Ichigo ouvrit la porte et rencontra le regard presque violet de sa belle-sœur.
— Bonsoir, Hisanna ! Entre, je t’en prie.
— Je suis tellement contente que tu m’aies demandé de surveiller mes neveux ! Où sont-ils ?
— Là ! Je ne les ai pas encore envoyés au lit !
— Vraiment ? Je suis tellement contente. Je vais pouvoir leur lire une histoire !
Ichigo précéda le petit bout de femme qui ressemblait à sa femme. Ce fut la ruée… Les enfants lui sautèrent au cou. Hisanna discuta un peu avec eux puis elle se tourna vers Ichigo, qui regardait la scène.
— Va t’habiller, Ichigo, sinon tu vas être en retard.
— Oui, j’y vais. De toute façon, j’ai déjà pris ma douche. Ça va aller ?
— Ne t’inquiète pas pour ça. Allez, file !
— Très bien.
Ichigo se dirigea vers sa chambre pendant que sa belle-sœur se dirigeait vers celles des enfants avec eux. Il avait toujours un choc quand il la voyait. Elle ressemblait tellement à Rukia qu’Ichigo se demandait si Byakuya n’avait pas souffert du « sister complex ». Ichigo avait eu l’impression, l’espace d’un instant, que c’était Rukia qui jouait avec ses enfants, et non Hisanna.
Ichigo se retrouva devant son armoire et sortit du fond du placard un costume trois pièces. Il s’habilla rapidement d’une chemise blanche et d’un costume d’un grand couturier, fit son nœud de cravate, mit ses chaussettes et enfila des chaussures en cuir italien. Il passa ensuite dans la salle de bain pour se recoiffer et se parfumer légèrement à l’eau de toilette. Finalement, Ichigo termina en attachant à son costume des boutons de manchette aux armoiries de sa famille.
Tout ce décorum lui pesait, mais cela faisait partie de son héritage. Ichigo sortit de sa chambre et entra dans celle de Kyoyuki, qui se retourna en voyant son père. Elle avait des étoiles dans les yeux.
— Qu’est-ce que tu es beau, papa ! s’écria-t-elle fièrement.
— C’est vrai, murmura Hisanna derrière lui.
Ichigo sourit et rétorqua :
— Byakuya n’a rien à m’envier, dit-il avec un sourire.
— C’est vrai, mais vous ne possédez pas le même charme. Vous êtes comme le feu et la glace.
Ichigo sourit et vit que ses deux fils le regardaient également avec fierté. Il embrassa tous ses enfants et se dirigea vers la sortie après avoir pris ses clefs de voiture.
— Tout ira bien ? J’ai préparé ta chambre. Tu sais où elle est ?
— Bien sûr ! Allez, file. Je connais tous les rituels de la maison.
— Merci, Hisana.
— File, ordonna-t-elle.
Ichigo sortit et se dirigea vers le garage. Il passa à côté de la voiture familiale, puis derrière un coupé Mercedes, et monta à bord. Il soupira. Il avait toujours refusé d’utiliser les privilèges auxquels il avait droit. Cependant, lors des réunions de ce genre, il était obligé de s’y soumettre. Son père lui avait fourni le véhicule et les costumes hors de prix pour ces fameuses réunions familiales.
Ichigo se dirigea vers le centre-ville et mit le cap sur l’un des prestigieux hôtels de la ville. Cela l’agaçait, comme si toute sa famille avait besoin d’étaler sa fortune. Puisque son père les avait élevés dans un cadre familial simple, aucun de ses enfants n’avait de hautes prétentions. Aucun de ses trois enfants ne possédait l’arrogance qui caractérisait les autres membres de la famille.
Même s’il avait été marié de bonne heure, jamais Ichigo n’avait voulu recourir aux privilèges auxquels il avait droit. Il avait vécu avec ses parents et avait terminé ses études. C’était la seule chose qu’il avait concédée.
Rukia avait été d’accord avec lui là-dessus. Pourtant, elle-même aurait pu profiter de la fortune de sa famille pour faire en sorte que leur situation s’améliore, mais ils avaient voulu réussir par eux-mêmes. À l’époque, Ichigo trouvait que leurs deux familles étaient comme deux rouleaux compresseurs et savait qu’ils deviendraient dépendants d’elles.
Il gara sa voiture sous l’hôtel et prit l’ascenseur pour arriver dans le hall. Ichigo fit une pause et observa les personnes qui s’y trouvaient. Il aperçut son père et se dirigea vers lui.
Isshin se retourna et rencontra les yeux ambrés de son fils. Il lui adressa un sourire chaleureux et un regard appréciateur. Puis Isshin prit son fils par les épaules et les serra plusieurs fois. Ils entendirent soudain la voix d’un membre de la famille leur demander de rejoindre la salle où ils étaient attendus.
Ichigo entra dans la salle. Une grande table s’y trouvait. Isshin alla s’installer à la place d’honneur. Ichigo s’installa à sa droite et Masaki à sa gauche.
En tout, à peu près une soixantaine de personnes prirent place de part et d’autre de la table. Quelques femmes étaient présentes, mais la plupart d’entre elles gardaient leurs enfants à la maison. Pour la plupart, ces réunions ne les intéressaient pas vraiment.
Le silence se fit dans la grande pièce. Isshin prit la parole.
— Chers membres de la famille Kurosaki, je vous ai réunis aujourd’hui pour l’une des réunions les plus importantes depuis longtemps.
Isshin fit une courte pause et chacun le regardait avec curiosité.
— Je n’en ai parlé à personne, car j’attendais les résultats de mes examens de santé. Il s’avère que je les ai reçus cet après-midi, et j’ai donc dû prendre une décision. Je suis atteint d’un cancer.
Les membres de la famille étaient stupéfaits. Des rumeurs se mirent à circuler. Ichigo avait écarquillé les yeux et s’était tourné vers sa mère. Celle-ci lui adressa un sourire rassurant, même si ses yeux étaient tristes.
— Permettez-moi de terminer, s’il vous plaît !
Le silence regagna la salle. Tous observaient maintenant Isshin avec une extrême attention.
— Comme vous le savez, prendre ma succession demandera du temps. Donc, pour cela, je vais investir mon fils Ichigo Kurosaki, successeur direct de la lignée Kurosaki, comme chef de clan. Cette décision prendra effet dans un mois. Bien sûr, je vais le guider le temps qu’il comprenne bien en quoi consistera son rôle de chef de clan, bien qu’il le sache déjà en bonne partie. J’organiserai son investiture. La date vous sera donnée avant la fin de la semaine.
— Attends, Isshin ! Tu nous annonces ça comme ça ? fit Mitsuki. Nous n’avons pas notre mot à dire ?
— Non ! Vous connaissez tous les règles de ce clan. Seul le chef de famille en place peut désigner son successeur, et il doit toujours désigner quelqu’un qui a un lien direct avec lui. Seul un problème de santé ne permettant pas l’application de cette règle m’empêcherait d’appliquer ce point essentiel des règles du clan. Quelqu’un conteste-t-il toujours ?
Un silence de mort suivit la déclaration d’Isshin. Une main se leva.
— Oui, Tetsu, qui y a-t-il ?
— Excuse-moi, Isshin, mais j’aimerais savoir de quel cancer il s’agit, si cela n’est pas indiscret.
— Oh, je ne vais pas mourir de sitôt, mais je souhaite pouvoir profiter de ma vie, passer à autre chose et vivre certaines choses avec Masaki et mes petits-enfants. Je veux aussi pouvoir aider Ichigo dans son prochain rôle.
Isshin se tourna vers son fils et scruta son visage. Il y voyait de la surprise et de la douleur. C’est vrai qu’il ne lui en avait pas parlé, mais s’il l’avait préparé, Ichigo lui aurait opposé tout un tas d’objections, et Isshin n’avait pas le courage de se battre. Il espérait que son fils comprendrait.
— Ichigo, acceptes-tu cette charge ?
Ichigo se leva et s’inclina devant son père. Il le regarda dans les yeux et déclara distinctement :
— J’accepte l’honneur que vous me faites.
En fait, Ichigo était bouleversé par l’état de santé de son père et par sa déclaration.
Être mis devant le fait accompli ne l’enchantait pas vraiment et, sincèrement, il pensait qu’il reprendrait les rênes du clan beaucoup plus tard. Ichigo savait pertinemment qu’il ne pouvait pas échapper à cette charge.
Son père lui avait toujours fait comprendre que c’était ce que tous attendaient de lui. Ils avaient tous accepté qu’Ichigo mène sa vie comme il le voulait jusqu’ici. Cependant, tous voulaient qu’il se conduise, à présent, comme le futur chef de clan. De cela dépendaient la prospérité du nom, la fortune et le pouvoir de la famille Kurosaki.
Le reste de la soirée tourna autour de la future position d’Ichigo. Des questions importantes pour toute la famille furent soulevées. On parla aussi de l’investiture d’Ichigo. Ils se séparèrent vers deux heures du matin. Ichigo resta avec ses parents pour discuter de la santé de son père. Soudain, Masaki, qui observait son fils, lui dit :
— Ça va être dur pour ta nouvelle petite amie, ce genre de choses…
Ichigo tourna son regard vers sa mère et blêmit. Avec tout ça, Ichigo avait complètement oublié Jûshirô.
— Il faudra d’ailleurs que tu nous la présentes, fils ! fit Isshin.
Silence. Timidement, Ichigo avoua :
— Ce n’est pas une petite amie, mais un petit ami !
— Quoi ?! Son père était stupéfait.
— Oh ! s’exclama Masaki.
Ses parents regardaient leur fils, stupéfaits. Ils s’observèrent quelques instants, puis Masaki se dirigea vers son fils et posa une main sur son bras avant de lui demander :
— Tu l’aimes ?
Ichigo rougit un peu.
— J’ai eu le coup de foudre. C’est dur à expliquer.
— Le principal, Ichigo, c’est que tu sois heureux et que tu ne sois plus seul. Pour moi, cela ne fait aucune différence. De plus, dans ta nouvelle fonction, tu auras besoin de quelqu’un de solide près de toi. Alors, le fait que ce soit un homme, ça t’aidera. Enfin… je pense.
— Si ta mère est d’accord, il n’y a pas de raison que je ne le sois pas, marmonna Isshin, circonspect.
— Isshin, dit Masaki, la lignée est déjà assurée. Il peut maintenant faire ce qu’il veut. Le principal est qu’il ait droit à un peu de bonheur, surtout après tout ce qu’il a traversé, non ?
Isshin ferma un peu les yeux, puis se dirigea vers son fils pour lui ébouriffer les cheveux. Il lui dit :
— Tu nous le présenteras quand même ?
— Bien sûr !
Ichigo arborait un sourire radieux, comme ses parents ne lui en avaient pas vu depuis longtemps. Ils ne regrettèrent pas leur décision.
— Fils, il est temps pour toi de nous quitter ! Tu travailles aujourd’hui !
— Oui ! Kami-sama, il est presque 2 h 30 du matin.
— On prend toujours les enfants vendredi, après l’école ?
— Oui… Ils sont vraiment impatients.
— Il faudra que tu prennes ton temps pour leur expliquer ta nouvelle situation, Ichigo, dit sa mère.
— Je leur expliquerai progressivement.
— Je te fais confiance.
La voix d’Isshin était admirative. Surpris, Ichigo regarda son père.
— Ichigo, je n’ai pas souvent l’occasion de te le dire, mais je suis fier de toi, tout comme ta mère. Tu mènes ta barque tout seul, et ce, peu importe les préjugés et les obstacles. Tu seras l’un des meilleurs chefs de clan que la famille Kurosaki ait jamais eus !
— Je suis d’accord avec ton père, dit Masaki.
Ichigo rougit à nouveau. Finalement, ses parents lui dirent de rentrer chez lui. Ichigo sortit de la salle de réunion et se retrouva être l’un des rares clients de l’hôtel à être encore dans le hall. Ichigo croisa pourtant un autre client, et tous deux se retournèrent pour s’observer, surpris. Finalement, Shunsui murmura :
— Bonne nuit, Kurosaki-kun !
— Bonne nuit, Kyôraku-san !
Les deux hommes se sourirent faiblement quand Ichigo entendit quelqu’un l’appeler :
— Kurosaki-sama ! Kurosaki-sama !
Ichigo se retourna et fit face à un employé de l’hôtel. Ce dernier s’inclina respectueusement.
— Kurosaki-sama, votre oncle m’a demandé de vous remettre ceci avec tous ses remerciements.
L’employé s’inclina de nouveau et Ichigo le remercia. Celui-ci fronça les sourcils et observa l’enveloppe cachetée du sceau de sa famille.
— Eh bien, Kurosaki-kun, vous semblez avoir monté en grade.
Ichigo leva la tête et le regarda, surpris. Il haussa les épaules et mit l’enveloppe dans sa veste.
— Excusez-moi, Kyôraku-san, mais je dois partir, sinon demain je serai incapable de me lever.
— Vous allez où ?
— Au sous-sol.
— Moi aussi, allons-y ensemble !
Les deux hommes descendirent en silence vers le sous-sol et se quittèrent après s’être salués. Kyôraku se dirigea vers sa voiture et monta à l’intérieur. Il fit marche arrière et prit la direction de la sortie. Il arriva à une intersection et sortit du garage. Une grosse cylindrée le suivit.
<< Ah, ces riches, pensa Kyôraku. >>
Puis il songea aux vêtements d’Ichigo…
<< Incroyable. Je suis sûr que ça sort d’un grand couturier. Que faisait-il ici ? En tout cas, Kurosaki-sama… c’est bien un noble, et quelle obséquiosité de la part de l’employé. Est-il si important que cela ? Non. Il ne travaillerait pas chez nous sinon… >>
Kyôraku s’arrêta devant un feu rouge et la grosse cylindrée se plaça à côté de lui. Il tourna la tête pour regarder la voiture de plus près. Un coupé Mercedes !
Il regarda le conducteur, certainement un vieux plein de fric, et quelle ne fut pas sa stupéfaction de découvrir Ichigo Kurosaki à l’intérieur. Il démarra sa voiture. Shunsui fit de même et continua à regarder la voiture qui était maintenant devant lui.
<< Mais c’est qui, exactement, ce garçon ? Ukitake est-il au courant ? >>
Il se promit d’en parler à son ami le lendemain.
Tout à coup, Kurosaki accéléra sur l’autoroute pour le laisser en plan.
<< Là, c’est clair que je ne peux pas faire la course ! >>
00*
Ichigo était inquiet.
Comment Ukitake allait-il prendre cette nouvelle ?
Il appréhendait sa réaction. Le monde dans lequel il allait le faire pénétrer n’était absolument pas évident. Ichigo se coucha et éteignit la lumière. Tout ce qu’il espérait, c’est qu’Ukitake ne prenne pas peur en constatant la nouvelle situation de son « futur » amant.
Ichigo ne voulait pas que l’homme aux cheveux blancs l’abandonne maintenant. Il était effrayé par ce qui l’attendait.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)