Un passé encombrant 18

Shinji était à bout de forces. Aucun des Vizards présents ne lui avait fait de cadeau. Son hakama et son shihakushō étaient en lambeaux. Les longs cheveux du jeune homme ruisselaient sur son visage tandis qu’il tentait de se relever péniblement. Le bout de tissu qu’il portait s’était effiloché sous la violence des combats qui s’étaient tenus quelques minutes plus tôt. La voix de Kensei retentit abruptement :

— Tu es prêt… Tu l’as vaincu ! Que vas-tu faire maintenant ?

Le blond se tenait désormais sur ses deux pieds, et une légère transpiration collait les mèches fines à son visage. Il les écarta d’un geste impatient et son regard se posa sur les autres Vizards. Chacun se doutait de la réponse, mais aucun ne pouvait se résoudre à voir partir à nouveau leur ami.

— Je retourne à la Soul Society !

— Tu tiens tant que ça à « le » retrouver ? Il t’a peut-être oublié depuis le temps… et puis, la Division Zéro… marmonna Risa.

La jeune femme avait une attitude figée. D’une main nerveuse, elle remonta ses lunettes et son poing se referma sur sa hanche. Son regard noir était aussi chaleureux qu’une bise d’hiver. Le pli amer au coin de ses lèvres prouvait combien cette femme en avait vu dans sa vie.

— Je me moque de la Division Zéro, je me moque du temps que cela me prendra… Mais je veux revoir Ichi…

Rose, qui jusqu’à présent ne s’était manifesté qu’en de rares occasions, repoussa d’un geste gracieux ses cheveux blonds. Lui qui gardait un air indifférent avait, dans le regard, un éclat particulier. Shinji soutint la brûlure de ce dernier et attendit la sentence de l’ex-capitaine de la 3e division, qui ne tarda pas à venir :

— Combien de temps encore vas-tu lui courir après ? Nous sommes réduits à un très petit nombre et nous ne savons pas encore combien de temps nous allons survivre… Reste avec nous…

— C’est « sa » décision !

Kensei tapa dans un caillou du bout de sa semelle, puis alla s’asseoir sur un rocher sans rien ajouter. Son regard se fit lointain et son front était barré par un pli soucieux. Il demanda, la mâchoire clairement serrée :

— Tu comptes revenir parmi nous une fois que tu l’auras retrouvé ?

— Je ne pense pas !

Un lourd silence accueillit ces paroles. Chacun se plongea dans ses pensées et aucun ne brisa la chape de plomb qui s’était abattue sur eux. Shinji quitta les lieux en silence. C’étaient ses anciens compagnons et ceux qu’ils étaient devenus durant cette vie sur Terre, mais trop de choses avaient changé.

Déjà, le monde humain ne lui plaisait plus du tout, de par son mode de vie impersonnel et cette lourdeur qui ne les quittait jamais. Et puis… qu’il le veuille ou non, il n’était plus le « Shinji » que les autres avaient connu. Il essayait d’être à la hauteur mais la tâche, parfois, lui semblait trop ardue.

L’adolescent quitta les lieux et se dirigea vers un lac non loin de là. Il ôta ce qui lui restait de vêtements et s’immergea dans l’eau bienfaitrice. Il ferma les yeux et se laissa couler au fond de l’étendue d’eau. Ses cheveux formaient autour de lui une corolle fine et diaphane.

Enfin… c’était la seule chose à laquelle il pensa durant son séjour dans l’eau. Au bout d’une demi-heure, il revint sur la rive et observa la nouvelle tenue qu’on lui avait mise à disposition. Shinji tenta de percevoir le reiatsu de ses amis, mais… ils étaient loin, maintenant. Pas d’au revoir ? Ça lui convenait… comme d’habitude, de toute façon ! Comme toujours dès qu’il s’agissait d’Ichigo. Pas d’au revoir : juste l’espoir de se retrouver plus tard.

°°0°0°°

Shinji traversa le Dangaï. Une fois sorti du tunnel, il respira l’air frais de la Soul Society. Il ne savait pas s’il se sentait chez lui… non, pas encore ! Pas sans Ichi…

Rapidement, le blond traversa le ciel et se retrouva dans les quartiers du Rukongaï qui l’avaient vu grandir. Il retrouva ses parents, ravis de le revoir au bout de deux ans d’absence. L’adolescent quitta peu de temps après sa famille pour se réfugier dans sa chambre, où il s’effondra et s’endormit. Il était épuisé. Le temps des retrouvailles viendrait bien assez vite avec Byakuya et Grimmjow…

Ces abrutis étaient-ils toujours en vie ? Shinji bailla et eut un sourire ironique… Avec Byakuya comme ange gardien, Grimmjow ne risquait rien. Le blond s’enroula dans sa couverture et songea à ces souvenirs lointains où il cherchait à s’échapper de ces foutues couvertures.

La présence d’Ichigo lui suffisait amplement… « Ichigo… combien de temps encore avant de te retrouver ? » Shinji s’endormit comme une masse sur cette dernière réflexion.

°°0°0°°

Shinji se réveilla quatre jours plus tard. Il avait l’impression d’avoir dormi comme une masse. Par contre, il entendait un certain grabuge dans la pièce principale. Il n’eut pas besoin de se concentrer pour connaître l’identité de ces visiteurs. Le blond prit le temps de faire sa toilette et s’habilla tranquillement. Plus le moment approchait, plus son émotion montait. Ses mains moites, qui passaient du chaud au froid, et les battements sourds de son cœur lui faisaient comprendre à quel point on lui avait manqué. Il était impatient, mais voulait prendre son temps, comme pour mieux s’imprégner de l’instant. Ses amis…

Shinji traversa le couloir, ouvrit la porte et vit Grimmjow en train de se battre avec son père dans la pièce. Les deux hommes étaient au sol et aucun des deux ne voulait céder. La part de gâteau aux pommes reviendrait à celui qui remportait le duel. Shinji leva les yeux au ciel et enjamba les corps pour aller s’asseoir à côté de Byakuya, qui sirotait son thé.

— ’tain… pas moyen de dormir tranquille ici… En plus, on se demande qui est le plus gamin du lot ! Comment ça se fait que c’est lui, mon père ? Ne me dis pas que j’ai les mêmes chromosomes…

— Pourtant…

— Tss…

Le blond attrapa le dernier bout de tarte et croqua dedans avec délectation. Grimmjow et le père de Shinji hurlèrent à la mort.

— Vos gueules, on s’entend plus, et je voudrais manger tranquille !

— ’tain Shinji, ça fait deux ans qu’on s’est pas vus et tu me casses les couilles à peine arrivé !

— J’ai toujours dit que je devrais te buter un jour !

— Je ne te le conseille pas…

La voix de Byakuya était calme, mais une certaine menace planait.

— Oh… vous en êtes là ?

— Oui…

— Tss… tu sais pas choisir tes amants, Bya !

— Ta gueule, dégénéré de blond ! hurla Grimmjow. T’es à peine là et tu donnes ton avis…

— Je sais que t’es content de me voir, fit calmement Shinji en observant du coin de l’œil son ami, mais s’il te plaît… cache ta joie !

Grimmjow bondit pour attraper le blond, mais ce dernier se retrouva dans le dos du 3e siège sans que celui-ci ne perçoive le moindre mouvement.

— Méfie-toi de ne pas t’attaquer à quelque chose qui pourrait te dépasser !

La voix du Vizard coula telle une caresse, de celles qui vous donnent la chair de poule. Les yeux clairs de Shinji fixaient Grimmjow avec une lueur qui inquiéta Byakuya. Le brun avait tout de suite remarqué le changement chez son ami.

Il n’avait plus rien à voir avec celui qui les avait quittés deux ans plus tôt. C’était un tueur ! Mais il savait que le blond ne ferait strictement rien à Grimmjow, même si le danger qui planait sur ce dernier était bien réel. D’ailleurs, il s’en rendit compte en déclarant :

— Shin… tu as l’intention de faire quoi, là ?

Le Vizard contourna son ami et déclara, moqueur :

— Oui, moi aussi, je suis content de te voir !

— Crétin !

— Ça, c’est ma réplique ! Contente-toi de ton répertoire !

— Connard…

— Voilà !

Un silence s’installa entre les trois jeunes gens, qui se regardaient maintenant avec un réel plaisir. L’atmosphère changea du tout au tout, jusqu’à ce que Shinji remarque brusquement que ses parents gisaient au sol, évanouis.

— Merde !

— Tu ne te rends vraiment pas compte de l’énergie que tu dégages…

— Non, j’ai oublié qu’ils étaient là… marmonna Shinji. Bon, y a pas… je vais les ramener dans leur lit.

— Je vais t’aider !

Grimmjow prit le corps de la mère de Shinji, qui hurla, mécontent :

— Attends ! T’es le plus costaud de nous deux… marmonna Shinji, avant de soudain s’écrier : et puis, c’est ma mère !

— Et alors ?

— Salaud…

— Tu empiètes sur mon territoire… ricana Grimmjow.

Les deux adolescents laissèrent Byakuya seul. Ce dernier finit de siroter son thé. Il attendit patiemment le retour de son ami et de son amant… Il était messager, aujourd’hui !

°°0°0°°

Shinji suivait Byakuya sans dire un mot. Grimmjow, quant à lui, semblait ennuyé de devoir se rendre à la première division. Il n’arrêtait pas de soupirer et, finalement, n’y tenant plus :

— On pourrait pas se faire une virée avant ?

— C’est les ordres !

— ’tain… Bya ! T’es chiant… On peut jamais s’amuser avec toi. On est à peine sortis de garde qu’on nous envoie à la première division…

Byakuya, qui ne s’était pas encore retourné jusque-là, jeta un seul coup d’œil en arrière et, de son air impassible, lança un avertissement silencieux à son amant.

— Tu n’es pas obligé de nous accompagner, Grim’ ! lança Shinji, compatissant.

— Il va m’en vouloir… chuchota l’adolescent.

Même si Byakuya ne réagit pas verbalement, le raidissement de son dos prouvait qu’il avait entendu les paroles peu discrètes de son amant. Shinji observa la tension qui existait entre les deux adolescents.

Il n’avait pas eu le temps de poser des questions, ni à l’un ni à l’autre, mais Grimmjow semblait rancunier envers Byakuya, et ce dernier essayait de cacher son mal-être derrière une fausse indifférence. Apparemment, comme à son habitude, le bleuté ne l’avait pas remarqué, trop engoncé dans ses propres angoisses. Shinji se promit de venir en aide à ses deux amis après avoir vu le Sōtaichō.

Byakuya frappa à la porte de la première division et ils entrèrent tous dans le bureau d’Ukitake, qui était très pâle sur son fauteuil. Aucun des adolescents ne montra la moindre émotion. Chacun attendait l’objet de la convocation.

— Shinji Hirako…

— Endo Shinji, reprit, exaspéré, le blond.

— Endo-kun…

Le jeune homme foudroya l’albinos du regard, prit une position décontractée, s’appuya d’une main contre le bureau, rejeta une longue mèche derrière son oreille et déclara :

— Ukitake-san… je suppose que vous ne m’avez pas fait venir ici pour faire une rétrospective de ma vie ?

Le Sōtaichō haussa un sourcil, surpris. Il se cala dans son fauteuil et observa le blond attentivement. Après un examen minutieux du jeune homme, l’albinos eut un vague sourire et demanda :

— Endo-kun… je vois que vous avez récupéré « toutes » vos anciennes capacités…

— Pourquoi tu crois que je me suis exilé ?

Jūshirō eut un faible sourire en voyant l’air bravache du blond. Quelles que soient ses incarnations, il ne changerait jamais.

— Bien… pourriez-vous reprendre votre ancien poste de capitaine de la 5e division… D’après mes renseignements, vous avez retrouvé votre mémoire également. Donc, il ne sera pas très long avant que vous ne soyez opérationnel…

La mâchoire de Shinji tomba. Derrière les exclamations étouffées de ses deux amis, il comprit qu’il n’était pas victime d’hallucinations. Le blond se redressa et abandonna sa tenue désinvolte pour demander, très sérieusement :

— Pourquoi ?

— Vos amis ne vous ont pas mis au courant ?

— Nous n’avons pas eu le temps, Sōtaichō…

La voix calme de Byakuya, mais surtout la réponse, firent tourner la tête au blond. Le brun était parfaitement stoïque et Shinji ne put lire quoi que ce soit sur ses traits.

— Je vois… Endo-kun… actuellement, nous subissons des attaques de plus en plus violentes de Soul Evil, au point que nous ne parvenons plus à les repousser… ou très difficilement. Nous ne pouvons nous permettre de laisser une division sans capitaine et nous n’avons pas le temps de mettre en place une personne qui ait peu d’expérience. Là, je fais un pari en vous faisant réintégrer votre ancienne division : utiliser vos souvenirs, d’une part, et mettre à profit vos qualités de combattant, d’autre part. Je sais que vous êtes allé sur Terre rejoindre les Vizards. Je pense qu’ils vous ont aidé à recouvrer vos pouvoirs. Comprenez que nous sommes dans une situation désespérée et que nous avons besoin de tous les shinigamis, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. Si les autres Vizards nous demandaient de rentrer à la Soul Society… nous accepterions !

Un long silence s’établit dans la pièce. Shinji se raidit et son cerveau se mit à fonctionner à toute vitesse. Il entrevoyait la possibilité d’agir à sa guise, même s’il devait aider le Gotei 13. Et s’il avait envie, plus tard, de le quitter, rien ne l’en empêcherait. Le blond se gratta la tête, songeur.

De plus, Byakuya était fukutaichō et Grimmjow troisième siège : en agissant de concert, peut-être aurait-il plus de chances. De toute façon… il ne pouvait pas laisser la Soul Society se faire envahir par ces merdes qui avaient eu sa peau une centaine d’années plus tôt. Une sorte de revanche personnelle… Finalement, et contre toute attente, après avoir pesé le pour et le contre, Shinji déclara sereinement :

— J’accepte ! Je passerai les épreuves pour devenir capitaine de la 5e division…

Ukitake se redressa brutalement, surpris. Il s’était attendu à un refus et, là… Un immense sourire et un soupir de soulagement se firent entendre.

— Merci, Endo-kun ! Je vais préparer l’exercice, qui se déroulera la semaine prochaine. Vous devrez affronter trois cap…

— Je le sais ! Donc, à dans une semaine, Ukitake ! Et essayez de ne pas être trop ridicule…

Shinji quitta le bureau quelques minutes plus tard, après avoir appris qu’il serait envoyé auprès du capitaine de la dixième division pour prendre connaissance des derniers développements des événements de la Soul Society. Shinji n’était pas très heureux de la chose quand Grimmjow lui dit, quelques minutes plus tard… que le capitaine de la 10e division était Isshin Kurosaki, l’ancien père d’Ichigo.

— Tu te rappelles de lui ? demanda Byakuya.

— Oui… très bien même…

Le jeune homme le dit dans un souffle : la colère était lentement en train de le gagner. Pas un sentiment explosif… non : une colère froide, qui vous glace le sang. C’était à cause d’Isshin s’ils étaient revenus à Karakura…

Finalement, le trio se retrouva un peu plus tard à la 11e division.

°°0°0°°

Les trois adolescents s’étaient assis devant le dōjō de la 11e division. Les hommes qui la composaient les laissaient en paix, chacun avec une tasse de thé entre les mains. Shinji fit un mouvement du pied pour se repousser en arrière et poser son dos contre le montant en bois derrière lui. Ses yeux mi-clos observaient alternativement les deux adolescents devant lui. Un sourire ironique vint éclairer ses traits. Grimmjow interrompit le silence entre eux :

— Tu en es où, exactement ?

— Que veux-tu que je te dise que tu ne saches déjà…

Les yeux noisette se plongèrent dans la tasse que le blond tenait entre ses doigts.

— Je me suis entraîné comme vous, vous l’avez fait. Je n’ai trouvé que quatre survivants parmi tous les Vizards que j’avais connus avant ma mort…

Shinji releva la tête et ses yeux se perdirent dans la lente course des moutons blancs qui se chevauchaient dans le ciel. Ses mains tremblèrent sans qu’il puisse faire quoi que ce soit pour les calmer. Il reprit lentement, perdu dans les méandres de ses souvenirs :

— Je ne pensais pas que tous mourraient de cette façon. Je ne savais pas laisser un si lourd fardeau à Ichi… Il a enterré tous ceux qu’il aimait, qu’ils soient Vizards ou humains… Rien ne lui a été épargné. Comment a-t-il survécu psychologiquement à « ça » ? Ça a dû le tuer à petit feu et je n’étais pas là… Dis, Byakuya… il a été un peu heureux avec toi ?

Les yeux de Shinji se posèrent sur le brun. Leurs regards se rencontrèrent intensément. La voix rauque du blond demanda :

— J’ai besoin de savoir… après tout ce que m’ont dit les autres… je veux savoir…

Byakuya ne baissa pas les yeux et scruta le regard angoissé de son ami d’enfance. Même à Grimmjow, il n’avait pas parlé de cette période de sa vie avec Ichigo. Le jeune homme posa sa tasse devant lui et glissa ses mains dans les manches de son shihakushō. Un voile se baissa devant ses yeux anthracite et il répondit, la gorge nouée :

— Je ne sais pas si j’ai su le rendre heureux. C’était tellement compliqué. Toutes ces pensées, tous ces souvenirs… tout était tourné vers toi. Il refusait de se laisser approcher par qui que ce soit. Même si je l’aimais, rien ne le rendait vraiment heureux. Lorsqu’il a été obligé de venir à la Soul Society, il l’a vécu comme une véritable trahison. Il se laissait… mourir, plongé dans sa propre nuit et ses regrets.

— Tss… vous avez bien couché ensemble…

La voix de Shinji était cinglante. Grimmjow serra les poings et foudroya le blond du regard, mais ne dit absolument rien, voulant connaître l’histoire jusqu’au bout. Pour une fois que Byakuya en parlait ouvertement.

— Oui… Au bout de quelque temps, il a décidé de se reprendre en main. Même s’il oscillait toujours entre déprime, fuite en avant et la vie dans le Gotei 13, il a commencé à s’ouvrir doucement aux autres et j’en faisais partie. Il m’a aimé… je l’ai aimé et, sincèrement, je ne te le cacherai pas, Shinji… s’il m’avait laissé l’occasion de continuer notre relation là où nous l’avions laissée quand nous sommes morts, je ne l’aurais pas laissé passer. J’ai aimé Ichigo pendant très longtemps, sans aucun espoir de retour.

Les yeux de Grimmjow s’enflammèrent et il allait faire un geste pour demander des comptes au brun quand ce dernier reprit, en posant les yeux sur lui :

— Mais tu as dépassé mon amour pour Ichigo depuis bien longtemps, Grimmjow… Tu m’as donné plus qu’il ne pourra jamais m’offrir et mes sentiments pour toi sont sincères… Ne doute plus jamais de cela. Je sais que je ne suis pas très présent pour toi actuellement et je m’en excuse. Je te demande encore un peu de patience…

Byakuya tendit la main vers le bleuté, qui la fixa quelques instants avant de rencontrer les yeux devenus presque noirs sous l’effet de l’émotion. Grimmjow avait vu le léger tremblement, presque imperceptible, et il savait que ce geste représentait beaucoup, surtout en présence d’un tiers, même s’il s’agissait de Shinji. Il n’allait certainement pas le rejeter. C’est avec passion qu’il la prit et la porta à ses lèvres, embrassant le bout des doigts tremblants. Le bleuté soutint l’intensité du regard de son amant et, finalement, relâcha la main du jeune homme, qui se tourna à nouveau vers Shinji, calmé, rasséréné par la présence indéfectible de l’ancien Espada.

— Je me souviens d’un repas qui avait eu lieu entre ma sœur, Abaraï-san, et Ichigo… Il nous avait parlé brièvement de sa vie en tant que Vizard et de la peine qu’il avait eue à faire tous les konsō pour ses amis qu’il avait vus disparaître un à un… Il en était très affecté, mais, en même temps, la mort qui semblait le plus l’émouvoir fut celle d’une Vizard avec qui il avait partagé sa vie. Il avait dû la combattre avant de lui donner la mort… Enfin, pour répondre honnêtement à ta question : s’il a été heureux avec moi… je n’en sais rien ! Le peu que nous ayons vécu ensemble fut bref et intense… peut-être justement à cause de la fin tragique qui a entouré notre mort. Je ne saurais t’en dire plus.

Shinji ferma les yeux quelques instants, comme pour mieux s’approprier les paroles de son ami. Finalement, ses mains montèrent à son visage, qu’il enfouit quelques instants ; les mèches blondes encadraient la physionomie du Vizard, qui semblait écrasé par le remords et la peine.

— Tu n’y pouvais rien, Shinji… Ichigo est comme ça ! Lorsque tu es mort, il a perdu sa raison de vivre… Il s’est contenté de survivre toutes ces années en faisant de son mieux pour cacher sa peine et respecter la promesse qu’il t’a faite — ou qu’il s’est faite — de ne pas te suivre dans la mort.

Byakuya resta silencieux un instant, plongé dans ses souvenirs douloureux, et murmura d’une voix blanche, le visage tourné vers le plancher :

— J’ai été longtemps jaloux de cette passion, de cet amour qu’il te portait… je voulais vivre la même chose…

Le brun releva à nouveau le visage vers le blond, qui écartait ses mèches pour le regarder avec attention.

— Il n’a aimé que toi… rien que toi, toutes ces années !

Shinji ne savait pas s’il devait se sentir soulagé ou peiné par ce qu’il venait d’apprendre. Sa rage de n’avoir pas été présent le torturait. Le jeune homme se releva et fit quelques pas vers le centre de la cour. Il s’arrêta brutalement et, ne tournant que le visage, redevenu impassible, il remercia son ami.

— Merci pour ton honnêteté…

— Que vas-tu faire ? demanda Grimmjow, qui s’était glissé plus près de Byakuya dans l’intervalle.

Un soupir lui répondit, et Shinji murmura avant de les quitter brutalement :

— Le retrouver… quoi qu’il m’en coûte !

Les deux amants se retrouvèrent seuls. Byakuya se tourna vers Grimmjow et, sans qu’ils aient besoin de se parler à voix haute, ils surent exactement ce que pensait l’autre. Leurs doigts s’effleurèrent discrètement. Grimmjow murmura :

— Ce soir, tu restes avec moi et tu envoies promener le reste !

Un léger sourire lui répondit ; le bleuté fit une grimace de contentement.


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