Un passé encombrant 1

Ichigo jouait au bord de la rivière. Il s’était enfui de chez lui : la nouvelle avait été insupportable. Byakuya, Grimmjow et Hirako partaient tous les trois à l’Académie des Shinigami.

Il s’assit sur une grosse pierre au milieu du courant. Ses cheveux orangés se balançaient doucement sous le souffle du vent. Il laissa ses pieds nus dans l’eau et ferma les yeux. Le courant caressait sa voûte plantaire ; l’eau, fraîche et limpide, l’apaisait. Il avait toujours aimé se réfugier près de ce cours d’eau, sans jamais savoir pourquoi.

Il tourna son visage vers le soleil, les paupières toujours closes. Il aimait l’astre du jour. Soudain, une ombre se posa sur lui. Il fronça les sourcils, puis se détendit… Il venait de reconnaître l’énergie spirituelle de Byakuya. Il ouvrit paresseusement les yeux, scruta le visage de l’adolescent devant lui, et sourit.

— Pourquoi as-tu quitté la maison ? demanda doucement le brun.

— Je voulais être seul… Sa voix était boudeuse.

— Quelque chose te contrarie ?

— Non ! fit vivement le plus jeune.

— Serait-ce parce que nous quittons le quartier et que tu vas te retrouver tout seul ?

— Non…

Pourtant, l’orangé avait tourné la tête, offrant son profil contrarié. Les sourcils froncés. Byakuya sourit doucement, se pencha légèrement et déclara :

— Tu sais, on va à l’Académie, mais on reviendra te voir pendant les vacances. Et puis… on t’apportera tout ce qui peut t’intéresser. Imagine : ils doivent avoir des bonbons fichtrement meilleurs que les nôtres.

Ichigo tourna vivement la tête vers Byakuya, les yeux pleins d’espoir…

— C’est vrai ?

— Oui, et je t’en apporterai, promis ! Tu veux rentrer avec moi ? Hirako et Grimmjow sont aussi partis à ta recherche.

— Comment m’as-tu trouvé ?

— J’ai le sens de l’observation… fit Byakuya, moqueur. À chaque fois que tu es contrarié, tu viens ici. Et je n’ai rien dit aux deux autres ; sinon, on se serait bagarrés tout le long du chemin !

Ichigo éclata de rire. Byakuya lui tendit la main, la paume ouverte vers le gamin de onze ans. Ichigo lui adressa son plus beau sourire et glissa sa main dans la sienne.

Pour le plus jeune, ce geste n’avait pas plus d’importance que cela. En revanche, Byakuya sentit son cœur battre plus vite, au contact de cette main chaude. Il eut un mal fou à résister à son envie constante de le serrer contre lui. Et pourtant… Il soupira, puis tira doucement Ichigo vers lui pour l’aider à traverser le cours d’eau.

— Tu crois que moi aussi, un jour, je serai admis à l’Académie comme toi, Byakuya ?

Le brun tourna la tête vers lui. Ichigo le fixait d’un regard interrogatif, plein d’espoir.

— C’est évident, Ichigo ! affirma le jeune homme.

— Tant mieux… Comme ça, je serai toujours avec toi, Hirako et Grimmjow !

— Hum… Il te faudra patienter encore un peu, Ichigo. Tu sais, les élèves sont admis à partir de quinze ans ! Enfin, il y a eu des exceptions… comme le capitaine de la 10 division, Tōshirō Hitsugaya ! ème

— Et Gin Ichimaru… fit Ichigo

Byakuya fit une grimace, puis se tourna vers lui.

— Tu ferais mieux de ne pas prendre de telles références !

Ichigo s’arrêta, fronça les sourcils, puis releva la tête vers Byakuya et murmura…

— Je n’aimerais pas avoir le même destin que mon homonyme, en tout cas !

— Pourquoi ? Tu devrais plutôt être content que tes parents aient choisi ce nom…

— Beaucoup le portent parce qu’il est considéré comme le « héros » de la Soul Society, et tout ça… Mais je ne sais pas pourquoi : sa vie me fait froid dans le dos ! Il était toujours seul… J’ai peur d’être seul…

Byakuya se rapprocha, passa un bras derrière son dos et le serra légèrement contre lui. Cette confession lui glaçait le sang.

— Je serai toujours là pour toi, Ichigo ! Toute ma vie, je ne t’abandonnerai jamais…

— C’est vrai ? Les yeux ambrés, encore pleins d’espoir, se posèrent sur lui.

Une autre voix s’éleva derrière eux :

— Moi aussi, Ichigo, je ne t’abandonnerai jamais…

Ichigo se retourna et croisa le regard brun d’Hirako, sérieux pour une fois.

— Ouais, et compte sur moi aussi ! T’es mon meilleur ami… On sera toujours trois pour toi !

Les yeux bleus de Grimmjow avaient une lueur moqueuse, mais Ichigo savait qu’il était toujours sérieux dès qu’il s’agissait de lui. C’était étrange, cette amitié qui les unissait.

— Lâche-le, Bya ! fit Hirako.

— Ouais ! Laisse-lui de l’air, le coincé !

Byakuya relâcha l’épaule d’Ichigo à contrecœur et recula d’un pas.

— Et si on rentrait ? proposa Ichigo.

— Allez, la vieille à côté de la maison a encore dû nous préparer une surprise, fit Grimmjow.

— Grim’, gronda Ichigo en courant vers lui, un grand sourire aux lèvres, sois pas méchant avec elle. Et puis, ça lui fait plaisir ! Allez, le premier arrivé !!! Je suis sûr d’être le premier !

— Attends, tricheur ! hurla Hirako. Tu ne nous as pas attendus…

Et les quatre jeunes adolescents partirent en courant vers le quartier où ils vivaient, dans un éclat de rire. Ichigo avait oublié sa peine… Après tout, ce ne serait pas long avant qu’il ne les rejoigne.

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Ichigo admira les trois jeunes gens qui paradaient devant lui. Leurs uniformes scolaires bleus leur allaient incroyablement bien. Ichigo se sentit un peu jaloux. Il jeta un coup d’œil à son yukata vert, puis à leurs tenues bleues.

— Ichigo ! fit Hirako… Te fais pas de bile ! Je suis sûr que bientôt, ce sera toi qui en auras un !

— Pour sûr ! lâcha Grimmjow. Et on pourra manger ensemble tous les quatre, aller en cours…

— Crétin ! On ne sera pas dans la même classe que lui ! le rabroua Hirako.

Byakuya se rapprocha de l’orangé et posa une main sur son épaule. Il lui adressa un clin d’œil, accompagné d’un léger sourire.

— Le principal, c’est que tu nous rejoignes, Ichigo ! Même si ça te prend quatre ou cinq ans… Nous, on t’attendra.

Hirako passa un bras autour des épaules de Byakuya et se pencha vers Ichigo.

— Pour une fois, le coincé a bien parlé. Nous, on sera là quoi qu’il arrive.

— Promis ? demanda le plus jeune, inquiet.

— Toujours, Ichigo ! répondit Grimmjow.

Ichigo tendit la main devant lui et leur dit en les regardant droit dans les yeux :

— Alors, on fait le serment d’être toujours ensemble ?

Les trois autres adolescents posèrent leurs mains sur la sienne. Hirako lança à Byakuya :

— Bya, fais-nous un discours, comme tu sais faire !

— Pour la vie, l’éternité… toujours ensemble !

— Toujours ensemble ! s’écrièrent les quatre adolescents.

Un rire retentit derrière eux. Ils se retournèrent : la vieille voisine leur apportait des petits sablés fourrés.

— Je vous ai préparé vos gâteaux préférés avant votre départ ! Je suis tellement fière de vous. Et Ichigo, je suis sûre que tu les rejoindras bientôt !

Ichigo fit un V de la victoire avec ses doigts et sourit de toutes ses dents. Les autres ébouriffèrent ses cheveux déjà indisciplinés.

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Ichigo courait dans les champs. Il se rendait dans les quartiers de la 11ème division. Il avait trouvé une brèche et avait réussi à s’y faufiler. Il se tapit dans un coin, une fois absolument certain de ne pas être observé.

Il avait tellement de temps libre, maintenant que ses amis étaient à l’Académie ! C’est en se promenant sans but qu’il était tombé sur des shinigamis qui s’entraînaient en périphérie de son village. Il les avait suivis et, finalement, il avait réussi à s’introduire dans le Seireitei. Il avait trouvé une cachette, et observait les combats de ces hommes étranges.

Une nuit, Ichigo avait réussi à leur faucher un bâton d’entraînement sans se faire remarquer. Puis il revenait parfois pour reproduire leurs gestes. Il trouvait cela tellement excitant.

En fin d’après-midi, il sortit de sa cachette. Il grimpa sur le toit d’une maison, puis sauta pour rejoindre le suivant. Il n’avait pas remarqué qu’on le suivait.

Arrivé au dernier toit, il s’accorda une courte pause et scruta l’espace derrière lui. Il croisa alors le regard d’un homme chauve, fardé de rouge au coin des yeux.

L’homme s’approcha et observa le jeune garçon, qui lui rendit son regard.

— Ichigo ? fit-il, incrédule.

Surpris, Ichigo plongea ses yeux ambrés dans les siens et murmura :

— Comment connaissez-vous mon nom ?

— Putain… C’est toi. Y’a aucun doute. Ce reiatsu…

Le cœur d’Ichigo se mit à battre plus vite. Il recula, effrayé, et tenta de fuir, mais l’homme le retint par l’épaule.

— Attends, Ichigo ! Tu ne me reconnais pas ?

Le garçon scruta, incrédule, cet homme plus âgé qui s’était accroupi pour être à sa hauteur. Il le trouvait effrayant… D’autant plus que c’était le capitaine de la 11e division, réputé peu commode.

— Je… je… je ne sais pas qui vous êtes ! lâcha Ichigo, précipitamment.

— Ichigo, c’est moi ! Ikkaku ! Notre prénom commence par les mêmes kanji ! Nous sommes les premiers ! Tu ne te souviens pas ?

— N… non !

— Bah, fallait s’en douter, de toute façon ! Je suis Madarame Ikkaku, capitaine de la 11 division. ème

— Je m’appelle Ichigo Suo.

— Suo, hein ? fit Ikkaku avec un sourire. Ça me va ! Que faisais-tu ici ? demanda-t-il en s’asseyant sur le toit. Il allongea ses jambes devant lui.

— Je… je regardais !

Ikkaku tourna la tête vers le jeune garçon et lui fit signe de s’asseoir à côté de lui. Ichigo hésita, puis, voyant que le capitaine n’était pas si effrayant, s’installa près de lui, à une distance respectable malgré tout.

— Tu regardais quoi exactement ?

— Comment vous vous entraînez ! L’excitation perçait dans sa voix.

— Oh ! Tu t’intéresses au combat ? Au fond, ça ne m’étonne même pas ! fit Ikkaku, un sourire vissé aux lèvres.

— Oui… Je voudrais entrer rapidement à l’Académie des shinigamis.

— Pourquoi ? s’étonna Ikkaku.

— Pour rester avec mes amis…

— Tes amis ?

— Oui… Il y a Hirako, Grimmjow et Byakuya, et ils sont entrés à l’Académie cette année. Ichigo fit la moue. Ils ont quinze ans, et moi on me considère comme un bébé ! Je veux y aller pour ne plus être seul… et pour prouver que je suis un homme !

Ikkaku haussa un sourcil. Un sourire, comme il n’en avait pas eu depuis une centaine d’années, fleurit sur son visage.

— Dis-moi, Ichigo… Si je t’aidais à devenir plus fort… Voudrais-tu rejoindre la 11 division ? ème

Ichigo regarda le capitaine chauve, surpris.

— Si je t’apprenais tout ce que je sais et que tu entrais à l’Académie des Shinigamis, voudrais-tu devenir mon lieutenant à la fin de tes études ? C’est à cette seule condition que je t’aiderai, sache-le !

— Vous le feriez ? Ichigo n’en revenait pas de cette chance incroyable.

— Oui ! Oui… Ichigo, je vais te rendre plus fort, bien plus fort que tout ce que tu peux imaginer. Mais deviens mon lieutenant !

Le garçon fronça les sourcils et le scruta. Il réfléchit profondément, puis tendit la main vers le capitaine de la 11ème division.

— D’accord ! C’est un marché honnête. Mais si je n’y arrive pas… ne venez pas vous plaindre !

— Moi, je pense que tu seras au-dessus de toutes mes espérances, Ichigo !

— Quand est-ce qu’on commence ?

Ikkaku rejeta la tête en arrière et éclata de rire. Il ressentait cette joie sauvage qu’il avait connue en combattant aux côtés de Kenpachi. Il se redressa, puis se mit sur ses jambes.

— Demain ! Faut battre le fer tant qu’il est chaud ! Tu viendras ici aux aurores. Viens, je vais te présenter à mes hommes.

Ichigo le suivit. Le capitaine le prit sur son épaule et, grâce au shunpo, ils atterrirent en quelques secondes au centre de la cour. Ikkaku appela ses hommes. En quelques minutes à peine, ils étaient tous rassemblés. Il posa le jeune garçon au sol.

— Messieurs, je vous présente Ichigo Suo ! Il viendra ici tous les jours dès l’aurore pour s’entraîner avec nous. C’est votre futur Fukutaïchō… alors traitez-le comme tel dès maintenant.

Par contre, je vous interdis d’en parler à qui que ce soit ! Si j’entends quoi que ce soit — et surtout si je connais le nom de celui qui a vendu la mèche — je le bute ! Est-ce que c’est clair ?

— Haï, Taïchō ! répondirent-ils comme un seul homme.

— Vous prendrez soin de ce gamin comme si votre vie en dépendait ! Est-ce clair ?

— Haï, Taïchō !

Ikkaku s’agenouilla devant le garçon. Il arborait encore ce sourire qu’il avait perdu des années plus tôt, à la mort de son Taïchō et de Yumichika.

— Ichigo ! Ici, ce sera ta deuxième maison… On s’occupera bien de toi ! Mais toi aussi, ne dis rien à personne, même à tes amis. Sinon, ils ne voudront plus que tu viennes, et tu ne pourras pas réaliser ton rêve. C’est d’accord ?

Ichigo le regarda gravement.

— Haï, Taïchō !

— Brave garçon ! fit Ikkaku. Qu’y a-t-il ? demanda le capitaine.

— Euh… grand-mère va me disputer, je vais être en retard pour le souper, dit l’orangé en rougissant.

— J’te raccompagne. Vous autres… festin ce soir, et la fête quand je reviens. Je ramène le petit chez lui…

— Haï, Taïchō…

Tous se précipitèrent, heureux… Cela faisait des années qu’ils n’avaient pas vu leur taïchō si heureux — et encore moins demander à faire la fête. Ce gamin était une bénédiction !


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