Samedi 13 décembre 2008
Ichigo avait attendu un peu avant de rentrer, mais il ne vit pas Heather sortir. Il entra, fulminant intérieurement. C’était quoi, ça… De quoi se mêlait-elle ? Il traversa l’appartement, furieux, prit une douche, puis se dirigea vers le réfrigérateur et se servit une bière. Il fit du café et prépara le petit déjeuner de Shinji. Il était si en colère qu’il se demandait s’il parviendrait à dormir.
Il touillait distraitement la soupe miso lorsqu’il sentit deux bras l’enlacer et une tête se poser entre ses omoplates. Une voix ensommeillée demanda :
— Tu as bien travaillé ?
— …
Après un court silence, Shinji reprit :
— Ichi ? Quelque chose ne va pas ?
— Je vais la tuer ! menaça Ichigo en colère.
— Qui ? La grue ? fit son amant, moqueur. Elle n’en vaut pas la peine.
— Tu parles !
Ichigo se retourna, hors de lui.
— Elle est passée au bureau du personnel pour dire que j’étais gay. Que cette relation était récente et que je ne mettais pas de préservatif ! Alors, ils m’ont fait passer un test VIH pour être sûrs que je n’étais pas séropositif, et j’ai dû enchaîner avec un dépistage complet des IST. J’ai été humilié ! Le pire, c’est qu’on m’a mis à l’accueil. Je m’occupe de la paperasse et je n’ai plus le droit d’approcher un patient !
Ichigo claqua la cuillère dans l’évier et sortit de la cuisine, à bout de nerfs.
— Le VIH, c’est le truc du sida ?
— Oui !
— Hum… Les humains ont peur de cette maladie…
— Le mot est faible. Et au fond, c’est compréhensible. Mais je ne représente un danger pour personne.
— Je n’ai pas de maladie et toi non plus !
— On le sait, nous… Mais eux ne savent pas que tu es un Shinigami. Bon, un Vizard… ne me regarde pas comme ça ! Et moi, ils avaient déjà mes résultats du début d’année : je n’avais rien non plus !
— Cette fille commence vraiment, mais alors vraiment, à me casser les pieds !
— Merde ! Le petit déjeuner…
Ichigo retourna à la cuisine et rattrapa la soupe miso de justesse. Il prépara des bols et y versa le contenu brûlant. Il reposa la casserole et sentit, une fois encore, les bras de son amant l’enserrer.
— Tu sais que tu n’as rien à craindre au niveau des maladies. Donc tu sais que le test sera négatif. Maintenant, il reste cette Heather…
Ichigo scruta l’homme devant lui. Shinji embrassa doucement son amant.
— Viens. On déjeune, et après tu vas te coucher… Sinon, ce soir, tu ne pourras pas aller travailler.
Ichigo regarda sa montre et grimaça : il était presque neuf heures du matin. Il se dirigea vers la table dressée et mangea. Il s’apprêtait à débarrasser, mais son amant l’envoya au lit. Ichigo s’endormit à peine sa tête posée sur l’oreiller.
Un peu plus tard, Shinji passa et observa quelques minutes le Vizard endormi. Son visage ne trahissait aucune expression. Il quitta la chambre, se dirigea vers la porte d’entrée et descendit rapidement l’escalier. Dans le couloir, il croisa Colin. Ce dernier se posa encore la même question… Comment faisait-il pour entrer ? Il le voyait toujours sortir, mais jamais entrer. Y avait-il un tour de magie ?
°OoO°
Shinji parcourut la ville à la recherche de la présence de sa proie, et finit par la repérer. Il la suivit discrètement. Son visage était fermé, son regard glacé. Il vit la jeune femme se séparer un à un de ses amis. Finalement, elle se retrouva seule. Un léger sourire étira ses lèvres… Enfin !
Heather marchait rapidement. Elle détestait ce quartier, mais si elle voulait rentrer chez elle, elle n’avait pas d’autre choix que de traverser ce lieu presque désert. Tout à coup, elle eut l’impression qu’un écran se formait autour d’elle. Elle fronça les sourcils et avança. Finalement, elle sentit une résistance : comme si une barrière invisible s’était dressée devant elle.
C’était quoi, ça ?
Elle posa les mains devant elle et se mit à tâtonner, comme une aveugle. Elle distinguait une légère paroi opaque, mais était incapable de la franchir. Son cœur se mit à battre très vite. Elle était prise au piège ?
Heather recula lentement, effrayée. Elle vit une personne passer de l’autre côté de la barrière et voulut l’appeler.
— Hé ! Vous m’entendez ? Je suis prisonnière… Aidez-moi ! hurla-t-elle, en voyant la personne continuer sans l’apercevoir ni l’entendre.
Un petit rire, de ceux qui glacent le sang, résonna. Bon sang… c’était le tournage d’un film d’horreur ? Elle crut que son cœur allait exploser tant il battait fort. Elle se tourna dans tous les sens pour trouver la source du rire… Personne.
— Montrez-vous ! ordonna-t-elle.
Le rire se fit entendre à nouveau, agaçant et ironique. Heather sentit la colère monter.
— Ce n’est pas drôle… Je vous demande d’arrêter. C’est stupide !
— Stupide ? fit une voix masculine, doucereuse.
— Où êtes-vous ?
— Lève la tête, la grue !
Heather leva le visage et blêmit. Hirako Shinji était là, la tête à l’envers, suspendu dans le vide. Comment réussissait-il ce trucage ? Il se mit à marcher comme s’il descendait un escalier invisible, tout en effectuant une rotation qui lui remit la tête à l’endroit. Il s’approchait lentement, un sourire carnassier aux lèvres, en contraste avec ses yeux froids où une lueur mauvaise s’était allumée. Un frisson glacé dévala la colonne vertébrale de Heather.
Ce n’était plus le même homme que celui aux répliques seulement cinglantes. Une peur profonde s’incrusta dans ses os à mesure qu’il avançait. Elle vit ses yeux changer : le blanc devint noir, et ses iris, auparavant brun clair, prirent une teinte d’or. Une aura noire flottait autour de lui. Un courant d’air froid semblait s’insinuer en elle. Elle recula, pas à pas.
— Arrêtez ! cria-t-elle.
— Pourquoi ? fit Shinji.
— Si c’est une plaisanterie, elle n’est pas drôle.
— Ce n’est pas une plaisanterie. C’est clairement une menace.
La voix était cinglante.
Shinji se tenait à présent devant elle. Il se pencha et l’enveloppa de son reiatsu. La jeune femme crut défaillir. Elle respirait à peine.
— Que me voulez-vous ?
— Ichigo…
— Quoi, Ichigo ? C’est parce que j’ai dit qu’il était homo ?
— Tu lui pourris la vie depuis qu’il t’a quittée. Tu lui fais encore un seul coup bas comme celui-là… je te tue !
— Vous irez en prison… suffoqua-t-elle.
Shinji éclata de rire.
— Je n’existe pas, petite Heather. Je suis déjà mort, et je ne suis ici que pour Ichi. Comprends bien que si tu touches encore à Ichigo, d’une façon ou d’une autre, ou par l’intermédiaire d’un tiers, je ne me gênerai pas. Ichi est très gentil : il ne ferait jamais ce que je suis en train de faire… Mais moi, je n’ai pas sa classe. Je ne l’ai plus, devrais-je dire… Non. Je ne l’ai pas quand on s’attaque à lui !
— Ne dites pas n’importe quoi… Vous n’êtes pas mort ! C’est quoi…
Shinji ricana.
— C’est vrai que tu connais beaucoup d’humains capables de créer une barrière dimensionnelle ? Beaucoup qui peuvent défier les lois de l’apesanteur ? Beaucoup qui peuvent créer ceci…
Le blond invoqua son Hollow, et Heather se recula jusqu’à la barrière. Shinji sortit son zanpakutō et le plaça sous la gorge de la petite brune.
— Comprends bien que quand je lance une menace… ce n’est pas en l’air. La moindre tentative, et tu es morte. Moi, ça ne me fait pas peur, et Ichi ne se doutera de rien… Car, étant un Dieu de la Mort, je peux te donner n’importe quelle mort qui paraîtra parfaitement naturelle.
Shinji plaça son masque sur le côté et se pencha vers la jeune femme, au point que son visage frôle le sien. Il fit glisser sa langue sur sa peau veloutée. Elle ne put réprimer un frisson de dégoût et de peur. Son sabre, et cette présence malsaine, lui glaçaient le dos. De si près, tandis que le masque disparaissait et que ses yeux reprenaient leur couleur, elle voyait bien qu’il ne s’agissait d’aucun trucage.
Elle finit par hocher la tête.
— Brave petite… murmura Shinji à son oreille.
— Partez ! Vous me dégoûtez…
— C’est amusant : je fais l’effet inverse sur Ichi.
La voix redevint légère.
— Allez en enfer, tous les deux ! hurla-t-elle, désespérée.
— Ça, c’est déjà fait ! On ne t’a pas attendue pour ça… ironisa le blond.
— Ichi sait pour vous ?
— Ichi et moi, nous sommes pareils.
— Comment pareils ? Ichi est humain…
— En es-tu sûre ?
Heather était terrorisée. Elle voulait sortir de là, ne plus penser. Shinji recula et disparut de son champ de vision. La barrière se dissipa. La jeune femme se précipita dans la rue et rentra chez elle à bout de souffle, le cœur prêt à rompre. C’était quoi, ce type ?
Elle ferma la porte à double tour quand, derrière elle, la voix ironique de Shinji retentit.
— Ainsi, c’est ici que tu vis ?
Elle se retourna avec peine. Ses yeux s’écarquillèrent, ses pupilles se dilatèrent. C’était pire qu’un film d’horreur. Hirako était assis sur le rebord de sa fenêtre ouverte, au cinquième étage de la résidence.
— N’oublie pas, la cruche… Encore un mot, un geste ou une action contre Ichigo, et je m’occupe personnellement de ton cas !
Elle voulut répliquer, mais l’homme disparut, comme par enchantement. Elle se précipita à la fenêtre : il n’y avait personne. Elle la referma, puis se laissa glisser contre le mur, assise sur le sol.
C’était quoi, ce type ?
°0°0°
Ichigo sentit qu’on le secouait doucement. Il grogna et voulut s’enfouir sous la couverture.
— Ichi, réveille-toi !
— Mmmm…
— Il est 19 h 30 !
Le roux se redressa d’un coup et regarda le blond, hagard.
— Ce n’est pas vrai ?
— Non… Il est 17 h 30, en fait !
— Ooohhh…
Le jeune homme se replongea sous la couette en gémissant.
— Ichi… Je t’ai préparé quelque chose à manger. Et puis, j’ai pensé qu’on pourrait se balader un peu aussi. Il fait vraiment beau, tu sais.
Ichigo sortit lentement de sous les draps et observa, les yeux mi-clos, le blond.
— Tu veux aller quelque part en particulier ? demanda Ichigo.
— Non… Je voudrais juste prendre l’air. Et puis, je voudrais te montrer où on s’entraîne. Comme ça, tu pourras nous rejoindre et venir te dégourdir avec nous.
— Nous ?
— Aaarrrhhh ! Qui, à ton avis ?
Ichigo leva la main et caressa la joue un peu rugueuse du blond.
— Y en a tant que ça, des nouveaux Vizards ?
— Hum… On ne sait pas exactement, mais depuis la fin de la guerre, je dirais une bonne centaine, répartis un peu partout !
— Vraiment ?
— Hum… Peut-être plus. Ça prend du temps de tous les former… Personnellement, je pense qu’il y en a encore davantage. Allez, lève-toi !
Ichigo se redressa et s’essuya les yeux. Il fit glisser ses jambes hors du lit, puis se leva. Shinji lui lança un regard si chaleureux qu’Ichigo en fut troublé.
— Quelque chose ne va pas ? demanda le roux.
— Non… Rien ! Je suis heureux, c’est tout.
Ichigo lui rendit son sourire. Il réduisit l’espace entre eux, l’enlaça et embrassa doucement ses lèvres.
— Je t’aime, Shinji… murmura Ichigo à son oreille.
Le blond fut si surpris par la déclaration qu’il ne dit rien. Son cœur s’accéléra, et une grande chaleur l’envahit.
— Idiot… chuchota le blond. Mais… moi aussi. Et tellement…
— Je le sais…
Ils s’observèrent quelques minutes, sans rien dire. Il n’y avait plus rien à dire, de toute façon. Shinji glissa ses bras autour du cou d’Ichigo, ferma les yeux et enfouit son visage dans le creux de son cou. Il savourait la douceur qui émanait du jeune homme.
— Ichi… ne me quitte jamais.
— Crois-tu seulement que je le pourrais ?
Ils restèrent silencieux un moment, puis finirent par se séparer. Ils grignotèrent rapidement quelque chose. Ichigo se prépara et s’habilla comme pour aller travailler. Shinji lui avait dit qu’ils mangeraient dans un self, et qu’ils pourraient ainsi passer plus de temps ensemble dans l’entrepôt où ils iraient s’entraîner quand Ichigo aurait des jours de congé.
Ils se quittèrent sur le pas de la porte de l’hôpital. Dans le hall d’entrée, Ichigo croisa Heather, par hasard. Elle parut complètement terrifiée en le voyant et disparut en quelques secondes.
Ichigo fut convoqué par le médecin-chef, qui l’avertit qu’Heather avait avoué l’avoir calomnié. Que s’était-il passé pour que la petite brune change du tout au tout ? Il songea à Shinji… Il en aurait le cœur net.
Cela lui avait semblé étonnant que le blond n’ait pas explosé ou dit quoi que ce soit… Ichigo esquissa un sourire. Quoi qu’ait fait Shinji, c’était radical. Il travailla le cœur léger, cette nuit-là, retrouva ses activités normales, et rentra apaisé.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)