Ichigo se réveilla le lendemain avec une drôle d’impression. Il voulut éteindre son radio-réveil, mais un corps l’empêcha de bouger. Il tourna la tête et aperçut une touffe de cheveux blonds. Il fut surpris en reconnaissant Shinji.
Ce dernier fronçait les sourcils en entendant la musique qui s’échappait de la radio. Ichigo eut un sourire qui vint éclairer son visage… « The most beautiful Girl in the world », de Prince… Il secoua la tête et se redressa pour passer au-dessus du Vizard encore endormi. Le blond grogna, parce qu’il avait perdu sa place confortable contre le roux.
— Oï, Ichi, tu m’écrases ! marmonna l’endormi.
— Désolé…
Ichigo se mit à genoux et entreprit de passer au bout du lit pour éviter Shinji. Le roux entendit une voix moqueuse, quoique encore ensommeillée.
— Tu fais quoi, là ?
— J’essaie de sortir du lit !
— Pourquoi tu passes pas au-dessus ?
— J’voulais pas te réveiller…
— C’est raté !
— J’vois ça… maugréa Ichigo.
Shinji se redressa sur un coude et observa le roux, debout, qui commençait à retirer sa veste de pyjama et attrapa ses vêtements au vol. Il saisit ses affaires d’école et sortit…
— Tu pouvais te déshabiller complètement ici… j’aurais rien dit…
— Boucle-la ! J’ai enlevé ma veste par habitude, et je me suis heureusement rappelé que tu étais ici.
Hirako se redressa, s’adossa au dosseret du lit et le regarda, ironique.
— J’aurais pas cru qu’après t’avoir dépucelé, tu serais encore aussi prude !
Ichigo lui adressa un regard de la mort, façon Urahara. Ce qui amena un sourire ironique sur les lèvres du blond.
— Alors ?
— Quoi ?
— Pour ma proposition…
— Écoute… j’ai pas le temps, là, je vais être en retard.
Ichigo allait partir quand il se ravisa. Il se tourna vers Hirako et le scruta quelques secondes. Il finit par lui dire :
— Laisse-moi y réfléchir sérieusement, au moins !
— Très bien…
Le roux le fixa quelques secondes et, voyant son air déterminé, il haussa les épaules et sortit. Il se dépêcha de prendre sa douche et s’habilla. Il entra dans la cuisine et vit que le petit déjeuner était prêt.
— Mange quelque chose avant de partir !
Ichigo observa Hirako, surpris. Il attrapa un toast et prit une tasse de café, debout.
— Tu sais, assis, c’est le même prix ! Shinji était ironique en regardant Ichigo. Au fait, je me suis fait un double de tes clés, hier…
— C’est vrai ? Super, je peux garder les miennes, alors.
L’étudiant observa le Vizard installé. Il eut un léger sourire en voyant le blond décoiffé, en pyjama, dont la veste était entrouverte. La tasse de café au bord des lèvres, une jambe repliée, l’autre bras posé dessus… Il pensa qu’Hirako pouvait être bizarre parfois, mais qu’il avait une distinction naturelle quand il arrêtait de faire l’idiot. Ce dernier eut un léger froncement de sourcil.
— Aurais-je quelque chose qui ne va pas ?
— Non… tout va bien… Juste, je pensais… Il regarda sa montre et pâlit. Waouh, je vais être en retard. Bon, à ce soir…
— Ichi, tu voulais me dire quoi, à l’instant…
— Rien.
Et le jeune homme fonça à la porte. Il finit par se retourner et lui dit suffisamment fort pour qu’il l’entende :
— Tu peux être mignon, si t’arrêtais de faire l’idiot !
Et il claqua la porte. Shinji fut surpris et finit par esquisser un petit sourire.
— Kurosaki, je ne suis pas près d’abandonner…
°0°0°
Ichigo garda un léger sourire toute la journée en cours. Tous le regardaient à cause de sa déclaration enflammée de la veille. Il se rendait compte de l’intérêt qu’il suscitait. À la pause déjeuner, il partit s’isoler sur l’un des toits de l’école. Il avait laissé son corps dans un endroit tranquille. Il regardait au loin et songeait à Hirako. Pouvait-il avoir une relation avec un homme ? Non ! Cela le rebutait…
Pourtant, lorsqu’Hirako l’avait embrassé, et pas qu’une fois, il avait apprécié. Sa présence, ses attentions, sa sollicitude… tout le touchait. Il devait bien se l’avouer : depuis que le blond avait refait surface dans sa vie, il reprenait goût à la vie. Et puis, la façon dont il s’était emporté quand il avait vu, hier, comment Heather pouvait considérer Hirako… Il pensa aussi au fait que le blond l’attendait chez lui, qu’il serait là pour veiller sur lui la nuit… Oui… Tout cela… « ‘tain ! Kami-sama… Ne me dites pas que je l’aime ? »
Pourtant… Il devint pâle. « Merde ! » Il retourna à ses cours d’anatomie. Il était concentré sur son travail. Il faisait abstraction de ce qui l’entourait. Ses amis revinrent à nouveau avec lui, et il se rendit compte qu’il était, en fait, très entouré. Et puis, il avait une fan-girl, maintenant. Celles-ci le suivaient et lui tenaient conversation, demandant même des nouvelles du blond. Bref, ce fut Heather qui, en fin de journée, se retrouva isolée…
Ichigo rentra à son appartement le cœur battant. Colin lui adressa un bonjour, Ichigo lui répondit avec un sourire. Le concierge regarda le jeune homme, qui reprenait vie sous ses yeux depuis l’arrivée de son ami.
Pour lui, cela ne faisait aucun doute : le blond tenait beaucoup au roux. Mais, jusqu’à maintenant, il avait du mal à cerner le roux. Pourtant, à le voir si « détendu »… Ouais ! Il y avait quelque chose entre ces deux-là ! Tant mieux pour le petit, comme il l’appelait. Il était trop triste et trop mélancolique pour son âge.
°0°0°
Ichigo se fit rapidement à manger… enfin, pour lui et Shinji. Il secoua la tête, encore sous le coup de son propre aveu. Comment pourrait-il faire face à Hirako, maintenant ? Il avait fini la salade et se dirigea vers son bureau pour commencer ses résumés. Il n’entendit pas le blond entrer, ni même ne le sentit, tant il était dans son monde.
Shinji fit un tour dans la cuisine et eut un sourire. L’orangé avait déjà mis la table, le repas préparé. Une vraie épouse, songea-t-il avec un sourire. Il avait posé ses clés sur le buffet et avait pris une cuillère pour goûter la cuisine du roux. Apparemment, une soupe miso… Humm… ça le changerait des trucs infects qu’on pouvait goûter en Angleterre. À quoi sa soupe miso ? Mais un crayon voltigea dans sa direction, et Shinji l’attrapa de sa main libre.
— Touche pas !
— Merde… je peux goûter, quand même !
— Non… c’est pas l’heure de manger…
— Tu l’as faite à quoi ?
— Nameko et tofu.
— Humm, et ?
— ‘tain… t’es gourmand !
— Allez… me fais pas languir !
Ichigo soupira…
— Je sais que tu aimes le Chikuzen-ni, alors j’en ai fait !
— C’est vrai ?
— Soulève le couvercle…
Shinji regarda le roux avec méfiance. Il souleva le couvercle du wok et vit la salade. Il se tourna vers Ichigo.
— Je savais pas que tu avais des talents de cuisinier…
— Je vis seul, et ma sœur, Yuzu, m’a fait un entraînement spécial avant que je quitte le Japon. Elle ne voulait pas que je meure de faim…
— Je penserai à la remercier chaleureusement. Elle fait de toi une bonne « épouse ».
— La ferme !
— T’as pensé au dessert ?
— Mais ça va pas ! J’ai pas fait de dessert… J’ai pas le temps. Sois heureux que je t’aie fait à manger…
— J’aime particulièrement le Suama… Alors, si un de ces quatre tu as le temps de m’en faire !
— T’es vraiment…
— Oui ?
— Je retourne bosser.
— Ichi…
— Quoi ? fit Ichigo en se retournant.
— Tu aurais le temps, ce soir, pour une balade ?
— Une balade ? Pas vraiment…
— On pourrait en faire une avant que je ne parte ?
— Tu pars quand, au fait ?
— Jeudi soir…
— Donc, soit ce soir, soit demain ?
— Ouais…
Ichigo réfléchit.
— Ce soir… Demain matin, j’ai pas cours. Tant pis, je mettrai le paquet demain matin. Pourquoi, au fait ?
— Humm… tu verras ! Au fait, je meurs de faim… On pourrait pas manger maintenant ?
Le roux haussa les épaules, se dirigea vers la plaque électrique et alluma un des feux. Il désigna une place au blond.
— Assieds-toi !
Ichigo passa un tablier et s’occupa des plats. Shinji avait posé un coude sur la table et sa tête reposait dessus. Il observait le profil de celui qui serait très vite son amant… Un sourire satisfait au coin des lèvres.
— On peut savoir ce qui te réjouit ?
— Rien de spécial…
L’étudiant haussa les épales et se tourna pour servir la soupe. Shinji l’apprécia. Franchement, il adorait la cuisine japonaise, et Ichi semblait un cordon-bleu là-dessus. Ils discutèrent de tout et de rien. Hirako était content que l’affaire de « leur relation » se tasse. Au moins, ça n’énerverait pas sa fraise. Pas besoin de le surmener avec son Hollow qui traînait dans les parages.
À la fin du repas, Shinji envoya l’oranger à ses cours. Il s’occuperait de la vaisselle. Quand il eut fini, il vint le voir et l’informa qu’il souhaitait l’emmener quelque part.
— Mais sous ta forme d’âme. On va utiliser le shunpo !
Ichigo parut surpris, mais haussa finalement les épaules. Il prit son badge de Shinigami remplaçant et sortit de son corps. Il plaça ce dernier sur son lit. Il se tourna vers Shinji, qui le regardait avec un sourire.
— Ça me rappelle des souvenirs…
— Arrête la nostalgie… Allons-y !
— Suis-moi !
Shinji passa par la fenêtre, accompagné par Ichigo. Le blond démarra, suivi de près par le roux.
— On va où comme ça ?
— Surprise…
— Je sais pas pourquoi… mais tes surprises me font toujours peur !
— C’est vrai que je te fais peur ? Ah, Ichi… Tu as peur de quelque chose dont tu ne devrais pas !
— Que veux-tu dire ?
— Tu n’as pas peur de te battre… tu n’as pas peur de mourir… mais tu as peur de tes propres sentiments…
— Raconte pas de conneries !
— Tu vois, dès qu’on aborde le sujet, tu parles de conneries…
— Je préfère rien dire !
— Bien sûr…
Hirako accéléra, et Ichigo fronça les sourcils. Que faisait-il ? Il entendit la voix d’Hirako, moqueuse, lui dire :
— Tu t’es affaibli, Ichigo !
— Tu vas voir…
Le roux accéléra et arriva à la hauteur de Shinji, qui accéléra à nouveau… Ils firent cela jusqu’à ce que le blond s’arrête net ! Ichigo s’arrêta plus loin et foudroya le Vizard devant lui.
— Ça va pas de t’arrêter comme ça ?
— On est arrivé !
— Où ?
Ichigo se tourna et vit qu’il était devant une plage. Rien de particulier à l’horizon… Il regarda Shinji, interrogatif.
— Viens…
Le blond descendit sur la plage. Il observa la mer devant lui.
— Que fait-on ici ? demanda Ichigo.
— Ne sois pas inquiet… Je voulais juste te faire changer d’environnement.
— Pourquoi ?
— Ichigo… Depuis quand n’es-tu pas sorti sans but, dans un endroit inconnu ? Je veux dire, uniquement pour te changer les idées.
— Qu’est-ce que tu racontes ?
— Réponds !
Ichigo leva les yeux et réfléchit… Finalement, il se dirigea vers un rocher, défit Zangetsu, le posa dessus et s’appuya contre la roche. Il avait les sourcils froncés.
— Je ne m’en souviens plus…
— As-tu repensé à tout ce que tu as vécu, « posément » ?
Ichigo semblait perdu. Le blond, lui, se dirigea vers un petit rocher. Il s’y installa. Il observa l’horizon, pensif.
— Moi, je le fais souvent. Je pense à tout ce que l’on a vécu depuis plus d’un siècle : la guerre, la disparition d’Hiyorie de ma vie… et les autres ! Je pense aussi à toi souvent… enfin, surtout ces derniers temps.
Shinji parlait plus à lui-même qu’à l’oranger. Il pencha la tête en avant. Il était soudain triste. Ses cheveux fins basculèrent en avant, cachant son visage. Un poids pesait sur ses épaules, qui semblaient soudain faibles. Ichigo ne sut quoi faire. Il était évident que Shinji ne cherchait rien, juste à faire le constat de tout ce qui s’était passé loin derrière lui… Bien plus longtemps que lui n’avait eu à subir. Et celle qui avait toujours été avec lui était partie.
Ichigo se détacha de son rocher et s’assit à côté du blond. Son corps effleurait celui de Shinji. Il regardait au loin, et ses pensées dérivèrent sur sa vie, de ses quinze ans à maintenant… Quatre ans de combats, ou presque, intenses…
Que pouvait ressentir Shinji, pour qui tout cela avait duré plus de cent ans ? Il prit sa tête dans ses mains et fit courir ses doigts dans ses mèches courtes. Il soupira. Il repensa à toutes ces années à courir, à pourchasser les Hollows, à la Soul Society, à Rukia, Renji, mais aussi Inoue, Chad, Uryuu, Urahara et Joruichi, Tessaï, Ginta et Ururu… Tous ceux qu’il avait laissés derrière sans se retourner. Plongé dans ses souvenirs, Ichigo s’endormit. Sa tête tomba sur l’épaule d’Hirako. Ce dernier la laissa en place sans rien dire !
°0°0°
— Ichigo… eh, Ichigo, réveille-toi ! s’écria Shinji. ‘Tain, pourquoi je t’emmène dans un lieu pareil si tu t’endors.
— Excusez-moi… fit la voix ensommeillée d’Ichigo.
— Tu es fatigué ?
— J’avoue que je suis encore groggy. Tes pilules ont un drôle d’effet, à force.
— Regarde plutôt… Et Shinji lui montra l’immensité de la mer devant eux.
Le soleil se couchait, et Ichigo put voir les couleurs se mélanger. Doucement, la nuit fit place à ce somptueux coucher de soleil. Bientôt, la lune apparut. Shinji laissa échapper un petit rire narquois.
— Que t’arrive-t-il encore ? marmonna Ichigo.
— J’aurais jamais cru qu’un jour, j’emmènerais un type voir un coucher de soleil de façon « si romantique ».
— Tu crois que je perdrai cette bataille ?
Shinji savait de quoi il voulait lui parler.
— T’es con parfois… enfin, souvent. Tant que je serai là, je t’empêcherai de perdre la raison. Ichigo… je ne suis pas doué pour ce genre de chose… Mais veux-tu reconsidérer ma demande ? Veux-tu sortir avec moi ? Tu y as réfléchi ?
Le Shinigami le regarda avec surprise. Le Vizard, lui, l’observait avec beaucoup de sérieux, tout sourire ironique ayant quitté son visage. Il n’était pas mal à l’aise, ni traversé par un sentiment qui aurait pu le rendre confus d’avoir fait une déclaration à un autre homme, alors qu’il était considéré comme un véritable coureur de jupons. Non, il attendait patiemment la réponse du jeune homme devant lui.
— Shinji… tu sais qu’en ce moment, je ne suis pas au mieux de ma forme, et je pense être plus un poids pour toi qu’autre chose. Ne m’en veux pas… Mais je refuse de me servir de toi…
— Connard ! Je m’occupe déjà de toi ! Disons qu’on mettrait dans le programme une partie plus « agréable » à notre relation actuelle. À moins que mon âge soit un obstacle ? Ou plutôt que je sois blond ? T’as quelque chose contre les blonds ?
— Crétin…
Ichigo lui prit le visage entre ses doigts et posa sa bouche sur la sienne pour un chaste baiser, juste pour le faire taire !
— C’est ta réponse ?
— …
Shinji s’assit sur les genoux de l’homme qui lui faisait face, passa les mains autour de son cou et l’embrassa. C’était doux et chaud. Le piercing d’Hirako jouait sur la langue d’Ichigo.
— Je t’aime, Shinji… J’ai mis du temps avant de m’en apercevoir…
— Moi aussi, grand crétin…
Il souriait, moqueur, mais son regard exprimait une grande tendresse.
— Fais-moi une promesse !
La voix d’Ichigo était anxieuse.
— Laquelle ?
— Celle que nous resterons toujours ensemble.
Ichigo fut soudain effrayé que le blond ne l’abandonne, comme la Soul Society l’avait fait !
— Arhhh… gamin ! Si ça peut te faire plaisir… On n’est pas près de se quitter. Je resterai auprès de toi… pour toujours ! avait-il soupiré au creux de son oreille.
Shinji fit basculer la tête de l’oranger devant lui et plongea ses yeux bruns clairs dans ceux, ambres. Il avait l’impression d’y trouver toutes les réponses dont il avait besoin, pour l’instant. Et cela lui suffisait…

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)