Ichigo s’était senti troublé. Rencontrer le capitaine de la 6e division si tôt… Franchement, il avait cru pouvoir souffler plus longtemps. Il se demanda soudain s’il allait bientôt croiser d’autres shinigami et eut une pensée pour Rukia et Renji… « Je me demande s’ils vont aussi me coller leurs poings dans la figure… » Il se revit au Hueco Mundo, quand ils étaient venus le rejoindre pour sauver Inoue. À cette idée, il soupira.
Il se rendit à son rendez-vous, dans le centre de Karakura, là où se trouvaient les résidences. Il gara son véhicule et tenta d’oublier sa rencontre avec Kuchiki. L’agent immobilier l’accueillit avec un sourire plus blanc que blanc. Ils montèrent dans l’ascenseur et s’arrêtèrent au 5e étage. Ichigo esquissa un sourire.
L’appartement, plutôt lumineux, s’ouvrait sur un petit sas, puis sur une grande pièce carrée donnant sur une terrasse. L’agent lui fit faire le tour. Les tapisseries étaient récentes et claires. Dans le couloir, la cuisine donnait d’un côté, puis deux chambres ; en face se trouvaient une buanderie, et, à côté, la salle de bain. Tout était neuf — ou semblait l’être. Ichigo écoutait à peine le petit brun qui s’agitait autour de lui : il jugeait surtout les pièces à leur volume.
— Madame voudra visiter également, je suppose.
Ichigo leva un sourcil ; il vit que l’agent immobilier s’était arrêté sur son alliance. L’orangé soupira et lâcha, d’un bloc :
— Ce n’est pas “madame”… Et c’est moi qui achète l’appartement. Je n’ai pas besoin de son consentement. Il s’en fout, surtout si c’est pour Karakura ! maugréa-t-il entre ses dents.
L’agent crut avoir mal compris. Mais l’homme qui se tenait devant lui restait inaccessible. Ichigo sentit son portable vibrer.
— Haï !
— ’Lut, Ichi… c’est Heather !
— Je t’ai reconnu ! plaisanta Ichigo.
— Tu fais quoi ?
— Je visite un appartement.
— Et ?
— Il me plaît bien !
— Shinji est avec toi ?
— Pas encore !
— Tu lui as parlé ?
— Pas encore !
— Je vais l’appeler…
— Heather ! Je m’occuperai de ça avec Shinji de vive voix. Je me vois mal lui expliquer au téléphone, surtout… surtout…
La voix d’Ichigo s’éteignit, et un silence de plomb s’abattit.
Après quelques minutes, Heather reprit :
— Je voulais juste savoir si tu allais bien !
— Oui… comme tu vois, je suis encore vivant !
— Ne plaisante pas avec ça ! Nous, on tient à toi, ici !
— Je le sais… rétorqua doucement Ichigo.
Il vit l’air contrarié de l’agent et décida de couper court.
— Bon, je vais dire à ce type que je prends l’appartement. Je fais les papiers et après j’appelle Shinji ! Ça te convient ?
— Sûr ! Fais attention à toi, Ichigo.
— À bientôt !
— ’Lut !
Ichigo annonça sa décision. L’agent le regarda, perplexe, et lui demanda s’il était vraiment seul : le prix était faramineux. Ichigo eut un sourire et acquiesça. L’agent sortit les papiers et ne posa pas plus de questions ; ce type ne voulait clairement pas parler de sa vie privée. D’ailleurs, il n’en revenait toujours pas d’une vente aussi facile.
Ichigo signa tout. Il sortit un chèque et versa un acompte. Le reste, l’agent le recevrait le lendemain, lorsque Ichigo récupérerait tous les papiers. Le roux reçut les clefs. Ils se quittèrent avec le sourire. Ichigo regarda sa montre : moins d’une heure pour conclure ! Il décida de rentrer chez lui.
Finalement, il ne se demanda plus si c’était vraiment une bonne idée d’être revenu à Karakura. À présent, il ne songeait qu’à emménager. Ses affaires étaient dans un garde-meuble. En route, il téléphona pour faire livrer rapidement son mobilier à sa nouvelle adresse ; il prit rendez-vous pour la fin de la semaine suivante. Le lendemain, il se promit de faire quelques petits travaux. Il remercia intérieurement Colin pour ses judicieux conseils en bricolage. Il appellerait Shinji plus tard, dans la soirée !
°OoO°
Byakuya était rentré à la Soul Society et, après avoir donné ses directives aux hommes qui l’accompagnaient, se dirigea directement chez Ukitake Jûshirô. Depuis le départ de Yamamoto dans la dimension du Roi, après la guerre, Ukitake était devenu commandant des divisions du Gotei 13 et capitaine de la première division.
Ukitake écouta attentivement le capitaine de la 6e division lorsqu’il lui fit son rapport sur les agissements anormaux qui se déroulaient actuellement à Karakura. Depuis quelque temps, un grand nombre de hollows recommençaient à apparaître en ville. D’autres personnes, s’attaquant directement aux humains — et notamment à leurs âmes —, avaient également fait leur apparition.
Au début, l’incident était passé inaperçu, mais la hausse des disparitions et l’accroissement de l’activité spirituelle dans cette ville, où la guerre avait laissé des marques tragiques, ne pouvaient pas laisser indifférent le Gotei 13.
À la fin de son rapport, Ukitake demanda au capitaine Kuchiki si d’autres événements notables étaient à signaler… Constatant l’hésitation du noble, le commandant l’invita doucement à parler.
— Kurosaki Ichigo est revenu à Karakura.
Ukitake sursauta et le fixa, profondément surpris.
— Pardon ?
— Je l’ai croisé alors que je suivais la trace spirituelle fraîche d’un suspect. Le cadavre dont je vous ai parlé tout à l’heure…
— Et ? Le commandant percevait le trouble de son interlocuteur.
— J’ai été surpris. Nous avions perdu son reiatsu… alors que cela nous semblait inimaginable, il y a encore quelque temps. Quand je l’ai vu, j’ai même cru m’être trompé, car il ne dégageait absolument rien.
Byakuya soupira… puis reprit :
— Il a énormément changé, finit-il par dire.
— Y aurait-il un lien entre notre affaire et lui ? À chaque fois que nous le croisons, nous sommes certains d’être entraînés dans une guerre, rappela le commandant.
— Je pense que nous pourrions contacter Isshin Kurosaki pour en savoir plus… À moins qu’il ne soit aussi réfractaire qu’au moment du départ de son fils… Au pire, on pourrait faire appel à Tessai, qui l’a bien connu aussi.
— Je pense que c’est la bonne solution… Je voudrais également qu’un shinigami de la deuxième division soit envoyé à Karakura pour surveiller Ichigo Kurosaki… enfin, Ichigo Shiba. Le commandant semblait songeur… Décidément, j’ai l’impression que nous pouvons nous attendre à un nouveau grand bouleversement.
Byakuya haussa un sourcil, mais, comme à son habitude, ne laissa transparaître aucune émotion. Finalement, il quitta le bureau du commandant pour regagner son manoir, pensif.
— –––
Le jeune noble se dévêtit dans sa chambre, toujours songeur. Il prit une douche rapide, puis enfila un kimono d’intérieur.
Il allait se diriger vers la salle à manger quand il croisa, dans le hall d’entrée, Renji et Rukia, accompagnés de leur fils, Kaoru. Sa sœur s’était entichée d’un personnage de manga, et Renji n’avait jamais trouvé le moyen de la faire changer d’avis sur le prénom de l’enfant.
— Nii-sama… Comme je suis heureuse de vous revoir !
Renji se débattait avec sa progéniture, qui refusait obstinément de dire bonjour à son oncle. Byakuya en était attristé intérieurement… mais on ne pouvait pas forcer un enfant à l’aimer, surtout qu’il commençait à se demander s’il en était lui-même encore capable.
— Bonjour, Rukia… Renji. J’allais passer à table ; souhaitez-vous vous joindre à moi ? D’autant plus que j’ai quelque chose à vous annoncer.
Renji et Rukia acquiescèrent, tout en se demandant ce que pouvait bien être « la chose ». Kaoru les suivit, bien décidé à faire comprendre aux adultes qu’il n’était pas content d’être là. Finalement, une domestique vint au secours du couple et décida de s’occuper du gamin réfractaire.
Sur la table, deux couverts avaient été ajoutés. Chacun des convives prit place autour de la longue table.
— Peut-on savoir de quoi il s’agit ?
Renji était toujours aussi direct. Rukia, aussi intriguée que son mari, n’eut pas la présence d’esprit de lui lancer un regard désapprobateur.
— Au cours de ma mission sur Terre, j’ai rencontré Kurosaki Ichigo…
Un silence pesant suivit cette déclaration.
Les domestiques apportèrent le repas pendant ce silence, au cours duquel Renji et Rukia se dévisagèrent intensément… Renji s’était raidi sur sa chaise, et Rukia semblait désespérée. Finalement, Renji souffla d’une voix un peu éteinte :
— Lui avez-vous parlé, Capitaine ?
Ses anciens réflexes de vice-capitaine lui revenaient tout à coup.
Après une hésitation, celui-ci répondit :
— Je suis allé à sa rencontre et j’ai échangé quelques mots avec lui…
Renji et Rukia écoutaient attentivement. Byakuya soupira, puis reprit après quelques minutes.
— Il a énormément changé. Je n’en croyais pas mes yeux. Je sais que lui et moi ne nous sommes pas quittés dans des termes, disons, des plus amicaux… mais là, c’était carrément de l’hostilité.
— Vous vous êtes sûrement trompé, Nii-sama. Ça ne devait pas être lui !
— J’y ai pensé aussi, puisque je sentais à peine son reiatsu… Lui, qui était incapable de le contrôler avant… Soit il l’a perdu définitivement — ce qui expliquerait, entre autres, que nous ne pouvions plus suivre ses déplacements —, soit il est parvenu à le maîtriser complètement. Mais là… vu le personnage, j’en serais fortement surpris. De plus…
Byakuya hésita… puis ajouta :
— Il semble qu’il se soit marié !
— Pardon ? firent Rukia et Renji en même temps !
— Mais… nous ne sommes pas au courant ! s’écria Rukia, outrée. Nous l’avons prévenu de notre mariage, et il ne l’a pas fait pour le sien. Il est… il a…
— Tourné la page ! fit Renji d’une voix un peu éteinte. Il fallait s’en douter… Nous n’avions plus de nouvelles depuis si longtemps.
Finalement, le capitaine de la 6e division leur raconta la brève discussion qu’il avait eue avec Ichigo. Ils débattirent un moment de l’étrange comportement de l’ancien shinigami remplaçant… Rukia conclut en disant :
— Il ne nous a toujours pas pardonnés.
°OoO°
Le chef du clan Kuchiki était maintenant allongé dans son futon. Il repensait à la dernière phrase de sa sœur… « Pardonner »… Mais qu’avions-nous à nous faire pardonner ? songea-t-il.
Soudain, Byakuya se remémora le visage d’Ichigo le regardant de haut, et la lueur ironique qui flottait dans ses yeux ambrés. Le trouble qu’il avait ressenti en sentant le souffle chaud du shinigami orange sur sa joue… « Que m’arrive-t-il ? » « Je me demande qui peut bien être sa femme… Son caractère, sa physionomie ? Qui a pu s’adapter à ce caractère si imprévisible ? »
Il essaya de chasser ce souvenir, se retourna dans son futon et, après quelques tentatives, finit par s’endormir… en rêvant d’un shinigami au bankai noir, portant un masque de Hollow.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)