Ichigo regardait par le hublot de l’avion… Dans moins d’une demi-heure, il foulerait de nouveau le sol japonais. Il s’enfonça dans son siège et soupira.
Cela faisait un peu plus de sept ans qu’il avait quitté Karakura et sa vie tourmentée de shinigami remplaçant. Le temps avait filé ! Il s’en souvenait encore comme si c’était hier… la guerre contre Aizen et le Hueco Mundo.
Une fois tout cela terminé, il y avait eu quelques explications… entre lui et son père. Il avait appris que son véritable nom de famille n’était pas Kurosaki, mais Shiba…
Son père et sa mère avaient fui la Soul Society parce que sa mère avait été mutée près du Roi et qu’il leur était impossible, à Isshin et à celle qui allait devenir sa femme dans le monde des humains, d’endurer cette séparation.
Ils s’étaient enfuis ensemble… Ichigo se souvenait du choc qu’il avait ressenti en voyant son père arborer l’uniforme des shinigami et l’haori des capitaines. Ce dernier avait joué les crétins si longtemps… que son fils n’arrivait pas à faire coïncider l’image du père shinigami avec celle du père médecin. Et le pompon, pour lui, c’était encore la relation qu’il entretenait avec Ryûken Ishida et Urahara Kisuke… Décidément, tout cela lui avait paru être un drôle d’imbroglio.
Mais, finalement, ce n’était pas ce qui l’avait le plus choqué… Le pire avait été lorsque le capitaine-commandant Yamamoto, conjointement avec le nouveau Sôtaichô Ukitake, l’avait convoqué pour lui annoncer qu’après la guerre — alors même qu’il avait sauvé la Soul Society — il devrait mener une vie « normale » et presque oublier ce monde. Il ne reviendrait à la Soul Society qu’au moment de sa propre mort… Cela l’avait profondément perturbé.
De retour chez lui, d’un commun accord avec ses camarades de classe, il avait réintégré une vie civile rangée… Kurosaki avait fini par sortir avec Orihime. En y repensant, un nouveau soupir s’échappa de ses lèvres. I
l était resté un an à Karakura pour terminer le lycée et s’était assuré d’obtenir les meilleurs résultats à ses examens. Il fronça les sourcils, se remémorant ce sentiment de vide qui l’habitait alors. Il avait vécu une brève passion avec Orihime, mais elle s’était vite essoufflée : au fond, ils n’avaient vraiment rien en commun…
Il avait décidé de partir en Angleterre pour faire ses études de médecine.
Pendant un an, il avait retourné le problème dans tous les sens. À l’époque, repartir du bon pied signifiait quitter le Japon et oublier tout ce qui se rattachait aux shinigami, à la Soul Society, mais aussi oublier Uryû, Chad, Keigo, Tatsuki et Orihime. Quelque part, il se sentait lâche… mais au moins, il vivait.
Il avait aimé sa vie en Angleterre. Non… pour lui, c’était le plus précieux des trésors. Il était devenu indépendant, réfléchi, beaucoup plus mature. Il s’était fait bon nombre d’amis — plus qu’au Japon — et s’était amusé, malgré quelques épreuves.
Il était sorti avec plusieurs filles et s’était investi dans ses études. Mais surtout, Shinji Hirako était entré dans sa vie. L’amour de sa vie ! Il n’avait que ces mots pour qualifier leur relation extraordinaire. L’ex-capitaine de la 5e division avait débarqué telle une tornade… pour ne plus jamais en sortir.
Ichigo regarda son alliance, qui luisait doucement. Il n’était pas près de rompre cette relation ; leur mariage représentait tant pour lui. Il repensa à leur séjour en Espagne et un sourire lui vint aux lèvres, en songeant à leur lune de miel. Son sourire s’éteignit aussitôt.
Il revenait aider son père à Karakura, contre l’avis de ses amis et de son mari. Il s’était convaincu qu’il avait tourné la page du shinigami remplaçant… Pourtant, les craintes de Shinji le mettaient mal à l’aise. Il lui avait téléphoné avant d’embarquer, et un silence s’était installé entre eux.
Entre-temps, l’avion avait atterri. Ichigo sortit de l’appareil et récupéra ses bagages. Malgré sa couleur de cheveux et son éternelle coupe en pétard… Kurosaki était devenu un très bel homme.
Plus grand qu’à seize ans, il mesurait désormais 1,86 m. Ses traits s’étaient adoucis tout en gagnant en maturité. Sa carrure athlétique attirait les regards des femmes — et même de certains hommes. L’ancien shinigami se pencha pour attraper sa valise et son sac à bandoulière.
Il pensa aux cadeaux qu’il avait apportés pour Karin et Yuzu… Il sourit à l’idée de revoir ses sœurs. Il traversa rapidement la zone de débarquement et aperçut son père, ainsi que les deux jumelles. Elles avaient bien grandi depuis le temps… Il se corrigea avec un sourire : « Bien grandi », elles avaient maintenant vingt-trois ans. Comme le temps passait vite, songea-t-il encore.
Yuzu ressemblait trait pour trait à sa mère, et Karin à son père. Yuzu lui sauta au cou en poussant de véritables cris de joie… Karin, moins démonstrative, lui donna une tape dans le dos comme l’aurait fait un gars.
Il serra tendrement sa petite sœur dans ses bras et fit un clin d’œil à l’autre. Il tendit ensuite à son père une main ferme et franche… Isshin, sourire aux lèvres, la saisit, l’attira contre lui et lui asséna de grandes claques dans le dos. Ils ne se disaient rien… mais l’émotion était trop forte. Isshin prit la valise de son fils et tous se dirigèrent vers la sortie.
La voiture les attendait sagement. Après avoir rempli le coffre, ils s’installèrent à l’intérieur. La conversation battait son plein, et les rires étaient communicatifs. Ichigo souriait, mais regardait par la fenêtre ces paysages qui, quelque part, lui avaient tant manqué.
Le cœur de l’ancien shinigami bondit lorsqu’il reconnut les rues de son ancien quartier. En sortant de la voiture, il contempla la petite clinique de son père et murmura : « Tadaima ». Les autres membres de la famille répondirent en chœur : « Okaeri ». Finalement, rien n’avait vraiment changé… ou presque.
°0°0°
Ichigo avait réintégré sa chambre, en attendant de chercher un appartement. À peine avait-il franchi la porte que Kon lui bondit dessus et se mit à pleurer à chaudes larmes le retour de son propriétaire (enfin… du moins, le bruit). Ichigo laissa la peluche exprimer ses sentiments bruyamment. Il l’observait avec affection. Il n’avait pas voulu l’emmener avec lui lorsqu’il avait quitté le Japon : trop de souvenirs étaient attachés à Kon.
Isshin entra dans la pièce.
— Nous n’avons prévenu personne de ton retour, comme tu nous l’avais demandé.
— Merci.
Ichigo s’ébouriffa les cheveux et ajouta :
— Je n’aurais pas pu les revoir maintenant. Ça me fait déjà tellement bizarre de revenir ici, de redécouvrir ma chambre… et Kon. Je crois que ça m’a apporté assez d’émotions pour aujourd’hui. Et puis… je pense que Karin et Yuzu préfèrent que nous ne restions que nous quatre, pour l’instant.
— T’aurais quand même pu m’envoyer des cartes avec des belles nanas dessus ! Je m’inquiétais, moi, sans nouvelles.
— Commence pas, Kon. Je t’ai eu au téléphone, quand même… Tiens, j’ai même rapporté une peluche de lionne pour toi, en souvenir… On pourra y mettre un mode soul, le taquina Kurosaki…
— Nan… moi, je veux Onee-san… hurla Kon.
En entendant ce nom, Ichigo s’assombrit un peu. Renji et Rukia étaient mariés, maintenant. Il l’avait appris par son père. Il avait reçu un carton d’invitation, mais il refusait tout contact, même avec ses anciens amis.
Puisqu’on ne voulait plus de lui jusqu’au moment de sa mort, il ne voyait pas l’intérêt d’aller à toutes ces fêtes pour féliciter untel et untel, avant d’être traité comme un intrus. Il n’en voulait pas à ses amis… Il soupira.
— Je suis assez surpris, fils.
Ichigo regarda son père, qui l’observait depuis le seuil.
— Tu arrives plutôt bien à camoufler ton reiatsu, maintenant… Shinji Hirako t’aurait donné un entraînement spécial ?
Ichigo sourit en entendant le nom de son mari.
— Shinji, Kensei, Risa, Hatch et Aiko… m’ont donné un entraînement spécial.
— Je vois ! Il semble que ça t’ait été profitable…
L’ancien shinigami remplaçant esquissa un sourire triste…
— Il le fallait bien.
— Par curiosité… tu t’es transformé en shinigami, à Oxford ?
Ichigo approuva d’un signe de tête.
— De temps en temps… quand certains hollow arrivaient et que le shinigami en place n’était pas assez rapide pour les tuer.
Ichigo se leva et proposa :
— Et si on descendait manger un morceau… Je suis sûr que Yuzu nous a préparé un festin.
Il n’avait pas envie de s’étendre sur le sujet. Son père n’était pas bête, mais fit semblant de ne pas comprendre. Plus tard, Ichigo appela Shinji pour l’informer qu’il était bien arrivé. Hirako ne voulut pas s’exprimer sur le sujet.
°0°0°
Cela faisait une semaine qu’Ichigo était de retour à la clinique familiale. Il aidait son père et avait entrepris des démarches administratives pour faire valider ses diplômes de médecine au Japon.
Il était d’ailleurs en route pour récupérer ces précieux documents qui lui permettraient d’exercer dans son pays. Il remonta ses lunettes de soleil, qui avaient glissé sur son nez, et observa la route. Il regarda l’hôpital où les Quincy exerçaient, et sourit en repensant à Uryû.
Il n’avait encore contacté personne… Il n’en avait pas vraiment le courage. Uryû… marié à Orihime, désormais, songea-t-il. Étrangement, cela ne le perturbait pas tant. Il était content pour eux. Il n’avait pas fait le déplacement pour ce mariage-là, non plus. Il gara sa voiture face à la mairie, où il devait récupérer les papiers dont il avait besoin.
Il se rappela aussi qu’il devait visiter un appartement plus tard dans l’après-midi. C’était le cinquième depuis le début de la semaine. Il espérait enfin trouver son bonheur, car perdre ainsi son temps l’exaspérait. Il sourit en réalisant qu’il cherchait à recréer l’ambiance d’Oxford. À croire qu’il ne se sentait plus chez lui, ici…
Il se fondit dans la foule. Enfin… il essaya, car il attirait irrémédiablement l’attention. Entre sa taille, ses cheveux, sa coupe et son magnétisme naturel, il était sûr d’être remarqué. Il n’avait toujours pas retiré ses lunettes de soleil. Il se dirigeait vers le bureau indiqué par la standardiste quand il entendit, derrière lui, une exclamation : « Ichigo ! »
Surpris, il se retourna et croisa les regards éberlués de Tatsuki et de Chad…
— Ichigo… Ichigo, c’est bien toi ?
— Tatsuki, Chad…
Tatsuki traversa rapidement l’espace qui les séparait… et lui asséna une gifle monumentale. Tout le monde s’arrêta et observa la scène… Tatsuki était en pleurs.
— Comment, cria-t-elle, comment as-tu pu nous laisser sans nouvelles toutes ces années ? On a essayé de te joindre. Ton père et tes sœurs n’ont jamais voulu nous donner tes coordonnées. Tu ne voulais soi-disant pas… Comment est-ce que tu considères tes amis, Ichigo ? Uniquement quand tu as besoin d’eux ?
Sa voix se brisa en prononçant ces derniers mots.
Kurosaki se redressa après avoir récupéré ses lunettes de soleil. Il se frotta la joue et essuya le sang qui coulait sur ses lèvres.
— Toujours aussi percutante, Tatsuki.
Elle arborait maintenant une coupe au carré et portait un tailleur-pantalon très féminin. Chad le regardait, un peu de mépris dans les yeux. Ichigo savait que Chad ne lui reprocherait rien ouvertement… mais il devinait qu’il lui en voulait, lui aussi, terriblement. Ichigo soupira.
— Depuis quand es-tu revenu ?
— Une semaine… répondit-il, pensif, en se frottant toujours la joue.
Il dévisagea ses anciens amis et se demanda, finalement, s’il avait bien fait de revenir.
— Tu n’as prévenu personne ? Je suppose que non, puisqu’on te surprend ici…
— Surprendre ?
Le roux eut un sourire.
— Tatsuki, tu n’y vas pas un peu fort, là ? Je reviens tout juste d’Angleterre et j’ai un tas de papiers à remplir si je veux travailler au Japon… Je vous aurais contactés quand j’aurais eu le temps de souffler un peu…
— Pas la peine…
Ichigo fut surpris par le ton sec de Tatsuki. Elle reprit :
— Ce n’est plus la peine de contacter qui que ce soit… Nous aussi, on a tourné la page. Si tu n’as pas voulu de nous pendant ton exode, je ne vois pas pourquoi, maintenant, on devrait être à ton service en attendant tes bonnes grâces. Que ce soit Chad et moi, Orihime, Uryû, Keigo ou les autres… nous aussi, on veut que tu nous fiches la paix.
Sur ces mots, Tatsuki partit, Chad sur ses talons… Il n’avait rien dit, mais Kurosaki avait bien perçu le ressentiment de son ancien ami.
Ichigo sortit de la mairie avec un bleu à la mâchoire. Il replaça ses lunettes sur son nez et reprit sa voiture. Il grognait… il venait d’apprendre qu’il devrait passer un examen dans un hôpital et, évidemment, c’était celui des Ishida.
L’ancien shinigami se gratta le crâne… Ça risquait d’être aussi mouvementé de ce côté-là… connaissant le caractère d’Uryû, il lui ferait certainement payer ce long silence.
Il ressentit le besoin de se défouler… et se retrouva finalement devant la plage de Karakura. Il avait également senti un mouvement de reiatsu qui lui était inconnu. Non qu’il ait voulu vérifier, mais la curiosité l’emporta.
Il sortit de la voiture et regarda la mer, calme et paisible. Il aurait aimé que sa vie le soit aussi. Tout en contemplant l’océan, il songea à Shinji et à leur coucher de soleil romantique. Il se dirigea vers les barrières et s’y installa.
Il sortit un paquet de cigarettes de la poche intérieure de sa veste et s’en alluma une… Cela lui calma un peu les nerfs. Il observait au loin le soleil, qui commençait à se coucher. Il tirait lentement sur sa clope quand il entendit une voix, venue d’un passé qu’il s’efforçait d’oublier…
— Kurosaki Ichigo…
Cette voix traînante… Sans se retourner, Ichigo lança :
— Byakuya… tu ne sais pas quoi faire à la Soul Society, alors tu viens te défouler dans le monde des humains ?
Ichigo laissa lentement la fumée s’échapper de ses lèvres. Il continuait d’observer le soleil, sans prêter attention au capitaine de la 6e division, qui s’était approché silencieusement. Celui-ci était surpris par la nonchalance de l’ancien shinigami remplaçant. Il plissa les yeux pour mieux observer son interlocuteur, qui refusait toujours de le regarder.
— Tu es revenu au Japon ? Personne n’est au courant…
Ichigo l’interrompit.
— Et alors ? Ça changerait quoi, que vous soyez au courant ? C’est bien vous qui m’avez demandé de vivre ma vie en oubliant tout ce qui s’était produit, parce que vous n’aviez plus besoin de mes services…
Un petit rire cynique accompagna ses paroles.
— Au fait… bien que ça ne me regarde pas… tu es venu me souhaiter la bienvenue, Byakuya !
Ichigo usait de raillerie envers son interlocuteur.
Byakuya était troublé par cet Ichigo nouveau, qu’il ne connaissait pas. Il avait changé depuis leur dernière rencontre. Et il ne savait pas si c’était en bien ou en mal…
— Ce que je fais ici ne te regarde en rien… dit-il d’une voix posée. Mettons cela sur le compte de la coïncidence… J’avais affaire ici, mais j’ai senti ton reiatsu. J’ai voulu vérifier par moi-même.
Ichigo étira ses longues jambes et se redressa, faisant enfin face au capitaine de la 6e division, qu’il domina de toute sa hauteur. Kurosaki se pencha vers lui, fit glisser ses lunettes sur son nez et planta ses prunelles ambrées dans les yeux sombres de son interlocuteur, une lueur railleuse au fond du regard…
— Capitaine Kuchiki, veuillez ne plus m’adresser la parole jusqu’à ce que je meure… Le fait que vous me parliez est une grave offense aux règlements de la Soul Society… Non ? Ou vous seriez-vous encanaillé depuis notre dernière rencontre ?
Le capitaine Kuchiki fut troublé par la proximité du jeune homme et par son assurance. Il n’avait plus rien à voir avec le gamin de leur première rencontre. Il faisait face à un homme — avec un bleu à la mâchoire, certes — mais surtout à un très bel homme, plein d’assurance, d’un magnétisme et d’une maîtrise de soi que même lui ne pouvait nier. Il remarqua l’anneau d’or à son annulaire.
Il déglutit intérieurement, profondément troublé.
— Kurosaki Ichigo… vos plaisanteries sont douteuses.
Le ton était froid. Puis, reprenant la conversation, la curiosité l’emporta :
— Vous seriez-vous marié ?
Ichigo eut un petit rire.
— En quoi cela vous regarde-t-il ?
Toujours penché vers le capitaine, Ichigo visa une poubelle non loin et y jeta son mégot. En entendant les paroles de Kuchiki, il esquissa un sourire plutôt triste. Il se redressa, remonta ses lunettes, sortit ses clés de sa poche et ouvrit sa voiture. Il s’y engouffra, laissant sur le trottoir un capitaine médusé et pensif.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)