Ichigo se leva difficilement. À peine cinq heures de sommeil ! Sa belle-sœur l’aida — elle, au moins, avait dormi. Heureusement, songea Ichigo.
Il fonça à l’école, à la surprise de ses enfants, qui ne l’avaient jamais vu conduire aussi vite. L’orangé se dirigea ensuite rapidement vers son bureau. Il avait l’air sombre. Ichigo se prit un café avant d’entrer. À la machine, il croisa Kyôraku. Ils se saluèrent. Shunsui lui adressa la parole :
— Vous semblez préoccupé, Kurosaki-kun… Je me trompe ?
— Non. Je le suis.
— Ou devrais-je dire : « sama » ?
Ichigo sursauta et le reprit instantanément.
— S’il vous plaît… non ! Ma famille s’adresse à moi comme ça.
— Oh… comme l’employé d’hier soir !
— Oh, lui… Mon oncle dirige cet hôtel, et quelques autres…
— Oooohhh…
Kyôraku devint songeur.
Le cœur d’Ichigo battait à tout rompre. Il avait fallu qu’il croise Kyôraku là-bas ! Ce n’était pas de chance.
— S’il vous plaît, fit soudain Ichigo. Je dois parler à Ukitake-san… alors ne lui donnez pas d’informations qui ne sont pas replacées dans leur contexte. Je vous en remercie d’avance.
— De quoi parlez-vous, Kurosaki-kun ? demanda Kisuke.
L’orangé sursauta. Pas lui !
Deux secondes plus tard, ils entendirent la voix d’Ukitake. Ichigo pensa que c’était bien sa journée.
— Une nouvelle réunion ? demanda-t-il.
— Non, non, fit Shunsui. Nous discutions avec Kurosaki… kun !
Ichigo lança un regard en biais à Kyôraku, qui le lui rendit. Les deux autres hommes se demandèrent ce qui se passait entre eux.
Tout à coup, ils entendirent une voix derrière eux. Tous se retournèrent et virent le secrétaire de Yamamoto, qui se tenait devant eux. Il se dirigea vers Ichigo et s’inclina en lui disant :
— Kurosaki-sama… Yamamoto-sama vous invite à le rejoindre dans son bureau. Il vous attend !
Tous se tournèrent, surpris, vers le jeune homme, qui rougit légèrement. Il toussa un peu et répondit :
— Je vous suis !
— Qu’est-ce qui se passe, exactement ? demanda Kisuke.
— Je n’en sais rien…, fit Kyôraku. Mais, en tout cas, c’est vraiment étrange.
— Pourquoi ? demanda Ukitake, qui se sentit inquiet tout à coup.
— Oh… je ne sais pas ! fit Shunsui, qui déclara tout à coup : Bon, c’est l’heure d’aller travailler !
— Pardon ? firent Ukitake et Urahara, qui regardèrent — les yeux exorbités — Kyôraku. Il passait son temps à ne pas travailler, justement !
Ils regardèrent, perplexes, l’homme aux longs cheveux noirs se diriger vers son bureau.
— Bon, on demandera une explication à Kurosaki à son retour ! déclara Ukitake à Kisuke.
Ukitake mordilla sa lèvre inférieure. Que se passait-il ? Finalement, il quitta Urahara et retourna dans son bureau. Ichigo lui en parlerait certainement dans la journée. Il avait croisé son regard et y avait vu une légère lueur.
Il regagna son bureau en se posant quelques questions, puis décida de les remettre à plus tard.
°0°0°
Ichigo entra dans le bureau du vieux Yamamoto. Ce dernier se leva, se dirigea vers Ichigo et s’inclina devant lui.
— J’ai appris ce matin que vous aviez été nommé chef de clan de la famille Kurosaki. Je vous présente mes respects en tant que chef de clan de la famille Yamamoto et vous félicite chaleureusement.
L’orangé regarda le vieil homme. Il était surpris et finit par répondre :
— Je vous remercie, Yamamoto-sama, mais je ne serai effectif dans ma fonction de chef de clan que dans un mois.
— Qu’est-ce qu’un mois ? De toute façon, votre père vous a nommé devant tout le clan hier soir.
Petite pause, puis Yamamoto reprit :
— Veuillez vous installer, je vous prie.
Il lui indiqua un siège autour d’une table de travail se trouvant à côté de son bureau.
Puis, se tournant vers Sasakibe, il lui demanda d’apporter un café et du thé. Ce dernier s’inclina et s’activa pour répondre à la demande de son patron.
— Donc, que comptez-vous faire ?
— Pourquoi ? demanda Kurosaki, surpris.
— Allez-vous continuer à travailler ici ?
— Bien sûr ! Enfin… fit-il sombrement… autant que me le permettra mon père. Je ne pense pas qu’il me force à démissionner tout de suite, car il a l’intention de rester à mes côtés jusqu’à ce que je sois opérationnel. Peut-être un an…
— Je vois ! Donc, si je dois embaucher quelqu’un, il faut que je pense qu’il sera votre futur remplaçant.
Ichigo fronça les sourcils.
Sasakibe entra de nouveau dans le bureau et déposa un plateau avec deux tasses : l’une de café, l’autre de thé, avec quelques biscuits. Puis il disparut.
— Servez-vous donc un café. Je sais que vous aimez particulièrement cette boisson.
— Merci !
— Vous semblez préoccupé, Kurosaki-sama.
— S’il vous plaît, adressez-vous à moi comme à votre habitude. Enfin… si je suis dans ces lieux. Sinon, ma situation ici va vite devenir intenable.
— Très bien… Mais si nous sommes seuls, je vous adresserai mes respects. En tant que famille inférieure à la vôtre, je ne peux faire autrement…
— Je vous remercie.
— Vous semblez inquiet. Quelque chose vous tracasse, Kurosaki-sama ?
— Je peux vous demander un service ? Ce sera le seul que je vous demanderai…
— Concernant votre demande pour aménager vos horaires ? C’est accordé, bien sûr !
— Non… pas cela. Je… je… Bon. Autant que vous soyez au courant, de toute façon. Ukitake-san et moi-même sortons ensemble. Je vous demanderai de rester discret, car notre relation n’a pas encore été annoncée officiellement… Enfin, si elle dure jusque-là ! marmonna Ichigo.
Yamamoto exprima sa surprise en ouvrant un peu les yeux.
— Que puis-je pour vous ? finit-il par demander.
— J’ai besoin de lui parler rapidement de ma nouvelle situation. Je n’ai pas pu lui en parler parce que je suis rentré chez moi à trois heures du matin. Pouvez-vous me prêter une salle, ou un endroit discret, pour que je puisse m’expliquer avec lui ? Je ne peux pas aller à son bureau sans réelle motivation et on risquerait de nous interrompre.
— Je comprends. Très bien…
Il se leva et prit son téléphone. Il donna des instructions pour faire venir Ukitake dans son bureau immédiatement. Ichigo le regarda, interrogateur.
— Je laisse mon bureau à votre disposition, le temps que vous régliez vos affaires. Je serai dans le bureau de Sasakibe durant ce temps, mais soyez bref ! Je ne peux pas donner l’illusion de passer ma matinée dans le bureau de mon secrétaire.
— Mais… vous n’êtes…
— C’est le meilleur endroit de cette société, Kurosaki-sama.
Yamamoto se dirigea vers la porte et invita Ukitake à entrer dans la pièce. Yama-jii voyait bien qu’Ukitake était surpris.
— Veuillez entrer ! lui dit simplement le vieil homme.
Ukitake entra et vit Kurosaki au milieu de la pièce. Son visage exprima la stupéfaction. Que faisait Ichigo dans le bureau de Yama-jii alors que le vieil homme était sorti ? Que se passait-il ce matin, et pourquoi voyait-il une telle détresse dans les yeux ambrés d’Ichigo ?
— Jûshirô… murmura Ichigo.
Ce dernier hésita. Finalement, il s’approcha du jeune homme et passa une main dans ses cheveux courts, soyeux. Voyant le silence du roux, il posa la question qui le préoccupait :
— Que se passe-t-il, Ichigo ? Cela a-t-il rapport avec hier soir ?
— Oui…, répondit instantanément Ichigo.
L’orangé posa une main sur l’avant-bras de Jûshirô et lui dit finalement :
— Est-ce que tu sais que je fais partie d’une famille noble ?
— Oui, bien sûr ! Je dirais, sans me tromper, qu’elle est peut-être parmi les dix grandes familles de ce pays.
— Non… Jûshirô, je fais partie de la famille la plus puissante du Japon, même si nous nous situons derrière la famille Kuchiki et la famille Shihôin par l’ancienneté.
Jûshirô plissa les yeux et observa Ichigo. Ce dernier continua :
— Mon père est le chef de clan de cette famille. Hier, il nous a annoncé qu’il prenait « sa retraite » et j’ai été désigné comme son successeur à la tête du clan. Le mois prochain, je serai investi en tant que tel, officiellement.
Ichigo le regardait anxieusement. Ukitake était choqué. Il ne s’attendait pas à une pareille déclaration. Il voyait la détresse dans les yeux ambrés mais, pour l’instant, il analysait. Il n’était pas sûr de bien comprendre.
— Il est malade. Il a un cancer. Il va suivre beaucoup de traitements et, pour l’instant, aucune opération n’est envisagée. Il veut profiter de sa vie avec ma mère et ses petits-enfants. Je ne peux pas refuser, parce que c’est mon devoir et qu’il m’a permis de vivre ma vie normalement jusqu’ici. Il m’a protégé.
— Je comprends cela. Disons que je ne me suis jamais imaginé que tu puisses prendre la tête du clan. Notre relation devient alors impossible… Tu m’annonces notre rupture.
Ichigo regarda Ukitake, surpris.
— Non ! s’écria le roux. Pas du tout… Mes parents m’ont dit que la situation de notre famille va être compliquée pour ma petite amie…
— Et tu leur as répondu ?
Le cœur d’Ukitake battait lourdement. Il ne savait toujours pas comment prendre la nouvelle.
— Que je n’avais pas « une », mais « un » petit ami !
— Oh…
L’homme plus âgé observa le plus jeune et finit par dire, devant son silence :
— Et ?
— Mes parents ont accepté la situation, mais ils souhaitent te rencontrer…
Jûshirô était abasourdi. Il avait l’impression de prendre un train en marche.
— Ce n’est pas un peu rapide ?
— Si je dois être investi dans un mois… je vais devoir présenter la personne avec qui j’entretiens une relation. Je pense que ça fera quelques vagues… Mais, de toute façon, ils n’auront pas le choix : ils devront l’accepter !
Ukitake observa Ichigo et le silence s’installa entre eux. Il ne savait pas ce qu’attendait Ichigo de lui. Il lui posa la question :
— Que veux-tu de moi exactement ? Qu’attends-tu de moi ?
Sa voix était douce.
— Jûshirô, je n’ai pas le choix… mais je te le laisse. Sache qu’une relation avec moi, de par ma nouvelle position, ne sera pas une partie de plaisir. Déjà pour moi, mais elle sera aussi difficile pour toi. J’aimerais que tu restes à mes côtés, mais je ne veux en rien t’y obliger, d’autant que nous venons tout juste de débuter notre relation et que je dois déjà te présenter à ma famille… Personnellement, j’aurais voulu prendre mon temps, au lieu d’être pris de court comme ça… c’est très inconfortable.
Sache également qu’entre l’Ichigo d’ici et celui que je serai au sein de ma famille, je n’aurai pas forcément le même visage. Je suis désolé, mais je serai obligé de faire preuve d’autorité. Je parle pour ma famille.
— Quand tu me dis que tu me laisses le choix… dois-je te donner ma réponse tout de suite ?
— Non… mais avant le week-end, ce serait bien.
Ukitake s’approcha du jeune homme et le prit soudainement dans ses bras. Ichigo se détendit et s’accrocha à sa chemise. Son visage reposait sur l’épaule du cadre.
— Je suis tellement désolé, Jûshirô…
— Ichigo, laisse-moi réfléchir posément à la situation. Je ne sais pas si je suis prêt à vivre ça. Je suis sûr de mes sentiments envers toi, mais…
Il releva le visage du plus jeune vers lui. Ses yeux noirs exprimaient de la douceur.
— Tout cela se déroule si vite. Je ne veux pas te dire oui sur un coup de tête et t’abandonner ensuite… Je veux être sûr !
Ichigo fronça les sourcils et prit soudain son portable. Après quelques instants, quelqu’un décrocha.
— Byakuya ?
— Oh… Kurosaki-dono. Que puis-je pour toi ?
— Bon sang ! Arrête de me faire des ronds de jambe. Je peux te demander un service ?
— Hum… tout d’abord, bonjour et félicitations !
— Merci… Alors ?
— Quel genre de service ? fit la voix traînante de son beau-frère.
— Peux-tu garder les enfants ce soir et demain, avec Hisana ?
— Que se passe-t-il ?
— J’ai besoin de mes soirées cette semaine. Papa et maman s’occuperont des enfants ce week-end, mais là, j’ai certaines choses à régler ! Alors ?
— Cela va faire plaisir à Hisana… et à moi ! fit la voix placide de Byakuya.
— Super ! Je vais téléphoner à la nounou qui les a, à partir de 15 heures.
— Bien… Je vais faire le nécessaire ici.
— Merci, Byakuya !
— Je t’en prie.
Ichigo se tourna alors vers Ukitake.
— Ce soir, je te donne rendez-vous. Je viens te chercher et je t’emmène dans un endroit où tu risques de venir souvent avec moi. S’il te plaît, enfile un costume et donne-moi ton adresse. Je n’ai pas spécialement envie de fréquenter ce genre de lieu ; je sais que c’est soudain et je n’aime pas brusquer mes enfants, mais je veux que tu te rendes compte que, même si cela ne me représente pas, tu dois savoir à quoi il faudra t’attendre. Acceptes-tu ?
— Très bien…
Jûshirô se dirigea vers le bureau de Yamamoto. Il prit un post-it et un crayon, nota son adresse sur le papier et le tendit à Ichigo.
— Tu pourras me rejoindre là-bas. Je t’attendrai. À quelle heure passes-tu me prendre ?
— 19 h 30, ça te conviendrait ?
— Je serai prêt…
— Maintenant, il faut que je rende son bureau à Yama-jii. Je lui ai promis de ne pas l’occuper très longtemps.
Ichigo se dirigea vers la porte et sentit soudain deux bras l’étreindre.
— Ichigo…
La voix d’Ukitake était étouffée.
L’orangé sentit son cœur se fendre. Il percevait toute l’inquiétude de son amant. Ichigo se retourna vers lui et passa une main dans les longs cheveux blancs.
— Jûshirô… Je t’aime.
Sa voix était sincère.
Ce dernier leva la tête à cette déclaration. Il croisa des yeux ambrés très doux, et cela fit battre son cœur plus fort. Ichigo embrassa légèrement Jûshirô, puis se recula.
— Je ne veux pas faire ça ici. On se verra ce soir…
— Très bien…
Les deux hommes s’observèrent un instant, puis Ichigo tourna la poignée et sortit du bureau, accompagné d’Ukitake. Les deux hommes avaient l’air sombre.
Yamamoto attendait devant la porte. Ichigo le remercia en le voyant.
— Merci beaucoup, Yamamoto-sama. Je vous en suis reconnaissant.
— Je vous en prie, Kurosaki-sama. J’espère que vous avez pu régler vos problèmes. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser… Comme vous êtes là, Ukitake-san, entrez donc un instant dans mon bureau.
Ichigo s’inclina. Yamamoto fit de même, et ils se séparèrent.

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