Un passé encombrant 8

Un homme de la 11e division fut dépêché auprès de la grand-mère d’Ichigo pour la prévenir, et lui demander d’avertir les autres familles de l’absence des trois autres adolescents.

Ikkaku, inquiet de voir apparaître soudainement des cernes sous les yeux d’Ichigo, demanda qu’on l’installe confortablement dans son bureau afin qu’il se repose. Le terrible capitaine chauve se pencha, repoussant légèrement Byakuya, qui avait pris Ichigo dans ses bras pour le porter. Ichigo laissa sa tête retomber contre Ikkaku et soupira.

— Vous pouvez me suivre, vous trois !

— Haï, Taïcho ! firent-ils en chœur.

Ikkaku entra dans son bureau, où ses hommes avaient déjà préparé des couvertures sur le canapé de leur chef. Le capitaine fit preuve d’une grande douceur et recouvrit l’enfant. Recroquevillé comme il l’était, Ichigo paraissait terriblement vulnérable ; on ne lui aurait même pas donné huit ans. Il claquait des dents.

— Qu’est-ce qu’il a ? finit par demander Grimmjow.

— Oui, pourquoi avez-vous dit que vous ne pourriez pas l’aider, à ce stade-là ? s’enquit Hirako.

Le capitaine de la 11e division recula pour scruter Ichigo. Byakuya passa devant lui, s’assit sur le canapé, à côté d’Ichigo, et lui passa une main dans les cheveux. Il leva ses yeux anthracite vers le chauve et lâcha…

— Je pense que son reiatsu commence à prendre des proportions inquiétantes et qu’il n’est plus capable de le maîtriser comme il le faisait jusqu’à maintenant. Jusqu’ici, il ne se manifestait pas à pleine puissance, parce qu’il devait encore être immature ; mais avec tous les exercices que vous lui avez fait faire pour le combat — et certainement d’autres dont nous ne connaissons pas la teneur —, Hirako, Grimmjow et moi avons précipité la venue de sa « réelle » force. Comment va-t-elle apparaître ? De quelle ampleur sera-t-elle ? En vérité, vous n’en savez rien. Vous ne vous attendiez pas à ce que cela éclate de cette manière-là, n’est-ce pas ?

— Putain, t’es aussi effrayant qu’Ichigo… mais niveau neurones !

— Oh… ne lui jetez pas des fleurs ! fit Hirako. Déjà qu’il a la grosse tête, il ne va plus se sentir, et va se prendre pour le chef, après !

— Je le suis déjà, rétorqua calmement Byakuya.

— Répète pour voir ! Et depuis quand ?

— Réveille-toi, Hirako… Bya nous a toujours menés par le bout du nez ! C’est maintenant que tu t’en aperçois ? ’tain, il a été long, ton réveil.

— Boucle-la, Grimmjow ! Personne ne me commande !

— Mais oui, mais oui… berce-toi d’illusions ! Quand Ichigo te demande des trucs, tu te précipites comme une fille !

— Une fille ? Tu sais ce que la fille te dit ?

— Arrêtez-vous tous les deux, fit Byakuya. Ça ne va pas résoudre notre problème…

— Non ! fit Ikkaku. Écoutez, les jeunes… je voudrais vous dire que, quoi qu’il arrive, vous devez faire semblant de ne pas vous souvenir de vos identités. De nouveaux troubles ont éclaté au Hueco Mundo, et si jamais on apprend que vous vous êtes réincarnés et que vos pouvoirs vous reviennent, il est certain que vous serez bons pour reprendre du service plus tôt que prévu. Et puis, dans leurs esprits tordus… ils ne se rendront pas compte que vous n’êtes plus réellement ce que vous étiez et feront abstraction de votre âge.

— Mais je ne me souviens de rien ! fit Grimmjow.

— Pour toi, ça va être plus difficile, Grimmjow. Tu n’es pas dans ton environnement habituel. Avant, tu étais un arrancar — ou plutôt le Sexta Espada, Grimmjow Jaggerjack ! Comme tu n’as aucun élément de comparaison, ta mémoire ne te revient pas…

Grimmjow recula, surpris par l’information. Il porta la main à son cœur. Lui, un ancien arrancar… non, un espada ? Le sixième… Il redressa la tête et murmura :

— Pourquoi suis-je à la Soul Society ?

— D’après le peu que je sais, c’est Ichigo qui t’a purifié. Vous étiez de sacrés bons amis, en fait ! Même si tu étais un espada… tu n’as jamais pu te décoller de lui, comme maintenant, d’ailleurs.

— Et le blondinet ? voulut savoir Grimmjow.

Ikkaku tourna la tête vers Hirako, qui avait plissé les yeux.

— Hirako Shinji, ancien capitaine de la 5e division. Il est devenu Vizard suite aux manipulations d’Aïzen, son vice-capitaine…

— Pas possible ! fit Grimmjow, moqueur… Ils recrutent n’importe qui chez les capitaines, à la Soul Society !

— C’est ce que je répète tout le temps à Renji, mais il ne veut pas me croire… grommela Ikkaku.

Hirako se tourna vers Byakuya…

— Et toi ?

— J’étais Byakuya Kuchiki, chef du clan de la famille Kuchiki et capitaine de la 6e division !

— Alors Ichigo Suo était bien Ichigo Kurosaki ? fit Hirako, surpris.

— C’est ce que je répète depuis le début… marmonna Ikkaku.

— Mais c’est difficile à croire. T’as des souvenirs de tout ça, Byakuya ?

Après un court silence, Byakuya, qui regardait le sol depuis un moment, leva à nouveau les yeux vers Hirako et finit par répondre :

— Je me souviens de tout !

— Pas possible… fit Grimmjow.

— Pourquoi tu ne nous l’as pas dit ? l’engueula Hirako.

— Je voulais que vous vous souveniez de vous-mêmes… et puis…

Le brun tourna la tête vers Ichigo et recommença à ébouriffer les cheveux de l’orangé.

— Je n’ai pas voulu en parler, surtout parce que c’est difficile à vivre. Imaginez qu’à chaque fois que je m’adresse à Ichigo, ou que je le vois… je ne sais plus si c’est mon moi de maintenant qui s’exprime, ou l’ancien. Je ne sais plus quelle conduite adopter dans certaines situations. Mes sentiments, mes souvenirs… tout est embrouillé. C’est compliqué de s’y retrouver, et Ichigo vit la même chose. Je sais qu’il ne vous en a pas parlé pour ne pas vous affoler. Mais il sait… que je sais… alors il s’est confié à moi. C’est pour cela que je sais qu’il traverse la même confusion.

— Bah alors là, tu m’en bouches un coin, Bya ! murmura Grimmjow.

— On va dire que ce n’est pas difficile non plus… rétorqua le blond.

— Ta gueule !

— Suffit !

La voix d’Ikkaku résonna :

— Maintenant, vous savez que, quoi qu’il arrive, vous ne devez en aucun cas montrer que vous vous souvenez. Le problème, ça va être vos bankaïs : ils étaient très particuliers… surtout le tien, Byakuya. Personne, depuis, n’a eu des pétales de fleurs de cerisier comme arme.

Hirako et Grimmjow éclatèrent de rire et se moquèrent de Byakuya, qui restait impassible, jusqu’à ce que la voix d’Ichigo murmure…

— Ne vous moquez pas de Byakuya… c’était le plus fort de tous les capitaines de division, et celui que j’ai eu le plus de mal à vaincre. À votre place, je me méfierais de l’apparence de son bankai… il peut être effrayant… surtout Senkei Senbonzakura Kageyoshi…

Byakuya leva un sourcil…

— Tu te souviens des noms de mes attaques ? Je t’avoue que, ça, par contre, je ne m’en souvenais plus !

— Disons que le souvenir cuisant de toutes tes attaques est gravé dans ma mémoire, comme elles étaient gravées dans mon corps, dans mon incarnation précédente. J’aurais du mal à ne pas m’en souvenir !

— Quoi ? Vous vous êtes battus ?

— Je vous ai mis une raclée à tous les trois… Non, sauf à Hirako… C’est lui qui me mettait des raclées…

— Oh ? J’étais plus fort que toi, alors ?

— Qui aurait cru que cette crevette serait plus forte qu’Ichigo ?

— C’était tout simplement parce qu’Hirako m’entraînait à maîtriser mon hollow. C’était mon sempaï pour devenir un vizard et garder le contrôle sur moi-même.

— T’étais aussi un vizard ?

— Il ne le mentionne pas à l’Académie…

— Tss… comme s’il allait vanter les mérites des vizards et des quincy ! Pourtant, une chance que les Ishida nous ont aidés durant la guerre. Surtout Uryuu…

Ils continuèrent à discuter tous les cinq. Finalement, Ichigo se plongea dans ses souvenirs et finit par s’endormir. Ikkaku leur suggéra une petite séance d’entraînement pour les « dérouiller ». Tous acceptèrent et laissèrent le plus jeune dormir tout son soûl.

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Ichigo se sentait flotter. Il ouvrit lentement les yeux et vit qu’il était dans son monde intérieur. Le roux était allongé sur l’une des tours. Ses souvenirs du monde des humains lui permettaient de nommer son environnement. Le ciel était toujours aussi bleu, sans nuage. Il sentit une présence derrière lui et roula sur le ventre pour observer Zangetsu. Ichigo se redressa et marcha vers le vieil homme. Il était surpris de se retrouver là, alors qu’il n’avait rien demandé.

— Tu as quelque chose à me demander, Zangetsu ?

— Non…

— Pourquoi suis-je ici ? demanda le roux, surpris.

— …

— Tu ne le sais pas non plus ?

— À vouloir devenir si fort… tes pouvoirs augmentent…

— Donc c’est parce que je le veux trop fort que je viens ici ?

— En quelque sorte. Tu n’en as pas conscience.

— Zangetsu… Puisque je suis ici… pourquoi ne m’enseignerais-tu pas une tactique, quelque chose ! fit l’orangé, qui ne perdait pas le Nord !

— Il ne faut pas… enfin, pas pour l’instant !

— Pourquoi ?

— Depuis quelques jours, tu ne maîtrises plus vraiment ton énergie spirituelle, et commencer un combat pourrait te faire complètement perdre le contrôle. Tu n’es pas « prêt » pour cela, Ichigo !

Le roux alla s’asseoir près du vieux et lui tourna le dos, pour lui montrer sa désapprobation.

— Tu n’es pas raisonnable…

— J’ai fait tout ce qu’Ikkaku et toi m’avez dit de faire, pour l’instant… Et je me maîtrise très bien. La preuve : personne ne m’a encore découvert.

— Pour combien de temps encore ?

— Tss ! fit sèchement le jeune.

Un silence s’installa entre Ichigo et Zangetsu. L’un boudait, et l’autre, parce qu’il n’était pas du genre à parler pour ne rien dire ! Tout à coup, Ichigo se retourna et se mit à quatre pattes. Il s’adressa à son épée et lui demanda :

— Dis… quand je suis devenu un vizard, j’ai eu Hirako pour m’aider à passer le cap avec Shiro, mais là… je n’aurai personne ?

— Il faut croire…

— Donc, Shiro ne reviendra jamais ?

— Il peut revenir si tu fais tout pour qu’il revienne, mais tu n’auras personne pour t’aider, cette fois-ci !

— Oh !

— Pourquoi tiens-tu à ce qu’il revienne ?

— Ce bâtard piaillait tellement dans ma tête que c’est un manque de ne plus entendre son ricanement, ou ses réflexions tordues.

— …

— Disons que toi, t’es vachement silencieux !

— En fait, tu te cherches un compagnon pour te tenir compagnie…

Ichigo fronça les sourcils et hocha finalement la tête.

— En quelque sorte ! Mais j’aimerais pas un Shiro adolescent… je crois qu’il ferait plus de conneries.

— Il ne faut pas en douter !

— Allez, vieil homme… on se fait un petit combat, ou tu m’apprends un nouveau truc qui ne prête pas à conséquence. Pourquoi pas Tensa Zangetsu ?

— Tu t’en souviens… pourquoi le refaire ?

— Le nom, oui… mais la pratique, c’est autre chose… Allez !!! Rien qu’une fois ! Après, je te laisse tranquille.

— Non !

Ichigo se mit en colère.

— Pourquoi ? J’ai le droit de demander, après tout !

— Tu peux demander, mais j’ai le droit de refuser…

— Aaarhhhh !

Petit silence.

— Ce n’est pas comme ça que tu progresseras.

— Mais je ne suis plus un bébé, Zangetsu. Tu as vu tout ce que je peux faire !

— Oui, mais tu te souviens de l’âge que tu as ?

— Comme si c’était un problème. Je me souviens de ce que j’étais avant… Donc je peux maîtriser ma force.

— Je n’en suis pas si certain… Un souvenir reste un souvenir, Ichigo.

— Je te dis que je peux !

— Regarde : en ce moment, tu fais l’enfant… Comment veux-tu que je te confie de si grands pouvoirs, Ichigo ?

— Tu ne me fais pas confiance ! s’écria Ichigo.

La colère grondait en lui. Pourquoi Zangetsu refusait-il de lui apprendre de nouvelles choses ? Il se sentait impuissant, mais il ne pouvait pas laisser sa colère se déchaîner contre le vieil homme. S’il était avec Ikkaku, peut-être que lui…

— Il refusera aussi ! Il sait très bien jusqu’où t’amener, mais ne dépassera pas les limites !

— Tu veux dire qu’il ne m’a pas tout enseigné ?

— Les bases… Il te reste encore tout à apprendre.

— C’est pas vrai ! Je suis un guerrier…

— Ichigo, calme-toi ! Pourquoi es-tu si pressé ?

— Je ne suis pas pressé… En fait, si… Je ne veux plus être un instrument. Je veux pouvoir me défendre !

— Ichigo, tu as déjà tout ce dont tu as besoin !

Le jeune garçon vit des nuages s’accumuler dans le ciel. Il fronça les sourcils. Que se passait-il encore ? Tout à coup, il perdit patience et tapa du pied, la seule chose qu’il pouvait faire dans cet endroit désertique et bizarre.

— Pourquoi me refuse-t-on toujours ce à quoi j’aspire ?

— …

— Et tu ne me réponds pas ! Comme si on recommençait à me manipuler ! J’en ai assez.

Des éclairs zébraient le ciel, désormais totalement gris. Il foudroyait Zangetsu du regard. Une tempête intérieure s’était soulevée. Ichigo venait encore une fois — et cette fois-ci dans son monde intérieur — de se faire refuser ce à quoi il tenait…

Tout à coup, le jeune garçon se sentit faible et dut poser un genou à terre. Zangetsu baissa son regard sur lui et dit posément :

— Tu ferais mieux de te calmer, Ichigo. Les tempêtes que tu soulèves n’ont pas que des répercussions ici !

— Que veux-tu dire ?

— Retourne dans le monde extérieur et tu le découvriras… Il est même plus que temps.

Ichigo s’effondra contre la vitre de la tour. Il avait l’impression que son énergie le fuyait. Il leva les yeux vers le vieil homme et sa vue se brouilla. Le roux fronça les sourcils et, finalement, se sentit aspiré en arrière. Il voulut appeler Zangetsu, mais se retrouva dans la pièce où il s’était endormi. Son corps semblait écrasé contre la banquette sur laquelle il était allongé. Tout le mobilier était fracassé et une tempête d’énergie faisait rage. Ichigo gémit sous la douleur de cette pression, désormais sans limite.

Il sentit une main se poser sur lui, sur son épaule. Il se souvint de cette chaleur. Surpris, il tourna la tête et croisa les yeux bruns d’Isshin Kurosaki. Ichigo murmura :

— Papa…

Et un trou noir l’accueillit, où les rêves et les mondes intérieurs étaient exclus !


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)