain, Ukitake !

— Jyuushirô…, le reprit l’homme avec un sourire.

Ichigo regarda s’éloigner l’homme aux longs cheveux blancs, puis mordilla sa lèvre inférieure et se décida à rentrer.

Il ferma la porte et s’y appuya. Que lui était-il arrivé ? Une chance qu’Ukitake soit resté maître de lui et n’en ait pas profité… car Ichigo se rendit compte qu’il aurait regretté son geste. Mais, sur le coup, tout cela lui avait semblé si naturel, qu’il n’avait pas pensé aux contrecoups.

Il se dirigea vers sa chambre et se remit en pyjama. Ses pensées étaient toutes tournées vers l’échange qui venait d’avoir lieu. Ils n’avaient pas parlé sérieusement… juste confirmé leurs sentiments. Il s’imaginait mal tenir ce genre de conversation avec toutes les oreilles indiscrètes du bureau, à commencer par le sien…

Ce qui était sûr, c’est qu’il n’avait pas été dégoûté — comme il l’avait craint à un moment donné — par ces baisers. Bien au contraire… Il en avait encore le goût sur la bouche. Sentir ce corps robuste contre lui, son odeur, ses caresses…

Ichigo s’endormit en voyant des images d’un certain homme aux longs cheveux blancs.

°OoO°

Ukitake conduisit jusqu’à son appartement. Il se sentait rassuré d’un côté, mais étrangement inquiet de l’autre. Est-ce qu’Ichigo se rendait compte de toute la portée de leur future relation ? Pour lui, ce n’était pas un problème. Le seul souci qu’il avait, c’était les enfants d’Ichigo, et comment ils prendraient la chose.

Il avait toujours voulu des enfants… Pour lui, ce serait une occasion d’en avoir « par procuration ». Il soupira… Et s’ils le détestaient, et s’ils faisaient en sorte qu’Ichigo le quitte ? Il était sûr qu’entre lui et ses enfants, il ne ferait pas le poids. Il se débattait déjà tellement avec les sentiments qu’il éprouvait pour le plus jeune.

Ukitake entra dans son appartement, décoré de manière japonaise traditionnelle. L’ambiance était assez zen. Il repensa à la décoration moderne qu’il y avait chez Ichigo. Il eut un petit sourire : le fossé des générations. Ça aussi, ça l’inquiétait.

Il prit la direction de sa douche, lava ses longs cheveux, et se souvint soudain des caresses de l’orangé. C’était si… sensuel. Il pensa brutalement qu’il aurait cru le jeune homme plus timide… mais cela avait été totalement l’inverse. Ichigo avait été entreprenant, et si… sexy. Il lui avait fallu une bonne dose de sang-froid pour partir, mais il sentait confusément que, s’il avait tenté quelque chose — d’aller plus loin — alors qu’Ichigo venait à peine de réaliser ce qui lui arrivait… il l’aurait regretté et tout aurait été gâché.

Lorsqu’il rejoignit les draps frais de son grand lit, Jyuushirô eut un sourire et pensa que ses longues nuits solitaires allaient bientôt cesser. Il s’endormit en pensant à une tête orange, et à des yeux ambrés si expressifs.

Il ne savait pas ce que lui réservait l’avenir, mais il était heureux d’avoir rencontré cet homme qui paraissait si taciturne au premier abord… et qui, en fait, recelait certainement des trésors d’amour et de patience.


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