Pendant l’été, Ichigo avait assisté avec Shinji et les autres vizards au mariage de Heather et Alistair. Même si Ichigo avait eu peur à un moment donné, ils se conduisirent tous bien. Le père d’Heather s’était pris d’affection pour le couple formé par Shinji et Ichigo qu’il ne pouvait s’empêcher de taquiner. Après la cérémonie, Shinji demanda à Ichigo :
— Tu es sûr qu’il est au courant qu’il est en danger de mort avec moi ?
— Oui… oui !
— Tss… Même pas découragé. Il est fou !
— Arrête de râler et profite de la journée.
La petite cérémonie intime d’Heather comptait quand même une centaine de personnes. Ichigo se rendit compte qu’il en connaissait au moins 80 % !
Bon sang… il avait plus d’amis en Angleterre et en Espagne qu’il n’en comptait au Japon ! En fait, au Japon… Il n’y avait que quelques élèves de sa classe et le reste appartenait à la Soul Society. Ichigo but son verre de vin et rencontra les yeux noisette de Shinji qui l’interrogeaient du regard. L’orangé lui expliqua ce à quoi il pensait :
— Tu n’as plus rien à faire au Japon ! déclara Shinji.
— Si tu le dis…
Ichigo se rendit compte que le sujet Karakura avait été enterré et qu’ils n’en avaient pas vraiment reparlé depuis la fois où ils s’étaient violemment disputés. Il se dit que, après tout, Shinji avait raison. Par contre, il faudrait bien qu’il aille revoir sa famille un jour, et ça, que Shinji le veuille ou pas !
°OoO°
Cela faisait maintenant 7 mois que Shinji restait avec Ichigo. Les deux amants n’en revenaient pas d’être ensemble aussi longtemps sans interruption.
Aiko avait fini la formation d’Ichigo sur le Kidô curatif et Shinji avait obligé Ichigo à se séparer des bracelets qu’Urahara avait confectionnés pour lui.
À sa grande surprise, il se rendit compte qu’il maîtrisait vraiment très bien son reiatsu. Shinji lui donna ses derniers conseils et il fut bientôt capable de le moduler de la même manière que son mari. Ichigo finit son année de médecine et en profita pour rendre visite à Alistair et Heather en juin pour partager leurs expériences.
— Tu retournes en Espagne ? demanda finalement Heather.
— Oui…
— C’est Shinji qui doit-être content ? remarqua Alistair. Il ne voulait pas que tu retournes au Japon.
— Je suppose que oui.
— Mais toi dans tout ça ?
— J’ai envie de retourner là-bas pour revoir mon père et mes sœurs… avoua Ichigo, coupable.
— Je comprends Shinji, mais ce n’est pas évident pour toi… Tu as ta famille aussi. Un séjour bref ne te ferait pas de tort…
Heather le persuada d’en parler au blond qui ne devait pas être si incompréhensif que cela.
°OoO°
Finalement, Ichigo ne se posa plus trop de questions lorsqu’il reçut un appel de sa sœur Karin. Il commençait à ranger son appartement et à préparer ses cartons quand son portable sonna. Sur le coup, il avait cru que c’était Shinji, mais le numéro était celui de son père.
— Ichigo ?
— Karin ? Je suis surpris.
— Oh… je voulais prendre de tes nouvelles !
— Je vais bien… Et toi ? La voix d’Ichigo était douce.
— Moi ça va… Tu as fini tes études ? Karin semblait anxieuse.
— Oui… là, je vais rentrer en Espagne.
— Ichi-nii…
Karin hésita mais lui dit finalement :
— Papa ne va pas très bien… Il est surmené. Il est tout seul à la Clinique et Yuzu n’a pas fini ses études pour pouvoir l’aider à plein temps. Il a dû se faire hospitaliser le mois dernier et c’est Ryuken Ishida qui s’est occupé de papa.
— Pardon ? Mais vous ne m’en avez pas parlés…
— Il ne voulait pas… à cause d’Hirako. Il sait qu’il ne veut pas que tu reviennes à Karakura. Mais… papa a besoin de toi… Du moins, jusqu’à ce que Yuzu ait son diplôme de médecine tout comme toi.
— Trois ans encore non ?
— Oui…
— Ichi-nii… je n’en ai pas parlé à papa… de ce coup de fil… Mais j’avais besoin de te le dire.
— Tu as bien fait. Écoute, je vais en parler avec Shinji et je te tiens au courant, d’accord ?
— Ok… Mais ne m’en veut pas !
— Pourquoi ?
— Bah… Hirako est une tête de mule et tu risques d’avoir une scène de ménage à cause de moi.
— Ne t’inquiète pas pour mes scènes de ménage et occupe-toi de papa tant que je ne suis pas là.
— Tu penses pouvoir venir ?
— Je pense que Shinji comprendra !
— Très bien…
Karin avait poussé un soupir de soulagement. Elle reprit la conversation sur un ton plus gaie et abandonna bientôt Ichigo à ses cartons. Celui-ci avait le regard dans le vague. Il allait se faire tuer par Shinji. Ichigo s’assit à même le sol. Il avait l’impression de se faire rattraper par un passé dont il ne voulait plus. Ils avaient fait des projets Shinji et lui.
Vivre en Espagne, voyager, Ichigo continuant son activité de médecin pour les humains et les vizards et Hirako continuerait de s’occuper des intérêts du groupe des vizards qu’ils soient financiers où d’ordre plus mortels. Ce n’était pas le fait qu’il revoit son père et ses sœurs…
C’était qu’il redoutait son retour à Karakura. Il y avait presque 7 ans jour pour jour qu’il avait fui cette ville et lorsqu’il était arrivé à Oxford, il s’était senti très mal et seul… il s’en souvenait pertinemment…
Mais Colin, Heather, Alistair, Terence, Karl, Kevin et tant d’autres avaient jalonné sa vie depuis que Karakura s’était éloignée de son esprit… comme faisant partie d’un cauchemar qu’il croyait finit !
Trois ans ? Il n’envisageait même pas de rester une année. Qu’allait-il faire ? Il fallait qu’il en parle à Shinji.
— Ichi… Ça va ?
— Non !
— Que se passe-t-il ?
— Il faut apparemment que je rentre à Karakura.
— Pardon ? Je pensais que…
— Je ne suis pas très enthousiaste à l’idée d’y retourner, mais je viens de recevoir un appel de ma sœur Karin. Papa ne va pas bien du tout et c’est Ishida le Quincy qui s’en ait occupé le mois dernier. Il a besoin d’aide et…
— Ton père a utilisé ta sœur ?
— Il n’est même pas au courant de son appel. Il ne l’aurait pas permis. Il sait combien tu refuses de me voir retourner là-bas. Karin en a pris seule la responsabilité.
— Et je peux savoir combien de temps ? demanda Shinji, étonnamment calme.
— Elle m’a demandé trois ans, le temps que Yuzu finisse ses années de médecine.
Un gros silence s’abattit sur la communication.
— Donc, tu me téléphones pourquoi ? Pour avoir mon approbation ? Pour que je te fasse une scène ?
— Shi…
— Non… Ichigo. Tu sais que je ne veux pas que tu retournes là-bas. J’ai vraiment un mauvais pressentiment et nous avons des projets…
— Tu crois que c’est de gaieté de cœur que je te demande cela ? Crois-tu que cela me fasse particulièrement plaisir surtout en connaissant à l’avance ta réaction ? Je n’ai pas envie d’y retourner et pourtant, je dois y aller. Mes projets avec toi son pour moi toujours d’actualité. Je veux voyager, vivre et rester auprès de toi. Je ne peux pas repousser cette aide qui m’est demandé et pourtant elle me déchire le cœur.
— Écoute ! Je n’ai pas l’esprit particulièrement clair quand il s’agit de Karakura. Ichi, je vais faire un dernier effort pour toi. Je veux bien te laisser aider ton père mais je ne veux plus entendre parler de Karakura dans deux ans. Est-ce que c’est clair… Tu pourras me demander toutes les destinations, les idées les plus farfelus… mais plus là-bas. Ton père se débrouillera avec la dernière année de médecine de Yuzu. Il pourra venir à la maison avec tes sœurs, organisé des fêtes ou je ne sais quoi… Mais plus de Karakura !
— Merci, Shinji ! souffla Ichigo.
— Crétin ! Maintenant, je ne veux pas que tu vives chez ton père.
— Pourquoi ?
— Pourquoi ? Tu te moques de moi ? Au cours des deux ans, je vais venir te rejoindre. On va faire comme à Londres. Tu trouveras un appartement dans la ville. Je ne tiens pas à ce que ton père vienne nous déranger alors que je te fais grimper au plafond !
— Sh…
— Bref, Tu va réussir à t’occuper de toute la logistique ?
— Tu m’as formé dans ce sens aussi.
— C’est vrai. Tu ferais un bon fukutaïcho ! ricana Shinji.
— Te fous pas de moi !
— Je n’oserai pas.
— Je te rejoins en Espagne pour quelques jours ?
— Occupe-toi de tes affaires. Je vais sûrement devoir repartir. Enfin, si on peut se voir avant, ce serait bien. Mais, je n’en suis pas sûr.
— Très bien…
— Ichi… Tu seras prudent ?
— Je te le promets…
— Ne te laisse pas emberlificoté par ces beaux-parleurs de shinigamis.
— Très bien…
— On se tient au courant pour nos déplacements. J’essaierai de te voir avant de partir.
— Tu partiras longtemps ?
— Je ne sais pas. Mais, je te retrouverai au pire à Karakura. Si ça ne va pas téléphone-moi. Qu’importe le moment, je viendrais le plus vite possible.
— Je ne vais pas en enfer Shinji.
— Pour moi l’enfer porte ce nom, Ichi.
Un silence plana encore une fois entre eux. L’angoisse étreignait les deux hommes.
— Je… je te laisse Shinji. Je t’aime.
— Moi aussi et tu me téléphones au moindre problème.
— Ok.
Ils discutèrent encore quelques minutes et ils raccrochèrent, aussi pensifs l’un que l’autre. Un malaise s’était installé et Ichigo crut que l’ombre de la mort planait sur lui. Il secoua la tête et se dit qu’il se faisait vraiment trop de films parfois !
°OoO°
Ichigo avait emballé toutes ses affaires. Il sourit de satisfaction quand les déménageurs embarquèrent tous ses meubles. Ichigo regarda son appartement se vider peu à peu. Son cœur se serra lorsqu’il se retrouva seul dans l’espace bientôt vide. Il parcourut lentement les différentes pièces en écoutant le bruit de ses pas résonner dans l’appartement.
Isshin avait revendu l’appartement. Ce que ne savait pas ce dernier, c’est que c’était Ichigo qui s’en était porté acquéreur. Il avait fait appel à des ouvriers pour qu’il refasse tout l’intérieur le temps qu’il retournerait à Karakura. Heather lui avait dit qu’elle surveillerait les travaux et Colin lui assura qu’il ferait tout pour que son appartement soit prêt rapidement même s’il ne revenait pas immédiatement.
Isshin ne savait pas qu’Ichigo avait une véritable petite fortune, tout cela grâce aux conseils avisés de son mari… qui était un vrai requin de la finance ! Ichigo entendit des pas derrière lui. Il se retourna et vit Kevin, Alistair, Heather, Colin, Terence et Karl qui le regardait, les yeux embués de larmes.
— Ichi… Tu vas drôlement nous manquer. Notre vie ne sera plus pareille sans toi ! sanglota Heather qui se précipita dans ses bras.
Ichigo referma ses bras autour de la petite brune. Il lui dit, moqueur…
— On dirait que je pars à l’abattoir avec vous ! Je ne vais pas mourir, je vais juste aller rendre service à mon père et après, je passerai mon temps entre ici et l’Espagne. Vous en aurez assez bientôt de me voir tellement je vais vous enquiquiner !
— Ne plaisante pas Ichigo. J’ai un mauvais pressentiment… fit Karl.
— Tu es voyant ? ironisa Ichigo.
— Andouille… rétorqua son interlocuteur.
— Sois prudent au moins. Et ne parle pas aux shinigamis que tu ne connais pas !
Heather sourit entre ses pleurs.
— Je ferai attention !
— On y compte bien ! fit doucement Alistair.
Bientôt, tous s’étreignirent emplis d’un certain malaise qu’ils n’arrivaient pas à s’expliquer.
— Je prendrai soin de cet appartement. Et dès que tu reviens, je te ferai visiter ton petit bijou, car il en deviendra un.
— Pourquoi tu refais la déco ? demanda Heather.
— Parce que Shinji en a marre du côté ado. Il veut que ça fasse plus moderne.
— Je le comprends aussi.
— Bonne chance, Ichi.
— Ouais ! Bonne chance… firent-ils en cœur.
Tous sortirent et Ichigo ferma l’appartement derrière lui après avoir récupéré sa veste qui se trouvait près de l’entrée. Lorsque le cliquetis des clefs se fut éteint, Ichigo eut du mal à les tendre à Colin. Il se sentait très ému. Tous descendirent et finirent par se quitter sur le trottoir où un taxi attendait Ichigo. Ce dernier ne put prononcer un seul mot. Il se contenta juste de serrer ses vrais amis contre lui. Ils l’avaient tellement aidé ces dernières années au travers de son combat que Shinji ignorait encore.
Heather lui rappela…
— N’oublie pas de parler de ton problème à Shinji ou je lui téléphone.
— Je le ferai… Je te le promets.
— Bien… Donne-nous de tes nouvelles !
— Ok…
Ichigo s’engouffra dans le taxi et ne se retourna pas pour saluer une dernière fois ses amis. Ses yeux se mirent à piquer un peu… Il quittait Oxford sous un soleil éclatant.
Ses souvenirs le ramenèrent sept ans en arrière lors de son arrivée sur le sol anglais, sous la pluie. Lui qui détestait la pluie en arrivant avait appris à l’apprécier dans ce pays qui était devenu son second chez lui… Le premier étant maintenant l’Espagne.
Il soupira et posa son front sur le montant de la vitre et ferma les yeux. Ses souvenirs se mirent à défiler devant ses yeux. Il n’aurait jamais cru qu’il retournerait à Karakura avec un sentiment aussi lourd sur le cœur. Shinji… Ils n’avaient pas pu se voir.
Il espérait que le blond le rejoindrait rapidement. Il rouvrit les yeux lorsque le taxi arriva devant l’aéroport. Il descendit ses bagages et paya l’homme. Il se dirigea vers les guichets et frissonna.
De retour au Japon !

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)