Jeudi 11 décembre 2008
Ichigo dormit comme une masse jusqu’au lendemain, peu avant midi. Il n’avait pas entendu son père et ses sœurs rentrer. Il se leva lentement et eut un léger sourire. Il ne s’était pas senti aussi en forme depuis quelque temps. Et puis… Hirako était de retour ! Le voir la veille au soir l’avait vraiment soulagé. Mais ce qui dominait dans son cœur, c’était la joie de lui avoir parlé et d’avoir pu le toucher. C’était tellement important pour lui.
Il se leva d’un bond et se dirigea vers son armoire. Il sortit des sous-vêtements et prit des vêtements propres. Il traversa la pièce et vit Yuzu dans la cuisine, en train de confectionner le dîner.
— Yuzu ! Bonjour…
— Ichigo.
La jeune fille quitta la cuisine pour se diriger vers lui, ravie. Elle enlaça son frère et posa la tête sur son épaule.
— Je suis soulagée… Enfin, tu as bonne mine.
— Merci…
— Tu vas où ?
— Prendre ma douche…
— Vraiment, tu as meilleure mine. C’est incroyable ! Ce sont les médicaments qu’« il » t’a donnés, ou le fait de le voir, qui te donne bonne mine ?
Ichigo eut un petit sourire. Il n’avait pas l’intention de le cacher à sa sœur. La relation entre Hirako et lui, la veille, était assez évidente.
— Les deux.
— Tu l’aimes beaucoup… n’est-ce pas ?
— Oui.
— C’est ce que je pensais. Je n’ai rien dit à papa. J’en ai juste parlé à Karin…
Ichigo fit la grimace.
— Oh… j’imagine sa réaction.
— Tu serais surpris. Elle a dit qu’elle s’en fichait que tu sois gay, du moment que tu te portais mieux !
— Ouais… Bon, je vais me laver. Ils sont partis où ?
— Oh… Karin voulait faire un dernier tour dans la ville avant de prendre le déjeuner. On part demain après-midi pour Londres.
— Vous partez ?
— Bah… papa voulait rester. Mais comme j’ai vu que tu avais plus besoin de ton petit ami que de nous… Karin et moi, on a décidé de suivre notre programme initial. Comme ça, tu pourras le voir comme tu veux !
— Je suis désolé…
— De quoi ? C’est merveilleux d’être amoureux comme ça ! fit doucement sa sœur. Je n’aurais pas pensé que tu tombes amoureux d’un homme… Mais il a l’air de tenir autant à toi que toi à lui. Je trouve ça magnifique ! Je pense que peu de personnes s’aiment comme vous avez l’air de vous aimer !
Ichigo rougit légèrement. Il se tourna vers la salle de bain et maugréa :
— Je vais prendre ma douche.
— Oui… Oui… va prendre ta douche, dit-elle gênée par sa franchise soudaine.
Ichigo s’enferma dans la salle de bain. Il fit couler l’eau chaude et entendit la voix de son père passer au-dessus du ruissellement de l’eau. Il se lava les cheveux et sortit assez rapidement. Il se sécha, passa ses sous-vêtements, se rasa et enfila sa montre. Il finit par s’habiller complètement et rangea la salle de bain.
Lorsqu’il sortit enfin, il tomba sur son père, qui voulut lui coller son poing en travers de la figure. Il l’évita et se dirigea vers la cuisine en se grattant la tête.
— Au fait, Yuzu, t’as préparé quoi à manger ?
— Oh… de la soupe miso, et j’ai fait aussi une salade d’asperges avec du tofu, du gomoku maze gohan et du poulet frit. Ah oui… j’avais préparé des nuka-zuke la dernière fois, on va pouvoir les manger !
— C’est super agréable de ne pas avoir à faire la cuisine…
— Et j’ai préparé aussi des kusa mochi en dessert !
— Hum…
— Fils ! C’est quoi cette tête ?
— Pardon ?
Isshin avait investi la cuisine et regardait son fils, qui semblait en pleine forme. Chose qu’il aurait cru impossible, durant la semaine qu’il avait passée avec lui.
— C’est parce qu’on s’en va que tu as cette superbe mine ?
— Euh… non, juste parce que j’ai réussi à avoir un sommeil récupérateur.
— Faudra qu’on pense à t’assommer plus souvent, alors ! fit Karin, mi-figue mi-raisin.
— Comment ça, assommer ? fit Isshin.
Karin regardait son frère avec un léger sourire narquois. Ichigo ne baissa pas le regard et la fixa sans broncher.
— Au moins, une présence masculine te suffit, apparemment ! finit-elle par dire…
— Karin ! reprocha Yuzu.
Mais Ichigo posa la main sur son bras.
— Laisse, Yuzu.
— Mais…
— Je n’ai pas besoin de me justifier. Je suis assez grand pour prendre mes responsabilités.
Karin rougit légèrement. Elle se rendit compte qu’elle jugeait son frère… Et Isshin fit glisser un regard sur chacun de ses enfants. Que se passait-il entre eux ? Yuzu finit par dire :
— Sortez les couverts et les assiettes, le dîner est prêt !
— Je vais le faire, Ichigo ! fit Karin.
Et elle se précipita pour mettre la table.
Isshin et Ichigo parlèrent de sa première nuit de travail. Le père d’Ichigo replongea avec nostalgie dans ses propres années d’études. L’après-midi, la famille Kurosaki fit un dernier tour dans la ville d’Oxford. Ses sœurs avaient engagé un concours des meilleurs souvenirs. Elles prirent beaucoup de photos avec leur père, leur frère, les monuments…
Finalement, ils mangèrent au restaurant de bonne heure et Ichigo rentra seul, ses sœurs et son père étant partis au cinéma. Il prit ses affaires et se dirigea, le cœur battant à tout rompre, vers sa première nuit de « travail ».
°0°0°
En fait, la nuit fut calme. Le personnel était assez sympa et la douceur de la nuit ne fut pratiquement pas troublée par le moindre incident. Ichigo avait été admis en gériatrie pour sa première année ! Il y eut un décès et il utilisa une pilule mode soul pour pouvoir aller faire son travail de shinigami. Le retraité qui l’avait reconnu en fut tout surpris. Le petit vieux le remercia et accepta le konso avec soulagement.
Ichigo se dépêcha de réintégrer son corps. Il se familiarisa avec les plannings et les tours de service. On lui expliqua en détail ce qui était attendu de lui. Lorsqu’il arriva à sept heures du matin, il n’avait rien vu passer. Il était fatigué, certes, mais heureux.
Il sortit de l’hôpital et ne vit pas arriver sur lui une présence familière…
— Devine qui est là ?
— Shinji… Arrête de faire l’andouille !
— Ichi…
Ichigo se tourna vers Hirako et fut surpris d’y découvrir une certaine lueur. Ils marchaient l’un à côté de l’autre quand, tout à coup, les deux hommes se crispèrent en entendant une voix féminine qu’ils ne s’attendaient pas à entendre de si bon matin !
— Oh… Que voyons-nous là ? Deux amoureux !
Ichigo se tourna et vit Heather, en compagnie de deux autres élèves de première année, ainsi que de deux jeunes femmes faisant partie du personnel soignant de l’hôpital.
— ‘tain, Ichigo… Le jour où tu es sorti avec elle, t’avais bu combien de verres d’alcool ?
— Aucun !
— T’as même pas cette excuse-là ?
— Même pas ! maugréa le roux.
Heather s’approcha d’eux, narquoise.
— Alors, vous partez vous envoyer en l’air ?
— La ferme, la grue ! Déjà, de bon matin, tu trouves les bons mots… Faut pas demander le soir !
— Hum… Alors, tu viens chercher ton chéri… Que c’est mignon !
— Au moins, j’ai quelqu’un à aller chercher… Et toi ?
— Imbécile !
Hirako prit son air moqueur et continua…
— Vu comment tu as l’air d’assommer les hommes aux premières lueurs du jour, je ne trouve pas étonnant, finalement, qu’Ichigo se soit retourné vers un homme…
— Fumier !
Hirako rit doucement et, finalement, se tourna vers Ichigo et lui dit :
— Je n’ai pas envie de perdre mon temps ici avec des bavardages inutiles. Nous avons autre chose de plus important à faire !
Ichigo haussa un sourcil, salua finalement les trois femmes qui accompagnaient son ex, et ils quittèrent les lieux tranquillement. Ils ne se touchaient pas et marchaient l’un à côté de l’autre comme l’auraient fait des amis. Ils entendirent Heather hurler son dépit et se faire reprendre par une des femmes faisant partie du personnel.
Ichigo marchait sans rien dire, Shinji non plus, d’ailleurs… Lorsqu’ils furent sûrs de ne plus être dérangés… Leurs mains se croisèrent et s’enlacèrent. Ils eurent le même geste en même temps. Ils ne se regardaient pas. C’était inutile…
Au bout de quelques minutes de marche dans la ville, Shinji poussa Ichigo dans une allée sombre. L’orangé fut plaqué contre le mur et sentit deux mains l’enlacer, ainsi qu’une haleine tiède contre sa joue.
— Tu sais que tu m’as terriblement manqué et que j’avais une furieuse envie de t’embras…
Ichigo ne le laissa pas finir sa phrase et enlaça Shinji autour du cou pour prendre ses lèvres furieusement. Le blond réagit instantanément à la caresse. Il enlaça la taille du roux et le plaqua un peu plus contre le mur. La langue de Shinji franchit la barrière de ses lèvres et Ichigo chercha la langue de Shinji, fiévreusement. Il en profita pour jouer avec son piercing.
Les mains d’Ichigo jouaient avec les cheveux blonds et souples, tandis que celles d’Hirako glissaient sous sa veste légère et s’attaquaient à sa chemise. Leurs souffles, leurs haleines, leurs halètements se mélangeaient. Ichigo gémit lorsqu’une des mains de son amant remonta le long de son buste pour taquiner un téton. La bouche de Shinji glissa le long de sa gorge et descendit lentement vers la clavicule du jeune homme.
— Shin.. ji ! Je… on ne peut pas faire ça ici !
Le blond se redressa et le regarda, entre ses paupières mi-closes, l’homme entre ses bras. Il le trouvait vraiment désirable avec ses yeux dilatés par le désir et ses paupières lourdes, sa bouche entrouverte et ses vêtements défaits. Il pourrait le croquer tout de suite…
Ichigo reprit lentement…
— Cet après-midi, mon père et mes sœurs repartent…
— Oh… alors, je vais pouvoir emménager chez toi à nouveau ?
— Oui…
— Alors…
Shinji plaqua à nouveau son corps contre celui de son amant et lui murmura à l’oreille :
— Cela veut dire que nous pourrons reprendre nos activités « agréables » très prochainement ?
— Shinji… Tu ne penses qu’à ça ?
— Toi aussi ! Sinon, tu ne m’aurais pas embrassé comme tu l’as fait !
Ichigo observa son amant et eut un petit sourire.
— C’est vrai… J’ai terriblement envie de reprendre nos activités…
— Qu’est-ce que je disais ! grommela Shinji.
— Il faut attendre jusqu’à cet après-midi…
— Hum… ça va être long… murmura Hirako contre la bouche d’Ichigo.
— Je suis assez d’accord avec toi !
Ichigo retint un bâillement.
— Allez, on rentre, sinon tu vas nous refaire une rechute.
Ichigo se réajusta et reprit la main de Shinji. Arrivé à l’arrêt de bus, seul un de leurs doigts était accroché. Ils ne se parlaient plus… Pas besoin. Ils montèrent dans le bus et prirent un siège. Un doigt toujours accroché à l’autre : c’était comme un petit lien qui les unissait.
Finalement, ils se levèrent et marchèrent tranquillement, côte à côte, dans la rue qui s’animait doucement. Hirako l’accompagna jusque dans le hall de la maison. Colin les salua et Ichigo lui répondit chaleureusement… Shinji le regarda brièvement mais ne répondit pas.
Colin s’en moquait… Il avait bien compris que le blond n’était pas du genre à sympathiser. Mais malgré tout, il l’aimait bien. Il ne savait pas pourquoi et ne chercha pas à creuser, d’ailleurs. Il retourna à l’arrière de sa loge et laissa les deux hommes tranquilles.
Shinji s’avança et agrippa le revers de la veste d’Ichigo.
— Ah, tout à l’heure… Tu me téléphones pour me dire quand je peux aménager chez toi à nouveau ! lui murmura le blond contre ses lèvres.
Ichigo glissa une main dans ses cheveux, finit par refermer l’espace entre leurs lèvres et prit sa bouche avidement.
— À tout à l’heure…
— Repose-toi !
Le blond et le roux se quittèrent d’un commun accord et Ichigo grimpa rapidement les marches qui le conduisaient à son appartement. Hirako sortit rapidement et, au premier endroit tranquille, disparut dans les airs au shunpo. Il avait le cœur plutôt léger en sachant qu’il allait pouvoir, à nouveau, vivre avec sa fraise !
°0°0°
Ichigo embrassa une dernière fois sa famille. Colin observa la scène. Il voyait bien que le roux semblait affecté par ce départ, mais beaucoup moins que lorsque le blond avait été absent ! Tss… les jeunes ! Il reprit son travail.
Ichigo, quant à lui, retourna à son appartement…
Il se trouva bien seul. Il avait dormi toute la matinée et on l’avait réveillé pour quatorze heures ! Il était heureux de partager son repas une dernière fois, avant quelque temps, avec sa propre famille. Cela lui avait fait bizarre : quand tous les bagages avaient disparu de l’appartement et qu’il s’était retrouvé brutalement seul, il avait eu un choc.
Il alluma la télé et se dirigea vers son téléphone portable, qu’il avait abandonné sur son bureau. Il composa le numéro de son amant…
— Shinji ?
— Ils sont partis ?
— Oui…
— Très bien… j’arrive !
Ils raccrochèrent et Ichigo se demanda ce qui l’attendrait au cours des prochaines années avec le blond. Allait-il être heureux ? Pourrait-il être médecin ? Lui et Shinji… était-ce pour toujours ? Il l’espérait.
Il avait ouvert sa fenêtre et, lorsqu’il sentit le reiatsu familier derrière lui, il se retourna et ne se posa plus de questions. L’amour de sa vie était là ! Et c’était tout ce qui comptait pour lui. Le blond abandonna sa valise, ferma la fenêtre derrière lui et rabattit les doubles rideaux. Il jeta sa casquette et marcha vers l’orangé, qui représentait désormais toute sa vie !

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