De toi @ moi 19

Ichigo se réveilla, surpris de sentir une présence à ses côtés. Mais lorsqu’il vit le visage de son amant, paisiblement endormi près du sien, il se mit à l’observer avec attention. Le roux entendait à peine le souffle de l’homme allongé à côté de lui ; son visage reposé, à moitié caché par ses longs cheveux blancs, ne laissait transparaître aucune contrariété ni l’ombre d’un mauvais rêve.

Le cœur d’Ichigo s’accéléra insensiblement en songeant à la soirée de la veille, et il espéra, au fond de lui, que Jûshirô puisse être plus accessible dans les prochaines semaines. Même s’il savait que cela serait compliqué, tout de même.

Ichigo se leva doucement et attrapa ses vêtements. Il quitta la pièce en prenant soin de faire le moins de bruit possible, puis se dirigea vers la cuisine pour faire du café. Il passa ensuite à la salle de bain et en profita pour prendre une douche bienfaisante. Même s’il s’était reposé dans le lit de Jûshirô, Ichigo se sentait épuisé. Il s’appuya contre le carrelage de la douche et laissa l’eau chaude détendre ses muscles crispés par le stress accumulé. Il sortit, se rasa, et eut juste le temps d’enfiler son pantalon et son t-shirt quand une sonnerie intempestive retentit.

Le roux alla ouvrir, pensant trouver un voisin ou un livreur. Son amant ne semblait pas se réveiller ; il se dit qu’il réglerait ça lui-même. Ichigo croisa des yeux noirs, furieux. Un jeune homme brun était sur le point de réappuyer sur la sonnette, mais suspendit son geste en voyant l’orangé.

— T’es qui, toi ? demanda l’inconnu, d’une voix sèche.

— Pardon ?

Ichigo fronça les sourcils en voyant son interlocuteur le dévisager de la tête aux pieds, comme un vulgaire objet. La grossièreté et le sans-gêne du jeune homme le sidérèrent.

— Tu dois être son objet sexuel, le temps de mon absence, à ce que je vois… Dégage !

Le rythme cardiaque d’Ichigo s’emballa.

— Je ne sais pas de quoi vous parlez. Mais je pense que c’est vous qui n’avez rien à faire ici. Bonne journée !

Ichigo voulut fermer la porte, mais un pied la bloqua, l’empêchant de se refermer complètement.

— Je veux voir Jyuu-chan ! Dégage de là, connard !

— Cela m’étonnerait fort que Jûshirô veuille voir un dégénéré dans ton genre !

— Ah ouais ? Tu t’es vu, avec ta couleur de cheveux ? Je suis son amant ! s’écria le brun, qui tentait de forcer la porte. Je veux lui parler !

Ichigo sentit quelque chose se poser sur son épaule. Surpris, il tourna la tête et croisa le regard bienveillant de son amant.

— Ichigo… je vais lui parler.

— Mais…

— Je vais régler cette affaire une bonne fois pour toutes.

— Comme tu voudras.

Ichigo se recula et retint tout de même la porte pour éviter qu’elle ne claque contre le mur. Le brun entra dans l’appartement comme en territoire conquis. Jûshirô demanda au roux de l’attendre dans la cuisine.

— Tu ne veux pas que ton nouveau jouet entende ce que j’ai à te dire.

— Nous n’avons plus rien à nous dire, Shûhei !

Le visage de Jûshirô était devenu glacial, et ses yeux plissés fixaient le brun avec une froideur qu’Ichigo ne lui connaissait pas. Il ne ressemblait plus du tout à l’homme aimant et attentionné qu’il était en sa compagnie.

— Ichigo… s’il te plaît !

Ichigo lança un dernier regard à ce Shûhei et quitta la pièce, laissant les deux hommes s’expliquer. Il ne ferma pas la porte de la cuisine, voulant entendre au cas où cela tournerait mal. Il entendit des éclats de voix.

— Jyuu-chan, qui est ce type ? Tu l’as ramassé où ? Il n’est absolument pas pour toi…

— Tu considères que tu es un homme beaucoup mieux qu’il ne pourrait l’être ? Je suis désolé de te l’apprendre : ce n’est pas le cas. Que viens-tu faire chez moi ?

— Te voir…

— C’est fait… au revoir !

— Attends…

Ichigo entendit comme une lutte et se retint d’intervenir. Au fond de lui, il savait que Jûshirô n’aimerait pas qu’il s’en mêle : la situation était déjà assez gênante.

— J’ai besoin de toi !

— Depuis quand ? Depuis que tu t’es rendu compte que tu n’avais plus assez d’argent sur ton compte en banque ?

— Enfoiré ! Tu étais bien content de m’avoir avec toi, à un moment donné…

— Shûhei ! La voix de Jûshirô claqua. Je te prie de sortir de chez moi et de ne pas perturber ma vie une nouvelle fois. Nous n’avons plus rien à nous dire depuis des mois et je refuse que tu viennes tout détruire, comme la dernière fois. Si tu continues, j’appelle la police !

Ichigo ne put s’empêcher de s’approcher. Il vit alors le geste du brun. L’orangé bondit, attrapa la main de Shûhei et, de l’autre, le repoussa contre le mur, le maintenant à la gorge.

— Tu touches un seul cheveu de Jûshirô, tu es mort !

— … lâ…c…he… ’tain !

— Ichigo, lâche-le, s’il te plaît ! Il va s’en aller.

Ichigo, qui avait vu rouge, reprit difficilement sa respiration. Ses yeux froids disaient toute la colère contenue qui l’agitait. Il desserra finalement son étreinte et Shûhei se plia en deux pour reprendre son souffle.

— Il… est fou, ce gars !

— Je ne laisserai personne s’en prendre à ceux que j’aime ! répliqua froidement Ichigo.

Il attrapa le brun par le col de son t-shirt, ouvrit la porte d’un même mouvement et le poussa dehors sans ménagement. Shûhei tenta de se débattre faiblement, mais l’étreinte du roux était de fer et sa précédente attaque lui avait coupé le souffle.

— Salaud… t’es qui ? souffla-t-il d’une voix enrouée.

Ichigo ne répondit pas et referma la porte dans un claquement sec.

— Désolé…, murmura Ichigo. Je me suis mêlé de ce qui ne me regardait pas !

— Je te remercie.

La douceur de la voix de son amant le fit se retourner.

— Jûshirô…

L’albinos passa les bras autour des épaules d’Ichigo. Ils se regardèrent longuement, puis Jûshirô reprit :

— Je sais me défendre… Mais j’ai apprécié ton geste. Pourtant, je ne souhaite pas que tu te mettes en danger pour moi, la prochaine fois.

— En danger ?

— Shûhei peut être très dangereux, tu sais…

— C’était ton amant ?

— Oui… Nous avons rompu il y a quelques mois.

— Il… portait la main sur toi ?

— Non !

Jûshirô rit doucement.

— Certainement pas !

— Pourtant, il allait le faire !

— Il ne pouvait pas, à l’époque… parce que j’épongais ses dettes de jeu !

— Oh ?

— Il se servait de moi et de mes sentiments pour que j’assure son train de vie… pour ses jeux et ses paris. Je suis un imbécile, n’est-ce pas ?

— Tu es surtout quelqu’un de très gentil.

— Merci ! se moqua l’albinos, qui desserra son étreinte.

Ils se dirigèrent vers la cuisine et se servirent du café.

— Tu veux faire quelque chose aujourd’hui ? demanda le cadre.

Ichigo regarda sa tasse, fronçant les sourcils.

— Quelque chose te chagrine ?

— Jûshirô… j’ai été impressionné hier, lorsque tu as assisté à la réunion des affaires du clan.

— Oh ?

L’albinos éclata de rire et repoussa une mèche en bataille de son front. Puis il redevint sérieux.

— Ichigo, c’est ma formation de départ : gestionnaire.

— Vraiment ? J’ai l’impression d’être un imbécile fini. Je n’ai strictement rien compris. Mon père m’avait pourtant expliqué les rudiments, mais…

— Ce n’est pas ta vocation ?

— Voilà !

Ichigo eut un grand sourire et termina sa tasse.

— J’ai essayé… mais c’est comme si j’avais affaire à un monstre. Tous ces chiffres, en colonnes…

— Pourtant, tu fais de la programmation. Ça ne devrait pas t’effrayer !

Ichigo leva les yeux, se leva pour contourner la table et se plaça entre les jambes de l’albinos. Il caressa les cheveux de son amant et se pencha pour l’embrasser amoureusement, un baiser presque chaste auquel Jûshirô répondit avec sensualité. Le roux s’installa sur ses genoux et glissa une main derrière la nuque du cadre pour approfondir l’échange, le cœur battant de plus en plus fort.

Une des mains de l’albinos passa sous le t-shirt d’Ichigo et se mit à caresser sa peau bronzée ; ses doigts jouèrent bientôt avec un mamelon, arrachant un gémissement au plus jeune. Ichigo se laissa faire, appréciant les attentions du plus âgé, qui ne tarda pas à lui enlever son vêtement.

  • Tu es magnifique, Ichi…

La bouche d’Ukitake s’attaqua à son lobe d’oreille, puis descendit à sa nuque. Ichigo frissonnait, réagissant à la moindre caresse. Soudain, Jûshirô se leva en le soulevant contre lui et l’emmena vers la chambre.

— Nous serons mieux ici pour continuer…, souffla-t-il contre l’oreille du roux en le déposant sur le lit.

Ichigo ne répondit pas. Il leva juste les bras pour enlacer la nuque de son amant, laissant ses mains glisser sous la veste. Ukitake frissonna sous les doigts de l’orangé. La langue d’Ichigo retrouva celle de son amant, ne se lassant pas d’y déposer l’amour qu’il éprouvait pour lui.

Ils oublièrent le reste et ne se consacrèrent qu’à eux, sachant que le quotidien finirait par les rattraper. Seuls leurs gémissements et leurs respirations précipitées troublaient le silence de l’appartement.

°OoO°

Le roux voulut se lever, mais une main se posa négligemment sur son ventre.

— Tu ne veux pas rester un peu avec moi ?

— J’ai faim…, marmonna Ichigo, pragmatique.

— Hum… on pourrait se faire livrer quelque chose !

Jûshirô n’avait pas envie de sortir des draps. Il ne s’était pas senti aussi bien depuis une éternité et ne voulait pas troubler ce moment de bonheur par une présence extérieure, ou quoi que ce soit.

— Jûshirô… il faudra bien que je me lève. Je dois aller voir les enfants !

— Oh… j’avais oublié.

Un large sourire fendit son visage.

— Je voudrais t’accompagner.

— Viens ! Viens vivre avec moi à la maison ! Ce sera plus simple ! Les enfants ont été très déçus de ne pas te voir cette semaine… Et moi, tu m’as terriblement manqué. Passer tout ton temps avec Kyôraku… faut être fou !

Ichigo eut un sourire moqueur et balança un oreiller à l’albinos. Celui-ci repoussa l’attaque et attrapa son amant pour le faire basculer sous lui. Ses yeux étaient sérieux ; il semblait réfléchir.

— Très bien… Je viens m’installer quelques jours chez toi. Au moins, je pourrai te voir le soir et cela te donnera moins l’impression d’être seul ou abandonné.

— Ce serait une corvée ? demanda Ichigo, légèrement vexé.

— Baka ! Tu es tout pour moi, sauf une corvée. Mais je ne veux plus te donner l’impression que je te néglige. Et puis, j’ai besoin de comprendre à quoi tu es confronté… J’ai promis d’être un soutien, Ichigo, pas une source d’ennuis.

— Des ennuis, j’en aurai toujours… tout comme toi, d’ailleurs ! Si je n’avais pas mes enfants, on aurait pu démarrer plus… « normalement »… ce qui n’est pas le cas. Je comprends aussi que tu te sentes pris dans un engrenage.

— J’aime cet engrenage. Et surtout, ne l’arrête pas ! murmura Jûshirô à l’oreille de son amant d’une voix sensuelle. Et si je suis à côté de la plaque… dis-le-moi. N’attends pas que ça dégénère… Je n’aime pas me disputer, et encore moins avec toi !

Ils se regardèrent un moment, sans rien ajouter : le silence était suffisant pour ce qu’ils avaient à se dire. Finalement, ils échangèrent un long baiser, mais l’appel de leurs estomacs leur rappela qu’ils n’avaient rien mangé depuis longtemps.

L’albinos commanda chez le chinois près de chez lui, et Ichigo en profita pour repasser à la salle de bain. Une fois propre et habillé, il se sentit mieux. Il ferma les yeux lorsqu’il sentit les bras de son amant l’enlacer chaleureusement.

— Tu voulais me dire quoi, tout à l’heure, concernant la gestion ?

— J’aurais aimé que tu me donnes des trucs pour que je comprenne un minimum les conversations, quand ça parle de ça. C’est dur d’être le « chef de clan » et de ne pas comprendre un traître mot de ce qui se dit ! Tu pourrais m’aider ?

— Bien sûr !

Ichigo sentit les lèvres de son amant explorer la base de son cou et se demanda s’ils allaient remettre le couvert. Mais les mains d’Ukitake restèrent sagement autour de sa taille, sans lancer de ballet sensuel.

La sonnette retentit ; Jûshirô lâcha le jeune homme, alla ouvrir, paya le coursier et referma. Ils mangèrent dans le salon, sur la table basse, sans vraiment faire attention au reste, piochant dans les cartons.

Finalement, Ichigo envoya l’albinos sous la douche et lui assura qu’il pouvait très bien venir à bout de quelques malheureux cartons. Le gestionnaire sourit et se laissa faire.

Ichigo rangea les boîtes, les jeta, essuya la table et se servit un café. Son portable vibra : il répondit.

— Fils ! Je te dérange pas ?

— Non… y a un problème avec les enfants ?

— Pas du tout ! Ils sont ravis d’être là… Non, je voulais t’inviter, toi et Jyuu-chan, à un repas de famille ce soir. Kuchiki sera là, et Kaede aussi, avec sa famille. Les enfants sont excités à l’idée de revoir leurs cousins…

— Je me doute…

Ichigo tourna la tête vers son amant, qui se tenait à la porte.

— Mon père nous invite ce soir à un repas familial… J’ai dit ok. De toute façon, je récupère les enfants !

L’albinos sourit et hocha la tête.

— Je vais préparer mes affaires !

Ichigo lui rendit son sourire et informa son père :

— On passe vers 20 h. Jûshirô prépare quelques affaires : il va vivre avec moi à la maison !

— Formidable ! Très bien… on vous attend, alors.

Le roux raccrocha et rejoignit l’albinos dans la chambre pour l’aider à faire ses valises. Bientôt, ils se retrouvèrent dans la rue. Ichigo sortit sa Mercedes du garage et mit les valises sur les sièges arrière.

Ils passèrent d’abord à la maison d’Ichigo pour déposer les affaires du cadre — éviter la panique en rentrant avec les enfants — puis ils se rendirent chez les parents d’Ichigo.

Ce dernier se mordilla les lèvres.

Pourvu que cela se passe bien… fut sa seule pensée.


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