Le lendemain matin, Ichigo se réveilla le premier. Shinji dormait au milieu des draps froissés, et Ichigo le recouvrit. Il s’apprêtait à se lever lorsqu’une main se leva doucement et emprisonna son poignet.
— Tu vas où ? demanda la voix ensommeillée de Shinji.
— Je travaille aujourd’hui.
Ichigo se pencha sur son mari et l’embrassa sur le front. Shinji ne sembla pas s’en émouvoir, encore tout endormi.
— Tu peux pas rester avec moi ?
— Demain… promis.
— Et moi, je fais quoi en attendant ?
— Déjà, repose-toi… Je suis sûr que tu n’as pas dormi dans l’avion.
— …
— Ce soir, ça te dirait qu’on sorte ?
— Mmmm…
Dors, lui murmura tendrement Ichigo au creux de l’oreille.
Il en profita pour l’embrasser encore, et vit les yeux de son amant se refermer doucement. Le Vizard le lâcha et se rendormit. Ichigo remonta une nouvelle fois la couverture sur Hirako pour qu’il ne prenne pas froid, puis prit la direction de la salle de bain et se doucha.
°OoO°
Ichigo se rendit à la clinique de son père. Il entra, salua le médecin déjà occupé avec un patient, se fit un café et prépara ses affaires avec sérénité. Une urgence se présenta et il la prit en charge. Bientôt, aucun des deux médecins n’eut le temps de discuter ni même de faire une pause. Le roux comprit pourquoi son père avait tant besoin d’aide : un second médecin n’était vraiment pas du luxe.
La réputation d’Isshin n’était plus à faire, et sa gentillesse attirait les malades dans la petite structure familiale, que beaucoup préféraient à l’indifférence de l’hôpital central de Karakura.
Vers 14 h, le père et le fils purent s’accorder une courte pause déjeuner.
— Alors, il est arrivé ?
— Hum…
— Il râle toujours autant ?
— C’est qu’il est en forme…, rétorqua Ichigo avec un sourire.
— Tu crois qu’il…
La porte s’ouvrit et Shinji entra dans la pièce où les deux médecins mangeaient. Isshin arrondit les yeux de surprise, et Ichigo afficha un grand sourire.
— Shinji… Que fais-tu là ?
— Je m’ennuyais. Je suis venu voir si tu bossais !
— Je prends ma pause déjeuner…
— Oh… débordé ?
— Plutôt, oui.
Shinji s’approcha et regarda le bento d’Ichigo d’un œil circonspect. Puis il se tourna vers Isshin et le salua distraitement.
— Hirako, je n’aurais pas cru que tu viendrais jusqu’ici.
— Pourquoi ? Parce que tu es là ?
Shinji haussa les épaules.
— De toute façon, il faut que je m’y fasse : tu es mon beau-père ! gronda-t-il entre ses dents. Comme si tu ne pouvais pas l’éliminer…, reprocha-t-il à Ichigo.
Ichigo se leva, posa son bento dans l’évier et, au passage, donna une petite tape sur la tête de Shinji.
— Tu me décoiffes ! Attention…, protesta Shinji.
— Arrête de raconter n’importe quoi.
— À propos de quoi ?
Ichigo lui lança un regard exaspéré et le blond marmonna quelque chose. Puis, se tournant vers Isshin :
— Je crois que quelqu’un est entré dans votre clinique…
— Ichigo, vas-y, allez ! ricana Isshin.
— J’ai à lui parler…
— « Parler » ?
— Papa, tu sors, et c’est tout.
— Bien… À tout à l’heure.
Shinji regarda la porte se refermer, puis se tourna vers Ichigo. Son regard se durcit ; il traversa l’espace qui les séparait et le plaqua contre un mur.
— Qu’est-ce qui t’arrive ?
— Qu’est-ce qui m’arrive ? Peux-tu m’expliquer ça ?
Hirako sortit son portable, lança sa messagerie et plaqua le téléphone à l’oreille d’Ichigo. Celui-ci blêmit en entendant la voix d’Heather.
— Salut, Shinji. Écoute, ça fait des mois que j’en parle à Ichigo et je ne pense pas qu’à ce jour il t’en ait parlé, mais… je suis morte d’inquiétude. Il est en période d’Hollowification et c’est déjà à un stade avancé. Je t’en supplie, aide-le ! Ichigo m’en voudra, mais c’est stupide de mourir par entêtement.
Ichigo baissa les yeux et rencontra le regard de glace de son mari. Avant qu’il n’ait pu dire quoi que ce soit, la gifle tomba.
— Que crois-tu faire ? Qui suis-je pour toi ? C’est quoi, cette comédie du « tout va bien » ? Tu te rends compte de ce que je traverse depuis que j’ai eu ce message, ce midi ? J’ai appelé les autres, ils vont arriver prochainement.
— Mais Shinji…
— Ichigo, pourquoi tu ne m’en as pas parlé ?
Le cœur d’Ichigo battait à tout rompre. Il n’en revenait toujours pas : Shinji était dans une colère noire. Et, dans le fond de ses yeux, cette lueur d’angoisse… celle qu’Ichigo avait peur de voir apparaître.
— Réponds-moi au moins ! Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Tu en es où, actuellement ?
Shinji coinçait toujours Ichigo contre le mur ; sa poigne était de fer, et il était clair qu’il ne le lâcherait pas tant qu’Ichigo n’aurait pas parlé.
— Je… je devais t’en parler ce soir…
— Bien sûr ! En plus, prends-moi pour un imbécile ! s’écria Shinji.
— Je ne pouvais pas t’en parler au téléphone, Shinji, avoua Ichigo. Je voyais bien ce que ça te faisait… et comment tu étais à la mort d’Isane…
— Depuis combien de temps ? Avoue !
— C’est revenu clairement après notre dispute… après notre séjour dans le désert !
— Pardon ?
Les yeux de Shinji s’élargirent.
— Donc, quand tu es venu pour… tu étais déjà… ? Attends, ça remonte à combien de temps, tout ça ? À six ans ? Mais… pourquoi tu ne me l’as pas dit avant ? Je cours à travers le monde pour sauver des gens pour qui j’ai, certes, une certaine amitié. Pour certains, je ne connais quasiment rien… et TOI, la seule personne que j’aime, la seule à protéger, tu souffres depuis si longtemps sans rien me dire ?
Shinji lâcha Ichigo ; ses yeux étaient écarquillés, emplis de douleur.
— Tu manques de confiance en moi à ce point ? murmura Shinji d’une voix faible.
— Non ! C’est… je ne voulais pas que tu souffres…
Ichigo s’approcha, mais Shinji se tourna d’un bloc et lui envoya son poing au visage.
— Ça, c’est pour me sortir des conneries aussi énormes ! Voilà pourquoi je m’inquiète tout le temps pour toi ! Comment veux-tu que je vive en sachant que tu me caches des choses aussi importantes pour nous ? Tu tiens donc tant que ça à crever ? Et si je n’étais pas là pendant « la » crise… tu aurais fait quoi ? Tu aurais recommencé comme en Angleterre… je t’aurais surpris en train d’assassiner des shinigamis ? Ton entêtement va jusqu’à la bêtise…
— Hirako ! fit la voix d’Isshin.
Les deux hommes se tournèrent. Le médecin regardait Ichigo avec inquiétude.
— Ichigo… Je ne veux pas me mêler de ta vie, mais là, je trouve qu’Hirako a raison. En plus, tu es venu m’aider dans un état où c’est plutôt toi qui devrais te faire soigner… Je te relève de ta charge à la clinique ! Tant que tu n’es pas guéri, je refuse de te surmener avec le travail qu’il y a à faire ici.
— Mais… attends…
— Non ! C’est trop grave. Je suis vraiment surpris que tu ne te rendes pas compte à quel point ton état est critique. Que tu ne m’en parles pas parce que je ne sais pas vraiment ce que cela représente, soit. Mais Shinji est ton mari et, surtout, c’est certainement lui qui comprendra le mieux cette situation. Avoir peur de blesser ? C’est en te comportant comme tu le fais que tu blesses les gens que tu aimes…
Hirako adressa un léger signe de remerciement à Isshin, puis se tourna vers Ichigo, debout, les épaules voûtées, la tête basse, une main perdue dans son épaisse chevelure.
— Shinji, raccompagne Ichigo à votre appartement. Je crois que vous devez vous parler, et rapidement.
— Merci, Isshin.
Le blond était reconnaissant au père d’Ichigo, qui, pour une fois, était parfaitement sérieux.
Ichigo se résigna et abandonna sa veste blanche. Les deux hommes quittèrent la clinique, et le roux conduisit jusqu’à l’appartement.
Un silence s’installa entre eux, et Ichigo ne savait pas comment l’interpréter. Le visage de Shinji était comme un masque, sans la moindre expression.
Une fois dans l’appartement, à la surprise d’Ichigo, Shinji le prit dans ses bras et enfouit son visage dans son cou.
— Tu me donnes trop de raisons de m’inquiéter, à chaque fois.
Ichigo soupira, enlaça la taille du blond et le serra contre lui. La bouche de Shinji effleura la nuque du roux. Ses bras s’enroulèrent autour de son cou ; ses lèvres remontèrent, caressant la mâchoire de son mari. D’une main, il fit basculer sa tête pour s’emparer de sa bouche.
Une des mains de Shinji glissa sous la chemise d’Ichigo et caressa lentement les muscles de son torse, jusqu’à jouer avec un mamelon, le faisant durcir sous ses doigts. Il étouffa son gémissement dans un baiser.
— Je t’avais dit que Karakura était une mauvaise idée…, chuchota Shinji.
— Shinji…
— Chut… Tu me diras encore des mensonges.
Ichigo ouvrit grand les yeux : ceux de son mari étaient durs.
— Je ne veux pas te regarder te détruire et souffrir sans rien dire ! Tu n’as même pas idée de ce que je peux ressentir en ce moment. Partout où je vais, où que je sois… tu me suis comme mon ombre. Mes seules pensées sont occupées par toi : je me demande si tu vas bien, si tu n’as aucun problème, si tu es triste ou gai. J’ai peur à l’idée de te perdre, de ne pas être là pour toi ! D’aider les mauvaises personnes… Je culpabilise en pensant au temps que je donne aux autres et que je ne t’accorde pas. Être loin de toi est une punition. Tu comprends combien je peux souffrir ? Je ne pense pas… car je ne t’ai jamais rien caché, malgré les distances qui nous séparaient. Même si tu te mettais en colère, je t’ai toujours avoué mes faiblesses… alors pourquoi ?
Tout en parlant, Shinji caressait le corps d’Ichigo, déjà débraillé, qui se tordait de plaisir sous ses mains.
— Shin… ji !
— Tu me dis m’aimer… tu me le dis… mais le penses-tu ? Je préfère que tu ne me dises pas tes sentiments, et que tu me dises tes peines, tes blessures. Pour moi, aimer, c’est ça : avoir confiance en l’autre ! À quoi ça sert de dire à quelqu’un que tu l’aimes, si tu es incapable de te confier, de te donner à l’autre ? Je te déteste, Ichi, autant que je t’aime, pour m’avoir rendu esclave de toi ! Et surtout pour m’avoir enchaîné à mes émotions. Je ne suis plus qu’un pantin, attendant que tu me donnes des bribes de ton amour. Je ne veux plus ça ! Ichigo, ça fait presque sept ans que nous sommes ensemble, à traverser les aléas de la vie. Nous avons nos joies et nos peines… Donne-moi tout de toi ! Je prends tout, tu comprends, Ichi ? Tu comprends que je ne me nourris que de toi ? Tu m’obliges à être ce que je ne suis pas, à me dévoiler, à chaque fois, un peu plus… Quand me montreras-tu tes blessures et ton cœur, comme je peux te montrer les miens ? Suis-je le seul à réellement t’aimer ? Dis-moi ce que je dois faire pour qu’enfin tu daignes me dévoiler toutes tes facettes. As-tu peur de moi ? Moi, je donnerais ma vie pour toi, pour que tu vives et que tu découvres le monde comme j’ai pu le découvrir. Aimer, c’est souffrir, Ichigo. Ne l’as-tu pas encore compris ? Si tu ne le sais pas… j’aurai l’éternité pour te faire découvrir la beauté cruelle de ce sentiment, à la fois doux et amer !
En même temps, Shinji bougeait dans Ichigo. Leurs yeux se rencontrèrent ; des larmes glissaient dans ceux du roux, et une douleur flottait dans ceux du blond. Hirako se pencha sur son mari et lui souffla contre les lèvres :
— Tu es tout ce que j’ai… Quand comprendras-tu, crétin, que je ne peux pas et que je ne veux pas que tu me mettes à côté de ta vie ? Tu n’es plus seul… Je suis là, pour le restant de tes jours ! Je resterai accroché à toi comme une sangsue ! Tu finiras par comprendre mes sentiments, un jour…
Les deux hommes se libérèrent. Ichigo gisait sur le sol du salon, essoufflé, perdu. Il attira le blond, assis à côté de lui, qui le regardait avec hésitation.
Le geste fut doux, sans animosité. Shinji se laissa glisser au sol et se retrouva dans les bras d’Ichigo. Celui-ci l’embrassa, incapable de répondre à une telle déclaration ; ses mains tremblaient sur les bras de Shinji.
— Nous en reparlerons, Ichigo… Viens…
Shinji se redressa et aida le roux à se lever. Ils laissèrent leurs vêtements en vrac et Hirako entraîna le jeune homme dans leur chambre.
Ils s’arrêtèrent brutalement : une aura maléfique venait de pénétrer l’espace humain. Ils échangèrent un regard surpris, et Shinji lança à Ichigo :
— Si tu y vas, je te tue… même si je dois m’achever ensuite !
Ichigo hocha la tête et suivit Hirako dans la chambre…
— Donc, je suis ici pour te faire regretter tout le mal que tu me donnes, mon cher mari tête de mule.
— Fais de moi ce que tu veux…
— Non, Ichi… tu vas apprendre à me faire confiance…
Et Shinji prit une de ses cravates et l’attacha autour de la tête d’Ichigo.
— Montre-moi qui tu es vraiment, Ichi… Donne-moi tout ce que tu peux me donner ! souffla Shinji.
Au loin, une bataille faisait rage entre les shinigamis et les Soul Evil… tandis que, dans un appartement, un Vizard apprenait à aimer.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)