De toi @ moi 20

De toi @ moi 20

Ichigo et Jûshirô arrivèrent à 20 h pile dans la demeure ancestrale de la famille Kurosaki. Deux grandes et lourdes portes en bois massif s’ouvrirent lentement à l’arrivée de la voiture. Ils remontèrent un jardin typiquement japonais, et Ichigo gara la voiture sur le petit parking aménagé. Le roux glissa sa main dans celle de l’albinos et lui adressa un sourire encourageant.

— Tu les connais, maintenant, pour la plupart !

— Ne t’inquiète pas… tout va bien se passer !

— Comment fais-tu pour être aussi calme ?

— Tu me rassures…, murmura le cadre. J’avais l’impression que mon stress se voyait !

Ichigo sourit et entraîna Ukitake avec lui. Ils remontèrent l’allée de gravier. Jûshirô admira la grande maison traditionnelle en bois montée sur pilotis, où de larges ouvertures permettaient de voir l’intérieur, meublé dans le plus pur style japonais.

Arrivés à la porte, Ichigo n’eut même pas le temps d’ouvrir : elle s’écarta brutalement et Kyoyuki, suivie de Tamaki et de Sôsuke, bondit sur leur père et l’albinos.

Tamaki était déjà dans les bras du cadre.

— Pourquoi on t’a pas vu cette semaine ? Tu nous as manqué !

— Ouais ! râla Sôsuke. On a cru que tu t’étais disputé avec papa et que tu ne voulais plus nous voir !

— J’suis trop contente de te voir, Jûshirô ! s’écria Kyoyuki, surexcitée.

— Vous aurez l’occasion de voir Jûshirô. Nous sommes passés à la maison tout à l’heure déposer des affaires…, annonça Ichigo.

— Yatta ! s’écria Kyoyuki.

— C’est vrai ? demanda Tamaki, hésitant, n’osant pas y croire.

— Oui… Je vais vivre avec vous.

— Trop génial !

— Kyoyuki… tu peux te calmer, au lieu de sauter dans tous les sens.

— Mais c’est super ! Et puis, tu es un rabat-joie, papa.

— Je savais que j’en prendrais pour mon grade !

Sôsuke revint à la charge :

— Pourquoi t’es pas venu cette semaine ?

Quand le garçon avait une idée en tête, impossible de l’en déloger.

— Mon travail m’a pris tout mon temps, et je n’ai pas pu venir vous voir. Alors, avec votre papa, nous avons pensé que si nous habitions tous ensemble, ce serait plus simple.

— Tant mieux… J’ai eu peur que tu nous abandonnes comme maman.

Le jeune garçon le regardait en face, très sérieusement. Jûshirô se mit à sa hauteur, Tamaki toujours sur ses genoux : le plus jeune ne voulait absolument pas quitter ses bras.

— Je n’en ai absolument pas l’intention.

— Je suis content, alors… J’vais jouer ! Vous venez ? demanda Sôsuke.

— Oui, c’est ça… Laissez votre père et Jûshirô entrer ! intervint Masaki.

La mère d’Ichigo se tenait sur le seuil, avec un grand sourire et une cuillère en bois à la main.

— Tu fais la cuisine, maman ?

— Oui… pourquoi, ça t’étonne ?

— Disons que ces derniers temps…

— Isshin ne travaille plus vraiment, et puis j’ai donné congé aux employés pour la soirée. Je ne savais pas que Yuzu et Karin arriveraient… Ensuite il y a Byakuya et Hisana, l’oncle Kaede et la tante Ai… Et puis l’oncle Chômei vient d’arriver avec sa femme et leurs enfants… En fait, nous serons vingt-cinq à table.

— Autant ?

— Tu sais, ça monte vite, dans la famille.

— Et tu fais à manger pour tout le monde ?

— Rentrez ! ordonna Masaki.

Ils entrèrent. En suivant la maîtresse de maison, ils se retrouvèrent dans une cuisine où tout le monde était rassemblé, chacun occupé à quelque chose.

— Une chance que ma cuisine soit aussi grande que celle d’un restaurant !

Tous se tournèrent vers les nouveaux arrivés et les saluèrent chaleureusement. Tous… sauf Hisana, qui regardait Jûshirô de travers et refusa de lui adresser la parole. Byakuya la regardait, les yeux plissés, visiblement mécontent.

Masaki fit tout son possible pour faire oublier l’impolitesse de sa belle-fille. Byakuya discuta d’ailleurs beaucoup avec l’albinos, pour qui il s’était pris — visiblement — d’une grande amitié. Ce qui laissa tout le monde stupéfait : le brun ne cherchait habituellement pas à nouer de nouvelles relations… Mais le cadre avait su séduire le noble sans difficulté.

Ichigo, quant à lui, aida sa mère… enfin, il fit ce qu’il put : Yuzu regardait son frère avec tellement de curiosité, et Karin lui posait des questions aussi tordues les unes que les autres, qu’il se sentit extrêmement mal à l’aise.

— Karin… tu arrêtes, maintenant !

— Bah quoi ? J’peux poser des questions, quand même… C’est pas tous les jours que votre frère vire sa cutie !

— Boucle-la, Karin…, marmonna Ichigo.

Il se prit un coup de cuillère en bois de la part de sa mère.

— Mais quoi, Oka-sama… Elle arrête pas une minute depuis tout à l’heure !

— Ichigo… tu vas reprendre la tête du clan, alors surveille ton langage !

— Demande-lui de se taire, alors ! maugréa le roux.

Sa sœur lui tira la langue ; l’orangé la menaça du regard.

— On peut jamais s’amuser avec toi, Ichi ! s’esclaffa Karin.

— N’est-ce pas ? fit Isshin, qui passait par là. Au fait, Karin… tes derniers examens ont donné quoi ?

La brune s’étouffa dans son verre et en renversa un peu sur le sol.

— Karin ! Fais attention… s’énerva Yuzu. Ça se voit que c’est pas toi qui fais le ménage !

— Ça y est… Cosette s’est remise en route…, marmonna Karin entre ses dents, frustrée de devenir la cible de son père.

Isshin prit un malin plaisir à lui casser les pieds pour le reste de la soirée.

Jûshirô observait la famille de son amant de loin, sans se faire remarquer, un sourire au bord des lèvres. La famille était visiblement très unie. Il trouvait étonnant d’avoir été accepté aussi facilement — ou presque. La belle-sœur d’Ichigo, qui ressemblait étonnamment à l’ex-femme de ce dernier, le regardait réellement de travers.

Plus tard dans la soirée, la jeune femme fit exprès d’accaparer son beau-frère, et Jûshirô eut un pincement au cœur en voyant le couple qu’ils formaient — son amant et elle — dans l’esprit de ceux qui avaient connu l’époque. Il devina dans l’attitude d’Hisana un défi… et il était évident qu’elle cherchait à le blesser de façon indirecte.

Ichigo regardait Hisana du coin de l’œil et se demanda ce qu’était exactement son manège. Il tourna soudain la tête pour voir qui elle observait depuis plusieurs secondes et rencontra les yeux de Jûshirô, qui n’eut pas le temps de cacher sa douleur. Ichigo comprit le petit jeu de la brune. Il se détacha d’elle et se dirigea naturellement vers son amant en lui adressant un sourire chaleureux.

Il posa une main sur son avant-bras, se hissa vers son oreille et souffla :

— Ne sois pas blessé par son attitude. Il n’y a rien entre elle et moi… Et si c’est parce qu’elle ressemble à ma femme, elle en est l’exact opposé. De toute façon, c’est toi que j’aime… pas elle.

Jûshirô baissa les yeux et esquissa un sourire, mais il restait mal à l’aise. Le cinéma d’Hisana avait gâché sa soirée, et Ichigo s’en rendit compte.

— Nous allons rentrer, de toute façon. Tamaki est fatigué, et Sôsuke aussi. Je vais avertir ma mère.

— Tu n’as pas besoin…

— Je pars de toute façon. Je ne reste jamais très longtemps dans ce genre de réunion.

— Tu peux appeler les enfants, je vais trouver mes parents !

— Très bien…

Ils se séparèrent. Ichigo se dirigea vers le fond de la salle, discuta quelques minutes avec ses parents, puis ils se dirigèrent vers la sortie. Il en profita pour saluer sa famille et leur souhaiter une bonne soirée.

Arrivé dans le hall, Ichigo entendit des cris et fronça les sourcils. C’était la voix d’Hisana.

— … vous n’avez rien à faire avec mon beau-frère. Vos perversités n’ont pas le droit de citer ici. Je ne comprends pas qu’il n’existe pas une loi contre les gens comme vous. Je vous déteste et…

— Pardon ? fit Ichigo.

Il l’avait dit si doucement que sa voix en paraissait plus effrayante encore.

Tout le monde se figea. Isshin voulut poser un bras sur Ichigo, mais celui-ci l’évita et marcha droit sur la brune. Les enfants s’étaient tassés sur eux-mêmes et regardaient leur tante, effrayés. Tamaki se mit à pleurer.

— Papa… Tante Hisana dit des choses méchantes à Jûshirô.

— Tu as osé insulter Jûshirô chez moi ? demanda Ichigo d’une voix glaciale.

— Ce n’est pas chez…

— Si. Cette maison est la mienne depuis que mon père a annoncé officiellement sa retraite.

Il marqua une pause.

— Maintenant, je t’avertis, Hisana… aimablement, et parce que je t’appréciais beaucoup. Si tu redis une seule parole désagréable à Jûshirô — et surtout devant mes enfants, au point de les perturber — il sera inutile que tu franchisses le seuil de ma porte. Byakuya sera le bienvenu. Mais toi, je ne t’accepterai plus.

— Ichi…

Isshin posa doucement une main sur la bouche de sa femme. Il observait son fils.

— Maintenant, je veux que tu présentes des excuses à Jûshirô. Et également à mes enfants.

— Il en est hors de question ! hurla Hisana.

La voix froide et grave de Byakuya résonna derrière Ichigo.

— Tu feras ce qu’il te demande. Tu jettes le déshonneur sur ma famille en te comportant de la sorte. Tu offenses les plus vieilles familles nobles du Japon par ton comportement insensé.

— Je…

Byakuya, voyant qu’elle refusait d’obtempérer, se dirigea vers Ichigo, s’inclina très bas et murmura :

— La famille Kuchiki s’excuse pour le déshonneur apporté à votre famille.

Il ne lui laissa pas le temps de répondre. Il se tourna vers Jûshirô, répéta les mêmes paroles, puis ajouta :

— Je n’ai pas entendu la teneur exacte de ses propos, mais sachez que, s’ils sont négatifs comme je le pense, ils ne concernent en rien le clan Kuchiki.

— Ne vous excusez pas… C’est inutile.

— Au contraire, cela est très important pour moi, répondit Byakuya en posant ses yeux gris sur l’albinos.

Puis il se dirigea vers les enfants d’Ichigo et ouvrit les bras, avec un faible sourire, qu’il voulait rassurant. Tamaki, Sôsuke et Kyoyuki se réfugièrent contre lui. Il leur murmura quelque chose que personne d’autre n’entendit. Le visage des gamins s’éclaira.

Ichigo se tourna vers ses parents.

— Je suis désolé pour mon comportement.

— Non, non, Ichigo… ce n’est rien, pour nous. Par contre, nous sommes sincèrement désolés, Jûshirô. Nous vous présentons aussi nos excuses. Cette soirée devait être un moment convivial.

Isshin posa les yeux sur Hisana, rouge comme une écrevisse, qui commençait à se sentir très mal à l’aise.

— Vous pouvez vous estimer heureuse que ce soit mon fils qui ait réglé le problème. Je ne suis pas si magnanime. Si vous osez encore proférer des insultes à l’encontre d’un membre de notre famille, je vous demanderai de sortir immédiatement de chez moi. Et si vous le faites à l’extérieur — et que je l’apprends — je n’hésiterai pas à prendre des sanctions.

Ichigo attrapa Tamaki, embrassa ses parents et sortit. Il salua brièvement Byakuya et ne regarda pas Hisana ; la colère le faisait encore trembler.

Jûshirô sentit une main se glisser dans la sienne. C’était Sôsuke, qui le regardait gravement.

— On rentre à la maison ?

Jûshirô lui adressa un sourire. Son autre main fut enserrée par celle de Kyoyuki, qui, pour une fois, n’était pas exubérante : elle cherchait du réconfort… et surtout, à lui en donner.


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